‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 15 sur 28 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

léeessitè d'un enseigïienieiil surhumain. — Où il se trouve, — Comment le rationalisme expli(ioe le succès des religions.

Nou$ avons vu, à.l^ Imnière des principes et de rhistofre, que le rationalisme soit hérétique , soit purement philosophique, eu renversaaile système catholique d'éducation et en constituant chacun juge de ses pi*oyances et de ses devoirs, donne iu^* faiUibi@n^nt ces deux résultats : U livre â*abord les masses aux exploitations des charlatans relira gieux , et quand .ensuite ceux-ci ont ruiné (es croyances qui font Tbomme moral , les peuj^es tombeni: fatalement sous le régime brutal de la foi ce et devi^nent la proie des plus féroces équa^ risseors de chair humaine.

Il n'y a qu'un moyen d'éviter cet abîme : c'est que toutes les raisons humaines , les plus hautes , les plus puissantes , comme les plus vulgaires » se soumettent ^ l'enseignement fondé par rÉternelic Raison ; c'est que Jésus-Christ soit lui-même à la tête de l'école humanitaire et qu'il nous dise : Vous

n'avez tous qu'un maître, et ce maître c'est moi. Je suis le chemin , et la vérité et la vie. Mes. exemples, ma doctrine, mes institutions, telle est la voie qui seule peut vous conduire à la pleine possession de la vérité et de la vie. Quiconque vous en indiquera une autre, tenez-le pour un envoyé de Fennemi de Dieu et des hommes. Je veillerai à ce que mes ministres respectent la défense que je leur fais d'ajouter ou de retrancher quoi que ce soit à mon enseignement ; car je serai avec eux tous lesjourajusqu^à la fin des temps. Que si quelqu'un d'eux ou tout autre a l'audace d'altérer ma doctrine, vous le connaîtrez aisément ; car je ne souffrirai pas que ma doctrine soit un monopole , Itt secret de quelques-uns ; j'ai ordonné à mes apôtres de prêcher sur les toits et d* enseigner à tous tout ce que je leur ai enseigné.

Voilà bien ce que nous trouvons dans l'Église catholique, et ce que nous ne pouvons trouver que là. Son enseignement , tout historique, ainsi que nous l'avons observé, est parfaitement intelligible et à la portée de tous. II est si bien connu de quiconque veut le connaître , il est tellement incorporé dans l'histoire et dans tous les détails du culte, que si un prêtre s'avisait d'innover en ajoutant ou retranchant aux articles du symbole, aux préceptes du Décalogue ou aux institutions sacramentelles, il

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y aurait grande ramear dans l'auditoire et les enfants eux-mêmes pourraient se récrier. Cet enseignement pose donc le premier fondement de la liberté de penser et de la véritable fraternité humaine : V égalité et l'unité des lumières religieU' ses et morales, £t cette égalité, il ne rétablit pas en ravalant les grands esprits au niveau des petits, mais en élevant ceux-ci à une telle hauteur qu'ils ont une connaissance suffisante de vérités assez sublimes pour doimer un éternel aliment aux médilations des plus vigoureuses intelligences.

Ce qui donne à cet enseignement un poids, une autorité immense, ce qui suffirait à démontrer son origine surhumaine, c'est son univei^salltédans l'étendue des siècles et des lieux. £n matière de foi, de mœurs, de sacrements, le curé catholique, parlant à son petit auditoire , ne lui prêche rien qui n'ait été prêché de temps immémorial à des milliards et milliards de catholiques du passé, rien qui ne soit encore prêché par trois ou quatre cent mille prêtres à deux cents millions de catholiques disse* minés sur tous les points du globe. Qui ne reconnaîtrait là l'école fondée par celui qui disait, il y a dix-huit cents ans au batelier Simon-Pierre et à ses frères dans l'apostolat : Allez , emeignez toutes les nations qui sont sous le soleil ? Qui ne reconnaîtrait dans celte foi constante du monde catho-

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fiqae ie rësnltat d'an eDseîgnement sapêiieur à tous les enseignements hnmams ?

Les rationalistes qui adorent deux puissances occultes par lesquelles ils expliquent tout et qu*ib ne s'expliquent jamais : la nature, le progrès, ne trouvent rien de bien merveilleux dans l'établissement et le règne du catholicisme. Voici les raisons qu'ils donnent de la plus étonnante réTolution qu'«t vue le monde* « L'idée païenne, disent- ils, avait le idéfaut d'être Tîeille et de ne plus répondre aux besoins de l'homme. Les disciples de Jésus paraissent, prêcheurs enthousiastes d'une nouvelle idée incontestablement supérieure à tout ce qu'on avait entendn jusque-là. L'attrait de la nouveauté , le besoin de changement expliquent l'intérêt qu'excite l'Évangile.

» Lesdéfenseurs de l'ancienne religion recourent i la force ; le fanatisme de la persécution allume le fanatisme du martyre, et la nouvelle religion triomphe. Le Dieu trois fois saint une fois installé , les peuples l'adorent comme ils avaient adoré les anciens dieux , et les esprits assez indépendants pour philosopher en dépit des foudres de l'Église , deviennent aussi rares que les sages de la Grèce et de Rome , qui se moquaieni des foudres de Jupiter. Au vu* siècle , Mahomet se lève , se pose en révélateur, et sa religion , après avoir fait le tour

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du moiiâe, en occupe encore une grande partie. Au XYP , les religions de Luther et de Calvin détsh^ chent de la grande É^e , déjà bien afiEaiblie par te schisme oriental , cinquante millions de croyants# Aujourd'hui les religions descendues du ciel sont ylsiblement en baisse. Le Juif» ce vétéran de la foi au Dieu des révélations^ commence à négUger le sabbat , la circoncision , et h, manger du porc , no* nobstant les analhèmes de la synagogue. Le mahométan boit du vin en secret , bientôt il le fera ii la face du soleil. Les protestants , surtout leurs mU nistres , se moquent ouvertement des mystères » da péché originel, de la Trinité, de rinearnation , delà Rédemption; ils ne voient dans le baplônie qu'une momerie, dans la BiUe qu'une poésie»

comparable, sinon inférieure, à l'Alcoran. Le ca^^ tholicisme lui-même , malgré sa supériorité dans l'art de s'attacher les peuples» doit s'a|)ereevoir que sa domination est chancelante. En considérant ce qu'il a fait , ce qu'il fait encore , tout philosophe dura , avec M. Joufiroy : « C'est une grande reli^ gion, la plus grande de toutes les religions ; » mais elle n'est qu'un noble effort de l'esprit humain ; c'est la forme providentielle qu'il devait choisir pour s'élever du sensualisme païen au culte de la vérité pure , dont là philosophie est aujourd'hui le précurseur, dont elle sera demain le pontife. »

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Cela dit , les pontifes futurs de rhumantté se rengorgent majestueusement , admirant le merveilleux génie avec lequel ils ont pu , en quatre phrases , déchiffrer la loi humanitaire et donner la raison du passé , du présent et de l'avenir. Lais<sons-les en adoration devant leur merveilleux gé* nie , et montrons leur merveilleuse ignorance ou mauvaise foi » par un rapide coup d'œil sur les quatre religions qu'ils se plaisent à confondre » et dans lesquelles ils ne veulent voir qu*on pr(^rè$ dej'eq)rit humain » des efforts plus ou moins heu« renx pour s'élever au culte de la vérité pure.

I. Pagaiosmb. — Qu'est-ce que le paganisme, qui a été , qui est encore la religion de tous les peuples que n'a pas éclairés la révélation chrétienne ? C'est l'adoration de l'homme avec toutes ses passions bonnes et mauvaises , sous mille formes relatives au génie et an degré de culture de chaque peuple. C'est surtout l'adoration des hommes fameux par leurs exploits ou leurs inventions. Et qu'exigeaient ces dieux? Des divinités aussi gaillardes que Jupiter, Junon, Apollon, Vénus , Mars , Mercure , Bacchus , Priape , etc. , ne pouvant décemment moraliser leurs dévots , le culte consistait en fêtes amusantes, licencieuses, en chants orduriers , etc. Si le 'sang humain coulait souvent avec abondance sur l'autel des dieux ,

cela n'avait rien de réroltant à une époque où tout étranger était un ennemi , et par conséquent une hoitie vouée aux dieux nationaux ; cela était dans les mœurs domestiques et civiles de ces excellents bouiigeoisderitalie et de la Grèce, qui ne se fai* saient nul scrupule de faire étouffer leurs enfants, assommer leurs esclaves , et qui chaque jour aU laient à Famphithéâtre boire avec délices le sang des gladiateurs.

Avec ces grands avantages , le paganisme a-l-il jamais pu, comme le catholicisme, réunir des centaines de millions d'hommes de tout pays au pied des mêmes autels ? Évidemment non. Le paganisme , l'idolâtrie , sont un mot générique exprimant dix mille religions qui n'ont eu de commun entre elles que l'adoration des convoitises humaines , qui sont partout les mêmes. Chaque nation avait ses dieux , chaque cité , chaque village , chaque famille avait les siens. On voit cela dans l'antique Egypte , foyer de toutes les idolâtries ; on le voit encore dans la Chine , dans l'Inde , dans l'Afrique , dans rOcéanie. Les Romains , si puissants , n'essayèrent pas même d'imposer la religion de Numa aux peuples conquis ; ils adoptèrent les dieux étrangers avec leurs adorateurs , et firent de ^ome la capitale de toutes les superstitions. L'historien Yarron compte trente mille dieux qui joui-

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rent ainsi du droit de cité. Les mâttres do mondé comprenaient très bien qne lenr religion n'avait, rien de sopérienr anx religions exotiques; ils n'y croyaient pas assez pour y faire croire les autres ; s'ils la retenaient , c'est qu'il faut une religion aux hommes , et que les hommes s'accommodent fort d'une religion qui divinise leurs plus chères passions, au lieu de les combattre.

L'origine des religions païennes n'a donc rien que de fort naturel. L'idolâtrie n*a pas besoin d'être prêchée : elle est vivante dans tous les cœur» où le christianisme n'a pas gravé ce sentiment : A vous êenly 6 moH Dieu, gloire, honneur^ ado^ ration ! Vhomme n'est qu'un néant animé par le souffle de i>otre amour ! Il n'a jamais fallu un grand courage pour être et rester païen ; mais il en fallait , et il en faut encore, pour cesser de l'être au grand jour. Socrateexpfa cruellement quelques irrévérences assez légères envers les dïent. Le mépris des chrétiens pour les cultes de l'empire leur at-* tira, comme le dit Tacite, la haine du genre Am«main, et leur coûta des millions de vies.

n. M AiioMÉTîSME.— Comment Mahomet s'estfl fait des partisans ? Il a dit Si ses envoyés : Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète ! Prêche* cela h tous : coupez la tête aux incrédules , ou du moins réduisez-les au plus dur esclavage. A ceux

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qui croiront permettes de prendre aataqt de leai'^ mes qu'il lenr plaira , à moina qn'ils n'aient d'aa*tres goûts , sur quoi j'ent^ds qu'ils soient libres.

Qu'ils s'abstiennent de tout raamen en matière religieuse; qu'ils ne boivent pas de vin ; qu'ils sano* tifient le mois du Ramadan en passant b journée dans le repos et le jeûne, et la nuit dans les jouis*fiances, etc.

Ne conçoit-on pas que cette religion, confiée an dmeterre d'un peuple aassi brave qu'ignorant et passionné pour le piUage, ait pu, sans miracle, fiEiire ce qa'eiie a bit , c'iBSI-à^dire infiniment pi» d'esclaves, d'eunuques et de martyrs cbrétifns et autres, que de- vrais eroy ants du Prophète?

III. PBOTfiin:AsrTfêitE.— Que fut-il ? Une £aten léalitéque ce qu'indique le mot, une protestation ftirieuse contre toutes les entraves que la reliçm catbolique avait opiposées aux passions perverses des grands et des petits. Quand on a quelque connaissance des passions qui fermentaient en Euro^, surtout dans les hautes dasses, au commeicement du xvi« siècle , on n'est nullement surpris de l'intérêt qu'excita Luther quand il vint dire : Ne songez pas à faire la guerre au Grand^Turc avant d'avoir délivré l'Europe de l'antecbrist de Rome, 4e •es cardinaux, de sjesévéqnes^ de ses moines. Pr«« «tes, frincjes^ prenez les biens de l'Église ei des

eoments^ et joignez la crosse à Tépée; Dieu ne bénira pas les mains paresseuses! Prenez même, si tel est votre plaisir, plusieurs femmes à la fois: la Bible tous y autorise. Et vous , peuple, laissez aux dupes de l'antechrist la messe, la confession, le jeûne 9 l'abstinence, etc.; emparez-vous de la Bible , et jetant le dangereux bagage des bonnes œuvres, allez an ciel par la seule foi aux mérites du Christ

Avec une religion si agréable aux despotes et si vigoureusement appuyée par près de la moitié des têtes portant couronne , ce qui étonne , ce n*est pas que le protestantisme ait pu débaucher cin* quante millions de catholiques, c'est de voir le catholicisme arrêter aussitôt le torrent en Europe, le faire rétrograder sur plusieurs points, et compeaser les défections par de magnifiques conquêtes dans l'Asie et le Nouveau-Monde.

Enfin , qu'a fait le protestantisme de ces cinquante millions de partisans 7 Âpres les avoir partagés en trois églises profondément distinctes, l'église anglicane , l'église luthérienne , l'église cahiniste, il a subdivisé les deux dernières en autant d'églises qu'il y a d'États luthériens et calvinistes ; et ce travail de réforme , de subdivision et de morcellement, a si bien marché que , s'il existe quelque part dix ministres protestants et un millier de S-

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dèlesqui consentent à signer une même profession de foi tant soit peu détaillée, on fera bien de révéler au monde cette merveille. Après trois sièdey de vains efforts pour donner à ses enfants une religion positive et commune , le protestantisme est enfin obligé de nous donner son vrai mot, par ses organes les plus en crédit Je ne suis pas une religion, nous dit-il, mais le lieu d*une reli4jion{\). Il dit mieux encore : Je suis Vaniicatholi^ cisme (2). Bâtissez ce que vous voudrez sur le terrain religieux : y relevassiez- vous les autels de Jupiter ou de la déesse Raison, pourvu que vous .y fassiez lire la devise : A bas le catholicisme ! nous vous tiendrons pour de vrais protestants.

Yoilà donc ce que furent les reUgions que l'on ose placer sur la môme ligne que le catholicisme. On y voit l'œuvre très naturelle d'ho^nmes qui , secondés par les circonstances et habiles à exploiter

(1) « Le protestantisme, quoi qu'on en dise, n'est que le lieu d'une religion. » M. Vinet, Essai sur la mani' festation des convictions religieuses, p. 180 et ailleurs.

(2) « L*anticathoIicisme chrétien est aujourd'hui le vrai point de ralliement en France au sein des diversités protestantes, comme nous ayons vu dernièrement qu'il l'était en Allemagne. » Le Semeur, n« du 4 décembre 1841.

les passions de leurs entoars , firent ce que tout bommc de génie peut faire dans des circonstances semblables et avec les mêmes moyens. Par ses commencements , par son étendue et sa durée, leur œuvre est ce que peut être l'œuvre d'un ou de plusieurs hommes ; et l'on est en droit de dire à ces grands fondateurs : Votre succès ne prouve que deux choses : la profondeur de votre perversité et fa grande crédulité de vos dupes.

Nous allons voir s'il est possible de porter le même jugement sur la religion catholique.

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