INTRODUCTION. XXI
car il a pour lui de sérieuses raisons autant que des chances nombreuses de succès. Mais la refonte générale de notre organisation administrative serait une utopie. On a beau dire que les départements forment une unité trop restreinte ; que les préfets peuvent abuser, que souvent ils ont abusé de leur autorité. Les années ont consacré notre système administratif, comme elles ont donné à la sagesse de nos lois civiles la plus éclatante justification. Or, les peuples sages ne remontent pas le courant qu'ils ont descendu avec les siècles, ils cherchent seulement à le diriger et à le redresser ; ils se servent de l'instrument que le génie ou même le hasard ont mis entre leurs mains, et ils regardent comme une chimère tous les plans de réforme qui rompraient brusquement avec les traditions nationales. Nous n'avons pas toujours absolument évité cet écueil, et nos assemblées délibérantes ont dû souvent s'arrêter à discuter des systèmes inapplicables que presque toujours, il est vrai, la réflexion a fait abandonner.
L'administration départementale a été presque universellement préservée de ces expériences qui coûtent toujours fort cher. Mais le calme et la demi-obscurité de ses assemblées ont été la source d'un danger d'un autre genre. Au labeur ingrat qui est le partage d'un conseiller général, quelques-uns se sont lassés parfois et des mesures dont le législateur avait espéré le plus sont demeurées presque stériles. Ils ont cru que le mandat de conseiller général ne convenait guère qu'aux intelligences étroites, et, sous prétexte de hauteur de vues, se sont dispensés d'étudier avec détail toutes ces ques^ tiens de budget, d'impôts, de chemins, pour se contenter d'aperçus vagues et peut-être de déclarations retentissantes. Or, il en est des peuples comme des