INTRODUCTION. . V
pouvoir et les efforts de quelques administrateurs de génie ne purent rendre la vie au corps social ébranlé, il faut reconnaître que les générations qui vivaient alors durent au pouvoir administratif de traverser sans trop de périls des désastres inouis. Ainsi, par exemple, fut assurée la garantie des droits que chacun était impuissant à défendre isolément et, en échange de la liberté dont ils ne se souciaient guère ou qu'ils ne pouvaient plus porter, les individus gardèrent du moins quelque sécurité pour leurs personnes et parfois même une vie relativement heureuseï.
Lorsque le régime féodal se fut implanté en France, le pouvoir administratif s'éclipsa; toute régularité sembla à jamais détruite; la force, substituée à toute autre règle, ne laissa plus d'intermédiaire entre le maître et ceux qui lui étaient plus ou moins asservis. Ce n'est pas que toute hiérarchie eût disparu; loin de là; mais le principe même du pouvoir administratif était en contradiction manifeste avec l'organisation de. la société féodale. Tout y reposait, en effet, sur une règle contraire, et voilà pourquoi tant d'historiens n'ont vu dans cette période de notre histoire qu'une lamentable et révoltante oppression commencée par la violence et continuée par la ruse. Oppression tro^ souvent, en effet, révélée par les abus et les mensonges qui furent alors commis; mais si l'égalité et la justice, dans les rapports entre les hommes, furent alors singulièrement violées, l'énergie virile, l'esprit de résistance, que l'administration ne provoque pas d'ordinaire, se firent jour, et ils impriment à toute cette époque un caractère de grandeur sauvage qui retient et captive.
Les destinées de l'administration, après cette nuit si longue, recommencèrent à briller d'un assez vif éclat