‹ De l'administration de Louis XIV, 1664-1672Chapitre 6 sur 38 · AUTORITÉS L0CAL8S · texte numérisé non relu

AUTORITÉS L0CAL8S

bâtions^ qu'on leuravoH abandonnés dumot la guerre , sous prétexte de pourvoir à la sûreté de leurs places et de les tenir en bon état ; mais qui , allmt à des sommes immenses pour des particuliers , les rendoient trop puissants et trop absolus. » Louis XIV ne laissa pas même aux gouverneurs l'autorité sur les troupes. « Je renouvelai insensiblement et peu à peu presque toutes les garnisons, ne souffrant plus qu'elles fussent composées^ comme auparavant , de troupes qui étoient dans leur dépendance , mais d'autres au contraire qui ne connoissoient que moi ; et ce que l'on n'eût osé penser ni proposer quelques mois auparavant s'exécuta sans peine et sans bruit, chacun attendant de moi et recevant , en effet , des récompenses plus légitimes, en faisant son devoir ^ » Louis XTV empêchait ainsi , suivant son expression^, que le peuple ne fM opprimé « par mille et mille tyrans , au lieu d'un Roi légitime; dont la seule indulgence fait tout ce désordre. » Dans le même but , il réduisit à trois ans la durée des fonctions des gouvemeurs\ et les retint le plus souvent à la Cour. Cette réforme ne s'accomplit pas sans provoquer les plaintes des grandes familles. A une époque même où la nouv^le organisation était depuis longtemps consacrée , M*"® de Sévigné parlait avec indignation des atteintes portées aux droits des gouverneurs: « Trouvez- vous bien noble et bien juste, écrivait-elle à sa fille ^, de se faire un mérite de dégrader ee beau gouvernement (de Bretagne)? N'est-ce

* Mim. de Louù Xll\ tome l"*, p. 67.

> Ibld., p. Ô8.

^ 1bi4.,p 61.

* ll>id.,p. I9:-I08.

'* Loltrc du C novembre îCSU.

ABAlSSElBIfT DES GOUVERNEURS. 65

pas l'intérêt commun 4e8 grands seigneurs, des grands gouverneurs? Ne doivent -ils pas se mirer dans cet exemple ?. . . Hélas ! ces pauvres gouverneurs , que ne fontils point pour plaire à leur maître? Avec quelle joie , avec quel zèle ne courent-ils point à l'hôpital pour son service! Comptentrils pour quelque chose leur santé, leurs plaisirs, leurs affaires , leurs vies , quand il est question de lui obéir et de lui plaire? Et on leur plaindra un honneur, une distinction , une occasion de faire plaisir à des gens de qualité dans une province I Et pourquoi veulent-ils être aimés et honorés et faire les Bois ? N'est-ce pas pour le service du vrai Roi? Est-ce pour eux? Hélas! ils sont si passionnés pour sa personne , qu'ils ne souhaitent que de quitter ces grands râles de comédie pour venir le regarder à Versailles, quand même ils devraient n'en être pas regardés. » Celte vive réclamation , inspirée peut-être par l'échec que venait d'essuyer le marquis de Sévigné, auquel on préférait un courtisan pour r^nrésenter la Bretagne auprès du Roi , cette réclamation trouvait peu d'écho , mêsae dans la famille de M"** de Sévigné. « Est*- il possible que vous ne pensiez pas comme moi? » écrit-elle à sa fille dans la même lettre. Puis , comme étonnée de sa hardiesse , elle ajoute : « Cest à vous , au moins , que je me fie ; car, ailleurs , je ne trouve rien de si joli que de savoir ainsi mettre les grands à la raison. »

Les gouverneurs abaissés, toute l'autorité passa aux intendants. Ces magistrats, institués par Richelieu en 4635, sous le titre d* Intendants de justice^ de police et de finances^ supprimés pendant la Fronde , rétablis par Mazarin , gagnèrent beaucoup en puissance sous Louis XIV. Toutes les afiaires , même celles du clergé et des unive)rsités ,

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