INFLUENCE FUNESTE DE LOLVUIS
tion^ Il s'opposa à des expéditions utiles, de peur qu'elles ne tournassent à la gloire du fils de Colbertl Mais ce qu'il y eut de plus funeste, ce fut l'ardeur avec laquelle il pressa la révocation de l'Édit de Nantes. Dès qu'il vit dans la conversion forcée des protestants un moyen de puissance, il s'y précipita avec l'impétuosité de son ambition et la dureté de son caractère. Les missions bottées ou Dragonnades furent l'œuvre de Louvois ^ Si l'on en croit Saint- Simon^, il alluma l'incendie du Palatinat pour affermir son crédit ébranlé ^ il tourmenta la nature à Marly et sacrifia des milliers de victimes aux fièvres de Maintenons La violence et la tyrannie de Louvois finirent par soulever une vive opposition. Dès 1689, paraissent les Soupirs de la France esclave^ et l'on place peu d'années après la fameuse lettre de Fénelon à Louis XIV. Lorsque Louvois mourut, en 1691 , il avait fatigué de son despotisme la France , l'Europe et Louis XIV. Quelle différence entre Golbert et ce ministre! Colbert avait enrichi la France, lui avait donné une puissante marine, avait encouragé et fécondé tous les développements du génie. Ses yeux mourants avaient vu sa patrie au faîte de la prospérité et de la grandeur. La conscience des services rendus devait le consoler de l'ingratitude de ses contemporains et lui faire prévoir la reconnaissance et l'admiration de la postérité. Louvois, au contraire, avait épuisé la France par la guerre,
* Saint-Simon, tome XIII, p. Ib. — Mémoires de l'abbé de Choisi/, édit.Petitot, p. 289.
^ Mémoires de Berwick, collect. Petitot, 2"« série, tome LXV, p. 353.
3 Eclaircissements sur la Révocation de l'Édit de Nantes { par RuUiîère ) ; Paris, 1788, tomel", chap. X, p. 193.
* Saint-Simon , tome XIII ; voyez l'anecdote de la fenêtre de Trianon.
^ Ibid. , p. 85, 86 , 87, 88 , etc. — Mémoires de M»« de La Fayette , édit. Pelitot,p. 10 et II.
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lari la source de ses richesses , ruiné sa marine , ses colonies , son commerce , violé la liberté de conscience , et , après avoir fait servir à son ambition les armes et la religion, la ruse et la violence, les œuvres d'art et les secrets de police, il tomba vaincu par l'esprit patient et astucieux d'une femme.
Placé entre Colbert et Louvois , comme entre son bon et son mauvais génie , Louis XIV ne se laissa d'abord dominer par aucun d'eux-, il balança adroitement leur crédit, leurs talents , leurs efforts. Il les récompensait magnifiquement , et les tenait en même temps dans une étroite sujétion, que leur rappelaient tantôt quelques paroles hautaines, tantôt des refus obstinés. Ainsi , à son retour de Flandre, en 1 008 , il vante à Colbert les grands travaux militaires qu'il a vus s'élever avec rapidité et solidité. Il en oppose l'économie aux dépenses énormes des monuments civils*; il semble alors pencher vers les Le Tellier. Ils espèrent, à la mort de Séguier, s'emparer de la dignité de Chancelier. Mais la résistance énergique de Colbert fit échouer ce projet. « M. Le Tellier, dit Olivier d'Ormesson ^ , avoit prétendu à la charge de Chancelier et l'auroit esté , si M^ Colbert ne s'y fut pas opposé formellement , ayant dict au Roy que , si M' Le Tellier entroit dans cette charge , il ne pouvoit plus le servir -, car il le trouveroit contraire à tout ce qu'il voudroit faire. » Ainsi , Louis XIV sut garder, du moins à cette époque , son rôle d'arbitre et de maître entre ses conseillers -, il les écoutait et les dominait. Il ne les a pas créés , sans doute -, mais , sans lui ,
' Jlisl. de Colbert , par M. l*. Clément , p. 407.
'■"■ Journal (Volir irormeison , 2""^ parlie . f" 189 verso, à la date du 'ih .i\rii i(;7;>.