CHAPITRE XV
Comment le catholicisme a fttabll ses diQits à fenseignâmeiit imiTenelt
Le christianisme arriva fort & propos pour le i»> lut des peuples, de ceax surtout que Borne €Ofisu<> mait par ses Tices, après les avoir eo partie détruits par le fer. Igooraoce et dépravatioD «^trêmes; k» dix-neuf vingtièmes de l'espèce bumaioe livrés aq bon plaisir de quelques millions de maîtres dont les plus éclairés « les plus influents s'en tenaient , pour la religion et la morale» aux principes d'Épicure et de Lucrèce , dont les autres adoraient toujours des dienx ennemis de toute vertu ; tel était le monde à l'apparition du christianisme.
Quatre siècles auparavant le mal était déjà si profond, que nous avons vu les plus beaux génies de la Grèce désespérer des remèdes humains et . faire appel au Médecin céleste (1). Mais aux joura des Césars» quand le gouvernement d'un seul, de* venu indispensable pour retarder la fin de l'ordre
(1) Voy. plus h^tit, cb. XI,
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matériel , eot décaplé la puissance dissolvante des erreurs et des vices en les centralisant , il n'y eut qu'une voix » depuis Horace qui chantait la corruption (1), jusqnli Tadte qui la stigmatisait, pour s'écrier : La société est perdue I
a Que fût devenu le monde , demande Chateaubriand , si la grande arche du christianisme n'eût sauvé les restes du genre humain de ce nouveau déluge ? Quelle chance restait-il à la postérité ?... Tout ce que Ton peut conjecturer, c'est qu'après de longues guores civiles et un soulèvement général qui eût duré plusieurs siècles , la race humaine se fût trouvée réduite à quelques hommes errant sur des ruines (2). » Que ceux qui soupçonneraient ici de l'exagération, faute de connaissances historiques spéciales, lisent dans le 3* volume des Études historiques du même auteur le tableau , plutôt adouci, des mœurs païennes, et us verront quek pn^ès effrayants l'ancienne société avait faits sous la mortelle influence du culte, des lois, des mœurs et de C enseignement philO' sophique.
Oui, le christianisme ne pouvait arriver plus à propos pour sauver les hommes ; mais pour en être
(l)Voy.rOrfe VledulIMiv.
(2) Génie du Christian fsme, ch. dernier.
bien reçu et faire agréer ses services ^ il faut avouer qu'il ne pouvait pas choisir un moment plus défavorable.
On ne fait qu'envelopper ^e grandes sottises sous de grands mots , quand on dit que l'idée païenne avait fait son temps , qu'elle était épuisée , que l'esprit humain appelait une manifestation moins imparfaite de la pensée religieuse.
Nous avons vu que la pensée païenne n'est pas sujette à vieillir, parce qu'elle est l'expression de deux besoins qui sont éternellement jeunes dans le cœur de l'homme : le besoin d'adorer un être supérieur, le besoin de lui imposer nos faiblesses et nos vices. Soyez nos dieux , mais à la condition de nous ressembler et surpasser en tout , dans nos travers encore plus que dans nos vertus : tel a été le traité d'alliance entre tous les peuples païens et leurs simulacres de divinités ; et ce contrat a duré, dure et durera, tant qu'il ne sera pas annulé par Li promulgation et l'acceptation de l'alliance du vrai Dieu avec l'universalité des hommes. Le paganisme n'avait donc pas plus fait son temps dans l'empire romain, h l'aVènement du Christ, qu'il ne Fa fait de nos jours chez les nations païennes de l'Asie , bien que celles-ci puissent faire de la religion chrétienne avec la leur une comparaison qui n'est pas à leur avantage.
ICC BIBUOTHÊQCE NOUVELLE.
L'idée païenne était épuisée! Si par là on veat dire que le peu de vérités religieuses et morales que contenait la religion primitive des Grecs et des Romains et dont ils vécurent longtemps» s*étaît évanoui dans le creuset philosophique , on a raison. Foi aux dieux » respect pour les hommes , pour les lois les plus sacrées de la famille et de la nature , tout avait été pulvérisé par le pilon des sophistes, tout s'était envolé au souffle d'une poésie cynique et moqueuse. Aussi la gangrène envahissait-elle sans obstacle toutes les sources de la vie , et Ton doit savoir que, dans Tordre moral comme dans l'ordre physique , la gangrène n'engendre que la gangrène et ne trouve son point d'arrêt que dans le tombeau.
La seule manifestation de l'esprit humain en matière religieuse , qui pût alors se produire avec succès , parce qu'elle conciliait la pensée avec les mœurs , c'était la philosophie , oo mieux la religion de la volupté , chantée par Lucrèce. Si l'on excepte quelques stoïciens , tels que Sénèque et Marc- Aurèle , qui écrivaient divinement sur la morale et l'outrageaient dans leur conduite (1) , les
(1) Sauf quelques passages où Sénèque montre Tergueil et la dureté du stoïcien, comme quand il dit que le fraisage est supérieur à DieUi et que la pitié et la
esprits Infiuecits de l'époque se rangèrent du côté du poète , et sans s'inquiéter de la valeur de ses
eommisération sont choses indignes d^ane grande âme, on le dirait chrétien, tant il s*élève avec force contre Tamour des'riofaesses, dn luxe, des plaisirs fulgafres. Halheareusenient, rbomme ressemble peu à l'écrivain. Magistrat d'une rapacité peu commune* courtisan d'une grande lâcheté» il obtint de son élève Néron i'bérlr tage sanglant de Britannicus, pour avoir loué Tenir poisonnement de ce malheureux prince, et il trouvft encore des éloges pour le monstre, souillé du sang maternel. S'il fut épargné par Tacite, qui était presque son contemporain, voici le portrait qu'en traça plus tard l'historien également païen Dion-Cassius. < Sè^ nèque condamnait la tyrannie et élevait un tyrad. 11 blftmaitlea courtisans, et n'abandonnait jamais la cour. Il méprisait les flatteurs, et flattait les princesses et les affranchis jusqu'à composer des discours à leur louange. II tonnait oontre les grandes richesses, et possédait dix-sept millions cent dnq mille dragmes* 11 décla* nfait contre le luie, et avait cinq cents tables de bois de cèdre montées sur des pieds d'ivoire, sur lesquelles il prenait de délicieux repas... 11 fit une alliance ilhis* Ire en épousant une personne de qualité, et ne laissa pas de s'adonner à des amours infâmes et d'y engager Néron. »
A certaines bonnes qualités, qui n'en firent cependant qu^un prince médiocre, Marc^Aurèle joignit des
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raisonnements , ils en déduisirent cette maxime , que Lucain met dans, la bouche de Joies-César : Le genre humaifk est une proie livrée par le destin aux jouissances de quelques êtres privilégiés (i).
La fureur de s'enridûr et de jouir était devenue si générale ; le massacre de l'espèce humune était si grand , et dans la guerre au dehors , qui n'avait d'antre but que le pillage , et dans les guerres ci* viles allumées par le choc de toutes les ambitions, de toutes les cupidités, et dans les boucheries de l'amphilhéâtre , où , pour plaire à l'élite de la société et an beau sexe , on ne pouvait pas leur offrûr moins de quelques milliers de gladiateurs qui sussent s'^orger avec grâce ou se foire dévorer par les tigres (2) ; à ce besoin de carnage qui ensan*
défauts qui honorèrent aussi peu la philosophie que le trône. 11 écrivit de belles Réflexions moraies » et fit rougir les Romains eux-mêmes, en les contraignant de rendre les honneurs divins à trois monstres d'immoralité : Adrien, son prédécesseur, Lucius-Veros, son frère et collègue, et Tabominable Faustîne, sa femme. Enfin, il eut le malheur de donner le jour et Fempire à Commode.
(1) Humanum paueit vîvii genus.
(2) Tucite raconte, sans le moindre bl&me, la magnt'ftque féie donnée sur le lac Fucin, où Tempereur
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glantait les maisons particulières , les boudoirs des dames romaines , sartout les cloaques où Ton parquait les esclaves , se joignait un tel dégoût du mariage et des unions fécondes , des hauteurs do trône au dernier degré de l'échelle sociale , la lubricité avait créé des goûts si étranges, si mons* trueux , que Tempire se dépeuplait à vue d*œil , e les lois d'Auguste, pour remédier au mal, n'avaient fait que justifier cette sentence de Tacite : Que peuvent les loU sans les mœurs? ?!tle même Tàcité nous peint en deux mots les mœurs de ses contemporains : Corrompre et être c^*rronipu , c^êst le siècle.
Prêcher la divine morale de l'Évangile au siècle de Tibère , et choisir pour principal foyer d'une loi qui est toute sainteté et charité , la capitale de toutes les immondices et abominations , quel contre-sens !
Cette loi , dira-t-on , avait du moins l'intérêt de la nouveauté. — Oui , mais cette nouveauté , loin
Claude fit égorger en une seule fois dix-neuf mille hommes» Annales, liv. Xll, 50. — Pline-lc-Jeune, raconte aussi, dans le Panégyriste de Tr^ijati^ comment ce prince, si grand sous plusieurs rapports, célébra son triomphe sur les Daces par rexterminaiion de dix mille gladiateurs et de onze mille bêtes féroces.
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de flatter les esprits et les cœurs , ne faisait que ks réToiter. La religion de la croix n'était , comme nous le dit saint Paul , qu'un s€an4(Ue pour les ^Hifs , et une folie pour les Gentils (ij. Il ne iaiit ^s s'imaginer que la métaphysique chrétienne eût un grand charme pour les beaux esprits de l'époque , 1^ i|ns systématiquement matérialistes « les autres élevés dans les idées les plus grossières sur rBtre divin. On voit par Tacite et beaucoup d'antres , que le Dieu infini , éternel , immatériel » créateur et coordonnateur de l'universalité des êtres , tout en tout lieu , etc. ^ leur paraissait un rêve. Les gens bien élevés qui daignaient écouter avec un certain intérêt les ministres de la nouvelle rdigioH , tant qu'il ne s'agissait que du Symbole » perdaient patience dès qu'on arrivait au Décalogue ) et disaient , comme le préfet Félix à l'apôtre des nations : Assez pour aujourdhui (2) !
On méprisa d'abord cette superstition orientale ; mais quand on la vit s'étendre avec une prodigieuse rapidité et se faire des prosélytes jusque dans la conr des Césars , le mépris se changea en haine. Les chrétiens devinrent si odieux , que Néron » soqs prétexte de leur faire expier l'incendie de
(i) h< EpUreaux Corinthien$, ch. i, 23.
(2) Actes des Apôtres, ch. XXIV, 25.
Rome* put faire de leur supplice un assaisonae* ment des fêtes qu*il donnait aux Romains. Entre autres ingénieuses inventions, Tacite nous dit qu'on enduisait de poix les prétendus coupables , et que , la nuit arrivée, on s*en servait comme de flambeaux vivants pour éclairer les jardins publics, à la grande satisfaction du peuple , non que Ton crût à Taccusation d*iBcendie, mais parce que les chrétitns étaient convaincus (Tétre les ennemis du genre humain.
Où doit convenir que cet accueil fait à la religion nouvelle dans la capitale du monde , et bientôt imité partout ailleurs , était très propre à refroidir Tenthousiasme et de ses ministres et de ses fidèles, supposé que les uns et les autres n'eussent fait que céder à Tappât de la nouveauté. Pour ne pas trop déraisonner sur rétablissement du christianisme , il faudrait au moins dire comment il trouva des ministres assez fous pour se faire égorger en son honneur, sans avoir acquis la conviction inébranlable de la divinité de Jésus-Christ, et connnent, ces Qiinistres trouvés , ils rencontrèrent des disciples assez fous pour les croire sur parote et marcher avec eux au supplice.
Expliquer par le fanatisme religieux la conduite des chrétiens innombrabtet qui , dcfNiis h persécution de Néron, Tan 66, jusqu'à celle de
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Maxence, en 312, donnèrent plus de dk millions de martyrs à la foi chrétienne , ce serait le fana* tisme de la sottise.
L'histoire nous montre , à certaines époques , des sectaires furieux qui , à force de tuer et d*in« cendier, ont fini par se faire tuer et brûler ; mais le prétendu fanatisme dirétien , qui n*oppose aux plus atroces violences que la douceur et la cons* tance à souffrir ; le fanatisme calme , pacifique , qui ne respire que Tamour de Dieu et des hommes, et qui fait accepter la mort la plus inique à six mille braves armés , comme on vit à Agaune , dans le Valais , Tan 286 ; le fanatisme convaincu , qui ne vise qu*à convaincre , et ne redoute rien tant que Vignorance , comme disait Tertullien à l'empereur Sévère ; le fanatisme qui enfante des chefsd'œuvre de démonstration, que nous admirons toujours; le fanatisme qui , en face des échafauds, transforme les femmes et les enfants en éloquents apologistes de leur croyance , souvent assez heureux pour faire de leurs juges , de leurs bourreaut et des spectateurs , des frères dans la foi et des compagnons de leur martyre ; ce fanatisme serait chose inouïe , inexplicable , ou plutôt une contradiction dans les termes, car le fanatisme est visiblement l'oeuvre des passions surexcitées » et nonr des convictions profondes.
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Le fenatisme religieux ne manque jamais de capituler avec les passions humaines. S'il ne les divinise pas en masse, comme fait Fidôlatrie ; s'il ne les déchaîne pas toutes en couronnant leur grand capitaine, l'orgueil , comme fait le protestantisme, avec son principe : Prenez la Bible, et faites-vous une religion qui vous aille ! s'il impose des pratiques gênantes et des privations, comme a fait Mahomet ; en retour, il offre des dédommagements si chers à la corruption humaine , qu'on peut s'incliner sous le joug, surtout quand le sabre est là pour dire : Accepte , sinon !
Qu'on nous montre les concessions que le catholicisme fait à l'homme. Que dit-il à l'esprit ? Renonce à tes idées, et crois sans hésiter à toute ma doctrine ! Sacrifice terrible au dire des rationalistes, qui trouvent tant de choses incroyables dans la foi catholique, et ne veulent y voir qu'une abdication de la raison. Mais mille fois plus dur est le sacrifice imposé au cœur : Reniez -vous vous-mêmes t crucifies votre chair avec toutes ses convoitises^ etc. La morale catholique est une guerre impitoyable à toutes nos inclinations vicieuses, guerre d'autant plus fâcheuse que le siège en est au cœur même de la conscience. Ce n'est I
pas seulement le prêtre , c'est Jésus-Christ luimême, toujours présent à Tftmc avec son inarriva-
iU BIBLIOTHÈQUE OîOI}VBLI.E,
ble perfection» qui dit au pécheur, au juste» ao plos grand saint : Que vous êtes encore loin de moi !
Si les rationalistes trouvent que cette niorale a quelque chose de grand qui charme la raison et attire le cœur, ils copTiendront du moins que ce charme, cet attrait ne sont pas tels que sur cent individus quatre-vingt-dix-neuf ne soient très en état de leur résister. Or les résistances, si nom-breuses, si énergiques, aujourd'hui qi|e le christianisme a droit de cité en Europe, devaient êa^ beaucoup plus énergiques alors que l'empire romain retentissait du cri : Les chrétiens aux Uonsî
Dira-t-on que, par ses promesses et ses menaces et les vives peintures qu'il fait des biens et des maux du monde éternel , le catholicisme impressionne puissamment les âmes ? Mais c'est prédsémeqt ce sacrifice^ qu'il obtient, du pèsent au futur, du visible à l'invisible, qui constitue le miracle de la foi catholique. £n tout ten3|>s, en tout lieu, nous voyons les hommes qui n'ont jamais cru ou ne croient plus au Christ, se ruer sur ks biens et les jouissances de ce monde et renier tout principe de justice, d'humanité, de padeur, pour se les procurer avec plus d'abondance. Comment le catholicisnie a-t-il pu les faire renoncer à des biens et à des jouissances qui passionnent si généralement les coeurs et fascinât si bien les sens , par la
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foi k des Uens, à des jouissances qui ne disent rien aux sens, qui enflamment si difficilement le cœur ? C'est là une dérogation manifeste aux lois de notre nature.
Le fiinatisme prêcheur, capable de jouer sa vie peur faire des prosélytes ^ est éphémère comme toutes les maladies humaines. Il ne survit pas très longtemps au faux révélateur qui l'a produit, aux drconstances qui l'ont favorisé. Si la fausse religion permet qu'on la discute , qu'on en examine les bases, le principe fondamental , celui-ci se déploiera , et, comme il n'est que la négation d'une ▼érité religieuse, de négation en négation, il démolira toute religion positive, et ne sera plus que l'esprit d'opposition à la religion véritable. Tel est le protestantisme, dont la propagande biblique peut compter d'honorables dupes, mais n'est en réalité qu'une arme contre FÉglise catholique. Si la fausse religion interdit l'examen , comme a fait le mahométisme , comme ont fait et font encore les religions païennes, les premières fougues du prosélytisme une fois passées, les partisans de cette religion se tiennent sur la défensive. Ils ne croient plus assez à sa vérité pour essayer d'y faire croire les autres ; mais ils la trouvent trop bonne , trop accommodante, pour ne pas la défendre avec l'acharnement de la passoin contre une religion plus morale.
Or, voilà dix-hait siècles que le catiiollcisme a rbabitnde de se poser en face de tons les peuples les plus civilisés, les plus savants , comme la seale religion absolument vraie ; et peu content de Tafibr* mer, il le prouve. Jamais religion n'a autant prâ' ché , n*a autant écrit , n*a porté autant de défis à toutes les forces de la science humaine, n*a es^ suyé de si formidables attaques. Il y eut tel siècle (le xviii*) où tout ce qui se piquait de quelque génie, de quelque savoir et puissance, s'est tourné contre elle et lui a livré sur tous les points, et avec toutes les armes imaginables , les plus furieux assauts. Qu'on nous montre la moindre brèche à sa doctrine, l'article de foi qu'elle a dû renier ou passer sous silence. Parmi nos plus grands noms sciientifiques, littéraires, politiques, qui scmt assurés contre l'oubli des siècles à venir, qu'on nous en mcmtre un seul qui ait osé afficher la {M*étention de continuer Tœuvre de Voltaire et de reprendre le travail des chiffonniers àeV Encyclopédie (1).
Quand les sophistes cessèrent d'argumenter et de railler pour lancer des arrêts de proscription et de mort , le sacerdoce catholique et ses croyants restèrent intrépides en face des prescripteurs et des
(i) C'est le titre que Diderot lui-méODe décernait k ses collaboraieurs.
égoigeurs. Ils prouvèrent que le catholicisme est h seule religioa qui a*ait jamais perdu le goût in* explicable du martyre.
Enfin, les religions fondées par les hommes sont tout au plus nationales. Elles s'arrêtent forcément aux limites du pays qui les voit naître ou les adopte. Si elles passent d*un État dans un autre , celui-ci traite avec elles, leur impose des conditions qu*elles acceptent, si dures qu'elles soient. Au lieu d'attirer à soi les divers peuples , de les baptiser du même nom , de les unir par la même foi , par le mên^e culte y elles se laissent attirer et baptiser par eux ; elles n'établissent entre eux qu'une union fictive, qui est l'accord dans la nullité. Elles s'appellent religion des Grecs, religion des Russes , religion anglicane , religion luthérienne de la confession d'Augsbourg, religion luthérienne suédoise, lutbérienne danoise, religion calviniste ou réformée, et celle-ci a pris autant de dénominations et de formes qu'on a voulu lui en donner. Interrogez les cent vingt millions de sectateurs que se partagent les églises schismatiques et hérétiques de l'Orient et de l'Occident ; vous verrez des milliers de symboles, de cultes discordants* contradictoires. U n'y aura accord que dans le cri : A bas le catholicisme !
Jetez maintenant les yeux sur celle religion catholique, apostolique, romaine, la seule sur k do-
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maine de laquelle le soleil ne se couche pas depuis la mort des Apôtres. Elle n*a cessé d'être ce qu'elle s'est toujours dite, la religion catholique, c'est-àdire universelle, embrassant l'uniTersalité des temps et des lièUx , sans cesser d'être une. Pareourex les cinq parties du monde; intlsrrogez les catholiques d'Europe, du midi au nord, du levant au couchant ; interrogez le catholique tartare , le catholique chinois, le catholique coréen, le catholique siamois, le catholique hindou; les catholiques de TÂfrique, depuis FÉgypte jusqu'à la Guinée ; interrogez les catholiques de l'Amérique dû Nord, de l'Amérique du Sud ; interrogez les catholiques disséminés dans une infinités d'iles et d'Hots ; près de deux cent millions d'hommes, parlant des milliers de langues , vous exprimeront la même pensée ; partout vous verrez la foi aux mêmes articles de croyance, la soumission aux mêmes commandements de Dieu et de l'Église, la même hiérarchie ccclésiasiique ; partout vous retrouverez les mêmes églises avec ces fonts sacrés destinés à la régénération des âmes mortes en Adam, avec ces confessionnaux où le pécheur brise ses chaînes , avec ces autelis autour desqueb le peuple se presse pour adorer le Dieu-€harité qui s'immole toujours pour nous faire vivre de sa vie ; partout vous entendrez un concert de louanges et d'invocations à ia bien-
DE Ei*ÉmiCATION DE L'HOMME. 179
henr^se Mère de celai à qui nous devond tont ) partout tous trouTerezdes témoignages d'une profonde Ténération pour les Apôtres, les martyrs, les confesseurs, au dévouement desquels nous devons notre affranchissement religieux, source de toutes les libertés.
Remontez le torrent des âges; chaque siècle TOUS oflrira le même spectacle. Chose étrange ! un petit sauvage de TOcéanie, catéchisé par un de nos missionnaires, peut nous exprimer la pensée religieuse de cinquante générations chrétiennes, depuis le pontificat de Simon-Pierre jusqu'à celui de Pie IX, et parmi les plus hautes intelligences dont s'honore le monde catholique , il n'y en aura pas une qui , après avoir entendu l'enfant de la barbarie, ne dise : Oui, voilà bien l'expression de notre foi, de la foi de tous les siècles, que nous sommes prêts à signer de notre sang.
Qui donc a pu fonder cette merveilleuse société des intelligences, qui, sur le point où les hommes se sont le plus divisés (la religion), leur a donné une même pensée, un même sentiment? Qui donc a pu, par la seule puissance de la parole, soumettre aux mêmes croyances, aux mêmes devoirs, plusieurs bien pénibles (la confession), à l'autorité des mêmes pasteurs, des milliards et des milliards d'hommes si différents entre eux par la portée de
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l^esprit, par l'époqoe et les lieux où ils vécarent, par les passions qai les agitèrent, par les préjagés nationaux et antres qu'ils sucèrent avec le lait, etc.? Qui a pu leur rendre ce joug tellement cher et inviolable que tous reconnaissent le devoir de mourir plutôt que de le jeter par l'apostasie, et que sur cent catholiques tièdes ou indifférents qui se voient en présence de la mort, il y en a à peine deux qui ne disent pas de cœur : Seigneur^ J'ai péché f pardonnez mea longs égarements ;je suis décidé à mieux fairet
Qu'on médite un instant ce fait prodigieux, et il en résultera la conviction : 1® que ce prodige ne peut être que l'œuvre du Dieu-Homme; 2<* que l'Église catholique, par laquelle Jésus-Christ a opéré ce prodige, remplit seule la condition indispensable pour avoir droit à la première place dans l'éducation humanitaire : Pouvoir établir parmi les hommes V unité de pensée en matière religieuse.
DFé L*^iDUCÀT10N DE L'HOMME. iSI