XIV INTRODUCTION
de se sentir enfin libre au sommet, abandonnât volontiers au Pouvoir ces mêmes libertés. Plusieurs fois des ministres avisés et animés d'intentions sincèrement libérales cherchèrent à instituer^^une administration municipale et départementale moins centralisée; leurs efforts échouèrent, et Ton sait que M. de Martignac succomba sous l'une de ces coalitions, que nous avons si souvent revues depuis, pour avoir voulu établir l'alliance du Pouvoir royal et des intérêts provinciaux.
Ce fut seulement après 1830 que le Gouvernement, secondé et poussé en avant par l'opinion publique, chercha à réaliser des mesures de décentralisation pratiques et durables. Les conseils municipaux et les conseils de département furent soumis à l'élection, et les lois du 18 juillet 1837 et du 10 mai 1838 ouvrirent la série des réformes qui n'ont pas été interrompues depuis. C'est aussi à partir de cette époque que les conseils généraux ont acquis dans le pays une influence qui n'a cessé de grandir. Ils ont été, comme on l'a répété souvent, l'école primaire des libertés constitutionnelles. D'ailleurs, grâce au concours de la presse et de l'opinion, la France a, de plus en plus, compris que la direction des affaires locales gagne à être confiée à ceux qui, vivant près des populations, connaissent leurs aspirations, s'inspirent de leurs sentiments et traduisent avec persévérance leurs désirs. La prospérité matérielle de notre pays progressivement augmentée, un essor inconnu imprimé aux travaux publics, notre réseau de chemins vicinaux développé sans relâche, l'instruction primaire répandue, une activité inouïe jusqu'alors imprimée à tous les services, tels ont été les résultats utiles, on pourrait presque dire glorieux, du Gouvernement parlementaire et des lois de décentralisation qu'il a promulguées.