‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 10 sur 28 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Qae le système chiétien d*édQcation est désonnais le seul possible.-^ 81 la U catholique est sai son déclin.

Le système d'éducation humaine, introduit par le christianisme , est-il une révélation du Législateur éternel, et le plus grand bienfait que Dieu ait accordé aux hommes , comme le croient tous les chrétiens, ou n*est-il que le rêve d'un génie extraordinaire, comme le prétendent les rationalistes ? Ce n'est pas précisément ce que j'examine ici. Je le considère , au grand jour de l'histoire , tel qu'il s'offre au regard du croyant et de l'incrédule , comme un système dont l'Europe a longtemps vécu, dont elle vit encore.

A l'école anti-chrétienne qui maudit le jour où la Croix renversa les autels de Jupiter, d'Apollon et de Vénus, et empoisonna les joies de la vie présente par le dogme d'une vie étemelle, je dirai : Vos malédictions contre ce qui est et vos regrets pour ce qui fut n'y peuvent rien. La révolution chrétienne est un fait accompli dont il faut subie les conséquences. Vous feriez revivre tous les gé-

6Ç BIRUOTHÈQUE KOUVELI.E.

nies politiques, militaires, poétiques, philosophiques, artistiques de rancien monde, qu'ils seraient impuissants à reconstruite les aQCJétés dont ils fu* rent la gloire. Sortez un peu du cercle puéril de vos idées de collège pour tenir compte des réalités. Ne voyez-vous pas que le banquet social, auquel l'Europe d'autrefois admettait à peine dix millions de maîtres, servis par deux cents millions d'esclaves, est beaucoup trop étroit pour les deux cent cinquante millions de maîtres, dont pas un n'hésiterait à dégaîner contre celui ^ui lui diiait : Sois mon esclave ?

Que cet esprit de fraternité, d'égalité, de liberté, qui agite les peuples chrétiens , soit chose regrettable pour les admirateurs des sociétés antiques, à la bonne heure ; mais c'est un fait vivant.

Or voici une des conséquences de ce fait : l'espace qui pouvait suffire à la vie de dix millions de citoyens formés par les législateurs de la Grèce et du Latium, serait insuffisant pour un nombre é^al d'hommes élevés par l'Évangile ; comment suffirait-il donc à deux cent cinquante millions de chrétiens ?

Nous avons des populations vingt fois plus nombreuses et incomparablement plus exaltées dans leurs i4ées et leurs prétentions que les populations libres de l'antiquité. Vouloir que ces masses de

géants se nieuvciu en bon ordre ou restent immobiles dans la salle de manège où prirent ieur$ ébato et fîaîrent par s'étouffer les fils de Cécrops, de Lycurgue» de Romalus et de Noma, c'est Toaloàr l'impossible ; c'est proToquer des désastres.

Tel a été cependant le but de nos systèmes mo* demes d'éducation, si toutefois il est permis d'ftp* peler systèmes l'amalgame inintetligenl des élé* ments les plas disparates.

Au lieu de mettre au service du génie chrétien les progrès de l'antiquité dans l'étude du beau, aous avons mis le génie chrétien à la remorque de la littérature et de l'esthétique paiennes. Qu'eu est-il résulté ? une littérature neutre^ servile, qui a exercé la plus triste influence stir les talents et sur les mœurs. Elle a dorade le talent en le rs* valant au r61e de copiste. Elle a perverti les mc&nry parce qu'au lieu de s'appliquer à cultiver et em^ bellir les moeurs chrétiennes , elle s'est faite l'interprète et l'admiratrice des idées puériles et des mœurs dissolues de l'antiquité.

Qu'en est-il encore résulté ? L'affadissement de la poésie, de la musique, de la peinture , de la sculpture , de l'architecture, qui ne vivent que des inspirations de la pensée religieuse et natio* nale. Aussi voyons-nous les artistes émincnts sortir de la triste carrière ouverte à l'époque dite de la

renaissance, et que Ton app3llera bientôt le siècle de la dégradation. Obligés de reprendre nos études et de revenir aux traditions de l'école du moyen âge , notre adoration pour Tart antique nous a attardés de trois siècles.

Nos essais de restauration païenne dans Tordre politique ont été encore plus désastreux. L'idée romaine, de créer des nations de soldats régnant sur les autres par le droit de Tépée, n*a enfanté que des guerres sanglantes. Elle est décidément morte, avec son dernier représentant, à Sainte-Hélène. L'idée grecque, de faire des nations de législateurs et de fonctionnaires, a produit le mépris des lois , du pouvoir, et nous a rendus ingouvernables. L'idée économiste anglaise , de nous transformer en automates producteurs, consommateurs et commerçants, occupés à remplir notre ventre des produits de notre industrie, ou h les étaler sur tous les marchés du globe, a ravivé les antipathies nationales et n'a fait que développer, en Angleterre et dans les pays qui ont voulu l'imiter, la lèpre hideuse et dévorante du paupérisme.

£n somme, nos éducateurs modernes n'ont rien négligé pour nous faire rétrograder de vingt siècles et obliger les peuples chrétiens à reprendre les misérables allures d'une misérable antiquité. Qu'on ne demande plus d'où vient ce sentiment général

de mépris , de défiauce et d'aversion pour l'autO" rite gouvernante et pour tout ce qui en émane : c'est la réaction naturelle de la conscience universelle contre les roueries d'une politique sans principes , sans grandeur ; c'est le juste salaire des continuelles violences qu'elle a faites à nos plus nobles instincts ; c'est l'expression de celte vérité bien simple : Pour les peuples chrétiens , il n'y a de vie et d'avenir que dans une politique chrétienne.

On me dira : Une politique chrétienne suppose ce que nous n'avons plus, des populations croyantes. Le retour de l'Europe à la foi catholique est chose peu probable.

— Oui, lapolidque chrétienne suppose la foi catholique, c'est-à-dire une foi pleine, inébranlable au système complet d'éducation humaine tracé par le christianisme. Pour arracher les hommes aux bassesses de l'égoisme , à l'idolâtrie du moi , et les faire vivre en bonne harmonie sous la loi de justice et de charité , le chritianisme prend son point d'appui sur l'étemel avenir qu'il nous montre au delà du tombeau ; avenir qui a été cru de tous les peuples , mais sur lequel l'Évangile seul fournit des données d'une grande eJOBcacité morale. Là , en effet , il fait briller à nos yeux cette grandeur sans limites à laquelle nous aspirons, et il nous dit : Soyez soumis ù la loi et aux exemples du Christ ;

imiter son amour de Dieu et des hommes, et vous régnerez éternellement avec lui. Là aussi il nous signale les abimes d*ignominie et de misère destinés aux égoïstes qui oiit foit du culte de leurs pas* sions leur grande affaire dans la viepréseate. Sans une foi entière aux enseignements de Jésu^Gbrist, point de vrai christianisme , c'est évident.

La foi catholique est morte , dites* vous , et sa résurrection est peu probable. — Ouvrez donc les yeux et reconnaissez que cette foi est la seule qui vive , la seule qui ait chance de revivre là où elle vous paraît éteinte.

Des milliers de fois rivales se sont élerFées en Europe avec plus ou moins de succès 9 et ont travaillé de diverses manières à la démolition delà foi catholique.

Nous avons eu d*abord les fois religieuses : foi au christianisme de Luther, foi au christianisme de Calvin , foi au christianisme angllcanot Ces fois se sont subdivisées en autant de fois qu*il y a eu de dbefs de sectes assez en crédit pour dire : Le véritable christianisme de la Bible , c'est moi qui Tai trouvé !

Nous avons eu les fois potiUques : foi à la politique monarchique , foi à la poliUqjoe bourgmae, foi à la politique démocratique» foi à la politique révolutionnaire, foi à la politique demi-mosarchique, demi-révolutiounaire, appelée foi consti^

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tiitionneUe ; foi à use foule de systèmes politiques tÉkbé» par telle ou telle dynastie, par tel et tel puUkidtcf ma boflnne d'Étal en remrih i foi à ce0t systdlnês d'économie potîtiqtte, qui tùû» nom pta* Bfettn«Qt le bim-ètre mitrerseL

Mm» ^yijaw en ks fonpMloiBophlque^ 2 foi ft Bd^ Mé, M à Descartes, foi k Lack«, M à (jondîRaé, foi à Ydtaire , foi k Rousseau » foi k t))derot , 1 HeWétias, à d'Holbach, à Cabanis; foi à TécOle aUemande^ foi à Técole écossaise, foi ans écol^ françaises; foi au déisme, foi au panthéisme spfriturfiste « foi an panthéisme matérialke , fol au pur athôistiDie, foi à Feedectisine.

Que re6ite-t*il de tant de fois réliglenses, pdfiti^ fi^Bés f phifosopbiques ? Dés roine^ , rien qoè dêS ifoinest

Les religioiis iiationales , les É^es établies par la kn , que le protestantisme avait partout foridées, oift fait lenr teisrps. La {dss forte de tontes , TÉglise anglicane , croule sous nos yeux , et les effortsdé ses parti»BS poiir Téta^er ne fMt qtre prétif^ier sa rmne/] En dehors des Ég(»es offidelleSî que tof)^-^ on ? des nriËiers de sectes qui se fi^actiânnem 2r Fii^i , tontes saiis passée sans atènif, et dont auesne n'est de taille ^ tàWkr autour de son synibole on demi^milKon de croyants.

Les religions polifiqnes cottqpt^t e&oèfe par-ci

par-là d*l]ODorables partîsaos ; mais elles sont mortes dans la conscience pnbliqae. On n'a plus foi ni au pouvoir d'un seul» ni au pouvoir se divisant et se pondérant dans les mains d'une aristocratie bourgeoise, ni au pouvoir exercé par tons. On a essayé de tOBt cda» et l'on n'y a trouvé que ce qui s'y trouve en effet » des formes diverses d'un despotisme plus ou moins ininteliigent et brutaL Les économistes ont eu la main si malheureuse^ là où ils ont été pris au sérieux , que Proodhon peut les bafoaer à son aise.

Les écoles {riiilosophiques sont mortes, décidément mortes ; car pour former une école, il faut an moins un maître et deux élèves. Or, parmi les plus beaux talents , je n'en vois pas un qui puisse s'attacher deux disciples fidèles, bien plus, qui puisse rester fidèle à lui même. Schdling, Lamennais et Cousin ne doivent-ils pas dire : Nous portons avec nous toute notre école , et nous en avoAs porté plusieurs?

En un mot , nous assistons à la complète déconfiture de toutes les influences, de tous les pouvoirs, de tous les systèmes, qui ont pu jusqu'ici diviser et se partager l'Europe. Il n'y a plus de parole humaine assez puissante , plus de volonté as* sez forte, pour passionner les multitudes et leur imprimer une direction quelconque.

£st-ce là un signe de mort , comme beaucoup le pensent? Distinguons : c'est un signe de mort pour ceux qui , recommençant les tristes aberrations du passé , voudraient mettre de nouveau les peuples en marche sur la foi aux symboles religieux, politiques ou philosophiques, arborés par un homme ou par une coterie. Le désenchantement est gêné-* rai , et tous les prestiges du génie sont impaissants à remuer les masses habituées à ne voir que tricheries dans les enseignements et les divers gouvernements sortis des conceptions de l'homme. Mais ce désenchantement est le symptôme infaillible d'un retour imminent à la foi catholique, qui seule offre aux peuples de l'Europe une religion , une philosophie , une politique qui soient dignes de leur éducation première.

Ne voyez-vous pas que cette foi est la seule qui ait survécu au naufrage de tant de croyances religieuses, politiques, philosophiques ? la seule qui ait résisté aux épreuves de la science, de la moquerie, des plus brutales violences? la seule qui , dans les cinq parties du monde , réunisse toujours dans ses temples près de deux cent millions de chrétiens assez dévoués au symbole catholique pour lui faire , dans le cas de persécution , les plus douloureux sacrifices? C'est la seule foi qui n'ait jamais cessé de donner des martyrs voloiitairçs.

74 BIBLIOTHÈQUR NODVELLE.

Vous dites que celte foi va s'éteigDaul en Europe? Les faits nous la mooirent au contraire pleine de vie et en progrès là où elle paraissait morte.

Et d'abord, ayez-vous calculé le nombre des ca« tholiqaes plas ou moins fidèles à leurs devoirs religieux, ou élèveriez^vousdes doutes sur la sincérité de leur conviction^ aujourd'hui que l'accompUssement de ces devoirs, loin d'ôtre encouragé par ropinion et les lois, y rencontre plutôt des obstacles?

Prendriez-vous pour de vrais incrédules ces millions de catholiques tièdes, indifférents* hostiles même, qui affectent de ne pas croire et croyent même ne plus croire, jusqu'au jour où, le malheur oula maladie les oUigeant à rentrer en euz-mé0ieS| ils se retrouvent croyants ?

Pouvez-vous ignorer les nombreux retours à la foi catholique, qui dégarnissent rapidetnent les rangs de ses ennemis, surtout en Angleterre ?

Enfin, n'avons-nous pas vu que le socialisme aiiti-chrétien lui-même» pour exercer quelque influence sur les masses, a dû emprunter au catholicisme ses idées fondamentales, tant il est convaincu que le mouvement général des esprits tourne aux idées catholiques.

Que reste-t^l donc entre rÉglise catholique et les masses populaires qui eu «ont encore î«»|Tarros?

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11 ne reste que des préjugés, des antipathies, des négations, qui s'évanouissent avec les institutions religieuses qui vivaient de ces préjugés, de ces antipathies, de ces négations. Les religions nationales une fois tombées, les peaples, qui ont besoin de croire, d'espérer et d'aimer, ne peuvent que se jeter aux bras de la religion universelle, dont le système d'éducation peut seul, ainsi que nous allons le voir, unir tous les peuples dans les convictions et les sentiments d'une même foi, d'une iQôme espérance, d'une même cbarité.

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