‹ De l'administration de Louis 14 (1661-1672) d'après les mémoires inédits d'Olivier d'OrmessonChapitre 40 sur 54 · CRITIQUE DU GOUVERNEMENT DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU GOUVERNEMENT DE LOUIS XIV

chie au XVIP siècle , ont fait ressortir les dangers du despotisme. Mon intention n'est pas de revenir sur une discussion épuisée ^ mes critiques porteront bien plus sur les | détails de l'administration que sur les principes généraux | du gouvernement.

Despotisme et usages féodaux. — Scandales de la Cour. — Dégradation des caractères. — Abus dans l'administration de la justice : commissions judiciaires; procès de B. de Fargues ( 1605); diversité des juridictions et des lois; lettres de cachet, etc. — Privilèges des propriétés féodales: exemption d'impôts; droits de dîme, de corvée, de garenne, de chasse ; droit d'aînesse ; retrait féodal. — Abus dans l'administration des finances : impôts arbitraires ; taxes féodales. — Abus dans l'administration militaire : vénalité des charges ; traditions féodales ; arrière-ban. — Abus féodaux dans les campagnes. — Entraves apportées à l'industrie et au commerce —Intolérance religieuse et oppression de la pensée. — Absence d'unité dans l'instruction publique. — Principes contradictoires de l'ancienne monarchie.

Les abus de l'administration de Louis XIV tenaient à deux causes : au despotisme et aux traditions du régime féodal. Le despotisme étouffait toute liberté ^ les usages féodaux, conservés par l'administration monarchique, étaient un obstacle à l'unité de la France.

Le mot célèbre « l'État , c'est moi , » qu'il ait été prononcé ou non , exprimait la pensée de Louis XIV et la situation de la France. Entre l'aristocratie abaissée et la bourgeoisie, qui n'était pas encore mûre pour la liberté, la monarchie absolue fut une nécessité. Je n'insisterai pas sur

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le danger d'une pareille situation , sur l'orgueil du souverain , nourri et exalté par la flatterie j sur cette espèce de déification de la royauté, qui finit par se croire infaillible, jusqu'au moment où des revers multipliés l'avertirent de la fragilité des grandeurs humaines. A l'époque même où

1 Louis XIV brillait de tout l'éclat de la jeunesse et de la puissance , la monarchie absolue avait déjà de funestes

r conséquences. La Cour était devenue le modèle de la nation , l'arbitre du goût et des mœurs ^ elle éblouissait par

/ son éclat , elle séduisait par son ingénieuse élégance. Elle contribua sans doute à donner aux esprits un tour plus délicat ^ mais , en même temps , elle corrompit la nation par

\ de scandaleux exemples. Le vice s'y affichait publique- ^ i ment , et ses dehors brillants ne le rendaient que plus con-

* / tagieux. Dès 1 664 , dans les fêtes de Fontainebleau , « le Roy se divertissoit à la chasse avec sa maistresse à la veiie des Reines sans aucune reserve ^» Est-il nécessaire de rappeler la disgrâce de M*"^ de Navailles punie de sa vertu ^, et le rôle indigne imposé à Colbert servant les passions du Roi et ramenant M"^ de la Yallière du couvent où elle avait cherché un asile '^ ? La Cour se modelait sur le Roi -, les intrigues de Madame , de la comtesse de Soissons , du comte de Guiche, de Vardes , agitaient ce monde

' frivole -, elles avaient un tel retentissement , que le grave

' d'Ormesson les a racontées dans son JournaP. Il l'a fait avec exactitude , suivant son usage 5 son récit supplée à

• Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2'"* partie, f" 39 verso, ù la date du 4 juin

2 Ibid. , fos 52 recto et 54 recto.

3 Ibid.,fo 184 verso.

* Ibid. , f" 97 recto et verso , à la date du 1 5 mars 16G5.

SCANDALES DE LA COLR. IT.'i

quelques omissions des autres Mémoires , et simplifie le roman compliqué que M"'® de La Fayette , dans son Histoire de Madame , a brodé sur ces aventures :

« M*" de Bar nous dict une intrigue descouverte à la Cour, et , comme je l'ay sçeu aussy d'autres personnes et qu'elle peut avoir des suites, je la veux escrire toute entière, comme je l'ay aprise. Il y a quelques années que l'intelligence de Madame avec M*" le conte de Guiche ' fit un grand esclat-. M*" le conte de Guiche fut envoie en Lorraine , et, après l'accomodement de Lorraine , il fit le voiage de Pologne. M*" de Vardes^ fut commis pour retirer les lettres des mains de M"* de Montalais (fille d'honneur de Madame) et estoit confident entre les deux ^ mais il ne rendit pas toutes les lettres et il en retint deux qu'il mit es mains de Madame la Contesse ^ pour s'en servir contre Madame , en cas de besoing. Dans ce mesme temps, les amours du Roy et de M'^^ de la Valliere commenceoient , et Madame la Contesse , voulant les rompre , prit une enveloppe d'un paquet du Roy d'Espagne à la Reyne, et concerta une lettre avec Vardes comme du Roy d'Espagne à la Reyne, qui luy donnoit advis des amours de M"^ de la Valliere et du Roy, et ils la firent traduire en espagnol par le conte de Guiche , la firent escrire ^ par le beaufrere de Gourville et l'envoierent à Gourville en Flandres , afin qu'il l'envoiast par un courrier. Cette lettre fut adressée à la seignora

ï Armand de Gramont, comte de Guiche, né en 1638, mort en 1G73. 2 François-Kené du Bec-Crespin , marquis de Vardes, mort en 1688. ^ Olympe Mancini , comtesse de Boissons, nièce du cardinal Mazarin et surintendante de la maison de la Reine.

* L'auteur a ajouté en marge : « Ce faict est incertain. » Souvent Olivier d'Ormcsson avertit ainsi de l'incertitude ou même de l'inexactitude des nouvelles contenues dans son Journal.

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Molina espagnole pour la rendre à la Reyne. Elle la donna au Roy qui jugea que c'estoit une lettre supposée , mais ne peut descouvrir d'où elle venoit , et l'on prétend qu'il en soupçonna Madame de Navailles , et que c'est la véritable cause de sa disgrâce.

» Depuis , M*" de Vardes s' estant brouillé avec Madame pour avoir dict au fils de M^ le conte d'Harcourt qu'il devoit s'adresser à Madame sans s'amuser aux suivantes ', le Roy l'a envoie , à la prière de Madame , à Aygues- Mortes '^, sans luy vouloir neantmoins de mal , disant qu'il seroitson solliciteur d'affaires. Mad. laContesse, ennuyée de ce long exil, a faict prier Madame de s'adoucir, et, pour l'obliger, luy a faict dire qu'elle avoit des lettres et de quoy luy donner de la peine. Madame s'en est irritée , et sçachant par le conte de Guiche l'histoire de la lettre, elle la dict au Roy. Ce fut dans la tribune , le jour du ballet , qu'elle en fit sortir Mad. la Gontesse , et le Roy l'ayant pressé de faire quelque civilité à Mad. la Gontesse et luy disant qu'elle la devoit mesnager ayant des lettres ; sur cela. Madame luy dict la lettre espagnole. Le conte de Guiche , mandé aussi tost par le Roy, après avoir obtenu son pardon , luy a dict toute l'intrigue et a fort chargé Vardes , et le Roy a pris par escrit sa déclaration et luy a faict signer. L'on dict que le conte de Guiche a descouvert encores d'autres intrigues sur l'affaire de Dunckerque et qu'il avoit conseillé à Madame de s'y retirer avec Monsieur et que soustenue du Roy d'Angleterre elle se feroit

* Comparez M. de Monmevçiué, Biographie Universelle, ArMcle Henriette- Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans: on \ trouve le récit le plus complet de ces aventures ; d'Ormesson ajoute quelques détails.

^ Vardes était j,'ouverneur d'Aigues-Mortes depuis KJGO.

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