PROCÈS DE B. DE FARGUES
Fargues, en 1665 , fournit une preuve de cet abus. On connaît l'histoire de Fargues par un récit suspect, que Lemontey a adopté quoiqu'avec hésitation et restriction ' • elle se trouve dans le Journal d'Olivier d'Ormesson, entourée de toutes les garanties d'authenticité. D'Ormesson avait connu Fargues, et il tenait en partie de lui les circonstances qu'il raconte. « Fargues, dit-il'^, estoit né de petite condition dans Figeac , en Languedoc ^ ayant espousé la seur du S'" de la Rivière , nepveu de M"" de Bellebrune , il avoit esté major d'Hesdin, dont M"" de Bellebrune estoit gouverneur, et, au mois de janvier 1658, le S** de Bellebrune estant mort , il forma le dessin de se rendre maistre de cette place. Estant venu à Paris, il offrit à M*" de Palaiseau, gendre de M"" de Bellebrune, de le servir pour luy conserver le gouvernement et luy demanda le nom de ses amis , dans la place , lequel M"" de Palaiseau luy donna , et , en mesme temps , il offrit à M"" le comte de Moret , auquel ce gouvernement estoit donné , de l'argent et son service , mais en ayant esté fort peu accuelly, il partit devant, disant que c'estoit pour luy préparer toutes choses , et , estant dans la place, il s'en rendit le maistre, ayant chassé tous les amis de M"" de Palaiseau et de M"* de Moret , et ayant escrit à M** le mareschal d'Hocquincour pour luy livrer cette place. M*" d'Hocquincour, avec son régiment, qui estoit en garnison sur la frontière , se retira , et je me souviens qu'estant en Picardie, le Ueutenant colonel de ce régiment vint de la Cour m'aportant des ordres, et tesmoignoit vouloir servir la Cour contre le mareschal, et, neant-
* Pièees jiiMiflcative? de VEssai sur rétablissement monarchique de louis XIV,
» Journal (VOliv. d'Ormesson , 2"" pai'lie, (" 99 reelo.
178 ABUS DE l'administration.
moins , si tost qu'il eut joinct son régiment , il le desbaucha et se retira à Hesdin.
» Lorsque , par la paix ^ , la ville de Hesdin fut rendue au Roy, je la receu et y fis entrer le régiment de Picardie^; je parlé à Fargues de toute sa conduitte ^ il me dict que , si tost qu'il estoit entré dans Hesdin , il avoit escrit en quatre endroicts pour negotier : à la Cour, par l'entremise de Carlier, commis de M"" Le Tellier, qui y fit deux volages, et, enfin, par sa femme , qui prit cette occasion pour aller à Hesdin et se rendre auprès de son mary -, au mareschal d'Hocquincour qui ne manqua pas de se venir jetter dans Hesdin ; mais Fargues prit si bien ses précautions avec luy qu'il n'en fut jamais le maistre, et ne luy permit jamais d'y estre le plus fort ny de parler à un homme en particulier-, à M"* le Prince, et aux Espagnols, dont il receut des trouppes qu'il fit camper dans le faulxbourg de S^-Leu , sans que jamais il souffrit deux officiers de ces trouppes entrer ensemble dans la ville.
» Le Roy , en avril 1 658 , marchant avec son armée pour faire le siège de Dunckerque ^ , fit semblant de voulloir assiéger Hesdin , et le bruict en couroit -, il passa à la veue de cette place croiant que sa présence feroit quelque souslevement dans la place. Mais Fargues me dict que sçachant qu'il ne seroit point assiégé , il jugea qu'il n' avoit qu'à se deffendre d'une révolte -, qu'il avoit assemblé toute sa garnison , et , leur ayant dict que le Roy venoit les assiéger ^ que , pour lui , il estoit résolu de se detfendre , et qu'il laissoit la liberté , à ceulx qui vouldroient , de
' Paix des Pyrénées, 1659.
^ Oliv. d'Ormesson était alors intendant de Picardie.
* Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2"'« partie , f" 99 verso.