‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 20 sur 28 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

ùwsmi ]a (àirité i UM ia fuùHft et U vtM ciiile.

La charité ebrétiemie trouva la famille tdte qnt nous la troaTons eneore ebez les aaliona iiifidMea, ftMiâée sur le poavotr absoki da ehel^ disposant de ta femme et des enfimu, comme d*Mi bien propre.

De ce despote, trop kabitaé à se Tcnger sar h» sicRS de roppressk» <id« TÉtat faisait peser sur Int^ la charité fit un père, un époai, li qui elle dît : La paternité est une charge divkie, dont tu rendras «B cenqHe rigottrevx au Père des pères. I( t'a donné la fèrce et le poovM, non pour en jmdr^ mais pour en user au profit des faibles et procurer le bien de ce«x qaà te sont cmifiéSr Pimm* Taccom* plissement de cette char^, Dieu t'a associé une femme, que tu dois considérer, non comme une servante, mais comme nne compagne inséparable s chéris'la comme le Christ a chéri son Église^ iusqu^à se livrer à la mort pour elle (1).

(i) Saint Pauli épît. aux Êphéêiens, cli. V, iti-U.

A cette femme, avilie par Tesclavage, la charité donna les nobles sentiments d*ane épouse, d'une mère, et lui dit : Sois unie et soumise à ton époux^ comme VÈglise l'est au Christ {\\

Elle dit ensuite à ces deux cœurs qui ne doivent en former qu'un : Dieu est le maître de la vie; gardez- vous de vouloir régler le nombre de vos eniants auu*ement que par la vertii de continence. Ceux qu'il vous envoie sont sa propriété, non la vôtre. Dès qu'ils annoncent leur présence ,. veillez sur eux comme sur un dépôt divin. Élevez* les dans V amour de la discipline et dans la connaissance de ta loi du Seigneur. Évites un excès de sévérité qui aigrirait leur cœur et rétrécirait leur âme (2).

Elle dit aux enfants : Honorez vos pères et mères par une obéissance pleine de respect et d^amour^ sachant que telle est la volonté de Dieu (3).

Par là fut purifiée la source première de la vie sociale. La famille, jusque-là théâtre des plus affreuses brutalités, devint le foyer des vertus les plus suaves, les {dus fécondes. Le paganisme ne

(1)/Wrf. 22-24.

(2) Ibid, ch. VI, 4; ffpU. aux Coloss. cli. 111, 21.

(3) ma.

lui avait donné que la tête; le christianisme, unissant la grâce à la force, la douceur à la sévérité, lui donna un cœur, et la délivra de la mort en abolissant le divorce. L'avortement volontaire, l'exposition, Finfanticide, autorisés universellement par les mœurs, quand ils n'étaient pas prescrits par les bis, devinrent des crimes odieux et punis par toutes les législations.

La charité trouva dans la famille des troupeaux d'esclaves, que les l^islateurs et les philosophes avaient appelés une seconde espèce cThommes, créée pour le service de la première^ une pro* priété animée^ destinée par la nature et les lois au travail^ et incapable de toute vertu. Elle releva d'abord leur âme, et les affranchit au moral en leur disant : Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair..,, dans la simplicité de votre cœur y comme à Jésus-Christ : Servez-les, non pour éviter leur colère ou mériter leurs fa» veurSy mais en vrais serviteurs du Christ, faisant de bon cœur la volonté de Dieu^ et sachant que chacun, soit Vesclave, soit le libre, recevra du Seigneur le bien qu'il aura fait (4).

Elle dit aux maîtres : Et vous^ maîtres, uses-en de même envers vos esclaves, modérant tes me^

(1) Sainl Paul, aux Ephés., cb. VJ, 5-8.

n% BttUOTHËQUB NOUVELLE.

naceSf ei u^oubUant pas que leur Maître et le vôireestaueiel, et qu'il ne fait point acception de perêonne^,.* accordez-leur ce qui est jusie et équitable f sachant que vous avez un Seigneur dans le ciel..,* Rachetés tous à grand prix, ne soyez pas les esclaves des hommes,.. • Que celui qui est appelé au service du Seigneur , étant esclçLve^ devienne V affranchi du Seigneur^ et que celui qui est appelé, étant libre, devienne L'esclave du Christ..., Vous tous qui avez été baptisés en Jésus- Christ^ voiu avez revêtu Je" sus-Christ ; il i^y a plus parmi vous ni Juif ni Gree^ ni esclave ni libre... y votis êtes tous un en JésuS'Chrisi (1).

La charité ûtplus encore. £Ue ne craignit pas d'élever les esclaves aux plus hautes fonctions spirituelles, d'en faire des princes de TÉglise» témoin Tesclave fugitif Onésime, ordonné évêque par saint Paul (2).

Par là était guérie, dans son principe, la plus honteuse plaie de Thumanité, et la plus désespérante par sa profondeur et son universalité. L.*abo-

(1) Ibid., d. — Auai Coloss., cb. Vi , 1. •-- !'• épU. aux Corinilh,^ cb. VU » â2» 23. — Aua Galat., ch, 111, S7, 28.

(2) Voy. ton épUre à Philénioiu

lition de la servitude dans le for de la conscience et dans la société religieuse, rendait inévitable son abolition dans la société civile, le jour où celle-ci deviendrait chrétienne. Si l'invasion des barbares retarda Tœuvre de raffranchissement civil général, il n'en est pas moins vrai que Tesclavage fut tué dès que Tesclave, devenu inviolable dans sa pensée et ses mœurs, put dire à ses maîtres : Je vous dois l'obéissance en tout ce que Dieu ne défend pas» mais je mourrai plutôt que de mettre mon ftme et mon corps au service de vos passions.

Par les lumières et les vertus dont elle avait pé-> nétré les individus et la famille, la charité avait jeté les bases d'une nouvelle société civile et préparé rétablissement d'un droit public conforme aux données de TÉvangile. Depuis Constantin jusqu'à la chute de l'empire en Occident, elle dut se borner à faire sanctionner par les lois l'abolition du despotisme paternel, à faciliter, encourager l'affranchissement des esclaves. Elle modifia beaucoup et adoucit le despotisme impérial, mais le fond eu restait, comme un legs du passé et comme une dictature indispensable dans un immense empire assiégé de tous côtés par les barbares. Ce ne fut que lorsque les enfants du Nord» après avoir aboli œuvre de Romulus et de Numa, eurent embrassé afoi chrétienne, que la charité entreprit d'édifier,

sur les débris du vieux monde, un inonde vraiment chrétien.

Le libéralisme moderne , qui n'a su nous donner, sous le nom de libertés constitutionnelles, que les engins du despotisme le plus illimité, nous représente les populations du moyen âge comme autant d'esclaves Courbés sous le joug de Tabso- Intisme religieux et politique. Rien n'est mieux démontré par l'histoire que le contraire. C'est la seule époque où l'on ait posé avec lucidité et largeur les principes de toutes les libertés civiles et politiques, et fait de sérieux, de sublimes efforts pour les réaliser dans les institutions nationales.

Les génies constituants du moyen âge eurent le bon sens de placer à la tête des sociétés religieuses et civiles Jésus-Christ, avec cette charte évangélique qui sauvegarde les droits de chacun en imposant des devoirs à tous. Sous le Souverain suprême des âmes et des corps, du temps et de l'éternité, devant lequel pontifes et fidèles, princes et sujets, grands et petits, devaient également fléchir le genou, l'absolutisme, qui est le pouvoir indéfini de l'homme sur l'homme, ne pouvait trouver place. La souveraineté religieuse et la souveraineté politique n'étaient plus que de laborieuses et redoutables fonctions, divinement établies, pour le service religieux et le service civil des peuples.

a L'absolutisme n'était nulle part, pas même en Dieu, puisque, en matière de lois, Jésus-Gbrist avait dit son dernier mot, et que l'enfant, instruit de son catéchisme, possédait le résumé complet du code divin.

» L'absolutisme n'était pas dans l'Église, puisque tout, dans la croyance, dans les préceptes» dans les sacrements et le culte, avait été divinement réglé, était universellement connu, et que l'autorité ecclésiastique se reconnaissait impuissante à y rien ajouter ni retrancher.

» L'absolutisme n'était pas dans l'ordre politique ; nul homme, nulle classe d*bommes n'aurait eu l'audace de dire : l'État, c'est nous ; notre raison, notre volonté , telle est la loi suprême de la nation.

» La forme de gouvernement résultant de ces principes , ce n'était point la théocratie des Hébreux, peuple enfant, incapable d'appliquer le principe le plus clair , et à qui Dieu avait dû donner, par Moïse, outre des lois fondamentales, une multitude de règlements de police religieuse , civile, domestique. L'Évangile, en se bornant à poser les fondements de l'ordre social , laissait un immense espace aux libres évolutions des peuples.

» Ce n'était point le règne des prêtres , comme Font dit tant d'ignorants, puisque la distinction des

deux puissances et leur indépendance respective étaient un des premiers articles de la charte chrétienne, publiée et défendue par le sacerdoce ; puisque, même dans Tordre religieux, le rôle du pouvoir sacerdotal est divinement limité à la conservation et à la diffusion, chez tous les peuples , du patrimoine spirituel du genre humain.

» C'était en réalité le règne de Dieu dans l'Église et dans les divers États, par le moyen de la charte évangélique, dont les lois spéciales de l'Église et des États ne pouvaient être que l'application et les articles organiques (1). »

De cette subordination de tous les pouvoirs à la souveraineté de Dieu , et des lois humaines à la loi divine , que résultait-Il ? Il en résultait d'abord , que souverains et peuples étant également sujets de la loi divine , qui était connue de tous, le pouvoir des premiers et l'obéissance des autres avaient des limites inviolables. lie souverain ne pouvait plus commander à son gré, en vertu de la maxime consacrée par Tancien droit romain : Ce qui plaît au prince a force de loi (2) ; et il y avait maintes circonstances dans lesquelles les citoyens devaient lui dire : Vous violez votre devoir et nos droits ,

(1)T. StatolâtriefOulecommunismelégàlfCh. II. fil (2) Quoi principe placuU legishabetvigorm.

DE L'ÉDUCATION DE L*HOMME. m

Diea nous défend de tous obéir ! Dans le doute» si la loi du prince était opposée à la loi de Diea, oit en appelait au jugement de l'Église.

Les publicistes modernes se sont beaucoup ré-* criés contre cette intervention de FÉglise dans les différends qui surgissaient entre princes et sujets Le principe de droit public , qui déclarait déobli de ses droits le souverain convaincu de viokif opiniâtrement la règle commune de la fm et det moBurs et de mépriser le9 jugements de t Église en cette matière, ce principe, dis^je, universelle* ment reçu au moyen âge, a été considéré comme une monstruosité du système tbéocratique et une extrême dégradation du pouvoir politique. Cepen* dant quel était le sens de ce principe ? Le voici : Jl est absolument défendu au souverc^in de changer la religion et la morale que Jésus^ Christ a données au monde. Or, tout peuple chrétien qui ne fait pas cette défense h ses gouver-^ nants et n'a pas uq moyen constitutionnel de b faire respecter, n*est plus chrétien. Il n'a pas seUi* lement perdu Tintelligence de la liberté, il a renié son âme : c'est un troupeau à engraisser pour les jfestins de la tyrannie.

Ce fameux principe n'était pas autre chose que l'application de la devise chrétienne : 7En religion nous sommes tous peuple , et nous n$ recot^*

tn BIBLiaiHfiQOE ROCli'ELLB.

mnstons çv'ti» maOre suprême , Jé^us-ChrisL Les Papes eux-mêmes , doot la soaTenineté spiritoeDe était la plus haute, la plus étendue, la plus infidahle et la plus dirine des sou? eraioetés par son origine et sm bot, étaient soumis à la règle commune. Les théiriogîais et les canonistes, si défoués qn'ik fussent au Saint-Si^, ense^naient que le chef mSme de FÉglise cesserait de rêtre, s*fl était conTaincu d'ensdgner Thérêsie. Pourquoi donc les princes, qui ne recevaient leur pouvoir de Dieu que par l'intermédiaire de la nation, et sous les clauses stipulées par la nation, auraientils été plus inviolables que les Papes dans Tabus extrême de leur pouvoir ?

Qu'a-t-on gagné à raboliticm des sages entraves que la politique cbrélienne avait mises, non à l'exercice légitime du pouvoir suprême, mais aux passions qui perdent tous les pouvoirs? Il n'est plus permis de l'ignorer. Les royautés, affranchies de tout contrôle, ont démdi les libertés religieuses, politiques et civiles des peuples, jusqu'au jour où riosnrrectioQ est venue démolir les royautés. Les gouvernements issus de Tinsurrection ont si bien continué Fœuvre du despotisme, que les États, semblables à des villes démantelées, se trouvent sans défense contre les triturations du socialisme.

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