Indépendamment des objets d'administration
DES ASSEMBLÉES PROVINQIALES. 17
dont les assemblées provinciales sont chargées, le roi confiera aux Etats provinciaux l'administration des hôpitaux, des prisons, des dépôts de mendicité, des enfants trouvés, l'inspection des dépenses des villes, la surveillance sur l'entretien des forêts, sur la garde et la vente des bois, et sur d'autres objets qui pourraient être administrés plus utilement par les provinces.
Ce fut là la dernière parole de la royauté sur l'administration des provinces. On sait que cette parole ne fut pas entendue.
Chose remarquable pourtant ! la royauté, après avoir assuré l'unité de la nation, s'occupait de lui donner cette liberté féconde et régulière que rien ne remplace et dont rien ne peut consoler. Elle s'eflforçait de réparer ainsi la faute qu'elle avait commise un siècle plus tôt ; le pouvoir cherchait à renouer son alliance séculaire avec le tiers-état, et des réformes, aussi sages que variées, se succédaient sans précipitation et sans découragement. Que n'ont-elles pu aboutir et préserver la France des malheurs qui suivirent! Tel n'était pas, sans doute, le plan de la Providence. Mais on ne doit point oublier ce qui fut, il y a un siècle, tenté I)Our réaliser sans secousse des améliorations que nous ne possédons pas toutes aujourd'hui et nous épargner des catastrophes dont nous souffrons encore. Deux fois, à quarante ans de distance, à la veille de deux révolutions, la royauté a fait appel aux hommes honnêtes, à toutes les forces vives du pays; en 1787, comme en 1829, avec M. de Marti gnac, aussi bien qu'avec Necker, elle a été forcée de se replier et elle est tombée. C'est que les racines qu'elle avait autrefois, si profondes au cœur de la nation, s'étaient dessé-
chées et que la nation elle-même, divisée, imprévoyante et présomptueuse, s'est abandonnée, après avoir réclamé et obtenu de légitimes satisfactions.
Excitée par des espérances sans bornes, elle ne sut pas, à cette date mémorable de 1789, reconnaître et accepter des bienfaits assurés, dont elle aurait usé d'abord pour conquérir ensuite pacifiquement toutes les libertés. Et puis, quand tout fut essayé à la fois, bouleversé et compromis, pris de peur devant l'abîme qui menaçait de tout engloutir, le pays recula. Bientôt après il acceptait le despotisme et l'acclamait, ébloui par une gloire dont il nous est resté surtout des ruines. C'est qu'en effet, le labeur austère, au prix duquel les peuples fondent des institutions durables, lui avait paru trop dur. Bien des révolutions se sont succédé depuis; elles ne nous ont encore éclairés qu'imparfaitement, et voilà pourquoi la France a si souvent, depuis un siècle, oscillé entre le césarisme et l'anarchie.