‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 11 sur 28 · CHAPITRE Via · texte numérisé non relu

CHAPITRE Via

Raisons de la populaiilé du catbolidsme. — UDÎTorsalité de soa

La durée de la religion catholique dans un monde où rien n'est durable, la popularité dont elle n'a cessé de jouir, en dépit des Incroyables efforts qu'on a faits pour la dépopnlariser, sont un phénomène aussi étonnant qu'incontestable. Sans doute, pour ne pas déraisonner, il faut reconnaître h ce fait une cause surhumaine ; et à ceux qui l'accusent d'i'ire l'œuvre des hommes, l'Église est en droit de dire : Expliquez donc comment j'ai survécu à tant de révol u lions ; comment j'ai vu, autour ûfi moi et dans mon sein, s'élever, s'aflaisser et disparaître les institutions des plus puissants génies! Toutefois, à la cause divine du phénomène, sur laquelle Je n'insiste pas, se joint une cause naturelle, que je tiens à expliquer.

Nous avons reconnu que Tuniversalité est le fond même de notre nature; que nos tendances

>roDt à rinfini; qoe nous aspirons à la ooonaissauce et à la possession de tout ce qui est

Or la religion catholique est la seule qfA satii* iasse ces tendances. Elle nous procure une em* naissance suffisante de tout Elle nous prond b piMsession et tout, et cette {Nroniesse» qui ne doil s'accomplir que dms la ?ie future, elle la réaUse déjà en partie ici-bas. Enfin, les moyens qu'elle emploie pour nous conduire à la science et à la possession universelles» sont à la portée de tous.

Par là s'explique, du moins m partie, la ptkr santé attraction de TÉglise catholiipie sur les mas» ses. Celle-ci peuvent être momentanément éga* rées par de faux éducateurs, mais, tdt ou tard, on les voit revenir au giron de la véritable mère el édncatrice des peuples

Établissons d'abord l'universalité de la doctrine catholique, et réfutons les principales objecliom qui s*éièvent contre cette doctrine.

Que l'enseignement cathotique offre une soIm-' tion complète des plus hautes questions qui puis* sent nous intéresser, c'est un fût manifeste et avoué par la philosophie rationaliste.

« Il y a, dit M. Jouffroy, un petit livre qu'on fait apprendre aux enfanis, et sur kquei on io». intenx)ge à Téglise : lisez ce jpetit livre, qui est ki catéchisme, vous y trouverez une solution de içu-

78 BIBLlOTOiiQCE NOUVELLE.

les Ifls questions que j*ai posées, de toutes sans exception» Demandes su <:lM^tieii d'où vient Ve^ fèem. InpiiMae, il .'te sak) oà eUe va, il le sait; eis va, il le Bait DemandeBà ee paofrt ;» qui de sa vie n'y a songé» pdwqBoi il est kî4)as. et ce. fn'â deriendra apiâs sa mort ; il von$ fora nue réptoie sabKme..^ Demandes-tel com»ment le nonde a été créé et à quelle fin; pour*qlioi ^ieo y a nia des animaux, «tes plmtes ; oan«me»t. U terre a été penplée, si c'est par une seule teiiye ou par pfaisienrs; pourqiioi les bomnes psiiant pkmeniv langues ; pourquoi ils souffrent^ pourquoi ib se baMent» et couinent tout cda finira;' illo sait Origine du monde, or^îne de Tes* pèds, question de race, deslinée de Thomme en cette vie et en l'autre, rapports de Tbommeavee Dieu, defoirs de l%omme avec ses semblaUes, AKiits de l'homme sur la création, il n'ignoré rien; et quand 41 sera grand, il n'bésitera pas dan vamage sur le droit naturel^ sur le droit politique, snr fe droit des gens ; car tout cria sort, tout' cela découle avec clairté ' et coonne de soi-même dtf christianisme* Voilà ce que j*ap{)elle une grande seligl^n; je la reconnais à ce signe qu'elle ne lais9e sans Réponse aucune des questions qui ittté«* ressent i^'humanitél (1) »

{i)IÊ^ngeÊ philùêophiqucSt ete., p. AU.

DE L'ÉDUCATION DE t*HOMlfE. 79

Mais comment cette philosophie du cMédilsiiie j^« ne laisse sans réponse aucune des questions gui intéressent ^humanité; èst-elte deventfe accessible aux pins faibles intelligences? Gomment lé fondateur de Pécole chrétienne a-t-il-pu populari^ ser sa sublime doctrine, donner la sagesse aux en^ fants (1) et faire d*un villageois de dit ans un pbi^ losophe piuB éclairé, plus complet , qiie thida et Aristote? Est-ce en dâSuissant mieux , en raison^ nant plus juste, en systématisant mieux ses idées t

Non. Les définitions et les raisonnemeiitÀ ptrilo^ sophiqfues ne peuvent être compris que du petit nombre. Qr Jésus-Christ venait évangéliser tous les hommes, surtout les petits et les pauvres (2), et le but de son évangélisatkm était de nous t'endre plus vertueux. En raisonnarrit juste et fort, en systématisant mieux ses idées que n'avaient fait les sa^ ges de la Grèce et de l'Italie, il ne se fût attaché que 1^ esprits logiques et vigoureux , qui sont rares.» D'ailleurs, rien n'est moins solide que le fil du raisonneriiefnt, sujet à se casser dès qu'on le force, et dans lequel notre raison s'empfêtre, quand elle ne le brise pas par le sophbme. Enfin, ce fH est uri mativais conducteur de la vertu. Dieu garde riu-

(l)Ps.XVIII, 8.

(2) Saint Luc, oh. IV, 18.

80 aiBLIOTHÈQUE NOUVELLE,

dividu , la famille , la sociélé , de vertus géonaétri* qoes, fondées seulement sur des idées adéquates !

Le Sauveur et Père du genre humain devait dDDC adopter une méthode appropriée k toutes les intelligences , grandes et petites , en enseignant avec atUoriié et non comme les scribes^ qui discutaient subt&ement (i). Au lien d*idées gnuipées avec art et ne pouvant se soutenir que par leur déduction rigoureuse d'un principe préétabli » il fdiail qu*il proposât des masses de vérité sous la ferme palpable et saisissante de iaits historiques. C'est ce que nous voyons en effet dans l'ÉvangUei où toAt, jusqu'aux détails des vérités morales» prend un corps dans Tbistoire, dans les comparaisons, dans les paraboles:

L*idée si haute» ri métaphysique de l'être infini s'y déploie avec une grandeur et une sim* plicité incomparable dans rhisl9lre de la créa-* tion et du gouvernement du monde. Le mystère, philosophiquement impénétrable, de l'origine de l'homme, de sa destinée, de l'antagonisme profoad qui règne dans ses facultés, ce mystère est éclairci, mis à la portée de l'esprit le plus vulgaire.

Nous assistons, comme témoins oculaires, i la naissance des deux premiers humains , à leur di-

(1}SiÎDillaubieu,ch. VU, âQ.

DE f/ÊDUCATlON DK L'BOMMB. 01

viiic éducation et aHtance, Si leur élé?ation I l'em^^ pire terrestre, dont les prérogatives, lesconditions et les charges sont clairement définies. Vient en* suite rhistoire de Tépreuve, eu la terrible ques* tion de l'ongine du mal, si Tainement agitée par la philosophie antiqne, quand elle n*a pas recouru, comme Platon , à la tradition nniversello sur un crime primitif et commun à toute rhumanité, cette terrible question , dis-je, reçoit une solution qui est comprise des enfants.

A la connaissance du mal se joint celle du remède. La triste victoire du père de l'erreur et de la haine, secondé par la trahison du premier homme et de la première femme, sera réparée par la Vérité et la Charité divines s'unissant à la nature de Thomme dans le sein de la femme. Fourvoyés et perdus par nos premiers parents qui se soumirent à cette parole satanique : Méprisez la loi divine, suivez vos appétits, et vous itrûz des dieux , nous ne pouvons être sauvés que par la foi au Fils de la Vierge pleine de grâce^ qui nous dit : Je suis la vdt>, ei la vérité^ ei h vie... Croyez à ma parole^ r«noncez par la pénitence à vos désirs ehamels^ et suivez-^moi dans le seul chemin qui conduise à la vie.

Et que fait Jésus Christ pour nous encourager à le suivre dans le pénible chemin qui commence à la

8S BIBUOTHÈQUfi NOUVELLE.

crache et finit au calvaire T Déchirant le voile épais de Tayenir, il nooa fait aasîiter aux scènes du dernier des jours et à notre terrible passage des ombres du inonde de l'épreuve aux resplendissantes réalités du inonde habité par rétemelle justice. Comme il nous a fait voir, dans la Genàse, les éléments de la terre et des deux gisant confus dans le chaos où les place d*abord la parole créatrice, &*âevant ensuite gradveUement à leur organisatioa {vésente, de même il nous OKmtre le dernier chaos où la nature doil; momentanément s'abimer pour arriver à sa glorieuse et étemelle transformation. Toutes les créatures visibles ayant été fûtes pour rbomme, elles doivent partager la destinée de rbomme , périr avec lui pour se relever avec lui.

La mort, mise en. possession du monde matériel par le crime du chef, y exerce ses dernières fureurs» semblable à ces esprits infernaux qui n'abandonnaient les possédés qu'après les avoir jetés dans d'affreuses convulsions (1), Les enfants des hommes f que la frayeur n'a pas tués, sont ensevelis sous les débris du monde, La mort triomphot mais elle périt par sa victoire (2).

(!) Saint Marc, ch. IX, 20-26.

(2} Saint Paul, oiw CerUi^,, i^Ep.^ ch« XV, 54,

Le signe du Fil» de PHomme^ la croîi, ttoyea et gage de h régénération unit erseile , apparaêi ^ remplaçant tons les soleils descieax. Au tri : £e-» vez'-voust morts, venez au jugement de Dieu S toutes lésâmes homaines , depuis Adam et Eve jus* qu'au dernier en date de leurs enfants, reprend» neut leur cbair retêtue de gloire et d'imliiDi'talité ou d'ignominie et de corruption, selon la loi qu'elles ont libreoieot oholiiîe durant le jour de l'épreuve* D'après le caractôDo de vie on de morf qfti les distingue, les anges. du ciei, qui les oal assistées dans le combat, les rangent à droite ou X gauche dans l'immense assemblée.

Les cieux s'ouvrent, le CrnciM en desœnd ievco une majesté et un éclat def gloire et de pnissaniMi inénarrable ; il est environné de ses anges, de sea saints, qui ont droit à la promesse de siéger avec lui , d'être ses assesseurs, et conseillers au grae^ joor desrétributi<Mis (1). Le livre de la loi, qui se résume dans la charité» est la balance dans kqueBa on pèse les imea. Nofis entendons prononcer les deux sentences, nous sommes témoins de lewp exécntion.

Lesenfantsde l'obéissance» de la foi et de It charité entrent en possession de leur tofanié qnf

(1 ) Saint Uatthiea, chv XIX, S8| S9.

est l'éternelle jouissance de leur Père céleste et d« toutes ses œuvres ; les enfants de l'orgueil, de l'erreur et de ta haine vont aussi au royaume de leur ))ère et UKitlre. Sur la porte de la ciié des jouissances sans mesure , comme sur celle de Tabîme des douleurs et des misères sans consolation , Jé« sus-Ghrist nous fait lire et cent fois relire : Éter* nité!

Telle est la méthode de l'enseignement évàhgélique dont le catéchisme catholique est le sommaire. C'est une bistoh^ complète de Dieu et de l'homanité, seul moyen de donner à tous une connaissance suffisante de Dieu » de l'homme et du monde. Cette méthode convient également et au génie que les plus lumineuses spéculations ne dé- Uvrent jamais des anriétés du doute, et aux^esprits vulgaires qui ne s'attachent qu'aux vérités qu'ils t)eovent palper et sentir.

Mais pour employer cette méthode, pour se poser en historien irrécusable de Torigine et de la fin dernière de tous les êtres, il fallait être ce que Jesn-Ghrist est, le principe et lafin^ V auteur et te eoHiommateur de toutes choses. U fallait pouvoir dire ce qu'il disait aux juifs : Vous êtes d*en bas^ moi éPen haut. Vous êtes de ce monde, je ne suis pas de ce monde».. Quiétes-vous doncf luidisaienths Juifs. — ye suis le principe qui

tH)Us parle... celui qui tl^^ envoie est ta vérité méme^ et ce que f ai apprinde tw^ je le dis au monde (1). Et pour parler ainsi et établir sa qualité de Fils dé Dieu, égal en tout au Père , il fallait, comme il le dit encore lui-même, qu'il fit la ceu" vres de son Père. Ces œuvres , qui n'appartiennent qu*à Dieu , il les faisait par milliers , guérissant sur son chemio tontes les infirmités , toutes les maladies et langueurs, et allant réveiller les morts dans le sépulcre.

Cela ne suffisait pas encore. Pour réveiller le monde de la mortelle ivresse où l'avait plongé le poison de l'erreur et des passions animales, il était indispensable que le Fils de Dieu fftt abreuvé d'ignominie, rassasié d'opprobres, broyé comme un ver de terre , cloué au gibet des esclaves , et que, sortant plein de vie du tombeau, il fit prêcher par tout l'univers la Bonne-Nouvelle, afin que les hommes de bonne volonté, reconnaissant dans sa doc* trine et dans sa mort le caractère de la sagesse et de Tamour infinis , s'écriassent : Plus d'autre éducateur que Jésus-Christ ! seul il nous connaît assez pour nous instruire ; seul il nous aime assez pour nous conduire. Gardons-nous de toute parole

(1) Saint Jean, cb. Vllf, 23-26.

80 BIBUOTHjSQUE NOUVELLE.

opposée à sa parole , de tout pouvoir hostile à son pouvoir.

C'est là en effet Taccueil qu'ont fait à renseignement catholique tous les peuples à qui il a été suffisamment connu. Ces dogmes qui paraissent si inacceptables au rationalisme, ils les croient sana effort» Nous allons donner la raison du fait en répondant aux objections du rationalisme^

DE L'tOaCiTiON DS VUOMÊK. OT

GH&FttlIB DL

Que la bi au mystères est un \xim de l'honmiB. le principe de. 5a grandeur, l'unique remède contre la crédulité. — Déraison du rationalisme i ses résultats moraux.

Les objections des rationalistes contre la foi catholique peuvent se réduire à ceci : « Mystères et miracles^ c'est tout le catholicisme, disent-ils. Son enseignement sur le Dieu Père, Fils, Saint-Esprit, • et pourtant un, sur le Fils incarné, sur le genre humain perdu par Adam, sauvé par le Christ, etc, , se compose de doctrines mystérieuses, indémontrables par le raisonnement* Quand on veut examiner ces doctrines, le catholicisme dit : Ne les examinez pas, mais croyez-les, attendu que Dieu les a révélées. Et si vous demandez la preuve de cette révélation, on vous cite des miracles, c*e8t4dire des faits contraires à l'orcire naturel. Le catholicisme est donc opposé k II raison philosophique, qui ne doit admettre que les idées et les faits qui tombent sous sa compréhension, et qu'elle conçoit assez bien pour en donner une démonstralion rigoureuse. » . .

68 BIBUOTHÊQOfi NOUVELLE.

Je réponds aax rationalistes : Votre philosophie, dites-Toas, ne peut admettre ni mystères ni mi racles ; tant pis pour eHe t il faut donc qu'elle renonce au projet d'endoctriner et de gouverner les hommes; car ceux-ci ont toujours eu, auront toujours besoin de croire aux mystères et aux miracles : faute d'en connaître de vrais, ils en adopteront de faux, par la raison que le famélique qui manque de pain se jette sur l'herbe des champs.

Pauvres représentants de la raison philosophique, sortez donc dç votre boutique d'abstfactions et de sophismes pour jeter un coup d'oeil sur le monde des réalités I Montrez-moi quelque part, je ne dis pas un peuple, mais un village, mais une famille, mais un individu, qui soient rationalistes, qui n'admettent rien gui ne tombe sous leur compréhension ei quHls ne conçoivent assez bien pour en donner une démonstration rigoureuse»

Quant à moi, je ne vois dans le passé et dans le présjsnt que des croyants au mystérieux, au surnaturel : les uns fermes et immuables dans leurs convictions, ce sont les catholiques; les autres travaillés de la fièvre du doute, mais prompts à remplacer une croyance par une autre; ce sont les partisans de la raison hérétique et philosophique.

Là où la foi catholique est en baisse, la crédu-

licé se monti*e constamment en hartisse. iinsi, au xn* siède, ceux qui refusèrent de croire plus longtemps aux doctrines qui avaient Jusque -là édairé et civilisé r£ui*ope, acceptèrent en quaKié df envoyé de Dieu et d'évangiliste le moine de Wiltemberg, qni n'établissait sa mission que par des dogmes absurdes et des miracles d'insolence et de dévergondage.

Quand ensuite le déisme, qui est Tenterreur des fausses religions, eut popularisé le mépris de la révélation divine, arrivèrent les révélateurs humains, les pontifes des sciences occuhes. Tandis que le peuple aurait aux sorciers et aux sorcières de bas étage, l'élite des incrédules et des esprits forts faisaient foule autour des Cagliostro, des Saiat-Germain , des Mesmer, des Lavater, des Gall, etc.

Bientôt ces voyants furent effacés par une tireuse de cartes et d'horoscopes. On montre encore à Paris, rue de Tournon, la porte du temple de la sibylle, où se rencontraient, il y asoixante ans,le comte de Mirabeau et le comte de Provence. On y vit plus tard les illustrations de la Terreur, les sommités de r Empire ; et les princes étrangers, privés du bonheur de s'y rendre en personne, s'y faisaient représenter par des solliciteurs munis de lettres autographes. La nécromancienne Lenormand deve-

90 BIBLIOTHËQUR KOUVBLLB.

nue, pendant plus d'an quart de siècle, la lumière des lumières de l'Europe (1), quelle singularité ! a-t-on dit — Ntiliement; c*est la loi du progrèn. Les esprits ne peuvent s'éloigner du vrai sans en* ^ trer dans le fiiux ; une fois dans cette route, il ftnt ^ qu'ib afllent jusqu'aux dernières limites de l'aln surde.

C'était là, diront les rationalistes, un reste des ' superstitions chrétiennes.— Soit; mais avouez que le soleil de votre pbilosotdiie, loin d'avoir dissipé ce reste, n'a fait que le développer.

Quel siècle fut donc plus fécond que le nôtre en> prophètes , en évangélistes , en thaumaturges , en fondateurs de religions , d'églises, de sociétés?

Sans parler de la religion défunte de Saint-Simon, qui charmait naguère une foule d'esprito distingués , n'avons-nous pas la religion sociale de Fourier, dont les dogmes, d'une incomparable extravagance , font toujours les délices d'un certain nombre de croyants ? N'avons-nous pas vu le révélateur des Icariens , Gabet, obtenir de ses dupes une foi à. l'épreuve des plus grands sacriâces ? N'avons-noos pas le repris de justice Vintras i conso* crint des évéques et des prêtres avec un baume

(i) V. Biofftvfthit univert.^ de FeUer,«i#« éam nn nouvfiofdre, par M. SUnouia. Art. Lenormand*

DE L'ÉDUCATION DB L*HOMfilE. 91

desâendu du ciel , et conquérant à son ouvre de la miséricorde une multitnde de croyants de tonte condition (1) f NVons-nous pas la religion de Claude Perreln , soi-disant Dauphin , Religion profondément mystérieuse, miraclileusé, et qui, par le nombre , la qualité et Tineffable bonhomie de ses partisans , mérite à son fondateur et héros le premier rang parmi les exploiteurs de la crédulité ptibiique? L'é^edes béguins et des béguines , qui a des fidèle» dans plusieurs départements (ceux entre autre de là Seine , du Rhône et de la Haute- Loire), n'adore4-elle pas, de la meilleure foi du monde , l'et-sabotier Digonnet , même depuis que les tribunaux ont condamné itf rativement à la prison le prophète^u (2) T

Enfin, les esprits qui se croient atfrabchls de tout préjugé religieux et qui se moquent des réyélateurs, des thaumaturges et des prophètes , n*ont« ils pas aussi un Pieu de leur fabrique , le très-haut et tout-puissant État? M'est-ce pas à cette ridicule

(1) Y. VOBuvre deîamitéricorie, ou la nouvdle secte dévoilée, par M. l'abbé Couix; Paris, i849.

(2) Ser les Bégnios et 1e«r petit ton Bleu W^dnwif on peut lire (a lettre de M. Daniel Wurth, insérée dans plesienrajournaiii, notàaisient éaBsTl^fV!^», otiméro du 28 octobre f 850,

92 BIBLIOTHÈQUE NOlJVËLLK.

pagode que s'adressent 1rs rationalistes consenra* leurs et les rationalistes révolutionnaires, pour en obtenir, les uns la conservation de ce qui est « les autres une refonte sociale ? Cette superstition^ si commune , n*est pas certes la moins absurde , et il est fort à craindre qu'elle ne devienne la plus sanguinaire de toutes.

. Convenez donc , messieurs les rationalistes, que » sur ce point , le xu* siècle ressemble aux siècles précédents ; que nous ne sommes pas moins avides de mystères et de miracles que ne Tétaient nos aïeux ; que nous faire perdre la foi aux mystères et aux miracles du catholicisme» c'est nous livrer à la merci des visionnaires , des charlatans , des fripons et des sorciers. Si vous aviez un grain de cette raison calme , réfléchie et profonde, qui constitue le vrai philosophe , vous comprendriez que notre attrait pour le mystérieux et le surnaturel est une loi de notre nature, le principe de notre grandeur , et que combattre cette tendance , au lieu de la diriger, c'est faire violence à notre constitution morale » c'est travailler à notre dégradation.

Vos maîtres actuels de philosophie n'ont fait que retourner les friperies de Rousseau et des rationa* listes de tous les âges , quand ils vous ont dit de mille manières : La philosophie est la lumière de

DR L*Éi)UGATION DE L*HOMME. 93

toutes les lumières^ l'autorité des autorités V unique autorité,.. La raison , voilà le médiat' teur nécessaire entre Dieu et Vliomme... l'uni* que médiateur^ le vrai révélateur,.. L'homme ne doit tenir pour tirai que ce qui tombe sous son entendement y ce dont il a des idées claires et distinctes.,. Ce qu*il ne comprend pas^ ce qui excède la limité de ses facultés^ est à son égard comme s'il n^ctait pas (]).

Si au lieu d'admettre ces pauvretés sur la pa* rôle du maître , avec la foi aveugle du bouddhiste et du musulman» vous les soumettiez à l'examen , voici la magnifique théorie dogmatique et morale que vous en déduiriez avec une rigueur géométrique.

Dieu , rhomme et le monde matériel ne tom^ bant pas sous notre entendement et se dérobant à notre pleine compréhension; les rapports qui unissent ces trois termes de la science universelle étant obscurs , mystérieux , excédant les limites de nos facultés , il eu résulte que l'existence de Dieu , la destinée de l'homme , du monde , et le»

(1) V. M. Cousin. Court de ffUitoire de la pAihsapkie , introd. — Co^rs de 1819, première partie, — Fragments de phii.^ deuxième préface^ et ailleurs.

lois qni les régîssenl , sont à notre égard comme si elles n'étaient pas. Au lieu donc de se repaître de ces chimères , le vrai philosophe doit s'attacher aux réalités sensibles et vivre à la façon du paon et du coq-d'Inde, qui mangent , boivent, dorment , se mirent , se rengorgent , se pavanent et s'occupent aussi peu de religion et de morale que s*il n'y en avait pas.

Malheureusement, les paons du rationalisme moderne ne se sont pas bornés à boire, manger, dormir et faire la roue dans un cabinet ou un salon. Doues d'une admirable outrecuidance et d'une richesse d'élocution égale à l'indigence â« leur pensée, ils se sont posés en révélateurs de la vérité absolue, et ils ont été pris au sérieux par un siècle qui a fait du partage vide et sonore la première condition de la fortune et du pouvoir. On leur s donc donné, pour théâtre, les trônes uni« versitaires, pour mission, la tâche divine d'élever la jeunesse studieuse. Là, qu'ont bit nos sublimes révélateurs? Us ont commencé par promettre h leurs auditeurs des données sur la science univer-^ selle, bien supérieures à celles du catholicisme; ils ont versé k profusion le mépris et le dédain sur les croyances chrétiennes; puis, après avoir étalé les lambeaux d'une philosophie chatoyante, dérobés k toutes les écoles et cousus ensemble à l'aide de

grands mots» ils ont proclamé le principe des se*-

phistes sans principes: Yéclectisme (1].

ss C'est ainsi que ces eunuques du royaume delà

(1)A ceux qui trouveraient trop sévère le juge ment que je porte ici sur la valeur philosophique et morale des travaux de M. Cousin Je citerai Tautorité de deux noms connus en philosophie, et en philosophie ntio-^ naHst6.-^<M. Cousin a été tour à tour écossais, kantitfte, alexandrin, hégélien» édectiqne: il nous reua à chercher s'il a janiais été et s'il est philosophe,.. M* Coum est- il panthéiste ? Je n'en sais rien, et je crois qu'il n'en sait rien lui-même... En résultat, il n'a laissé dang les esprits qu'un scepticisme vague en octroyant une amnistie métaphysique à tous les systèmes.» M. Lerminler, Lettres à un Berlinois, — «Un grand mal intellectuel, fait par M. Cousin, dît M. Catien Ârnoult, a été sans contredit de fottifier, dans la jeunesse qui Técoataitou le lisait, la tendance commune aujourd'hui Isè contenter de grands mets qu^on ne comprend pas, 1^ ne parier que par formules on prioolpee absolus. •• sè> dectriiie du panthéisme fatidiste et optimiste ne tenè à rien moins qu'à tner la vertu dans son principe^ qui est la croyance aq devoir de lutter contre le malheur et le mal!... Enfin, sous le point de vue religieux» il n'est parvenu qu'à faire des athées, parlant mal chrétien et parodiant le catholicisme. Beaucoup de ceux qui avaient été ses disciples se sont faits saintsimoniens. 9 Doctrine philosophique.

pensée ont rempli leur triste mission. Aux convictions catholiques, qui forment les intelligences viriles et les cœurs dévoués aux grandes choses, ils ont substitué, dans Fâmc de leurs élèves, les flatuosités de l'orgueil, le ténia dévorantdudoute, le rachitisme de la pensée, les ignobles calculs de Tégoîsme, le tout dissimulé par les feux-follets de l'esprit et l'éclat trompeur de la phrase.

Les élèves étant devenus la société gouvernante, l'éclectisme philosophique nous a donné l'éclectisme politique, système neutre, bâtard, sans puissance, sans avenir, et qui, sous prétexte de fondre et d'amalgamer les partis, ne réussirait qu'à dissoudre, dans le creuset de l'indifférence, les deux éléments de la vie sociale : la foi et le dévouement Si l'Europe ne finit pas comme le Bas-Empire ; si elle échappe aux conséquences de sa dégradation morale et politique, sous le règne des sophistes et des eunuques, elle en sera redevable à une chose qui résiste aux gourmades des pédants, aux étreiii* tes des eunuques et aux manœuvres des sophistes. Je veux dire l'influence qu'exerce nécessairement sur les hommes une religion éminemment appro-^ priée à leur nature, c'est-à-dire une religion qui est, à la fois, assez lumineuse dans son enseignement pour convaincre toute raison qui ne hait pas la lumière, assez mystérieuse et surnaturelfe pour

attacher puissamment cette âme humaine qui n*a que du mépris et du dégoût pour les choses qu'elle a cocipriscs et savourées à fond*

C'est là, ainsi que nous le verrons, le privilège de la religion catholique.

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