MAUVAIS ÉTAT DES FINANCES EN
Fouquet , embrouillées par les traitants , elles étaient dans un effroyable désordre, comme l'attestent les Mémoires de Louis XIV ^ « Les dépenses les plus nécessaires et les plus privilégiées de ma maison et de ma propre personne étoient , ou retardées contre toute bienséance , ou soutenues par le seul crédit, dont les suites étoient à charge. L'abondance paroissoit, en même temps , chez les gens d'affaires , qui , d'un côté , couvroient toutes leurs malversations par toute sorte d'artifices, et les découvroient, de l'autre, par un luxe insolent et audacieux, comme s'ils eussent appréhendé de me les laisser ignorer. » Heureusement Mazarin avait légué à Louis XIV son intendant Golbert^ dont le génie financier était encore aiguillonné par sa haine contre le surintendant Fouquet. Lorsque ce dernier eut été arrêté ( 1 661 ) , Louis XIV ne voulut plus de Surintendant. Il en prit pour lui-même les fonctions, et s'adjoignit un Conseil, composé du maréchal de Villeroy, des deux conseillers d'État d'Aligre et de Sève, et d'un contrôleur général, qui fut Golbert ^ « C'est dans ce Conseil , dit Louis XIV, que j'ai travaillé continuellement depuis à démêler la terrible confusion qu'on avoit mise dans mes affaires. »
La gloire de ces réformes financières revient surtout à Colbert , que Louis XIV daigne à peine nommer, et seulement comme Texécuteur de ses volontés. Peut-être le Roi fut-il dupe, comme le prétend Saint-Simon \ de
ï Mémoires de Louis XIV, tome I", p. 9-10.
* J.-B. Colbert , né à Reims le 29 août 1G19, mort le 6 septembre 1G83.
^ Mém. de Louis XIV, tome I", p. lOi , 105 , lOS. — Mém. de l'abbc de Choisij, édit. Pelitot , p. 203. — Anciennes Lois françaises , tome XVllI , p. 9. i Mémoires , lome XllI , p. 4.
71 ADMINISTKAÏION DKS FINAINCKS.
r adresse de Colbert , qui saisit « seul toute l'autorité des (inances , et lui taisoit accroire qu'elle passoit toute entre ses mains par les signatures dont il l'accabla , à la [)lace de celles que laisoit le Surintendant. » Travailleur infatigable, dur à lui-môme et aux autres , vir marmoreus, comme l'appelle Gui Patin , Golbert opposait un front impassible aux sollicitations des courtisans et aux plaintes des mécontents. Il procéda à la réforme des finances avec une vigueur systématique que ne lassèrent ni les pamphlets de ses ennemis ni l'ingratitude de ceux pour qui il travaillait. 11 lui fallut soutenir des luttes incessantes et opiniâtres contre les traitants , les Parlements , les usurpateurs de privilèges et les abus provinciaux. Rien ne découragea sa fermeté , et il finit par triompher de tous les obstacles.
Le rapprochement de quelques chiffres est plus significatif que tous les éloges. En 1661 , on percevait 84,222,096 liv. , et il n'entrait à l'Épargne que 31 ,844,924 liv.^ les dépenses s'élevaient annuellement à 53,377,172 liv. Il y avait donc, chaque année, un déficit considérable. Les traitants , qui détournaient une partie des fonds publics, s'en servaient pour avancer de l'argent au Trésor à un taux exorbitant -, ainsi, ils volaient doublement l'État. En 1667, Golbert avait augmenté le revenu et diminué les charges. Le revenu s'élevait à 95,571,739 liv.; il entrait à l'Épargne 63,016,826 liv.^ les dépenses n'étaient plus que de 32,554,913 livres'. L'État pouvait donc disposer, pour les dépenses extraordinaires , d'un excédant de recettes qui s'élevait annuellement à 31 ,171 ,902 liv. Golbert parvint à ce résultat en exerçant sur les comptables une surveillance minutieuse , en diminuant le nombre des
' Forbonnui."* , Heclierches sur les t'immces , lomo J""^ p. 403.