ADMINISTRATION DRS FINANCES
Tadresse de Coibert , qui saisit' « seul toitte l'autorité des finances , et lui fâsoit accroire qu*eile passoit toute entre ses mains par les signatures dont îl Taccabla , & la place de celles qae faisoit le Surintendant. » Travailleur infatigable, dur à hii-méme et aux autres , vùr marmorm$$, comme l'appelle Gui Patin , Coibert opposait un front impassible aux sollicitaticNis des courtisans et aux plaintes des mécontents. D procéda à la réforme des finances avec une vigueur sy^matique que ne lassèrent ni les pamphlets de ses ennemis lil l'ingratitude de ceux pour cpii il travaillait, n lui fallut soutenir des tuiles incessantes et opiniAtres contre les traitants, les Parlements , les usurpateurs de privilèges et les abus provinciaux. Bien ae découragea sa fermeté , et il finit par triom(Aer de tous les obstacles.
Le rapprochement de quelques chifflres est plus significatif que tous les éloges. En 4664 , on percevait 84,222,096 liv., et il n'entrait à l'Épargne que 34 ,844,924 liv.^ les dépenses s'élevaient annuellement à 53,377,472 liv. Il y avait donc, diaque année, un déficit con^dérable. Les traitants , qui détournaient une partie des f(Hiids publies , s'en servaient pour avancer de l'argent au Trésor à un taux exorbitant ; ainsi, ils volaient doublement l'État. En 4667, Coibert avait augmenté le revenu et diminué les chaires! Le revenu s'élevait à 95,574 ,739 liv.^ il entrait à l'Épargne 63,046,826. liv.-, les dépenses n'étaient plus que de 32,554,94a livres*. L'État pouvait donc disposer, pour les dépenses extraordinaires ; d'un excédant de recettes qui s'élevait annuellement à 34 ,171 ,902 liv. Coibert parvint à ce résultat en exerçant sur les comptables une surveillance minutieuse, en diminuant le nombre des
• Forbonnui:^ , Reclierches sur lea Finances , lome I", p. 403.
POURSUltBS CONTRE LES TRAITANTS. 75
offices ei les rentes qui grevaient le Trésor public , et surtout en dévelq[)|>aht la richesse nationdle par l'iodustm et le coaunerce.
. Les afovs les plus odieux venaient des traitants^ qui spéculaient sur la mis^e pubKque et piUaientle Trésor. Colbert institua une Chambre de justice chargée d^exapriner tous les coBiptes^des financiers depuis (635 et de punir les malversations'. Plus d'une fSoi&, sous les règnes précédents , on avait eu recours à des Chambrer ardentes contre les traitante; mais presque toufours le crédit et la fbrtune deft accusés les avaiiMit soustraits à la vengeance des lo»: Il n'en fut pas de même sous le ministère de Colbert. Pen*dant phisde quatre années ( 1664-I6fil5 ), la Chambre de justice fit trembler les financiers ; il y eut des condamnations à mort ^ et ceux mêmes qui obtinrent leur grâce furent soumis à des amendes considérables. EUes s'élevèrent à c&ûi éoL millions de mwnaie du temps. Le Journal d*01ivier d'Ormesôon donne des détails étendus sur ie& taxes auxquelles on soumit les accusés ^ * Le Dimanche, 18 octobre (1665), au retour d'AmboiUe , M' Pelletier^ m'envoîa quérir pour aller soup^ chés M"" Boudberat avec M^ BriUac^ L^ j'appris que le traité des taxes de la Chambre de ju^îee avoit esté signé devant le Boy à cent dix millions , sçavoir deux millions en argent comptant , XX millions en argent payable en cinq ans , XXX VID mil-
* Anctennes Loù française» , tome XVlll , p» f 2.
* Journal cfOliv. d^Ormesson , 2"" partie , P» 4î verso.
J Ibid.,^ lie verso. • ,
» Claude Le Pelletier, nù en IBîiO , prévbl de^marubandj en !(»()&, ministre des Hnancefl de 1683 à 1Q89.
^ Conseiller au Parlement de Paris , membre de la Chambre de justice.
76 ADVnflSTRATIOlf DBS FINÀNCI8.
lions en billets et L millions en rentes , droicts ou autres bons effeictS', qu^il n^y avoit d'excepté de ce traité que Marchand , les deux Monnerot et le duché de Penthièvre; que la difficulté estoit quelle- compagnie on formeroitpour juger tous les incidents et faire vendre les immeuMes. L'on dict que TafTaire de M"* de Guenegaud ' s'accomoderoit : 1^ il n^estoit point excepté du traîcté *, 2^ Mad. de Suilly ' avoit envoie dire chés le M*' d'Âlbret' que, dans trois jours, l'on verroit combien la famille Guenegaud avoit obligation à M"* le Chancelier ; 3^ le Roy avoit escouté sur cela assés favorablement M"*' d'Albret et du Plai^sis H dict que l'on dict de sa part à Golbert de luy en parier ; 4^ la mort de M' Ayrault^ ; 5^ le retardement affecté depuis cinq ou six jours, etc. » Guenegaud obtint, en effet, sa grâce ; mais cet homme , qui avait rempli de hautes fonctions et s*honorait d'amitiés illustres, fut centrant de se soumettre à des formalités humifiantes , que retrace le Journal d'Olivier d'Ormesson * :
< M. leChancelier estant arrivé, l'on discourutde la forme de la vérification des abolitions. M^ l&C3iancelier demanda à M. Chamillart^ qu'on fit entrer pour y estre présent, comme il debvoit en user , disant qu'il falloit faire deuz séances et ordonner que le procureur gênerai donneroit
* Du Pleins -Guenegaud , aneien trésorier de l'Épargne eia^rétaire d'État.
> Fille du chaneelier Séguier;
3 César Phébus d'Albret ; il avait été longtemps connu sous le nom de lliossens.
« C'était un des. membres de la Chambre de justice ,' très hostile aux traitants.
^ Journal d^OUv, d^Ormuson , 2"*« partie , f» 123 verso ; 27 décembre 166&.
^ Michel Chamillart, contrôleur général des finances en 1699, morl en 1 721. Il était alors procureur général de la Chambre de justice.