INTRODUCTION. XI
d'ordre dominait dans tout le pays. La lassitude^ le découragement, l'exil, avaient triomphé de plus d'un citoyen jadis rebelle à tous les caprices du pouvoir comme à toutes les injures de la fortune. Plus d'aristocratie pour essayer de ressaisir une influence locale. La bourgeoisie n'existait pas encore, ou ce qui la représentait en ce moment manquait de direction, de science et d'autorité. Dès lors, il est naturel que le premier Consul, en homme de génie qui juge immédiatement son temps, se soit attribué un pouvoir plus que royal aussitôt acclamé par le pays. Il ne faut ni trop louer Napoléon, ni trop le maudire de la place qu'il prit dans le gouvernexïxent, du ressort énergique dont il dota l'autorité qu'il s'attribuait. La centralisation vint comme d'elle-même après les orages de la Révolution, les faiblesses et les misères du Directoire. Et une centralisation aussi puissante devait conduire promptemènt au despotisme ; c'est ce qui arriva en effet. La loi du 28 pluviôse an VIII est restée, de l'aveu de tous, la base de l'administration française moderne. Ce qui a fait la force de cette loi et assuré sa durée, c'est que, comme le Code civil, elle est une transaction heureuse entre le passé et le présent. Elle est simple comme ces rouages auxquels les machines les plus compliquées doivent leur premier élan ; elle est prévoyante et en harmonie avec le caractère permanent de l'administration même. Quoi de plus simple et de plus heureux, en effet, que de distinguer la délibération, l'exécution et le jugement? Cette distinction pourtant était une nouveauté ; c'est par là que l'œuvre de la loi de pluviôse est demeurée vraiment originale, et trois quarts de siècle écoulés depuis ont justifié la sagesse du législateur. Pour que les affaires soient délibérées