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CHAPITRE XII

Caractère de l'héréûe dans ses moyens de propagande. — Conduite de

l'Ëglise an moyen agi.

L'histoire de tous les bérisiarques prouve qu'ils n'ont Jamais Toola qne deux choses : ie droit pour eux de créer une religion et une église meilleures, et l'obligation pour leurs contemporains de s'y soumettre sans examen.

Cette prétention, si exorbitante qu'elle paraisse, ne laisse pas que d'avoir un fondement. L'esprit assez plein de lui-même pour croire qu'il entend mieux le christianisme que tous les chrétiens du passé et du présent, doit naturellement se poser en révélateur suprême. La doctrine qu*il a soutenve à rencontre des décisions de l'Église universelle « pourrait-il bien la livrer à la discussion de ses disciples? Non, il violerait l'inflexible logique de l'orgueil , la seule que les novateurs aient constamment respectée. Si on les voit souvent ramper et descendre anx moyens les plus ignobles pour se faire des fauteurs et des croyants , jamais ils n'ac-

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ceptentnijugesni conseillers. La soumission qu'ils refusent à TÉgli^e, ils l'exigent de leurs partisans; et, chose singulière, ils l'obtiennent telle qu'il la leur faut , illimitée , aveugle. Leur despotisme est toujours surpassé par le servilisme de leur% adhérents.

Que Luther, par exemple, use de la plus scandaleuse licence en matière de foi ; qu'il soutienne le pour et le contre, selon le caprice du moment ; qu'à ses premières erreurs il ajoute des monstruosités révoltantes , et que , après s'être servi de la Bible pour outrager rÉglise , il outrage la Bible ; vous verrez ses plus estimables disciples , tels que Mélanchthon, s'affliger de ces excès ; mais le scandale n'ira pas jusqu'à mettre en doute la divine mission, du grand homme. Plus tard, on modifiera, on abjurera ses dogmes absurdes, mais sans cesser d'être luthériens, parce qu'on retiendra précieusement la tradition de ses haines contre l'Église catholique. En effet , pour le luthéranisme, comme pour toutes les hérésies , les dogmes positifs ne sont que l'accessoire; l'essence , c'est l'opposition passionnée à l'enseignement catholique. Nul chef d'hérésie n'ayant porté plus loin que Luther la violence de cette opposition , il y aura des luthériens aussi longtemps qu'il y aura des ennemis du catholicisme.

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Si les sectaires noas Tantent leur liberté de penser, et 8*ils ont la bonhomie d y croire , c'est que le niattre leur a dit : Suivez-moi dans là guerre contre TÉglise, et vous serez libres ! En marchant ionjours sous sa bannière et en continuant l'œuvré de sa haine , ils confessent hautement leur servitude , et la foi ridicule en leur indépendance n'est qu'une hommage de plus à l'autorité absolue du chef. Au reste, en cela, ils ne font qu'obéit & une loi fondamentale de Tordre moral.

Travaillés du désif de connaître la Vérité suprême pour laquelle ils se sentent faits, mais incapables de la saisir actuellement dans son invisible essence , les hommes ont tous la conscience de cette vérité : En religion , on ue doit croire qu'à Dieu et à ses légitimes organes ! En vaiii le rationalisme dira : Ne suivez que les lumières de votre raison ! La conscience humaine'ne cessera de répondre : Tout ce que la raison voit en cette matière, c'est que la lumière lui manque et qu'elle restera dans les ténèbres tant que Dieu ùe dai« gnera pas Féclairer.

Les hommes sont donc nécessairement erôyanîà en religion. Ib ù'ont que la liberté du choix parmi Tes maîtres, et ils ne deviennent jamais incrédules que par crédulité. S'ils ne sont pas sous ridfluéhcé de leurs mauvais instincts et des préventions , ils

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accepteront volontiers renseignement cattiollqué ; car il est simple, lumineax, positif, ^ là t>ortée(le toué, eu tant qnMl se composé de faits historiques éminemment croyables par le nombre et là ^îialité des témoins i comme par hnimensité deë résultats. Ce qui facilité singulièreineùt ta ^i, c*est que rÉglise catholique croit à ce qu'elle enseigiië et qu'elle prou^ sa fol par sa parole et ses œuvres. InàirucHon et idificaiion^ voilà ses moyens ()0ui* opérer la conviction. Si on lui résiste , elle s'àffligéra , parce qu'elle aime ; mais elle né cèdërë ni 6 l'emportement ni au désespoir. Patiente comme Celui Qui l'envoie , elle attend avec confiance lél moments de Dieu et les changements de Thomme. Elle sait d'ailleurs que l'incrédulité , si puissante qu'elle uM , ne pouM jamais effacer ses ditins titresàJasotimtoion des hommes de bonne volonté. Il n'en est pas de même de l'hérésie. En niant et faussant la foi universelle sur un ou plusieurs points, elle est condamnée par son ()rincipe à vlti% de négations , de faussetés , de disputes , de sôphismes, d'artifices et de mensonges. Sans fin à oè qu'elle dit, sans amour pour ceux Gfu'elle prêche « elle se propose moins de faire croire que d'àppreil'' dre à mécrdre. Il est donc naturel qu'elle s'adresse aux passions mauvaises, qu'elle substitue les violenc<?sderinveclivc aux lumières de renseignement,

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elqa'die allume le fanatisme, qui consiste à se pat' êionnerpour unfrineipefaux et exagéré^ çu'on adopU MMS examen et auquel on sacrifie tout.

Que rbérésiarqoe et ses premiers disciples ne soient pins dans la bonne foi a|Hrès les ayertissements et le jogement de FÉglise, et qn*ainsi ils transforment en dogme poor les autres ce qui pour eux n'est tont au plus qu'une opinion, cela est évident Que leur prosélytisme soit l'inspiration, non de la charité chrétienne passionnée pour le salut des âmes, mais d'un oi^ueil sataniqne qui cherche des adorateurs de sa pensée et des instruments de sa haine contre l'autorité qui le condanme,>cela est encore évident. Mauvaise foi et haine, tel est l'esprit de ces apôtres.

Leur mauvaise foi se révèle par la dissimulation, l'hypocrisie, les mensonges, les plus indignes artifices , tant qu'ils sont les plus faibles , leur haine éclate en violences et en persécutions dès qu'ils sont les plus forts. Si à leur début ils prêchent beaucoup la tolérance, ce n'est jamais à leurs disciples; c'est toujours à cette Église catholique qu'ils poignardent lâchement par leurs calomnies, en attendant qu'ils puissent l'égorger à la face du soleil Dénués de cette puissance morale qui attire doucement les esprits et les prédispose à la foi, ils ne manquent jamais d'y suppléer par la puissance se*

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calière et la force matérielle , quand ils trouYent assez de consciences viles autour du trône pour les leur vendre. Alors, jetant le masque, aux définilions de rÉglise ils opposent les définitions de FÉtat ; aux foudres spiritueltes, les foudres du prince ; on réfute les défenseurs du catholicisme par l'exil ou Técbafaud , on réduit par la terreur ceux qu*on ne peut séduire, et, à défaut de croyants, on fait des apostats.

Justifions ce que nous venons de dire par un coup d'œi] sur Thistoire des principales hérésies.

Au commencement du iv« siècle, alors que l'univers chrétien fumait encore du sang de millions de martyrs égoi^és pour leur foi en la divinité de Jésus-Christ, le prêtre égyptien Arius jugea à propos d'enseigner que l'Église catholique était coniplèlement dans l'erreur, et qu'en adorant le Fils comme vrai Dieu, elle relevait l'idôlatrie que l'on venait d'abattre. Ck>ndamné en première instance par un concile d'Alexandrie, il n'en travaille qu'avec plus d'ardeur à se créer des partisans dans toutes les classes. L'Église tient ses premiers étatsgénéraux a Micée , en 325. Le novateur y parait, est écouté dans sa défense , est convaincu de renverser le fondement de la foi universelle. Sur le refus de se soumettre, il est frappé d'excommunication par le concile et de bannissement par l'em*

peretir. Dn jugement le plus solennel et le plas tompétent que Ton edt Jamais tu en matière de doctrine, l'hérésiarque forme appel au tribunal de César, qu'il drconvient par les intrigues de ses disciples, qu'il trompe par des professions de foi astuscieuses et hypocrites. Il en extorque uii ordre parfaitement illégal pour être réintégré dans là communion de l'Église , et il se dispose à le faire exécuter de force , quand la mort vient le frapper dans son triomphe.

Très dignes de leur père , les ariens s'emparent de l'esprit du successeur de Constantin, et font du long règne de Constance une suite non interrompue de manœuvres frauduleuses, dé violences et de persécutions atroces contre les défenseurs de la foi catholique. L'empereur, érigé par eux en juge absolu de la doctrine, place par ses édits tous les évêques de l'empire, sans en excepter le Pontife romain , entre la pcpfcssion de l'hérésie et les rigueurs de l'exil. Aux proscriptions légales on les voit bientôt joindre les exécutions sanglantes, quand ils peuvent riefftcontrer sur le trône un prince disposé à servir leurs fureurs. Depuis l'an 370 , que l'empereur Yalens répond aux réclamations du clergé catholique contre la barbarie arienne par l'ordre de brûler vife les pétitionnaires, jusqu'en 586, que le roi espagnol vîsigoth Lévigilde

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fait couper la tête au roi catholique Herménelgide, son fils , pour ctime d'infidélité à la religion d'Ârius , l'arianisme ne manqué aucune occasion dé boire le sang catholique, sôit dans l'empire, soit ati dehors. Il en fait une effroyable débauche en Afii^ que, sous les rois vandales Genséric et Hniiérfc

On observe le même caractère d*hypocrisie et dé violence dans les autres sectes, qui 8*élèvënt au IV* et au T* siècle. C'est par le fer, lefeu et lei^lii croyables excèsdeses satellites, appelés Ciràoncéti' lions ^ que le i^chl^medes Dotiatistes désolé et époii* vante longtemps l'Afrique. C'est par Ifl jflivëur déi^ comtes et des etinuques, que Neètorins tèfité dé violer la foi catholique du concile gétiéràl d'Éphèse , en &31. C'est par les niémes moyens que les croyants d'Eutychès triomphent indtnèntainéinent, en I\h9, etimpbseritsilenceausaintévêquêdeCoifdtantinople, Flavien, en l'assommant.

Quant ailt novateurs du xvi* siècle, nul ne peut Ignorer leurs effroyables violences contre quicon*que s'avisait de contester leur prétendue misskm de déformer la religion acceptée ji]9qde*là paf l'universalité dès peuples ebrétieiàs^ comme l'œuvre du divin Mattre. Depuis le premier écrit de Luther contre la bulle exécrable de Vantechrist^ jusqu'aux dernières producticms de sa plnine, que trouvons-nous ddns la vie du soi-disant apttre de

la liberté religieuse ? Nous n'y trouvoDS qu'on long cri de malédiction, de foreur et de sang contre rÉglise catholique et contre les partisans de la Bible-Religion, qoi osent y voir ce qoe le prophète de Wittemberg n'y voit pas.

a Qoi l'en eût cru, dit Bossoet, eûttoot mis en feo, et n'eût fait qo^une même cendre du Pape et des princes qui le soutenaient Et ce qu'il y a de plus étrange, c'est c[ue c'étaient là autant de dogmes de foi. Ce n'était pas un harangueur qui se laissât emporter dans la chaleur du discours ; c'était un docteur qui dogmatisait de sang-froid et qui mettait en thèse toutes ses fureurs (1). o

Au milieu des ruines amoncelées par ia ^u^re des paysans et fumantes du sang de cent mille anabaptistes, qu'il avait d'abord poussés à la révolte et ensuite livrés à Tépée des princes, Luther écrivait en 1525 : Ce sang ^ c'est moi quiPai versé par ordre de Dieu^ et quiconque a succombé dans cette lutte est perdu corps et âme^ et ap* pariient au démon (2).

Les suites de la prétendue réforme répondirent à ce sanglant début II est de notoriété historique que les nouveaux évangiles de Luther, de Calvin,

(1) Hiiiûire des vartatiens, l*iv. I, ch. 25.

(2) V. M. Audin, Vie de Lulher.Tom. II, ch. IX.

de Henri YIII et de ses successeurs, ne se firent nulle part accepter librement en vertu d'une discussion pacifique» mais qu'ils se prêchèrent partout la torche d'une main, le glaive de l'autre, et qu'ils ne triomphèrent de la répugnance des masses que par la volonté toute-puissante des princes et d'une partie des classes influentes. J'en ai administré ailleurs la preuve irrécusable, et je me permettrai d'y renvoyer le lecteur assez peu versé dans l'histoire duxvi* siècle pour conserver des doutes sur ce sujet (1).

L'hérésie et sa sœur, la philosophie rationaliste, ne manqueront pas de dire que ce fut là une réaction naturelle des esprits contre le 'despotisme pa^ pal et le régime sanglant de Vinquisition. Mais l'histoire de tous les siècles chrétiens est là pour protester contre cet insolent mensonge. Qu'on nous montre donc le peuple, le pays où l'Église catholique aurait imposé ses croyances par l'autorité des lois et la puissance du sabre ; impossible d'en citer un seul. Gomment a-t-elle gagné à la foi chrétienne et les nations corrompues par la civilisation païenne et les nations sauvages qui brisèrent l'empire romain? Ce fut en enseignant, en faisant le bien, et en mourant, à l'exemple du divin Maître.

(i) Y. Solution de grands problèmes, Tom. IV.

Aux préjugés absurdes et aux mœurs inhumaines de la barbarie civilisée de Rome, comme aux préjugés et aux mœurs de la barbarie agrestedu moyen âge, les apôtres du catholicisme n'opposèrent que la puissance des lumières, Théroîsme de la charité; et avant de pouvoir invoquer Tappui du bras séculier et des lois» ils durent en essuyer toutes les fureurs.

Quand, à force de travaux et de souffrances, le sacerdoce catholique eut conquis à la foi les nations et leurs chefs, et que ceux-ci comprirent la nécessité de réprimer les ennemis de la religion, le vit-on abuser de son influence, et requérir des lois de sang contre les sectaires? Nous le voyons, au contraire, intervenir pour tempérer la rigueur des lois et empêcher la répression de dégénérer en vengeance. Écoutons saint Augustin prêchant aux lieutenants impériaux de l'Afrique la douceur en* vers des misérables qui, par leurs excès, s'en étaient rendus indignes.

« Ce que nous redoutons dans Texercice de votre justice, écrit-il entre autres choses au proconsul Donat, c'est que vous en usiez selon l'énormité des crimes, et non d'après les principes de là douceur chrétienne... Ce que nous attendons, nous, de ces lois terribles, ce n'est pas la mort des coupables, c*est leur correction qui les préserve

delà mort éternelle; nous ne voulons, ni qu'on cesse de leur faire sentir le frein de la discipline, ni qu'on leur inflige des supplices qu'ils n'ont que trop mérités. Réprimez leurs méfaits, de telle sorte qu'ils se repentent d'avoir mal fait.

» Nous vous en conjurons, lorsque vous jugerez des causes qui touchent à l'Église, quels que soient les griefs de celle-ci, oubliez que vous avez le pouvoir de condamner, pour ne vous souvenii* que de notre prière. Ne nous reprochez pas de vous demander l'exemption de la mort pour ceux dont nous demandons la conversion au Seigneur... Pensez aussi dans votre sagesse que ces sortes de crimes n'arrivent souvent à votre connaissance que par la voie des ecclésiastiques; or, si vous punissez les coupables de mort, vous nous fermez la bouche, et nul d*entre nous n'osera recourir à votre autorité; et une fois que les hérétiques le sauront, leurs excès redoubleront, et nous serons dans la nécessité de nous laisser égorger plutôt que de les livrer à la mort en les dénonçant. (1) »

c J'ai une crainte extrême, écrit-il encore au tribun Marcellin, c'est que votre excellence [sublimiiaà) croie devoir faire souffrir aux héréti-

(1) Y. OEuvreê de saint Auguitin,Tom. Ih LeUreC*. (Ëdit. deM. Migne.).

qaes ce qu*ils nous ont fait souffrir. ... Remplissez, juge chrétien, le devoir d'un père plein de tendresse. Armez-vous d'indignation contre le crime, mais n'oubliez pas ce que vous devez a la douceur. .. Ne ternissez pas la couronne des martyi*s catholiques en infligeant à Thérésie la mort qu'elle leur a donnée; mais plutôt, en adoucissant la sévérité des lois, honorez votre croyance, montrez-vous fils de rÉglise, et imitez la douceur de votre mère (1). »

Tels furent les principes de l'Église catholique envers ses plus furieux ennemis, depuis Constantin jusqu'au vu* siècle. Eu retour de tant de sang catholique répandu par les sectaires, elle ne leur en demanda pas une seule goutte. En 380 seulement, on voit les deux évoques Idace et Ithace obtenir, de l'usurpateur Maxime, un arrêt de mort contre les priscillianistes ou manichéens d'Espagne ; mais on sait que les évêques d'Espagne, des Gaules et de l'Italie protestèrent hautement contre ce scandale, en excluant de leur communion les deux coupables.

A la bonne heure, dira-t-on; mais les bûchers du moyen âge?... — Eh bien, si vous daigniez lire l'histoire du moyen âge ailleurs que dans nos romanciers, vous sauriez que l'Église, sans varier

(1) md. Uttre CXXXIll».

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dans ses principes de modération et de charité, dut adopter de nouveaux moyensd'action, alors que tout était changé dans les conditionspolitiques de l'Europe, comme aussi dans les procédés de l'hérésie. Quand les barbares eurent fractionné à TinGni l'empire d'Occident et que les mille pouvoirs politiques qui y avaient succédé au pouvoir impérial n'étaient , comme Ta très bien dit M. Guizot, que la force pure , un brigandage intraitable (1), le pouvoir religieux, seul uuivcrscUe-

(1) < Le pouvoir spirituel, se trouvant à la tête de toute l'activité de la pensée humaine, devait naturellement s'arroger le gouvernement général du monde. Une seconde cause Ty poussait également : l'état épouvantable de Tordre temporel, la violence, Tiniquilé qui présidaient au gouvernement temporel des sociétés. Depuis quelques siècles, on parle à son aise des droits du pouvoir temporel; mais à Tépoque qui nous occupe, le pouvoir temporel c'était la force pure, un brigandoge intraitable. L*Église, quelque imparfaites que fussent encore ses notions de morale et de justice (ceci est du protestant), était infiniment supérieure à un tel gouvernement temporel ; le cri des peuples venait continuellement la presser de prendre sa place... Au X* siècle, les peuples n'étaient point en élat de se défendre, de faire valoir leurs droits contre la violence civile:la religion intervenait au nom du Ciel.» M.Guiloi, CaunitMitoirt modernet V* leçon.

iQent reconnu et respecté parce qu'il était seul respectable, devint Tunique moyen de salut, et pour les peuples foulés par des milliers de sauvages gouvernants, et pour les gouvernants euxmêmes occupés à s'entre-détruire. Que le droit public de l'époque, qui faisait de la papauté le génie dirigeant de l'Europe, et l'arbitre suprême dans les différends qui s'élevaient entre les divers États ou entre un État et son chef, ait été l'œuvre, non de l'ambition des Papes, mais de la nécessité des temps; que ce droit ait été unanimement invoqué, salué, consacré par la voix des peuples el des souverains ; que nous devions à l'application de ce droit le travail de civilisation, soit d'éducation chrétienne, qui nous a si fort élerés au-dessus des habitants de l'Asie et de l'Afrique ; c'est une vérité historique parfaitement dénâontrée pour tous les historiens et publicistes catholiques ou protestants, qui ne veulent pas être convaincus de mauvaise foi ou d'ignorance.

Chargés de sauver la religion et la société, alors intimement unies, en quel état les Papes trouvèrent-ils Tune et l'autre au commencement du %UV siècle, époque de la croisade contre les Albigeois et de l'établissement de rinqoisitioD 7 Ils les trouvèrent l'une et l'autre à la veille de périr sans retour sous les coups d^une foule de sectes, tra-

yailiant avec un incroyable fanatisme à faire descendre l'Europe au-dessous de la barbarie musulmane, par Fadoption de ce beau symbole : Le Dieu mort au Calvaire est un démon, le mariage est une invention de V enfer.

Contre de si brutales attaques, il n'y avait que deux moyens de défense : !<> Envoyer des troupes là où le mal était le plus grand, et résistait depuis plus d'un demi-siècle à tous les moyens d'action morale; 2° prévenir le retour de ces terribles guerres par l'établissement d'un moyen de police extraordinaire, soit d'un tribunal chargé de surveiller et de poursuivre les prédicantsde la barbarie, de les ramener à de meilleurs sentiments, ou, en cas d'incorrigibilité, de les livrer à la justice séculière, avant qu^ls eussent mis le pays en feu.

C'est ce que firent les Papes de celte époque, et c'est ce qui, en dépit des stupides accusations de ta sottise, leur donne droit à l'étemelle reconnaissance des amis de la civilisation. En général, le moyen âge ne conduisit au feu que les plus détestables des incendiaires. Eût-il mieux valu laisser ces misérables faire de l'Europe un vaste bûcher ou une étable à pourceaux, où l'islamisme fût venu transformer nos couvents en harems, et substituer à nos célibataires religieux des troupeaux d'eunuques chargés de garder des troupeaux de femelles

au profit de quelques maîtres hébétés par h luxure? La question est toute là; je crois Tavoîr assez bien établi ailleurs, pour me. dispenser d*ea répéter ici la démonstration (4).

Il est donc bien démontré, par Thistoire de toœ les novateurs, que ces prétendus conquérants €(e la liberté de penser en ont été les plus grands eornemis. Ils l'ont doublement violée, d'abord en travaillant de toute manière à substituer leurs idées personnelles aux principes de la foi coamiune, seuls capables d'arracher les nations infidèles à leurs rêveries, et de leur apprendre à penser en matière religieuse, et ensuite en détruisant le sacerdoce catholique, seul capable de propager et dé maintenir partout la foi à ces principes. Ces tristes corrupteurs du système d'éducation apporté au monde par le Christ, n'ont fait que retarder de plusieurs siècles l'éducation humanitaire. Voyons maintenant si la philosophie rationaliste, qui les honore comme ses prédécesseurs et qui se flatte de succéder au catholicisme dans le gouvernement des intelligences, a quelque droit an au titre d'éducatrice de l'humanité.

(\)\. Solution de grands prolflêm€s Tom. IV.— L'^rche du peuple. Tom. II.

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