AUTORITES LOCALES
passaient par leurs mains. A Taiitorité administrative ils joignaient le pouvoir judiciaire ^ Mais les ministres leur faisaient perpétuellement sentir leur dépendance par des mutations ou des destitutions. Ce sont des détails que négligent les Uistoriais, uniquement attentif aux grands événements , ou les conteurs d^anecdotes , tout occupés des intrigues de Cour. Le Journal d'Olivier d'Ormesson signale ; au contraire , ces changements , qui intéressaient les familles parlementaires, c Pai sçeu^ écrit-il à la date du 29 mai 1665^ que M' Tubeuf va intendant de justice en Languedoc auprès *de M** de Bezons pendant un an ; qu'il revient après, et Ton dict qu'on luy destine la première présidence de Rouen*, M** Tubeuf a obtenu cet employ par l'enfaremise de M^ de Bouville, son cousin-germain , et M** Golbert a dict que sans cela il ne Taiffoit pas eue. M^ d'Herbigny va intendant de justice en Champagne , et , selon ce que je luy ay ouy dire , M'^ Colbert , maistre des requestes , Ta obtenue pour luy. M^ de Machault est confirmé intendant de justice en Picardie, nonobstant ce qui avoit esté promis à M^ Courtin. M"* Barentin va intendant de justice en Poîctou et Limoges , au lieu de M^ Colbert^ maistre des requestes, qui ne s'esloigneraplus d'auprès de son frère. » Au mois de décembre suivant, xle nouvelles mutations ont lieu ^. «L'on me confirma la nouvelle du changement quasi* gçneral des intendants : M"* Coibert (de Croissy) en Picardie ; M*" de Machault , de Picardie, en Champagne ; M** d'Herbigny , de Champagne, en Berry et en
' Journal dkOliv. d'Ormesion , 2"* partie , (• 99 recto et verso. Voyez , plu» bas , chap. IX , le procès de Fargues , jugé par rintendant Maeliaiilt.
* Journal (VOliv. éTOrmesson , 2'"« partie , T- 105 recto.
3 Ibid. , ^ 132 verso , samedi 12 décembre IU6S.
MUTATIONS FRiQUBl^TflS BBS INTENDANTS. 47
Bourboimois; M'Barin, d'Orieans^àRetten; M^ Voisin, Ae ft(men,àToivs;M. duGué, deCaen^ètyon.SmrqpHogrje (feibs remarquer l'air du temjte. M' de ViUeroy^ayttt pmposé pobr eett^intMdance M'* de Cwmantin , Bareatio ou BeKons. Le Roy luy avoitprooûs l'im d'eux ^ neçÉItaDOio», sans sa participatioii ^ on y envoie M' du Gtlé , et mesnie sans celle de M'^ Le Teliier. Tel est le ùtedii d'un gouverneur du Roy et de Lyon , mareschal ^ due et président «i Goiî* seil des finances. M" de Marié va à Caen ; W Favâer revient d'Alenfon , et M"* de Pommereul du Bourbonnois, et Sf Courtin , rambâssadéur d'Aogkitterre , à Orieans ; ee qm me paroistim coup fort rude. J'^)ris que, lors de cette proportion d'intendances, le Roy avoit dict : Que âê^ tmndra dmrAn ? S^ra-t-il mr le pû»é ? W Golbert avoit respondu : // n'eetpas nécessaire qu'un homme soit tauejours, dans l'emphy. Le Roy ayant repUcqué qu'A en folloit donner une à Courtin , W Golbert avott dict : // fouit doneques oster JP d'Aubray, nommé pour Orléans^ ei la donner A M^ Courtin; et que le Roy l'avoit approuvé. » Quelques années plus tard , d'Ormesaon signale de nouveUes mutations. « H y a beaucoup de changements dans les Intebdanees ^ M*^ Pellot quttte la Guyenne et Montauban, et M^ d'Aguesaeau va en Guyenne , et M'^ de Sève à Montauban -, M*^ RourviHe de Janvier en Poictou , au lieu de Sf Barentin, qui est révoqué ^ M' d'Orieux quitte le Soissonnôis et va à Lymogias ; M' de Machault en Soissonnois, et-M^ Marin dans sa place^ à Orléans ; M"* Voisin demeure en Touraine^ M*" de Barillon en Picardie , M' de Caumartin en Champagne. » Les intendants, avertis par ces changements perpétuels
» Journal d'Oliv. d'Ormesum , 2'"" partie , ^ 173 verso.
68 AUTORrris locales.
de la dépendanee où les tenait le pouvoir, avaient , en dédommagement, jime autorité absolue dans leur province. Pau à peu ils détruiairent toutes les libertés locales. La pl!q>art des provinces avaient eu , dans Torigine, des États particuliers , qui votaient l'impôt et veillaient aux intérêts du pays. Parfois , ils faisment entendre des réclamations contre le despotisme. < V. M., disaient à Louis XIV les derniers États de Normandie ', alémoigné à tout le monde qu'elle peut^ dans son État, tout ce qu'il lui plaît. Il ne convient pas moins à sa justice, quand tout fait joug sous son autorité , de donner à connoitre qu'elle ne veut que ce qui est raisonnable, et que sa bonté accorde ltt»rement aux très humbles supplications de ses sujets la dédiarge des choses qui les grèvent davantage. • Quelque modérées que fussent ces remontrances, elles blessèrent une autorité ombrageuse, et la Normandie fut privée de ses États. Il en fut de même du Maine, de l'Anjou , de la Touraine, de l'Orléanais , du Bourbonnais , du Nivernais , de la Marche , du Berry, de l'Aunis et de la Saintonge, de l'Angoumois, de la Haute et Basse-Auvergne, du Quercy, du Périgord et du Rouergue^ Le Languedoc, la Bourgogne, la Provence , la Bretagne et quelques autres provinces moins importantes restèrent Pays d'États. Mais les assemblées provinciales se laissèrent diriger par les commissaires du Roi, comme M. Alexandre Thomas l'a prouvé pour la Bourgogne^. Les plaintes de M*"® de Sévigné sur le
* Ils furent tenus au mois de février 166&. M. Floquet a établi , contrairement A roplnion eommane , qull n'y eut plus 'd'assemblée d'États depuis cette époque. Bist. du Parlement de Normandie, tome V, p. 548-649.
> Cl. Dareste, Histoire de l'Àdministraiion monarchique en France, tome I*», p. 80.
* Iwe Province sous Louis XIV, p. 32-60.
SUPPRESSION DBS LIBERTÉS PROVUfCIALES. 69
sort de la Bretaj^ne, jadis « toute libre , toute conservée dans ses prérogatives , aussi considérable par sa grandeur que par sa situation,» attestent qu'on ne tenait plus compte < du contrat de mariage de la grande héritière ^ » Le Languedoc se montrait docile aux volontés du Roi. « n suffit, écrivait & Louis XIY M. de Noailles , gouverneur de cette province ', il suffit que les ordres de V. M. soient connue pour être exécutés. » Les officiers royaux ne ménagèrent pas même les libertés municipales, qui n'étaient qu'une ombre des firanchisés des anciennes communes. Les maires ne furent plus nommés par lés bourgeois , mais choisis par le Roi '.
Ainsi, le pouvoir ftit hiérarchiquement et vigoureusement organisé. Il descendit du Roi, maître absolu, aux ministres , ses délégués immédiats , et enfin aux intendants , qui, dans les provinces, furent investis d'une autorité illimitée. Si la liberté périt étpuffëe sous ce despotisme, Tordre f\it , du moins , fortem^t constitué.
■ Lettres da 6 noTerabre 1 689 et du 1 8 Janvier 1 890.
' «an. de KoaUUi , coUeet. PeUtot , 2"« série , tome LXXI , p. ^3 1 .
3 Andamu Lois françaUa , tome XX , p. 168. — Raynouard > Hùt. xiu Droit municipal , tome U , p. 886.