LOUIS XIV ABAISSE LES PARLEMENTS
traditions douteuses. Lui seul , si je ne me trompe, a retracé avec étendue et exactitude les dernières luttes du Parlement contre le pouvoir absolu. Dès le mois d'octobre 1 665 , Louis XIV avait enlevé aux Parlements le titre de cours souveraines j et l'avait remplacé par celui de cours supérieures^. On prévoyait un changement plus grave , une atteinte plus sérieuse aux prérogatives de la magistrature. « Tout le monde , écrivait d'Ormesson le 1 8 décembre 1 665 ^, attend le lict de justice qui se doibt tenir mardy prochain (22 décembre), comme un coup de massue. L'on dict la déclaration des hypothèques , la réduction des rentes constituées au denier vingt (5 p. 100), le droit annuel ^ avec le prix fixé des charges et l'aage de vingt-sept ans (pour y être admis), la re vocation de la chambre de justice^, etc. » Le Roi tint , en effet , un lit de justice au jour fixé, et le Journal d'Olivier d'Ormesson en retrace tout le cérémonial :
« Le mardy 22 décembre ( 1 665 ), à sept heures du matin , je fus chés M. le Chancelier, en robe de satin , ayant esté mandé pour l'accompagner au Parlement ^ c'est la première fois, depuis vingt ans que je suis maistre des requestes. Nous le suivismes au Palais , où il fut receu soubs
^ Journal d'Oliv. d'Ormesson, 2"'* partie , f" 1 17 verso. — Mém. de Louis .Y/r, tome I", p. 48, note.
=» Ibid., f" 124 verso.
3 On appelait droit annuel ou paulette l'impôt prélevé par le gouvernement sur les offices de judicature, et moyennant lequel les magistrats devenaient propriétaires de leurs charges.
* Il s'agit du tribunal institué pour juger les financiers, et spécialement Fouquet. Il fut, en effet, supprimé en 1665, et c'est à tort que des historiens modernes , entr'autres M. H. Martin (Hwï. de France, tome XIV, p. 666 ), ont supposé que cette chambre avait duré jusqu'en 1669. On organisa un nouveau tribunal pour vider les incidents et liquider \G9, amendes.
iO POUVOIR CENTRAL.
l'arcade du millieu de la grande salle par deux conseillers de la grande chambre, et il les attendit^ c'estoient MM. Mesnardeau et de Refuge. Estant entrés dans le parquet de la grande chambre , M. le Chancelier se mit au-dessus de M. le Premier Président, et Ton apporta deux bancs pour M"^* du Conseil , et y estoient assis sur le premier banc M^^ d'Estampes , de Vertamont, Bercy, Foullé, ViIlarsc*,LaMarguerie, Boucherat; sur le deuxième banc estoient d'Ormesson '^, du Tremblay, Voisin, Rebours, Besnard , Chamillard , Hautman , Potel et Poucet le père, venu le dernier. J'estois fort près des présidents de la cour, qui me firent beaucoup d'amitié. Sur le banc des présidents estoient M"** le Chancelier, le Premier Président, de Longueil , de Mesmes , Lecoigneux , Bailleul , Mole et Nesmond. La Reyne et Madame montèrent dans la lanterne du costé de la cheminée ^ M"^ de la Valliere demeura soubs cette lanterne avec quelques autres damoiselles. Dans la lanterne du costé du greffe estoient le cardinal Ursini, l'ambassadeur d'Espagne et autres ambassadeurs.
» Le Roy estant à la Sainte-Chapelle, les quatre anciens présidents et les six anciens conseillers furent le recevoir. Sa Majesté entra , les tambours et les trompettes sonant jusques dans la grande chambre , à l'ordinaire. Il estoit accompagné de M. le duc d'Anguien seulement. S'estant assis sur son trosne, M. de Bouillon, grand-chambellan , s'assit à ses pieds -, M. Seguier, prevost de Paris, avec son baston blanc , sur le premier pas ^ M*"* de Ville-
I On ne peut lire que ce mot ; mais je pense qu'il s'agit de Villarceaux , et que la fin du mot a été enlevée.
' André Lefôvre d'Ormesson, doyen du Grand-Conseil et père d'Olivier.