‹ De l'administration de Louis XIV, 1664-1672Chapitre 28 sur 38 · ÉLOGE DB LOUIS XIV PAR LBS CONTSMPORAINS · texte numérisé non relu

ÉLOGE DB LOUIS XIV PAR LBS CONTSMPORAINS

brer ies Rois , bienfaiteurs des peuples , qui préfèrent à réclat des conquêtes la gloire des réformes pacifiques '. D rq^iait, avec Tingénieuse précision de son style, les institutions que rhistoire expose en détail. Molière n^avaitque des éloges pour ce prince ennemi de la fraude. Grâce à sa royale protection , il pouvait donner un libre cours à son génie et travailler à la réforme des mœurs et de la société. Parmi ceux mêmes qui avaient vu la Fronde et respiré ce souffle de liberté et de licence, dont on garde longtemps l'enivrement, quelques-uns comprenaient l'avantage des réformes récemment accomplies, et applaudissaient à la tranquillité, au bonheur, à la gloire de la France régénérée. La duchesse de Nemours commence ses Mémoires sur la Fronde par l'éloge de la situation nouvelle que Louis XIV avait faite à la France : «En voyant aujourd'hui la France si calme et si triomphante , et gouvernée avec tant de sagesse et une puissance si absolue , on a peine à s'imaginer qu'elle ait été réduite au point où nous l'avons vue , au temps de la régence d'Anne d'Autriche, mère du Roi'. » La Fronde ne paraissait plus que « le dernier effort d'une liberté remuante, qui alloit céder la place à l'autorité légitime, et comme un travail de la France prête à enfanter le règne miraculeux de Louise »

Mais une régénération pareille ne s'acconq)lit point sans blesser des intérêts et froisser des sentiments quelquefois nobles et généreux. Les familles parlementaires,

< Eptlrel**, V. I30et8uiv.

* mémoires de ta duchesse de Nemours , commencement de la première partie.

* BoMuet , Oraison funèbre d Anne de Gonzague,

CRITIOUXS DE QUELQUES CONTEMPOEAIMS. 469

si nombreuses et si poissantes au XYII® siècle, sobffiraient du silence auquel on les condamnait , de l'affaiblissement de leurs privilèges et de la diminution de leurs revenus. Les amis de Fouquet et des nombreux financiers que poursuivait la Chambre de justice, s'indignaient de lu dureté de Louis XIV et de ses ministres. La noblesse ne se résignait pas tout entière à échanger son indépendance contre la servitude des Cours. Les rentiers accusaient rÉtat de banqueroute. De là , l'opposition qui perce dans un certain nombre d'écrits contemporains. Les lettres de M*"^ de Sévigné et de Gui Patin ^ les romans satiriques de Bussy-Rabutin , et même le Journal d'Olivier d'Ormesson, portent la trace de cet esprit critique. Colbert surtout était dédiiré par les pamphlets'. Le plus souvent, ces attaques ne sont que le cri des intérêts froissés et le regret injuste du passé. Mais, à un autre point .de vue, l'administration de Louis XIV mérite des reproches , et l'histoire ne remplirait que la moitié de sa tâche,, si, après avoir signalé la grandeur des réformes , elle ne montrait pas les vices profonds, inhérents à l'ancienne organisation de la France et au despotisme de Louis XIV. On a souvent examiné et blâmé les principes de la monarchie absolue. Lemontey, dans son Essai sur, le gouvernement de Louis X/F, et fout récenunent M« Henri Martin, dans un travail sur la Monar-

' On trouve dans la plui>art des lettres de Gui Patin le regret dupasse : « Messieurs du Puy, qui étoient de fort bonnètes gens de la vieille trempe , des bons François, ultimi Aornoitoritm , comme Bnitus et Gassius dans les Annales de Tacite. » Lettre du 6 novembre 1666. — « On ne parle ici que de banqueroutes, malheurs, désordres et pauvreté. » 15 avril 1667.— Voyez lettres des l" et 22 octobre 1666 , 12 mars et 20 mai 1667, 17 Janvier 1668 , 26 avril et 23 novembre 166&, 2 juin et 14 août 1671, etc.

> HUt. de Colbert , par M. P. Clément , p. 409-4 1 1.

170 CRITIQUE DU GOUVBRNEXBirr DE LOUIS XIV.

chie au XVIP sUele , ont fattT ressortir les daogers du despotisme. Mon intention n'est pas de revenir sur une discussion épuisée ; mes critiques porteront bien plus sur les détails de Tadministration que sur les principes généraux du gouvernement.

ÂljUS DE L'ADMINISTRATION DE LOUIS XIV.

DespoUsme et usages féodaux. -^ ScandalM de la Cour. - Dégradattoo des caractères. — Abus dans l'admintstratloo de la Justice : commissions Judiciaires : procès de B. de Fargues ( l<MB ) ; diversité des Juridictions et des lois : lettres de cachet, etc. — Privilèges des propriétés féodales : exemption dimpOts; droits de dtnra , de corvée , de garenne, de chasse -. droit d'aînesse : retrait léodal. — Abus dans l'administration 'des nuances : Impôts arbitraires : tazen fiSodales. — Abus dans radmlntatrattoo militaire : vénalité des charges : traditions fliodales ; arrière-ban. ~ Abus léodauz dans les campagnes. — Entraves apportées h l'Industrie et au commerce —Intolérance religieuse et oppression de la pensée. -^ Absence d'unité dans l'iBStruetion publique. — Principes contradictoires de l'ancienne monarchie.

Les abus de radministration de Louis XIV tenaient à deux causes : au despotisme et aux traditions du résine féodal. Le despotisme étouffait toute libellé -, les usages féodaux, conservés par Tadministration monarchique, étaient un obstacle à Tunité delà France.

Le mot célèbre « l'État , c'est moi , » qu'il ait été prononcé ou non , exprimait la pensée de Louis XIY et la situation de la France. Entre l'aristocratie abaissée et la bourgeoisie, qui n'était pas encore mûre pour la liberté, la monarchie absolue fut une nécessité. Je n'insisterai pas sur

172 ABUS DB l'administiution.

le danger d'une pareille situation , sur l'orgueil du souverain , nourri et exalté par la flatterie ^ sur cette espèce de déification de la royauté, qui finit par se croire infaillible, jusqu'au moment où des revers multipliés l'avertirent de la fi'agilité des grandeurs humaines. A l'époque même où Lopis XIY brillait de tout l'éclat de la jeunesse et de la puissance , la monarchie absolue avait déjà de funestes conséquences. La Cour était devenue le modèle de la nation , l'arbitre du goût et des mœurs; elle éblouissait par son éclat , elle séduisait par son ingénieuse élégance. Elle contribua sans doute à donner aux esprits un tour plus délicat ] mais , en même temps, elle corrompit la nation par de scandaleux exemples. Le vice s'y affichait publiquement , et ses dehors brillants ne le rendaient que plus contagieux. Dès 1664, dans les fêtes de Fontainebleau , «le Roy se divertissoit à la chasse avec sa maistresse à la veue des Reines sans aucune reserve ^» Est^il nécessaire de rappeler la disgrâce de M*"^ de NavaiUes punie de sa vertu', et le rôle indigne imposé à Colbert servant les passions du Roi et ramenant M"® de la Yallière du couvent où elle avait cherché un asile'? La Cour se modelait sur le Roi ; les intrigues de Madame , de la comtesse de Soissons , du comte de Guiche, de Yardes , agitaient ce monde flrivole -, elles avaient un tel retentissement , que le grave d'Ormesson les a racontées dans son Journal^. Il l'a fait avec exactitude, suivant son usage; son récit supplée à

* Journal €Olio, iTOrwntsiQn, 2-« partie, ^ 39 verao, à la date du 4 juio

» Ibid. , f« 52 recto et 64 recto.

s Ibid., r« 184 verao.

* Ibid. , ^ 97 reelo et verso, à la date du IS marfi I6G5.

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