‹ De l'administration de Louis XIV, 1664-1672Chapitre 13 sur 38 · INDUSTRIE ET COMMERCE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE ET COMMERCE

avait été^ institué par Henri iV en 1 604 *, et âait tombé en désuétude sous le ministère de Mâzariq. Olivier d'Ormesson, qui en parle, à la datedu 40 mars )665, l'appelle « le nouveau Conseil » et dit qu'il se composait du GhanceUer et des conseillers à'État Voisin et La Houssate^ Mais , en réalité , Colbert seul dirigeait cette partie de ^administration. Il indique nettement sa pensée dans le préambule d'une des ordonnances relatives au commerce. Il voulait < mettre le royaume 6b état de se passer de recourir aux étrangers pour les choses nécessaires à Pusage et à la commodité des François'. » Il attira des .ouvriers habiles de Flandre /d'Italie et d'Angleterre. Déjà, sous l'administration de Sully, l'industrie française avait enlevé à la Flandre le monopole de la fabrication du cuir doré et des tapisseries de haute-lisse * ; elle avait rivalisé avec l'Italie pour les cristaux et les glaces', Colbert déroba à l'Angleterre le secret de la trempe de l'acier^. Le Hollandais Van Robais fut attiré en France, et établit à Abbeville , en 166i, une cétëbre fabrique de draps. Les porcelaines de Sèvres furent bientôt renommées dans toute l'Europe. La manufacture des Gobelins, qui remontait à Henri IV \

( Procès-verbaux des délibérations du Conseil de Commerce ^ réuni en 1004 , liant let ArehBoei curieuses de VUisioire de FroAce^ par Cimber et Daqjou, f série, tome XIV, p. 221 eisuiv.— -Voyçz aussi le tome IV, p. 1-301 , d«8 Documents historiques extraits de la Bibliothèque nationale ^ dans la coHee- Uen des Documents inédits de VHUtoire de France,

* Journal d'Oli». d'Ormesson, 2*« partie, ^ 95 veno, ^ Anciennes lois françaises , tome XYIII , p. 39.

* Procès- ver b€U de V Assemblée du Commerce, par Isaac Lafl^mas , Archives curieuses de VBUtpire de France , tome XIV, p. 233-228.

^ Ihï^'^ Anciennes Lois françaises , terne XV, p. 164. c Anciennes Lois françaises , tome XVUI , p. 1 97 - 1 99. ^ Procès-verbal de V Assemblée du Commerce , par Isaae Laffcmas , Archives curieuses de l'Histoire de France , ibid.

MANUFACTOUfi BRS GOBSLINS. 93

recat une noiiveHe imptthion * , fut placée sous la direction de'Le Bnin, et édipsa par samagrnîècence tous les étabïi»sementa étrangers. « Je ftia dîsner, dit d'Ormeaaôa^ avec M' Le Brun^ aux G<d)cAins, où eatoient Tm feuune et mon fils. U noua fit grande cbere et de bonne grâce. Nous vismea les grands basaina, et les vases dVgeut quele Roy faict faire , tous d'ornements dîfferenta ;.il.y en aoite vingtquatre. Nous vismes les taMeaux admirables de Tbistaîre d'Alexandre et des principales actionsdu Roy, dont le Roy faict ikire de belles tapisseries, enfin,. tous les ouvragea cpri sont soubs la conduite de M' Le Brun. » JyOrmesaon écrivait ces lignes le 30 novembre 1665. Quelques jours auparavant , LouisXIV avait visité lés Gobelîna, qui étaient alors dans toute leur splendeur ^

■ Àncietmes Lois françaises , tome XYIII , p. 1 1 .

» Journal d'Oliv. (TOrmesson , 2"« partie , M 20 recto.

3 Loret , Muze historique , lettre du 22 novembre liiCfi •

Le Boy, qu'un chagrin accompagne ^ *

. PoarlMlangaeandesaeoiiipagDe»

Luy voyant quelque amendement , Alla, par divertissement.

Vol r les taperbefl bi^oâartoa, Peintures et tapisseries.

Que Ton fait peur Sa Majesté , Bn certain logis écarté , Qair, plaisant , et point du to«t sombre , Où des ouvriers , en grand nombre , Travaillent l'byver et Pété ATee gronde aialduité.

Et dent ce rare personnage , Monsieur La Bauif est directeur Et le suprême ordonnateur.

Étant , pour de pareils ouvrages , Un de nos plus grands personnage», Et qui , de Tesprit et des matns , Fait de plus transcenjlanlstlcssins.

94 iNDMnit KT GovnnGK.

Les andennes manofactaiw ftireot eoedlinigéesetpêrfeelioiinéM'^ m an fondade nouvelleft. GtaeesdeVeniBe, po^ d'AngietûRe, Im m métier^ draps fins de Louvkn, de Sedan , ^'AbbeTUIe ; drapa coimnims d*Eibeiif , fèbtrés de Gaiidebec\ soimea de Tours et de Lyon, tapisseries de la Saromierie, de Beaawis^ d'Aubosson^ peifselkHiBeaieot de rhoriogerie , cuktire de ia gacanœ, produits variés du fer, dé l'acier^ du ciiir^ des terpes argileiises, toutes les brancties d'industrie retwent de Ck>U>ert une féconde impûlrion ^ n majuitint à la Vérité le système des corporations, a\ec son vipnopole, ses jurandes , ses entraves de toute nature ^ et multiplia les mesures probsbUves. qu'on ^Qga^ dait alors co^mm indispensables à ta pn^spérité du cornmerce national. On le lui a sévèreadent reproché'. Hais comment faire un crime à Colbert de vues étroites peutêtre, mais universellement adoptées à cette époque? D'ailleurs, n'est-il pas injuste d'attribuer au système prohibitif la décadence des établissements industriels, qui s'explique tout naturellement par la prépondérance de Louvois, par les dépenses excessives de la guerre et l'accroissement des impôts? Un étranger illustre s'est chargé de répondre à ces critiques. A ùhe époque Où la France avait déjà soutenu les deux guerres de Flandre et de Hollande , en 1 678, Sir William Temple ^ rendait un hommage écla-

' LeèAnciemÊU Uûfrançaisei, iommXyill et XIX (I6S1 à 1686), sont remplies d'ordonnances relatives au commerce et à Tindustriè ; voyei , entre autres , tome XVIII , p. 39 , 68 , 66 , tti7, 196 , ele.

> Hiit. de Colàert , par M. P. Clément , p. 722 et suiv. — Anciamet Loit fnmçauet , tome XVIII , p. 68 , 486 , 441, etc.

3 Hitt. deCoibeft , par M. P. Oén^ni , p. 3!^ et suiv. « Voyez le pafwagè des .¥<W0trr< ée SUr WHi. Ttmph dfé à la fin du chapitre prérédent.

AMÉLJOHATION DES ROUTES. 95

tant à radministration de Golbert, à la prospérité industrielle et comnierciale de la France, et proclamait ce pays le plus riche et le plus florissant du monde. Colbert n'avait rien négligé pour porter vers Tindustrie et le com> merce les capitaux qu'absorbaient les prêts à intérêt ou le prix exorbitant des offices. Il avait réduit l'intérêt de l'argent du denier 18 au denier 20 ^ et fixé le prix des charges de judicature. Plusieurs ordonnances furent rendues pour encourager le développement de la population ; elles accordaient des exemptions de taille et assuraient même des pensions aux chefs de famille qui avaient dix ou douze enfants^.

Le mauvais état des routes « empêchoit notablement le transport des marchandises , » dit une ordonnance de 1664 ^. Colbert prescrivit aux intendants d'améliorer les voies de communication , et c'est de cette époque que datent la plupart des grandes routes de la France. Leur beauté changeait les voyages en promenades. M"'^ de Sévigné , qui se rendait de La Charité à Nevers, écrivait à sa flUe * : < C'est une chose extraordinaire que la beauté des routes ', on n'arrête pas un seul moment ; ce sont des mails et des promenades partout , toutes les montagnes aplanies, la rue d'Enfer un chemin de Paradis ; mais non ; car on dit que le chemin en est étroit et laborieux , et celui-ci est large, agréable et délicieux. Les intendants ont fait des merveilles, et nous n'avons cessé de leur donner des louanges. » Des coches d'eau établis sur la Seine faci-

* Anciennes Lois françaises , lome WUl , p. (i9.

* Ibid.^p. 90et 190.

' n)id., p.4l.

* Lettrrâ de M-" dt> Sévigné , en date du 20 septembre 1687.

96 INDUSTRIE ET COMVERCE.

litèrent Tapprovisionnement de Paris ^ et multiplièrent les moyens de communication. Le canal du Languedoc, après d'immenses travaux, admirables à toute époque , et surtout dans Tenfance des sciences mécaniques , unit les deux mers qui baignent la France, et mérita d'être chanté par Corneille ' et par Boileau ^ Le canal d'Orléans fut décrété un peu plus tard, et l'exécution confiée à Monsieur , frère de Louis XIV , moyennant la jouissance perpétuelle des droits de navigation , justice et seigneurie \ Ainsi se compléta le canal de Briare , qui avait été projeté par Charles V ^ et commencé par Henri IV®.

C'était beaucoup de vaincre les obstacles opposés par la nature et d'ouvrir au commerce de nouvelles voies de communication ; mais il était encore plus urgent d'abaisser les barrières que le système féodal avait multipliées à l'intérieur du royaume. Déjà, du temps de Henri IV, on se plaignait de ces douanes qui rompaient les veines et les artères de la France "^ . Malheureusement ces entraves du commerce étaient maintenues par des préjugés opiniâtres ot par l'intérêt de quelques provinces. Colbert parvint

' Atwiennes Lois françaises , lomc XIX , p. 187.

' La Garonne et l'Atax , en leurs grottes profondes .

Soupiroicnt de tout temps pour marier leurs ondes , Et faire ainsi couler, par un heureux penchant , Les trésors de Taurore aux rives du couchant , etc.

^Épîtrcl"', V. 146:

J'entends déjà frémir les deux mers étonnées De voir leurs flots unis au pied des Pyrénées.

» Anciennes Lois françaises , tome XIX , p. ' 87 .

• Christine de Pisan , collect. Petitol , tome VI , «^«^ série , p. i(i.

'» Mim, d'isaac Laffemas , Archives curieuses , tome XIV, p. 42(i.

" Forbonnais , Recherches sur les Financ s , tome l*"', p. ^0-\'i ; discours d'un député de Lyon aux Étals du Dauphiné.

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