‹ De l'administration de Louis XIV, 1664-1672Chapitre 25 sur 38 · ADMINISTRATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION MILITAIRE

assujettissement de tous, quel que WA leur rang ou leur dignité , à l'autorité du Roi, qui voulait rendre « toute condition simple peuple^; > en même temps, activité, régularité, discipline sévère, tels sont les principaux caractères de Tadministration militaire, pendant c^te époque du gouvernement de Louis XIV.

Pour Tapplication complète et sérieuse de prindpes nouveaux , il fallait des hommes qui n'eussent pas contracté rhabitude invétérée de la licence militaire. Les vieilles bandes de la Fronde , nourries dans l'indiscipline et le pillage , ne pouvaient guère se plier à ces mœurs nouvelles , à cette régularité sévère, que Louis XIV voulait introduire dans les armées. Le Roi les éloigna de la France -, les unes allèrent , sous la conduite de Ck)ligny*, combattre lés Turcs , qui menaçaient la Hongrie ; d'autres périrent avec Beaufort , un des héros de la Fronde, en défendant Candie. Peu à peu la France se débarrassa de ces soldats indisciplinés. Ceux qui restèrent se fondirent dans les nouvelles compagnies, et en prirent l'esprit de soumission et de régularité. Une armée pleine de bravoure et d'ardeur, conduite par Turenne et Condé , s'élança , au premier appel du Roi , pour conquérir la Flandre et la Franche-Comté'.

Le Journal d'Olivier d'Ormesson donne peu de détails sur l'administration militaire ; cependant il en montre bien les résultats en traçant un tableau complet et rapide de la

' Saint-Simon, tome XIII, p. CI.

> Voyei les Mémoires de CoUgny, publiés par la Société de lUistoire de France.

^ Mémoires de Louis XIV, tome 11 , p. 342 : « Au premier bruit de la guerre de Flandre, je vis en un instant grossir ma Cour d'une infinité de genlils> hommes , etc. »

CONOUATB de la nUNCHE-COKTÉ. f6f

conquête de la Franch^omté/: «Monsieur le Prkioe) soubs prétexte d'estre en Bourgogne aux Estais, avoit pris connoissance exacte que la Franche-Comté estoit sans aucunes troupes et sans defïiance , parcequlls ne doubtoient pas que le Roy ne leur accordast la neutralité, comme à la dernière guerre. Ces habitans ayant envolé vers luy pour demander la neutralité, il les a amusés-, cependant, le Roy a faict marcher son armée sans descouvrir son dessein , et ces habitans se /sont veus attaqués sans avoir sçeti qu'ils le debvoient estre. Besançon et Salins se sont rendus à la veue des trouppes. Le Roy, en arrivant ^ est allé à Dole, a faict installer les contrescaipes et quelques demie-lunes, où il y a eu quatre ou cinq cent honimes tués. Les habitans estonnés se voiant sans trouppes çt sans espérance de secours se sont rendus le mardy gras, Hfebvrier (1668). Le Roy a marché, en mesme temps, à Gray. Le gouverneur a faict mine de se vouUoir defTendre ; mais le marquis de Dien', gouverneur gênerai soubs Castel- Rodrigo, qui est du pays et y a tout son bien , s*est venu rendre au Roy et estant allé à Gray a persuadé au gouverneiu* de se rendre. Ainsi , le Roy y est entré- le dimanche \9 febvrier et y a fait chanter le Te Devm^ ayant à sa droite le gouverneur gênerai et à sa gauche le gouverneur particulier de la ville, et , le mesme jour, il est parti pour le revenir. Ainsi , le Roy est parti de S*-Germain le 2 febvrier, est arrivé le 8 à Dijon , a sçeu , en arrivant , que, le 6 , Besançon et Salins avoient esté pris \ il a attaqué Dole le 42 , l'a pris le 14 , est allé à Gray et Fa pris

> Journal d'Oliv. d'Ormesson , 2-* partie, ^ 160 reeto et verso ; 3& février l(;(}8.

* Voltaire l'appelle le marqiiip dTenoe : Siècle de Ja)uu XIV , chap. IX.

162 ADMINISTRAHON MILITAIRE.

le 49, est parti aussytost et est arrivé à S^-Gennain le 24. Ainsi, en 22 jours du mois de febvrier, il est parti de S^-Germain, a esté en Franche-Comté , Ta prise entièrement et est revenu à S^-Germain. Cette conqueste est grande et admirable dans ses circonstances. » Le résumé rapide d'Olivier d'Ormesson justifie parfaitement la lettre attribuée au Conseil d'Espagne à l'occasion de cette conquête : « Le Roi de France aurait dû envoyer ses laquais prendre possession de ce pays , au lieu d'y aller en personne ^ »

Le succès de cette campagne donna à Louvois une influence qui ne fit que s'accroître dans la suite. La famille Le Tellier, dont il devint le véritable chef, s'éleva comme une dangereuse rivale des Colbert. Ce lut d'abord par une émulation de services qu'elles se disputèrent le pouvoir ; mais peu à peu Louvois, stimulant l'ambition de Louis XIV et développant son ardeur pour la guerre , prit un ascendant marqué. Dès le mois de juin 1668, son frère, Charles Maurice Le TeIKer, obtint la dignité de coadjuteur du premier siège archiépiscopal de France *. D'Ormesson donne quelques détails sur cette promotion , qui excita l'étonnement et la jalousie *: « Le jeudy , i 4 juin (< 668) , je fiis faire mes compliments àM"* l'abbé Le Tellier, sur la coadjutorerie de l'archevesché de Rheins ; il en tesmoignoit une joie très grande comme d'un establissement très élevé et beaucoup audelà de ses espérances. Il y avoit longtemps que l'on mesnageoit cette coadjutorerie. avec M' le Cardinal Antoine *, et l'on croid que celle de Lan-

> Voltaire , Siècle de Louis AiV, cbap. IX.

> L'archevêque de Reims élail premier pair occh^sl astique du royaume. ' Jourtial tVOliv. d'Ormesson, 2«« partie, ^ 102 recto.

4 Antonio Barberini , archevêque de Reims.

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