‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 33 sur 54 · LETTRES, SCIENCES ET AUTS · texte numérisé non relu

LETTRES, SCIENCES ET AUTS

artistes étrangers , entr' autres Lulli et le cavalier Bernin . Des Académies de peinture , de sculpture , d'architecture et de musique, furent fondées à Paris ^' Le Brun fut nommé « prince et chef » de l'École de peinture et de sculpture , que Louis XIV venait d'établir à Rome pour de jeunes artistes français l

Les lettres et les sciences furent également encouragées. L'Académie Française, qui, jusqu'à la mort du chancelier Séguier, se réunissait dans sa maison, fut logée au Louvre, en î 672, et le Roi s'honora du titre de protecteur de cette compagnie ^ Colbert fonda, en 1663, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , qui eut d'abord pour mission d'immortaliser, par des médailles et des inscriptions , a gloire de Louis XIV, et qui devint plus tard l'arbitre de l'érudition et de la critique historique. Tous les Français illustres dans les lettres reçurent des encouragements ^. Les étrangers ne furent pas oubliés , et la munificence de Louis XIV alla chercher les savants dans les contrées lointaines. Huyghens , Heineccius , Hevelius , Viviani , Isaac Vos^ius et beaucoup d'autres en reçurent d'éclatants témoignages ^ La lettre de Colbert à Vossius est

' Mémoires de Ch. Perrault , livre U , p. 73 et 74. — Ch. Perrault cite la lettre (le Louis XIV au cavalier Bernin .

^ Anciennes Lois françaises , tome XIX , p. 8.

^ Ibid. ,p. 169.

* Mémoires de Ch. Perrault, livre UI , p. 134. — D'Olivet , Histoire de l'Académie Françoise, édit. 1730 , in-l2, p. 15-21.

' Mémoires de Ch. Perrault, p. 51 et suiv. — Voyez, dans les Mémoires de Louis XIV, tome I", p. 223 et suiv. , la liste des pensions accordées aux gens (le lettres.

'' Voyez les lettres de Colbert à ces savants dans la Revue Rétrospective , 'J""- série , tome 1", p. 79-83. —On y trouve aussi , p. 83-91, des projets pour ia fondation d'académies.

LETTRES, SCIENCES ET AKTS. Wil

célèbre : « Quoique le Roi ne soit pas votre souverain , il veut cependant être votre bienfaiteur , etc. ' » Trois ans après, en 1 666, Colbert fondait le Journal des Savants, instituait l'Académie des Sciences , et appelait en France l'astronome Dominique Gassini pour diriger l'Observatoire l L'École des langues orientales était établie (1669). Les voyages de Chardin , Dernier et Tavernier , encouragés par Louis XIV , dissipaient des erreurs et ajoutaient aux connaissances positives. Colbert tirait la Bibliothèque royale d'un galetas de la rue de la Harpe pour lui donner un palais.

Ce ministre s'occupa aussi de la discipline ecclésiastique. Il trouvait le nombre des moines et des religieuses trop considérable , et les fêtes trop multipliées ^ Il fit adopter par Louis XIV ses projets de réforme ^ Le Roi obtint de l'archevêque de Paris le retranchement de dix-sept fêtes ^, quoique le peuple s'obstinât à les célébrer^. La réforme des monastères rencontra de plus sérieuses difficultés. Colbert voulait retarder jusqu'à vingt ans les vœux des religieuses et jusqu'à vingt-cinq ceux des religieux. Les Jésuites se plaignirent vivement de ces mesures. « Le dimanche, 19 décembre (1666), le matin, aux Jesuistes, le père Cossart me dict que le père Annat avoit parlé à M. Colbert sur la déclaration , qui reduict les vœux des tilles à vingt ans et des garçons à vingt cinq ans -, qu'il

^ Hénault, AbrCgé chronologique de VHistoire de France , année 'GG3. 2 Mémoires de Ch. Perrault , livre I", p. 47, 56-58. 2 Mémoire de Colbert , Revue Rétrospective , tome IV, p. 257-258. ' Mémoires de Louis XIV, tome 11 , p. 238.

■ Journal d'Oliv. d'Ormesson , 'l"" partie , f" 139 verso , novembre 1GG6. *^ Ibicl. , f" 151 recto. « Le mardy, IG aousl ( 16G7 ) , teste de Saint lloch . loul le peuple fcsta , nonol)stHnt le vetranehement do cette festo. »

en avoit faict connoistre les inconvénients et que c'estoit destruire leur ordre , n'y ayant que les jeunes gens qui peussent estre employés à faire les basses classes , et que leurs novices , n'entrant qu'à vingt cinq ans , faisant deux ans de novitiat , et , après , deux autres de philosophie , ils ne pouvoient commencer à régenter qu'après trente ans ^ ce qui ne se pouvoit plus '. »

L'opposition des Jésuites n'arrêta pas Colbert ^ il ne tint pas plus de compte de l'avis du Premier Président, « qui estoit que le Roy ne pouvoit toucher aux vœux des religieux et religieuses l » La déclaration fut dressée par l'avocat général Talon '\ « Dans le préambule, il establit la puissance du Roy sur ce qui est de police , mesme spirituelle, rapporte des exemples , traicte les religieux de gens oisifs et inutiles à l'Estat ^ dans le dispositif, il reprend les mesmes termes de l'ordonnance d'Orléans , desroge à celle de Blois , faict défenses aux communeautés religieuses de prendre des pensionnaires, sinon aux Ursufines ^ mais ne les garderont que jusques à quatorze ans. Défenses de prendre des dots ny des pensions , sinon aux couvents mal establis qui pourront prendre 500 liv. de rente viagère -, défenses de prendre des religieuses plus que les maisons n'en peuvent nourrir. Pour cet efPect , les délégués donneront un estât de leurs biens , afin que le Roy règle le nombre des filles qui pourront y estre receues , etc. L'on dict que le Nonce a parlé au Roy et que toutes les maisons religieuses sont fort alarmées. »

L'opposition du clergé suspendit pour quelque temps la

' Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2"" partie, f" 140 verso.

^ Ibid. , ^' 142 verso , G janvier 1667.

"* Ibid. , f" iV'i rcclo. DOrrncri^on dil qu'il avait lu cette rtéelaration.

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