‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 12 sur 28 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Si la foi catbliqQe est un acte de raison.

Les rationalistes nous disent: « Le mystère» par là même qu'il exprime des choses surnaturelles, supérieures à notre compréhension» ne porte aucune lumière avec soi. Les formules sous lesquelles il se produit ne sont donc que des assemblages de mots qui ne disent rien à notre intelligence. Nous ne pouvons croire que ces formules soient descendues du ciel, attendu que Tlntelligence suprême, si jamais elle a daigné parler aux hommes, n'a pu se proposer que de les rendre meilleurs en les éclairant »

Voici ce que je réponds : Si vous daignez jamais ouvrir le catéchisme catholique ou interroger reniant qui Ta appiis, vous acquerrez, messieurs, une idée moins absurde de nos mystères, et vous ne pourrez plus les confondre avec les mystères de la philosophie rationaliste. Ceux-ci sont en effet ce que vous dites, un assemblage de formules énigmatiques et de grands mots aussi vides que reten •

tissants, qui ne disent rien à notre intelligence, quand ils ne lui révèlent pas des vérités très com-r munes ou des conlradictions choquantes.

Demandez aux plus illustres élèves de Kant, pa« triarcbe du rationalisme contemporalut quelle 4 été ia doctrine de leur maître : vous n'en trouve» rez pas deux qui s'accordent pour ia réponse* Vous aurez raison d'en conclure que le bmeaj^ philoBopbe prussien a pataugé tontQ aa vie dais un chaos d'idées philosophiques, sans y élever auj eune de ces conttructions qui survivent à Tarohitficte. Parcourez les trente ,et quelque» volumes puhliés par le père de réclectîsqie français, et d^ mandez-vous ensuite, comme H. Lermisicr :

Jf, Cousin a^t'il Jamais éié^ e^Uil encore phi»* bmphe^ et quelle est m philosophie ? Vous n'y verrez pas d'autre réponse que celle de M. Lcr«* Bùoier : Je nen sais rien^ et je crois quUl n'en sait rien lui-même.

Tels ne. sont pas, certes, les ipysières delà foi catholique, Spr l'ensemble des croyances de VÈ-* ^Use, ou sur quelques-uns de ses articles de foi, interrogez le plus savant théologien, interrogez lo petit villageois assez instruit peur être admis à la, première comnumion ; vous verrez qu'ils s'accordent parfaitement dans leurs réponses. Seulement, le premier pourra disserter sur ces matiùres« knr

donner ane toarnnre et des développements scien* tifiqnes, ce que Tenfant ne pourra pas; mais il les comprend assez pour y trouver une solution nette et précise, comme l'observe M. Jouffroy, à Umteê les questions qui intéressent Fhuma^ niié (1). Dire maintenant, comme vons faites, qu'une religion qui donne tant de lumières aux intelligences grandes et petites, n'enseigne que des formules vides et des choses inintelligibles» c'est nier le soleil en plein midi.

Et pourquoi la doctrine catholique» avec ses dogmes mystérieux et son cortège de faits suma-^ tureb, répand-t-elle un si grand jour sur toutes les questions qui intéressent Vhumanité? J'en ai déjà donné la raison. Cette doctrine n'est pas un système d'idées reliées seulement par le fil du syllogisme, et assises sur la base vacillante de l'évi* dence philosophique. C'est un cours d'histoire complet, qui met sous nos yeux les rapports de l'Être incréé avec ses créatures, depuis le jour où le premier homme sortit vivant de la main créatrice, jusqu'au jour où, reprenant sa dépouille mor* telle, il entrera, avec son innombrable postérité, dans l'étemelle patrie.

Quand vous aurez présenté k une intelligence de

(i) VJe passage cité plus baut,ch. VIIL

DE L'ÉDCCATIÛ» DR L*HOMIiE. lOt

dix ans le tableau de la créatîoD de la terre et des deux, pehit par Moïse, l'cufant ne s*écriera pro* bablemenl pas, comme le littérateur païen Lon-* gin : Que cela est beaul que cela est grandi que cela est sublime I Mais il verra et sentira que Dieu est rÊtre des êtres, et quMl a raison de se définir : Je suis celui qui est ! Ajoutez à ce tableau celui de la création d*Âdam et d'Eve, et de leurs premières relations avec le Père céleste ; l'enfant comprendra la dignité de l'homme, et la dislance qu'il y a entre ce noble représentant de Dieu et les animaux créés pour son usage. Quand ensuite vous lui an* rez raconté la révolte de nos premiers parents et ses suites, il aura la raison de nos misères et de nos égarements. De même, l'bistoire du Nouveau- Testament, dans laquelle il voit à l'œuvre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, lui donnera une notion assez distincte du Dieu en trois personnes , de la seconde personne faite homme, et de la troi« sième personne envoyée par la première et la seconde, pour qu'il ne les confonde pas.

En somme, les mystères de la foi catholique ne sont pas des vérités mortes, ensevelies dans le suaire des formules théologiqnes, que le fidèle adore dans Tobscurité , après avoir mis un bandeau sur sa rai* son , comme le prétendent tattt d'imbéciles sophis* tes : ce sont au contraire des faits animés, vivantSi

toi . UBLIOrrHÈQOE NOUVELLE.

palpables,' parfaitement liés entre eux et formant un tout historique qui donne du ^rand problême humanitaire la sdution la plus clakuB et la plus complète qui se soit japiàis vue.

Mais, direz-vous, ces faits eonsidérés en eux-mêmes sont pleins d'obscurités ; s'ils ne heurtent pas.de front les axiomes philosophiques, ils a'oftt du moins aucune affinité avec eux : ils se refusent à l'examen, on ne peut les démontrer : en les adh mettant , on fait donc un acte de foi et non diS rai<fon« — Oui , il en est à pou près de nos myMères comme du soleil , qui , pour être impénétrabie dans son essence , n*en est pas moins le flambeam radieux h la lumière duquel sous voyons tout Re<jeter les fails mystérieux de la neli^n, quand leur existence est sufiSsamment connue et certifiée, sous |n*étexte qu'on n'en conçoit pas la nature intime « ce serait imiter le chimiste qui nierait la kimièro et le soleil , attendu qu'il ne peut les analyser.

Sans doute notre intelligence, qui est destinée à se dilater sans mesure un jour au soin de la vérité abscdue, aspire à la plénitude de la lumière et voudrait déchirer le voile qui lui dérobe la raison der*^ Bière des choses. Le christianisme tempère l'ar^ deur de ce désir en nous -en promettant ta sadsficlion complète dans le monde éternel i et il i»m donne de oc délai une raison éonnemment phHo«

BE L'ËraCATION DE L'HOMME. 109

sophiqoe. Le dernier mot de tout ce qui est, nous dit-il , ne se trouve que dans l'Auteur de tontes Les existences. Tant que vous ne le verrez pas; faee à face et tel qu'il e$t^ vous devrez marché ài la luuQiiôre, non de Yiniuiiion , mais de la /bî, et vous n^aurez sur la nature et la destinée des étrea d'autres notions sûres que celles qu'il vont don*" aéra. Croyez donc à sa parole, et la foi à celte parole , exk vous doi^nant assez de lumière poim* marcher' droit en cette vie, vous conduira à la corn** préhmision de toutes choses dans le sein de l'éter-i «elle lumière (1).

Le philosophe rationaliste au contraire qui vient dire à ses élèves : Laissez les mystères aui esprits faibles , suivez-moi , car je vais soulever tous les voiles, et vous montrer Dieu, l'homme et le monde/ an grand jour de la raison pure ! ce philosophe, dis'je, est ua charlatan qui ment à sa conseiencef on qui ne. sait pas le premier mot des choses qu'il prétend expliquer. M. Cousin lui-même a fort bien observé qne nuUe science particulière n^esi poê^ sible qu*a% sein de la science générale^ laquelle emprunte ses dernières explications à la science de Di€tf (2). Ûr'la même raison qui nous démon*'

(i) Psaume XXXV, 10.

(2) Y. C(Wf< iftf i8i9y 11« partie, p» S39.

iO& BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

trc que rien ne s'explique sans Dieu, nous démontre aussi que Dieu ne peut être expliqué que par Dieu , et que les explications divines les plus nettes laisseront subsister les ombres du mvstèrc dans notre esprit, tant que TÊtre divin ne daignera pas se dévoiler pleinement au regard de notre intelligence. Faut-il êirc un aigte pour saisir ce raisonnement : la religion , par là même qu'elle est la connaissance de Dieo , de l'homme et des rapports qui les unissent, est essentiellement mystérieuse ? Pour avoir une religion sans mystères, qui ne soit pas une contradiction dans les termes , il faut aller à l'école du coq-d'Inde.

Que faut-il donc pour que la foi aux mystères de la religion soit un acte de raison vraiment digne d'un philosophe ? Il faut que l'existence de ces mystères soit suffisamment constatée. £t comme les mystères de la foi catholique ne sont pas des idées étabîies par voie de raisonnement , mais des laits historiques, ils doivent être constatés, comme tous les faits de ce genre , par le témoignage.

Or la foi aux mystères révélés par té cbrlsUanisme repose sur deux témoignages : le témoîgoage de Jé8U8*Christ et le témoignage de l'Église catho* lique.

1° Jésus-Christ est-il un témoin compétent de ce qu'il nous a dit sur la nature, les desseins « les

ceuvrcs de Dieu , et "stir le passé et TaTcnir da genre hum^^in ? £si-U , comme il l*a dit lui-même, fç principe et la fin , l'auteur et le consomma^ leur de toutes les eœixtcnccs , le Verbe p(nr qui tout a étéfaH , fe Fils unique^ égal au Père , et qui seul a pu nous révéler ce qui est cactié au sein de Dieu^ que nul homme n'a jamais vu(\)t

La divinité de Jésus-Christ, voilà donc le fait foodamental qu*il s*agit de vérifier. Or ce fait ; comme le dit Jésus-Christ , ne peut bien s'établir que par le iémoignatje de ses œuvres (2). Ses œuvres ont-elles été , par leqr nombre , par leur nature et leurs résultats^ assez divines, assez su* pérteures à toute puissance créée , pour certifier la divinité du Christ? C*est sur quoi il faut interroger les témoins qui se sont fait égorger pour affirmer ce qu'ils avaient oui^ èe quVs avaient vu de leurs propres yeux , ee qu'ils avaient CiiMtemple , ee qu'ils avaient touché de leurs mains au sujet du Verbe de vie (3). C'est sur quoi il faut interroger Funivers chrétien , passé de Tadoration de tous les vices divinisés par le paganisme

(1) Saint Jean, ch. 1,18.

(2) IW4f..cb. X,25.

(3) Saint Jean, \'* EpUre, cli. I, i .

à Tadoration de toutes les vertus dans le Dieu cru-

cifié.

20 le témoignage de l'Église catholique. —Le sacerdoce catholique est-il , comme il D*a cessé de le prétendre « le dépositaire iofaillible de la reli* gion du Dieu- Homme , divinement chargé d'enseigner cette religion à tous les hommes , dans tous tes lieux, dans tous les temps, avec la promesse expresse que VEsprU de Dieu ne Tabandonnera jamais , et que Jésus-Christ sera avec lui tous les jours jusqu*à la fin des siècles ? C'est sur quoi il faut interroger, pas seulement l'Évangile , mais la conviction du monde catholique depuis dix-huit siècles , pendant lesquels des milliards et des mil* liards de' chrétiens ont professé leur foi à l'autorité de l'Église catholique , les uns au prix de leur sang, les autres au prix de leur orgueil et de leurs passions, incessamment froissés par l'enseignement catholique.

Tels sont donc les faits historiques et les témoignages qui constatent l'existence des mystères evangéliques , et donnent à notre croyance une base éminemment raisonnable et philosophique, loin d'interdire la discussion et Texamen de ces faits et de ces témoignages , l'Église ne cesse d'y exhorter et les fidèles et les infidèles , les premiers pour les consolider dans la foi , les autres pour les

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porter à croire. Jamais elle a*a prêché à qui qoe ce soit l'obligation de croire à la rel%ion de Jésu»* Cbri»t a^ant d'avoir acquis une costoaissaiioe sufib* santé de ses divins fondements. Ce n'est qu'à force d'instruction qu'elle a conquis et qu'elle maintient la foi de ses croyants. Elle leur a constamment répété les paroles de son premier Pape, saint Pierre : Croissez en grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ,.. Soyez toujours prêts à satisfaire quiconque vous demandera raison de la foi qui est en vous (1).

Mais la connaissance certaine des deux faits capitaux ( la divinité de Jésus-Christ et la mission qu'il a donnée à l'Église ) une fois obtenue par une instruction suflBsantc , l'Église catholique ne permet à personne , soit pape , soit évêque, soit prêtre» soit simple fidèle, de s'ériger en juge de la doctrine du Sauveur et de dire : En ceci Jésus* Christ a dit vrai , en cela il a eu tort. On conviendra , je pense , que cette défense n'a rien d'offensant pour la liberté de penser, et que la prétention de réformer l'enseignement du Dieu-Homme, reconnu comme tel, serait en même temps une im-

(1) Saint Pierre, !'• épitre, ch. 111, 43; H., cil. III, 18.

i08 BlDLIOTHf*:QUE NOUVELLE.

piété et une absurdité intolérables. Bien plus»

je vais démontrer que cette déiense était To-

Dîqiie moyen de sanver la lilierté de penser en religion.

DE L'ÊDUGATtON DE L'BOMMË. 10»

cnAi'irnE xi.

Kc quc' consiste la libèriâ de peasîr. — De avaries que n:a5 devjns aai penseurs rationalisle.\

Pour être libro de penser en religion, il faut avant tout une pensée religieuse , G*est-b*dire un principe fixe et lumineux qui scnrc de point de départ et de terme de comparaison à notre in tel* lîgence , dans la recherche de la vérité. Sans cet élément indispensable à l'activité intellecluclle , il n*y a pas de pensée proprement dite ; car la pen* sée est la perception d*une vérité ; il n*y a pas réflexion ; car la réflexion est le travail de rintelligenre sur une vérité perçue.

La science n'étant que Tét^otutlon des principes, nulle conception n'est possible fik où les principes manquent. De même qu'on ne fait que révor en métaphysique, tant qu'on ne se fonde pas sur des axiomes évidents ; de même qu'on ne fait que rêver en physique , tant qu'on ne part pas de fub* servatiott des faits ; de même il est impossible qu'on ne rêve pas en religion , tant qa'on n'a pas des don*

HO BipUOrafiQUE NOUVELLE.

nées suflSsantes pour résoudre complètement le problème de la destinée humaine. Ces données, rÉglise catholique senle nous les offre, pas seule* ment inscrites dans son symbole, mais animées, vivantes dans l'histoire de Thumanité, depuis le jour oii naquirent les jours jusqu'au jour qui n*aura pas de nuit. C'est par là qu'elle a affranchi ses enfants des rêves absurdes qui retiennent encore dansl'enfanceles nations non chrétiennes; c'est par là qu'elle a créé d^s peuples penseurs ; car encore une fois, pour être libre de penser en refigion et aussi en philosophie , la première condition est d'avoir une pensée religieuse vraie et indubitable; . Direz-vous que , en exigeant la foi à des faitS' historiques croyables dans leur existence, mais indiscutables dans leur essence , TJÉgUse gêne la li-. Jberté de j)enser , enferme l'esprit humain dpns des limites trop étroites, et nous prive des découvertes que le génie pourrait faiire &k suivant aes insiratiops? A cela je réponds : !<> Oui, par ses enseigne*: ments l'Église gêne votre liberté de penser, comme» vott^ la gênez vous-mêmes en étudiant l'histoire. < Toulez-vous rester libre de penser et de dure ce qu'il vous plaira en matière historique? NQ.lmsk pas les historiens, et conservez précieusement votre, igncprance^ ^ttond^ Vit h actonee de» fidts est un.

DE.l^DDGATIW DE L'HOMME. lit

k&A 9mc vagaiMHadag» de l'espiit et aux ba? âr<dages de la laoïgne. De même, si vous tenez à la Mfaeité de chaager de religion comme on change de Muge, aojez hérétiqiies, soyez rationalistes. Le droit de faire- et de défaire à yotre gré deâ reKgions dirétîennes on 'philosophiqÎDes, yons dispensera iiapirellenieBt ^-devoir d'en observer ancmne. Ma» si 'VOUS voulez une reUgion sérieuse, qai en finisse avec les incertitudes de votre esprit et vous inspire une pieine confiance au moment sapréme^ soyeK catfaoiiqaes, et vous éprouverez bientôt que tes salutaires entraves que i'Égtise mettra aux al" lùresde votre esprit et de votre cœar, vous &naeront la vraie liberté.

2« A celai qui trouverait trop mesquh» les es^ IMces^é la foi catbdi^e 4ai§se libres aux ôvola- Ittâàis du géBîe; et les nooyens qu'elle loi oIk pour les parcourir avec gloire, Jèdifiii: Puisque Vimmense horizon, où tant de beaux génkà ont plané sans pouvoir en atteindre les limites, vous paraît trop étroit, je vous conseille fort de choisir un théâtre plus digne de la paissaace de votre vue et de vos allea. AHez scruter les souterradnsde h psychologie, ou fouir le teri^cuu labouré par les îdédiogues.

B- Quant aux belles découvenei ^ue b génie de rhonime peut se promettra en reKgiOu ot en aïo-

lis BIBLIOTHÈQUE NOUVEIXB.

raie, lorsqu'il est ii?ré à ses propres forces, noos en savons quelque chose. Le règne immémorial et uniTcrsel des cultes Idolâtriqocs les plus absurdes et les |dos abrutissants, arant rétablissement de rÉvangile, la fa^veur dont ils jouissent encore dans tous les pays non chrétiens, ne sont*iis pas la preuve irréfragable que rienn'est plosmisérableque les inventions de rhooune en matière religiense?

Nous avons les labeurs philosophiqnes des plus beaux génies de Tantiquîté, alors qu'il n*y avait pour arrêter leur vol ni Papes, ni évêques, ni in- 4|uisiteurs. Qu'y trouvons-nous?

En exceptant de belles pages oA Platon et son maître Socrale , s'inspirant moins de leur raison que des traditions anciennes , approchent de la vérité, le reste nVst qu'un chaos d'opinions abontis* sant au matérialisme athée ou au pur panthéisme»

Sans doute , la plupart des philosophes comprirent r absurdité do l'idolâtrie et de la théologie mythologique; mais outre que nous les voyons cbancelants dans leurs démonstrations des vérités premières, telles que l'unité de l'Être infini, l'immortalité des âmes, etc. , il est certain que , au lieu de prêcher ces découvertes sur les toits , comme firent depuis les ministres de l'Évangile , ils se cofttentèiimc de les chuchoter à l'oreille de quelques discipks. Faire de l'unité de Dieu et de l'univer-

DE L'ÉDUCATION DE L'HOMlfE. U8

salité de sa providence un mystère enfoni dans le secret de l'école , le voiler habilement dans les livres qu'on publiait » en y joignant pour passeport de nombreux hommages aux superstitions dominantes; honorer publiquement dans les temples les dieux et déesses qu'on avait bafoués dans les leçons particulières , telle fut l'unique protestation des plus forts penseurs de l'antiquité contre les monstruosités du paganisme. Ce n'était pas seulement lâcheté , c'était aussi un calcul de l'oi^eil. Entre cent passages qui attestent ce fait » citons-en deux:

« Trouver le Créateur et le Père de tonte choses, est une entreprise diflBciie , dit Platon dans son Timée; et quand on l'a trouvé , il est impossible de le dire à tous. » — «Vous n'avez pas bien fait de publier vos discours* écrivait Alexandre-le- Grand à son précepteur Aristote ; car en quoi dif* fèrerons-QOus des autres, si ce que vous nous avez enseigné en particulier devient conunun à tous. Moi , j'aimerais encore mieux être supérieur aux autres dans la connaissance des choses les plus re* levées , que de les surpasser en puissance. Portezvous bien. » Le maître répond : « Aristote ^n roi Alexandre, salut. Vous m'avez écrit au sujet des discours acroatiques , persuadé qu'il faut les conserver secrets. Sachez qu'ils ont été publiés et

qu'ils ne l'ont pas été; car ils ne sont intelligibles que pour ceux qui nous ont entendus. Portez-vous bien. »

L'illustre Socrate, le seul que Ton puisse avec raison considérer comme un martyr de la vérité , n'en fut pas cependant un apôtre ni bien dévoué, ni bien ferme. Sans parler de son vœu h Esculape , qui fut sa dernière parole , quelle différence entre

son plaidoyer devant les magistrats d'Athènes et le discours que saint Paul prononça au sein de Taréopage quatre siècles et demi plus tard (1) I Avec quelques vérités dans l'esprit , les héros de l'antique sagesse ne sentirent jamais dans leur cœur ce feu divin de la charité catholique , qui brave les supplices pour arracher les grands et les petits à {oppression de l'erreur. Persuadés , comme nos philosophes actuels, que le vulgaire n'est pas capable de s'élever à fa hauteur des contemplations philosophiques, non-seulement ils ne firent rien pour b masse , mais ils justifièrent tout ce qu'on faisait contre elle , ainsi que nous le montrerons bientôt. Il y a , toutefois , une Justice à rendre aux plus iUttstres d'entre ces grands hommes. Dans leurs eoDSciencîeux efifbrts pour arriver à la connaissance du vraii ib reconnurent assez la faiblesse de

(4) V. AcUi des Apôtru, ch. X VIL

notre raison pour la confesser hautement. Ce n'est pas certes dans les leçons de Socrate , de Platon, de Cicéron , que l'on rencontrera ces superbes définitions de l'esprit humain , qui en font le centre de la science universelle , Vunique révélateur de la vérité , la lumière de toutes les lumières^ Vautorité des autorités , Vunique autorité ; éloges absurdes en tout temps , mais souverainement ridicules aujourd'hui que , après vingt-quatre siècles d'investigations , la philosophie non chrétienne est encore impuissante à résoudre cette question première : Y a-t il une vérité métaphysique, et à quels caractères peut-on la reconnaître ? En général , la puissance de la raison n'a trouvé de chauds panégyristes que parmi les esprits vaniteux et superficiels qui n'en ont jamais fait usage.

De l'insuffisance de notre raison pour résoudre les problèmes les plus importants du bon gouvernement de l'homme , les deux plus illustres philosophes de la Grèce déduisirent la nécessité d'une communication d,e la Raison divine ; et cet enseignement de Dieu apparaissant sous une forme humaine, que no$ sophistes ne jugent pas même digne d'examen, après l'immense révolution morale qu'il a opérée dans le monde , Socrate et Platon l'attendaient de la bonté divine et l'appelaient de tous leurs vœux. Entre vingt passages que je pour-

rais citer , je me borne à ces paroles de Socrate à Âlcibiade (H* dialogue) : lljaut donc nècessairement attendre jusque à ce que quelqu'un nous apprenne quels doivent être nos sentiments envers les dieux et envers les hommes. — Quand viendra't'il ce temps , ô Socrate ! repond Alcibiade; quel sera ce maître? Je verrai avec grande joie cet homme , quel qu'il soif, — Cest celui à qui dés à présent tu es cher... et qui a un désir infini de ton bien. On trouve les mêmes pressentiments, les mêmes aspirations dans Cicéron , notamment dans le premier livre des Lois (§6, 7, 15) et dans le troisième de la Eépublï" que[% 16).

Passons maintenant des libres penseurs de la raison pure aux libres penseurs de l'époque chrétienne, soit aux hérésiarques qui ont voulu donner à leurs contemporains une religion plus pure, plus savante que celle de l'Église. L'histoire nous a conservé la mémoire de leurs inventions , depuis Si • mon-le-Magicien , excommunié par saint Pierre , jusqu'aux sectaires du moyen âge condamnés par les papes de l'époque.Tout esprit judicieux qui voudra jeter un coup d'œil sur ces mille-et-un systètèmes religieux , conviendra qu'il n'en est aucun dont le triomphe n'eût pas finalement replacé les peuples (ic l'Europe sous le joug d'infâmes super-

stitions et sous le gouvernement absolu d'une aristocratie sceptique ou athée.

Dans ses romans historiques, la philosophie rationaliste nous vante comme de sublimes penseurs les Arnaud de Brescia , les Pierre Abailard , les Amauri de Chartres , les David de Dinant , etc. A l'entendre , il n'eût fallu qu'un peu de liberté à ces grands hommes pour délivrer leurs contemporains des ténèbres de la barbarie. Or, que nous dit l'histoire ? Elle nous montre dans Arnaud de Brescia un moine séditieux se transformant en prophète, un gibelin enragé , dont le dogme capital était que tous les biens temporels appartenaient de droit divin à l'empereur, que celui-ci n'en pouvait disposer qu'en faveur des laïques, que les propriétés ecclésiastiques et monastiques étaient une sacrilège usurpation , etc. Elle nous dit que les doctrines de ce fanatique agitèrent assez longtemps l'Italie et la Suisse , pour qu'on lui appliquât très justement les lois de l'époque, punissant du feu les prédicants incendiaires^

L'histoire nous dit qu'Amauri de Chartres et David de Dinant, son disciple, étaient deux sophistes aristotéliciens, annonçant que la religion chré* tienne devais faire place à la religion plus pure du Saint «Esprit, et donnant pour base à celle-ci le

dogme da panthéisme matérialiste : Dieu est la matière première.

Quant à Abailard, ses subtilitéa théologiqnes tonchant les mystères pouvaient plaire aax esprits curieux ; mais, sans promettre de grandes lumières à la science religieuse, elles araient le grave inconvénient d'ébranler la foi universelle au Père , au Fils et au Saint-Esprit , foi hors de laquelle il n*y a plus ni christianisme positif ni partant civilisation chrétienne.

Au XYI" siècle, plus d'un tiers de l'Europe se lève au cri : A bas le despotisme papal ! Vive l'indépendance religieuse ! Quel a été le fruit des études de ces cinquante millions de libres penseurs en quête du vrai christianisme depuis plus de trois siècles ? Quand nous rappelons aux protestants Id belles confessions de foi que les pères de leur réforme substituèrent an symbole catholique , ils nous répondent : Nous ne croyons plus cela. — Soit, vous ne tenez plus ni à la religion de vos pères, ni à la religion de vos grands pères ; mais quelle est votre religion présente ? A cette question, les uns sourient , tant elle leur parait rétrograde , les autres nous montrent la Bible. L'épitaphe : Ci-gît le christianisme 1 écrite en tête du livre des Aevélations , tel est le magnifique résumé des découvertes du protestantisme.

DE L'ÉDUCATION DB L'HOBfME. 119

Qu*a donc fait le sacerdoce catholique en combattant les novateurs qui substituaient leurs conceptions personnelleis aux faits doctrinaux révélés par le Christ ? Il a empêché le roman de prendre la place des faits historiques dans la plus impor«* tante des histoires, l'histoire de Dieu et de Thumanité ; il a sauvé les éléments indispensables de toute science religieuse ; il a par conséquent sauvé la liberté religieuse dès itobplês, taqiieUe oohÈiste à ce qu'ils ne soient pas livrés skns défense aut exploitations des charlatans et des corrupteurs de la vraie religion. C'est ce qui deviendra plus évident encore par ce que nous allons dire du caractère conmiua à tous les novateurs.

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