PROCÈS DE B. DE FAUGLES
sortir ; que tous avoient juré de mourir avec luy, et que , profitant de cette disposition , il avoit mis ces trouppes dans les dehors et estoit demeuré dans la place , craignant seulement un coup de main et d'estre assassiné -, que M*" le mareschal d'Hocquincour escarmoucha avec la cavallerie, et que depuis il n'avoit songé qu'à ses fortifications et à maintenir l'ordre et la police dans sa place ; que La Rivière et luy estoient dans deux chambres séparées aux deux bouts d'une salle commune, dans laquelle il y avoit un corps de garde de pertuisaniers -, que jamais l'un ne dormoit, que l'autre ne fût esveillé ^ qu'ils n'alloient jamais en un mesme lieu ensemble , et , enfin , Fargues m' ayant explicqué sa conduite , faict veoir ses magazins , il me parut homme de teste et de grand ordre, et chacun convient qu'il a soustenu sa révolte avec beaucoup d'habileté n'ayant ny naissance ny condition ny charge ny considération qui le distinguast pour se soustenir. »
Le crime de Fargues avait été couvert par l'amnistie de 1 659 , et il avait même obtenu des lettres spéciales d'abolition. Depuis cette époque, il vivait retiré dans sa terre de Courson, près de Saint-Germain. Quelques courtisans, s' étant égarés à la chasse , furent accueilUs dans la maison de Fargues et traités avec une splendide hospitalité. Ils la vantèrent en présence du Roi et prononcèrent le nom de Fargues. « Gomment! Fargues est si près d'ici? » s'écria Louis XIV^ et, sur-le-champ , il ordonna de l'arrêter et de lui faire son procès. Tel est le récit un peu romanesque que cite Lemontey. Ce qui est certain , c'est qu'au commencement de l'année 1 665 , Fargues fut arrêté , et , comme l'intendant de Picardie Gourtin ne voulait pas juger un homme dont les crimes avaient été effacés par
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Famnislie, il fut remplacé par Machault, intendant de Champagne. « L'affaire de Fargues est l'occasion de ce changement, écrit d'Ormesson qui le tenait de Turenne^ ; car M*" de Machault va pour le juger souverainement et M*" Courtin l'avoit refusé. » Le nouvel intendant condamna Fargues à être pendu pour crime de péculat, et la sentence fut exécutée immédiatement. « Le dimanche , 29 mars ( \ 665 ) , je receu des lettres de la condamnation de Fargues et qu'il avoit esté pendu le vendredi à 5 heures du soir, à Abbeville. L'on remarquoit qu'ayant esté conduit à Hesdin il avoit esté mis dans la prison avec les mesmes fers et dans le mesme lieu , où il avoit retenu prisonnier le nommé Philippe Marie , qui estoit un officier qui avoit voulu souslever la garnison contre luy, lors de sa révolte ; qu'un soldat , qu'il avoit obligé d'estre bourreau et pendre un homme , avoit esté le sien et l'avoit pendu. L'on convenoit aussy qu'il avoit entendu la lecture de sa condamnation avec beaucoup de fermeté , qu'il avoit baisé trois fois la terre remerciant Dieu , qu'il avoit aussy baisé trois fois sa potence et qu'il estoit mort avec courage et fort chrestiennement. Cette condamnation porte pour vol, peculat, faussetés et malversations commises au faict du pain de munition-, etc. Chacun a renouvelle, à cette occasion, les anciennes histoires de penderie de M*" de Machault et [dit] que celuy-cy ne dégénérera poinct d'un nom si illustre^. » Ces penderies , pour employer le mot de d'Ormesson , retombaient sur le pouvoir qui les ordonnait.
Il serait facile de multiplier les exemples d'arbitraire et de violence dans l'administration delà justice, et d'insister
' Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2"'« partie, f* 87 verso. » Ibid. , f» 99 recto.