ORGANISATION DU POUVOIR CENTRAL ET LOCAL
Administration de Louis XIV. — Organisation du pouvoir central : autorité absolue du Roi ; le Parlement réduit au silence ; les grandes dignités de la couronne supprimées ou annulées. — Puissance des ministres. — Conseil d'État. — Maîtres des requêtes ; Grands Jours. — Organisation du pouvoir local : gouverneurs de province ; diminution de leur autorité. — Intendants ; despotisme de ces magistrats ; leur dépendance du pouvoir central ; mutations fréquentes. — Suppression de la plupart des États provinciaux ; docilité de ceux qui sont conservés. — Abolition des franchises municipales.
Louis XIV avait vingt -trois ans, lorsqu'à la mort de Mazarin il ne voulut plus de premier ministre. Ses grandes qualités n'étaient pas encore altérées par l'orgueil ^ il avait une volonté forte et persévérante \ un profond sentiment des devoirs que son rang lui imposait , une application assidue aux affaires, une dignité majestueuse en toutes choses ^ ; enfin, un instinct supérieur du bon et du beau qui suppléait souvent à l'imperfection de son éducation. Il savait discerner le mérite et le récompenser. Pénétré de la nécessité du travail , il voulut tout connaître par lui-même,
' Une de ses maximes était que la constance « ne consiste pas à faire toujours les mêmes choses , mais à faire toujours les choses qui tendent à la même fin. » Mémoires de Louis A'IV, tome II , p. 132.
' Mémoires deVahbc de Choisij , édition Petitot, p. 239. — Saint-Simon , fome XIU , p. 65.
Ai^ POUVOIR CENTRAL.
finances , justice , guerre , politique extérieure, et il s'y appliqua avec un zèle qui se soutint pendant cinquantequatre ans.
Mais , imbu de l'idée de sa toute-puissance et presque de son infaillibilité \ Louis XIV ne voyait que lui dans l'État. « La volonté de Dieu, dit-il dans ses Mémoires ^, est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement. » Il ne parlait qu'avec indignation des monarchies où le Roi est forcé de se soumettre à la volonté nationale. « L'assujettissement qui met le souverain dans la nécessité de prendre la loi de ses peuples est la dernière calamité où puisse tomber un homme de notre rang ^ » — « Ces corps formés de tant de têtes, dit-il ailleurs*, n'ont point de cœur qui puisse être échauffé par le feu des belles passions . »
Pénétré de ces principes , Louis XIV ne convoqua jamais les États-Généraux ni les Notables. D'ailleurs, ces assemblées , sans attributions régulières , sans époque fixe de convocation , ne pouvaient être considérées comme une véritable représentation nationale. Elles s'étaient bornées le plus souvent à quelques protestations généreuses , mais stériles. Le Parlement de Paris , en l'absence des États, avait voulu s'emparer de l'autorité politique , et , quoique l'on pût trouver étranges les prétentions de ce corps judiciaire , il avait réussi , au XVI® siècle , à faire accepter son contrôle , sous le nom de droit d'enregistrement. Les États-Généraux de Blois ( 1 576-1 577 ) avaient déclaré que « tous les édits dévoient être vérifiés et comme contrôlés
» Mém. de Louis XIV, tome U , p. 283. ^ Ibid. , p, 33G.
3 Ibid. , p 2G.
^ Jbi(J., p. 201.