‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 34 sur 54 · RÉFORME DES MONASTÈRES 1>R0JËTÉE PAR COLBERT · texte numérisé non relu

RÉFORME DES MONASTÈRES 1>R0JËTÉE PAR COLBERT

décision. L'affaire tut renvoyée au Conseil qui travaillait à la réforme des lois, et où siégeaient Pussort , Hotman , La Houssaye, Voisin^ tous soutinrent que le Roi avait le droit de fixer Page nécessaire pour les vœux monastiques ^ mais ils différèrent sur le terme qu'on devait adopter, et la décision fut remise à quinzaine ^ Dans l'intervalle , le Nonce fit les remontrances les plus vives. Il déclara au père Annat, confesseur du Roi, « qu'il estoit résolu de dire au Roy, que si , comme prince Très Chrestien , il ne vouloit pas déférer aux Conciles et à l'Eglise , au moins il suivît les exemples d'Angletterre où le Roy, qui se pretendoit chef de l'Eglise, consultoit neantmoins les evesques sur les affaires spirituelles, les Hollandois leurs ministres, le Turc le Moufti , et qu'au moins le Roy debvoit considérer le Pape comme le Moufti^ que l'on soutenoiten France que le Concile estoit audessus du Pape , mais qu'il falloit adjouster le Roy audessus du Concile ^ que , pour une affaire pure spirituelle, le Roy ne consultoit que des personnes laicques^ que l'on [auroit] le schisme ; car asseurement le Pape le feroit et luy se retireroit^ qu'il l'avoit dict à M"" l'Archevesque qui devoit en parler au Roy l »

Cette opposition détermina Louis XIV à renoncer au projet de Colbert, quelque avantageux qu'il parût pour le commerce et la population. « Le mardy matin , \^^ febvrier ( 1667) '^ M'' Boucherat me vint veoir, qui me dict que l'on n'avoit point délibéré sur les vœux ^ que le Roy avoit dict que M"^ l'Archevesque lui avoit dict des choses que le Nonce disoit sur cela si horribles , qu'il n'osoit les

' Journal d'Olivier d'Ormenso^i,'!"'^ partie, f" 144 reclo , 17 janvier 1667. • Ibid. , 1" 145 verso . :}0 janvier 1667. ' Ibid.. f" 146 reclo.

ï40 AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.

redire, et qu'il falloit différer cette affaire. Le soir, je vis M*" le Premier Président qui me dict que M*" Colbert l'avoit visité, et qu'il luy a voit [parlé] de sorte de la déclaration des vœux , que c'estoit une affaire manquée. »

En cédant à la résistance énergique du clergé, Louis XIV n'en conserva pas moins la conviction qu'il pouvait intervenir dans la discipline ecclésiastique. Dès le commencement de son gouvernement personnel , en 1 661 , il avait résisté à l'assemblée du clergé , qui ne voulait pas se séparer avant l'expédition de certains édits : « Je lui fis entendre , dit-il dans ses Mémoires *, qu'on n'obtenoit rien par ces sortes de voies. » Il croyait qu'il pouvait en conscience disposer des biens ecclésiastiques , et il s'efforçait d'inculquer ces maximes à son fils. « Vous devez être persuadé, lui dit-il-, que les Rois ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés , aussi bien par les gens d'Église que par les séculiers , pour en user en tous temps comme de sages économes , c'est-à-dire suivant le besoin général de leur État. En second lieu , il est bon que vous appreniez que ces noms mystérieux de franchises et libertés de l'Église , dont on prétendra peut-être vous éblouir , regardent également tous les fidèles , soit laïques , soit tonsurés , qui sont tous également fils de cette commune mère, mais qui n'exempte ni les uns ni les autres de la sujétion des souverains , auxquels l'Évangile même leur enjoint précisément d'être soumis. » Pénétré de ces maximes , Louis XIV s'occupa plus d'une fois de la discipline ecclésiastique : il interdit la fondation de monastères sans l'autorisation préalable du

» Œuvres de Louis XIV, iomcl", p. bl.

^ Ibid. , p. 121-122.

QUERELLE DU JANSl^îNISME. 141

gouvernement*, prescrivit le rétablissement des anciennes règles dans les couvents ^^ , la résidence des curés dans leurs paroisses % et prohiba sévèrement les excès commis par de « soi-disants pèlerins , qui quittoient leurs parents et leurs familles , laissoient leurs femmes et leurs enfants sans aucun secours , voloient leurs maîtres , abandonnoient leur apprentissage et suivoient l'esprit de débauche qui les avoit inspirés ^

Quant aux questions dogmatiques, Louis XIV s'abstint prudemment de s'en mêler, ou , s'il le fit , ce fut uniquement pour exécuter les décisions de l'autorité ecclésiastique. Dans une pensée d'ordre et d'unité, il eût voulu étouffer toutes les dissidences reUgieuses. Cependant il ménageait , à cette époque , les protestants , qui ne troublaient plus la France par de factieuses agitations , et l'enrichissaient de leur industrie. Mais il sévit contre le Jansénisme , qui divisait l'Église ; l'archevêque de Paris était en lutte avec les religieuses de Port-Royal et une partie de son clergé , pour la signature du formulaire , qui condamnait les cinq propositions extraites du livre de Jansenius, et déclarait qu'elles y étaient implicitement contenues. On se rappelle à combien de subtiles distinctions cette polémique donna lieu. Louis XIV vint en aide à l'autorité ecclésiastique, et publia , en 1664, une ordonnance pour imposer la signature du formulaire. Il se rendit, en personne , au Parlement , pour la faire enregistrer , le mardi 29 avril 1664. D'Ormesson assista à cette céré-

* Anciennes Lois françaises, tome XVHI, p. 9i-95. ^ Ibid. , p. 435.

3 Ibid.

♦ Ibid. , p. 436.

112 AFFAIRES KCCliSIASTIQUES.

inonie , dont il a retracé les détails avec son exactitude ordinaire * .

L'archevêque Hardouin de Péréfixc , armé de cette déclaration , dispersa les religieuses de Port -Royal -des - Champs , qui s'obstinaient dans leur résistance. Une bulle du pape Alexandre VII, enregistrée au Parlement, en présence du Roi , le 20 avril 1 665 ^, donna une nouvelle force aux ennemis des Jansénistes. Le parti ultramontain triomphait. Il fit paraître plusieurs ouvrages qui exaltaient l'autorité pontificale , et étaient contraires aux anciennes maximes de l'Église de France l Aussitôt les Gallicans , qui , sans partager les doctrines des Jansénistes, voulaient maintenir les libertés traditionnelles , attaquèrent les opinions ultramontaines. La Sorbônne les censura ; le Pape prit leur défense , et publia une bulle qui annulait les censures de la Sorbônne. La bulle fut dénoncée au Parlement, et ce corps s'empressa de la condamner et de confirmer les libertés de l'Église gallicane , défendues par la Sorbônne. « J'ay sçeu , dit Olivier d'Ormesson*, que Messieurs les gens du Roy estant entrés , M' Talon avoit parlé et faict connoistre plus de vingt abus dans la bulle ^ mais

' Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2'"" partie , f" 35 reclo.

'■ Ibid. , f» 102 recto et verso, 103 verào.

^ Deux des principaux ouvrages portaient pour litre , l'un : La Défense de i>'. S. P. le Pape, de A'SS. les Cardinaux, les Archevesques et Evesques, et de l'emploi des Religieux mendiants , contre les erreurs du temps , par le père Yernailt , carme des liiliettes; l'autre : Amadœi Guimenii Lomarensis , olim primarii sacrœ theoloyiœ professoris , opusculum, singularia universœ fere theologiœ morulis complectens. Plusieurs thèses relatives à l'infaillibilité du Pape et contraires aux maximes de l'Église gallicane furent soutenues , à cette époque , par les moines mendiants ; elles furent condamnées par la Sorbônne et supprimées par le Parlement.

* Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2'"* parlie , f" 1 H) verso.

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