LIT DE JUSTICE (22 DÉCEMBRE 1G
quier en quartier et Charost père , capitaines des gardes , assis * aux pieds des ducs et pairs ecclésiastiques de Laon et de Langres -, M. le duc d'Anguien assis à la droicte, et au dessoubs , M""^ les ducs de Luines , de Ghaulnes , de Rets , de Richelieu , Mazarin, de Grandmont , de Villeroy, d'Estrée et autres que je ne pus veoir, estant au second rang derrière.
» Chacun assis et couvert , le Roy, estant son chappeau , dict: «Messieurs, M. le Chancelier vous fera sçavoir mes » volontés.» Alors M. le Chancelier, qui s'estoit assis au coin dans la chaire ordinaire, se leva pour aller au Roy recevoir son ordre, et montant sur le dernier degré, il fit un faux pas , et sans le secours de M. de Yillequier, qui le retint, et de M. Sainctot , maistre des cérémonies , qui le soustint par derrière, il tomboit de hault en bas et eut faict une lourde cheute. S'estant mis à genoux devant le Roy et ayant retourné en sa place, et de là encores ayant saliié le Roy, il prononça sa harangue d'une voix tremblante , à son ordinaire , parla contre les financiers et ceux qui avoient eu l'administration des finances, et sans parler des déclarations , il finit fort promptement , en sorte qu'on creut qu'il s'estoit brouillé. Ainsi sa harangue fut courte et mauvaise.
» M. le Premier Président s'estant ensuite levéaivec tous les présidents et salué le Roi fort profondement , il prononcea sa harangue d'un ton et d'un poids fort net et avec beaucoup de dignité. Apres les premiers compliments , il loiia te Roy des poursuites qu'il faisoit contre les financiers 5 mais qu'il craignoit que cette guerre ne tombast jusques
» Journal d'Oliv. d'Ormesson, l'"" ]^nr\ie, f" 125 recto.
sur les innocents par cette déclaration que Sa Majesté apportoit -, neantmoins qu'il croioit que Sa Majesté estant très juste et fort esclairée imiteroit ce père , qui voyant son fils enveloppé dans les replis d'un serpent qui l'alloit estouffer, sçeut frapper son coup avec tant d'addresse qu'il tua le serpent sans blesser son fils ; et sur cette pensée , il parla fort bien et avec beaucoup de vigueur. M. le Chancelier ayant dict au greffier de lire les déclarations, celle dudroict annuel fut leûe la première^ [puis] celle de l'abolition pour les financiers moiennant les taxes avec la clause de l'hypoteche ^ la 3™® la réduction des rentes au denier vingt. Je ne parleray poinct du détail de ces déclarations , parce que je les auray imprimées.
» M. Bignon ^ parla ensuite admirablement, avec grande vertu , faisant connoistre en termes fort doux l'injustice de ces trois déclarations , dict que le Roy estoit sur son trosne plein de majesté et de terreur, mais qu'il y avoit un autre trosne intérieur et spiritiiel , qui estoit le cueur de ses subjects, où il debvoit régner ^ que c' estoit le trosne où Dieu mesme prenoit plaisir de demeurer, etc. Et enfin , après avoir parlé très fortement et très respectueusement, il finit disant : « Puisque vostre Majesté veut » estre obeie et qu'elle agit avec la plénitude entière de »sa puissance, par son très exprès commandement et »par le seul respect que nous debvons à la présence de Sa » Majesté , je requiers qu'il soit mis, etc. » Cette harangue satisfit extrêmement toute la compagnie ; mais le Roy me parut l'escouter avec peine et n'y pas prendre plaisir.
» Apres, le chancelier monta au Roy, demanda ensuite
^ Jérôme Bignon, avocat général au Parlement de Paris depuis iGàG.