‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE YL · texte numérisé non relu

CHAPITRE YL

Ce qu'il y a de séduisant dans le plan socialiste. — Analogie de sa marche avec celle des réformateurs du ÏYI' siècle. — Faiblesse des raisons sur lesquelles on se fonde pour le mépriser.

J'ai dil que te système ratlonalisCe de féioancipationabsitee ié Tindi^iëit, par rabotKioD de tfMAe biéyaFobie vèl^emt et sociale, pcronak se l^odaire^salis danger au sem des pôptflatioii» mm chrétiennea. La raison en eat qa*one erreur n'est à craindre qu'autant que , par son affinité atec les idées dominâmes ^ elle est capable de mettre en jeu .les passions populaires. Or les idées d^ fraternité, d'^alité et de liberté universelle, dont le système

rationaliste n'est qu'une fausse appUcation , sont absolumentcontraires aux idées reçues chezles Mif sulmans, les Hindous, les GhidOiStj étc^Llaégalité universelle , la subordination complète des faibles aux forts , de la femme à l'homme • des enfants au père, des sujets au souverain , y sont un principe consacré par la religion , par les lois et les institutions sociales , par l'univei^salité du fait et

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des tmdilioos Dalionale?« Méllte m doiitô Ténuité de ce priodpe , ce serait heurta k comcleiice et de ceux h qui le principe profite et de ceni qoi en muffi^ent.

Il en est tout autrement en Europe , où le dogriie de la fraternité , de Fégafité , de la Hberté de tous ks hommes, sous la souTefaiueté de leur Père et Maître qui est aux deux , est détenu le fond^ ment de notre pensée religieuse et sodate. Beaucoup ont décapité ce dogme en niant la paternité et b souveraineté de Dieu : ils se Béni faits déistes, panthéistes t dtbées} tibâisen rejetant le principe générateur de la fraternité humaine , ils n*en ost pas moins retenu celle-ci.

Lisez les théories des démagogues les plusanlicbréiiéns, tops y trouYêrez les idées catboiiqties, rien que les idées catholiques, mais déplacées et incomplètes.

Quelle est Tidée mise en arant par les che£s de la Jeune-£nrop&? C'est Tidée de la république udiverseHe, abattant les murs de di¥isk)n dans leéqueb le despotisme a }nsqu*ici parqué les peuples pour les dévorer à son aise. C'est raffrasdiisscliieit et Tunion des individus et des peuples , vivant en bons frères sous la sainte loi de Tégalité. Qui fie recotamait là Tidée chrétienne , k la rédisafién dé laquelle r£urope a si longtemps aspiré , et que Ter-

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tidiien fonnolait aîo» dans sa funense apologie à remperear Séf ère : Nous restons étrangers à vos faetUms , à vos partis... La rép/ubliqut du genre humain y voilà ce que nous voulons par dessus tautit)!

Qoeveot Proodhoo , le grand ennemi da capital et de la propriété ? n ¥ent abolir ce que le catholicisme a depuis longtemps aboli dans la conscience et le droit public de TEarope : l'expUntaiion de l'homme par Phomme , le pouvoir de C homme sur l* homme. En affirmant que tout pouvoir vient de DieUf et qne ceini qoi l'exerce n'est que le ministre de Dieu pour le bieti (2) , l'Évangile nie par là même le domaine de l'homme snr ses semblables.

Que prétendent les socialistes partageux ? Effacer l'odieuse in^alité qu'il y a entre les riches et les pauvres, en obligeant ceux qui ont du superflu à s'en dessaisir au profit de ceux qui manquent du nécessaire. Or cette obUgation, lâchante chrétienne la prêche depuis dix-huit cents ans. Saint Paul trouve très mal que , chez les chrétiens de Gorinthe , les uns souffrent de la faim , tandis que

(1) Apologétique, eh. XXXYIIL

(2) Saint Paul, Épitre aux Romains , ch« XIII,

les autres sont ultra-repus , et il leur propose un excellent moyen d'établir légalité entre VaboU' (lance des uns et Y indigence des autres (1).

Qae veut le socialisme communiste ? Il veut universaliser et rendre obligatoire le système de la communauté des biens , librement adopté par les premiers chrétiens de Jérusalem et toujours en vigueur dans nos instituts religieux.

£n somme , les réformateurs socialistes suivent la même marche que les réformateurs religieux du xvr siècle, dont ils continuent l'œuvre de démolition. Ils se servent du catholicisme pour détruire le catholicisme.

Qu*est ce qui fit le succès du protestantisme? Ce fat le mot de réforme religieuse , écrit en tête de son programme. Ce mot exprimait une pensée, une aspiration éminemment catholique. La réforme des al>us était un besoin généralement senti. Les abus réels étaient grands sans doute ; mais ce qui contrariait le plusTesprit général de Tépoqne, c'était Fétat d'atonie du principal organe de la vie universelle. Affaibli par le schisme d'Occident et subissant trop l'influence locale et séparatiste des pouvoirs séculiers , le sacerdoce n'avait pas l'unité

(1) Voy. ses à&xxépUres aux Ci^rinthient, I'%cb. XI, 21. — 11% eh. YIII, 1-4.

et la VTgneur nécessaires pour faire reprendre à la famille européenne sa marche ascendante. Ce défaut d'énergie dans le principal édncateur était plein àe danger dans un moment où la société , bouillonnante de jeunesse et de rie, demandait à marcher en atant Luther ouvrant une nouvelle voie , les pfids iiiipatfents se jetèrent de son côté ; et quand on put caculer la portée du mouvement , Timpulilon était devenue trop forte pour qu'on reculât.

Il en est de mOme aujourd'hui. En annonçant une réforme radicale de la société , en proclamant la solidarité et la fraternité des peuples , le socialisme fait appel à une idée, à un sentiment qui sont in fbnd de toutes les âmes , et que notre politique moderne a complètement méconnus. Il exagère sans doute nos misères sociales , comme les novateurs du XVI» siècle exagéraient les abus ecclésiastiques ; mais ces misères sont réelles, progressives, toujours plus poignantes. Le pis est qde les remèdes tentés jusqu'ici n'ont fait qu'aggraver le mal. On a essayé de toutes les formes de gouvernement ; pas une n'a réussi à remettre la société sur une vole meilleure. De là un profond dégoût pour les théories du passé et un présent ; de IS le désespoir d'arriver à rien de satisfaisant avec les institutions actvelles } de là , dans les masses qui sentent vivement et ne calcuicnl p:rs, une disposilîon à écouter

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les charlatans qui leur promettent la construction d'un nouveau monde sur les débris de TandeD.

Pour se rendre compte de cette disposition des esprits, rappelons le fait dont notis avons parlé plus haut. Malgré les ravages de l'anti-christianisme, l'Europe roule toujours sur le fond des idées callioliques. Les maîtres qtii l'ont égarée n'ont pu lui faire perdre le souvenÎF des hautes pensées et des sublimes inspirations qu'elle avait puisées dans son éducation royale. Ce n'est même qu'en flattant ses nobles instincts , ce n'est qu'en lui promettant la réalisation de la pensée chrétienne, que ses nouveaux conducteurs ont pu l'entraîner à leur suite. Elle ne s'est prêtée à leurs essais de reconstitution religieuse et politique, que pour arriver au but que lui avait proposé l'Évangile : l'affranchi»sèment, l'union de tous les peuples, et un progrès dans les voies de l'ordre , de la liberté et du bien, qui ne devait s'arrêter qu'au sein de la perfection infinie.

Qtfa-t-elle recueilli pour prix de tant d'efforts? D'amères, de cruelles déceptions.

On lui avait promis l'affranchissement général, c'est-à-dire l'allégement des charges et le déploiement progressif des Iil3erlés publiques. Qu'a-t elle obtenu ? L'accroissement indéfini des charges et des servitudes. Parlcut les gouvernements ont dit:

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Nous sommes l'État, Tordre exige que tout ce qui intéresse le bien public soit réglementé par nous et nos gens. Les peuples sont retombés sous le régime féodal de la bureaucratie, et là même où ils jouissent du droit de nommer leurs gouvernants, il ii*ont que la liberté de changer de despotes.

Au lieu de l'union et de l'entente fraternelle à laquelle on aspirait, qu'avonsnous eu? D'abord des guerres longues et acharnées de peuples à peuples, dans un but d'oppression religieuse et politique. A peine assoupie au dehors, la guerre s'est rallumée au-dedans, a troublé toutes les fonctions de l'éconoQÛe sociale et porté le feu de la division jusqu'au sein de la famille.

Il fallait ouvrir un vaste débouché et proposer de grandes choses à tant d'ambitions déchaînées. Qu'a-t on fait? Après de sanguinaires, mais inutiles efforts pour réaliser de nouveau par les armes la vieille idée romaine d'un empire universel, une misérable et ignoble politique a dit aux peuples: Touriiez-vous vers les conquêtes industrielles, visez à multiplier vos jouissances par l'abondance et la perfection des produits. Le peuple le plus heureux est celui qui consomme davantage.

L'industrie a marché de prodiges en prodiges ; mais en rendant hommage à ses merveilleux progrès , qui pourrait ne pas trembler à la vue des

prodigieuses misères morales et matérielles qu'elle a semées sur sa route 7

En somme, tout a été erreur, mensonge, déception, dans le plan des éducateurs modernes de l'Europe. Rien D*a répondu à la sublime destinée pour laquelle elle avait été faite et dont Tidée confuse agite toujours sa pensée. Habituée à tout juger d'après cette perfection idéale et souveraine que lai a révélée l'enseignement chrétien, elle sent vivement ses maux , plus vivement encore l'impuissance où elle est d'en sortir. La dernière consolation des malheureux, l'espoir d'un meilleur avenir, lul£ait défaut. Faut-il s'étonner que , dans un tel état de choses , elle prête l'oreille à ceux qui la poussent à rompre avec un passé odieux et à se jeter dans des voies absolument nouvelles?

On dit pour se rassurer : Les systèmes du socia* lisme ne sont que des utopies folles, irréalisables. — Distinguons : le socialisiae promet, dans son avenir, un ordre social fondé sur le développement progressif des lois de la fraternité , de l'égalité , de la liberté universelle. Appelez cela une utopie , je le veux, mais reconnaissez que c'est Tutopie chrétienne, dont l'Europe n'a cessé, même dans ses aberrations les plus grandes, de poursuivre la réa* lisation. Que voulez-vous? c'est son idée fixe; ce sont ses premières amours ; elle les portera au tom-

bcaa. Qmnt pun^ inpyea$ d'exécution proposés par les socialistes, ils ne supportent pas rex^inea. Mm vo<»s dev^z savoir que les masses a'e^awioeiit pas. HoPtreR-J^r un but qui tes appâte, dieg y maroii^ «NM SMS trop s*ea({aérù* des moyens ; et une foia m moovement, elles vont aussi loin qH*il est pQs^ sible d'aller.

Le partage est une cho^o absurde, irréalisable, h communauté Test encore plus. Mais ces moyens de réformer la société civile seraient -ils plus absurdes que le moyen proposé par Luther pour la réforme de la société religieuse, à savoir, Tinter* prétation de la Bible par tous et chacun ? L'idée aodaiÎBle de soumettre au jugement du suffrage universel le plus iHimité toutes les questions sociales, serait- elle plus désorganisatrice que Tidée protestante de réformer la religion chrétienne en invitant chacun à s'en faire une qui lui soit propre ? NcMi , certainement non. Le socialisme , cooime je f ai déjà observé, ne fait qu'appliquer à Tordre social le principe introduit par le protestantisme dans Tolère religieux. Si le prestige du mot réforme fit la fortune de Luther, nonobstant Tabsurdite de sa méthode, les magnifiques promesses du socialisme ne pourraient-elles pas fasciner les générations présentes et leur faire adopter les plus étranges mesures ?

DE L^ÉDU^ATiOK DR L!HQMME «a

JSans dâule il asà io^ssible m sadaiismc- de ïmf â« ruoiv^rsaU^édas hi^itdotfi de TËmope à0 petits priE^riéUûras ou d6 pftiaibLee uwfriiitiars.dtt piiopriétés ^ TÉtat U y réussif ait ausiû peu qae Is proteslaïUdsine dan» le .projet» de faire de (mm aes çro)^attl6 des kcteuns assidus de b BjUft-^l des créateurs d*un christianisme à part. Malt, pê» une série de réformes plus ou moins insensées et violentes, il aboutirait h Tanéantissement de toute société , comme le protestantisme a conduit ses sectateurs à la destruction de toute religion positive. Celte épitaphe : Ci r/U te christianisme! écrite sur le dos de la Bible, tel a été le résultat des réformes religieuses faites au cri : Yive la Bible ! rien que la Bible ! Un immense cimetière à l'entrée duquel on lirait : Ici fut V Europe ! voilà ce que produirait le triomphe des plans de réforme renfermés dans ce cri : Vive la république universelle démocratique et sociale I

Qu*on ne se fasse donc pas illusion en comptant trop sur Tabsurdité des théories socialistes et sur le bon sens du peuple. Les masses ne discutent jamais une théorie ; elles en jugent d'après leurs impressions, l'embrassent ou la repoussent , selon qu'elle flatte ou contrarie leur instinct dominant. La passion dominante des peuples chrétiens étant, comme nous l'avons vu , le progrès vers un ordre

«il BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

de choses parfait, il n'y a qa'un moyen de les soustraire aux séductions du socialisme ; ce n'est pas de leur prêcha" le maintien d'un statu quo dont ils ne voudraient pas, alors même qu'il serait moins douloureux ; c'est de compléter leur éducation , en les remettant sur la voie du progrès chrétien.

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