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CHAPITRE XX

De la constitution de l'îglise et de son heateuse influence sut lu constitutions politiques du moyen âge. — Comment l'Europe est retombée sous le despotisme.

Ce n'était pas seulement par sa doctrine sur Torigine, la mission et les devoirs de Tautorité, que le catholicisme tuait le despotisme politique ; c'était aussi par l'esprit fondamental de sa morale et de ses institutions ; c'était aussi par l'irrésistible iniluence de sa divine constitution, assise sur les principes du libéralisme le plus large.

Quel est en effet l'esprit général du catholicisme, l'âme de sa morale, la vertu par excellence que toutes ses institutions et pratiques religieuses tendent à développer ? C'est la charité : et la charité , c'est l'esprit de dévouement fraternel élevé à sa plus haute puissance, allant jusqu'à l'oubli du moL Peut-on rien imaginer de plus contraire au despotisme, qui est l'adoration du moi? Un tyran sincèrement catholique est une contradiction dans les termes. On ne citera pas un souverain qui soit de-

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Tenu oppressearde ses sujets, sansaToir mis en oubli ses deToirs religieox et tenté d'opprimer l'Église.

Que Toyons-nons dans la constitotion de l'É- ^Sse cathdiqne? Noas y Toyons la pins heureuse conciliation qui se soit jamais fute du principe de fraternité, d'^^alité et de liberté, aTec les conditions essentielles de l'ordre.

On trouve en effet dans l'Église : 1* une loi commune des devoirs et des droits, obligeant indistinctement tous les membres de la société, ceux qui y commandent encore plus que ceux qui obéissent. En matière de choses à croire, de devoirs à pratiquer, de richeïises spirituelles et morales à conquérir ici-bas, et de droits sur les récompenses étemelles, le dernier des catholiques n*a rien de plus à croire, à pratiquer, rien de moins à attendre que le Pape, l'évêque, le prêtre. Rien ne l'empêche d'user si bien des moyens de sanctification prodigués I tous, qu'il poisse un jour, conune tant de saints et saintes nés et morts dans la plus humble condition, voir les Papes, les évêqnes, les rois s'agenouiller devant ses restes, les déclarer dignes du culte universel, et lui donner place parmi les protecteurs de l'Église et des États. Qui ne voit là une combinaison admirable du principe de l'égalité de tous avec les droits de la liberté pour chacun?

DE L'fiDUGATION DB L*HOMlfE. Ui

On trou? e daiM l'Église : S^" un pouvoir «mHrâai« assez fort pour maintenir l'unité entre deux ou trois mille provinces, appelées dioeèses et disse* minées d'un pôle h l'autre ; pouvoir toutrpuiasant pour la répression du mal, mais si sagement ten^ péré dans son exercice, que le mal, du moins grave, lui devient impossible. Il suffi! d'un coup d'œilsur l'organisation ministérielle de l'Église et la notoriété de sa doctrine et de ses lois fonda* mentales, pour voir que le Pape le plus entreprenant, le plus absolu, ne pourrait innover dans la doctrine dogmatique ou morale, dans les institutions appelées sacrements, ni même, hors le cas d'urgence bien avéré, dans les lois de discipline générale, sans avoir contre lui, pas seulement le collège des cardinaux, mais les douze à quinze cents vénérables frères que Jésus-Christ lui a associés pour le gouvernement de TÉglise, tous obligés par le serment le plus solennel de veiller à l'intégrité de la doctrine , des institutions divines, etc. , tous obligés de connaître à fond cette doctrine et de s'entourer d'un clergé capable de la faire connaître aux peuples, et de la défendre au prix de leur sang. Toute tentative d'innovation, sur une matière aussi connue, soulèverait même une grande partie des fidèles.

Qui ne connaît les grandes assemblées repré-»

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sentatrres de l'Église universelle, où les' Papes, à l'exemple de saint Pierre, ont convoqué tant de fois leurs frères dans réi»scopat, pour délibérer et juger dans les causes religieuses les plus graves ? Qui ne connaît institution immémoriale de ces synodes provinciaux et diocésains, où les évéques doivent s'entourer de lumières et de conseils pour l'exécution des lois générales de l'ÉgUse, et le bon gouvernement de leurs diocèses ?

On trouve dans l'Église : 3» un système de promotion aux emplois qui surpasse tout ce qu'on a jamais vu en fait de liberté. Qu'est-ce qui empêche l'enfant du charpentier, du pâtre, du mendiant, d'arriver aux trônes des Maurice de Sully, des saint Grégoire VII, des Sixte-Quint et de tant d'autres? Rien, absolument rien, si, avec l'aptitude et la vertu de ces grands hommes , il veut entrer dans leur carrière. Les fonctions aux plus dignes! telle a été la constante devise et pratique de l'Église catholique, là où le despotisme politique n'a pas pu la refaire à son image.

Il ne sufiit donc pas de dire, avec M. Guizot : « Le catholicisme a l'esprit d'autorité ; il la pose en principe avec une grande fermeté et une rare intelligence de la nature humaine ; il est la plus grande^ la plus sainte école de respect qu'ait

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jamais vue le monde (1). » Il faut de plas con* Tenir qu'il a très bien compris la liberté, et que seul il en a donné Tintelligence et l'exemple an monde.

C'est parce que le moyen âge s'inspirait aniqueoaent à cette école, que nous Toyons les peuples de cette époque, conduits par lÉgtise, miner incessamment les institutions fondées par les conquérants barbares, mettre un frein k l'cmmipotence des seigneurs sans la transférer au prince» entourer celui-ci de conseils délibérants, en foire le gardien héréditaire des libertés publiques, l'exécuteur des lois délibérées dans les conseils nationaux; lui défendre de toucher à la religion, de modifier les lois fondamentales, ou d'établir le moindre impôt sans le consentement de la nation.

Partout nous les Toyons se faire octroyer et garantir, par des chartes et des serments, les libertés les plus amples, pour la famille, pour la commune, pour la province, pour toutes les c<H^ra* tions laïques reconnues utiles.

Notre libéralisme bureaucratique et centralisateur, passionné pour l'uniformité, c'est-à-dire pour l'universalité de l'esclavage, ne manquera

(1) y. dans la Revue fi-ançatsej les articles: Du CathKh lieUmet du Proteslantisme et de laPhihiophie.

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pa8 de 8*écrier : Quel déplorable système I Com« ment gouTerner avec cette infinité de franchises locales qui constituaient autant d'États dans TÉtat, qu'il y avait de communes, de corporations? -^Oni, Messieurs les bureaucrates, ce système était d'une grande imperfection ; mais c'était l'a*cheminement indispensable vers un état meiUaur. Pour arriver à l'afiranchissement général, il fiaU lait commencer par les libertés locales et parti*culières, attendu qu'il est impossible de constituer un État libre avec une nation d'esclaves. Ce /chef* d*ceuvre de déraison était réservé à nos génies constituants, qui ont dit : Pour qu'une nation soit libre, il n'est pas nécessaire qu'elle jouisse de k liberté, mais il £iut qu'elle soit librement tripotée par quelques fonctionnaires dont rien n'arrête le pouvoir. C'est, en effet, ce qu'on nous a donné, en courbant dix, vingt, trente millions de citoyens ilotes, sous le couteau à papier de sept ou huit cbefe de bureau. Quand l'Europe sera revenue à l'intelligence et au sentiment des vraies libertés, voici ce qu'elle dira : le moyen ftge fut un long et généreux effort vers raffi-anchissement; le xu< tiède fut la glorification de tous les genres de des* potisme sous le nom d'institutions libérales. Le mépris de tout ce qu'il admira, c'est le premier pas vers h liberté.

Beaaooup de publicistes sans savoir ou sans bonne foi ont prétendu que le système catholique favorisait rétablissement de la monarchie pure et absolue. Rien de plus faux en principe et en fait

Si le pouvoir ecclésiastique réside principalement dans le Pape (ce qui le rend monarchique)» il est communiqué dans une grande mesure à rÉpiscopat (ce qui en fait une monarchie tempérée par l'aristocratie]. Enfin, tous ses dépositaires, Pape, évêques, prêtres, sont électifs, et sortent indistinctement de toutes les classes; ce qui ei^t passablement démocratique et républicain. On peut donc définir le gouvernement de l'Église : une monarchie élective^ représentative^ entourée par te divin fondateur d'institutions éminem^ ment libérales et populaires.

En réalité que voyons-nous au moyen âge! Nous Toyons le trône pontifical entouré en Italie et en Suisse d'États républicains, dont il est le constant protecteur. Nous voyons ailleurs les grandes nations adopter très sagement le principe qui leur convient le mieux, l'hérédité monarchique, blet qu'elle soit inconnue dans l'Église ; mais outre les libertés rdigieuses sanvegardéespar la loi ecdésias^ tique, tous les peuples catholiques, peu contents de se donner des garanties contre le bon plaisir do monarque dans leurs franchises communales et

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États-proyinciaux, lui avaient donné un joge dans les États-Généraux, que, sous une forme ou sous une autre, nous retrouYons partout, du Nord an Midi, du Levant au Couchant.

Une philosophie souverainement niaise s*est moquée du sacre religieux des rois; or qu'était-ce que le sacre, sinon la reconnaissance» la consécration solennelle de toutes les libertés civiles et politiques» dont le souverain était obligé de jurer le maintien à la face des autels et des représentants de la nation ?

« £n Espagne, où la liberté n'a presque pas cessé de régner, le peuple, idolâtre de ses cortès et de ses fueros^ ne cessait pas d'en répéter le nom aux oreilles de ses rois. Au moment où l'on posait sur leur tête la couronne royale, un tribun populaire était chargé de leur adresser ces mémorables paroles ; Nous qui valons autant que vous^ ei qui pouvons plus que vous^ nous vous faisons notre roi et notre seigneur ^ à condition que vous garderez nos libertés. ... £n Portugal, c'est Alphonse PS c'est le roi lui -même qui dit au peuple : Vous nCavez fuit rot, je dois partager avec vous le soin de i^Êtat. Je suis votre roit et c'est en cette qualité que je vow invite à faire des lois gui établissent la tranquillité de notre royaume... » C'est en 1202 que le Tiers- État est intro-

doit dans les assemblées politiques de l'Espagne ; c'est en 1265 qu'il entre dans le parlement anglais ; c'est en 1233 qu'il est admis dans les diètes de l'Allemagne. .. . Sans doute la liberté n'est ni complète ni à un d^é égal chez chacune de ces nations ; mais partout il y a progrès vers les institutions qui lui sont favorables. Nulle part il n'est permis an souverain de lever un seul denier d'impôt, sans qu'il ait été consenti par le peuple. On le consulte pour toutes les affaires importantes; on serait embarrassé de dter un pays où les lois se fassent sans son concours (1). »

Quel prince, quel magistrat, quel courtisan eût osé dire et écrire alors ce que le protestant Jacques VI écrivait dans ses livres contre Bellarmin, ce qu'il disait en plein parlement au commencement du xvii<^ siècle, ce que quelques années après le roi très chrétien, mais bien peu catholique, Louis XIY, disait et écrivait, faisait dire et écrire par ses magistrats et courtisans : QuHls étaient de par Dieu la source de toute justice^ de tout droit , les maîtres absolus des biens de leurs su* jets , et que tous les pouvoirs existant dans leurs États n'étaient que de pures concessions éma^

(1) De la Liberté et de l'Avenir de la République française, Paris, 1849, p. 326 etsuîv.

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nées de la bonté des rois ? Poor qae les monarques et leurs gens en Tinssent à ces excès d'insolence» et pour que les corps ci?ils et politiques n'osassent pas protester contre ces blasphèmes de TorgneU en délire, il n'avait rien moins falki qae la révo* lulion antichrétienne dn siècle précédent, con*viant tons les princes à confisquer à leur profit les propriétés, les droits, les libertés de T^tise, et à tenir son chef pour leur |dus dangereux ennemL Il avait fallu que, dans les États restés catholiques, les hommes de lois ressuscitassent tontes les msaJh mes do despotisme païen, et fissent condamner an feu les œuvres des théologiens et juristes catholiques, où Ton osait encore soutenir Timmémoriale maxime du droit chrétien : Le royaume n'est point pour le roi^ mais le roi est pour le royaume^ car Dieu a voulu qu'ils gouvernassent pour le bien commun^ et pour assurer à chacun la jouissance de son droit : que^ s'ils en agissent autrement et gouvernent à leur prqfitj ce ne sont plus des rois, mais des tyrans (!)•

(i) Yoy. dans les Œuvres de saint Thomafl*d'Âqnio, De regimine prineipum, lib. III, cap. XL — Il est bon de rappeler que, en Espagne, un prédicateur ayant osé dire, en présence de Philippe 11, que les souverains avaient un pouvoir alfiolu sur taperBonneâc Uurssu^

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Dans son excellent ouvrage : Le Protestantisme comparé au Catholicisme dans ses rapports avêc la civilisation européenne^ l'illastre Satinés, broyant tous les sophismes des apologistes de la prétendue Réforme, a fait voir aux plus aveugles queceHe'Ci fut un imtnense pas rétrograde dans les voies de la civilisation.

En affranchissant les grands de tout contrôla, en excitant leur orgueil, leur cupidité, leur haine contre le pouvoir religieux, le protestantisme livra le monde an droit de la force ; il détruisit les constitutions nationales qui étaient l'œuvre de Tesprit d'humilité et de charité, que l'Église avait fait pénétrer au cœur des princes, en même temps ifu'elle donnait au peuple et aux serfs le sentiment xle leur dignité.

Pour comprendre la triste réaction quMl opéra dans Fesprit des monarques, là même où il échoua, il suffit àé lire les Instructions de Louis IX à son fils, et cette belle maxime qui fiit la règle de la vie du saint roi : « Les serfs appartiennent à Jésus- Christ aussi bien que nous. Dans un royaume

jelSf ainsi que sur leurs bimis, Tlnquisition exigea une rétractation publique, et le prince laissa faire. \oy» Balmôs» Leprotestantiême comparé au catholicisme f etc., ch. XXXYII.

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chrétien» noas serait-il possible d'ooblier qu'ils sont nos frères (1)? « il suffit, dis- je, de lire ces instructions» et de leur comparer les Mémoires et Inrtrvctians de Louis XIV pour le dauphin^ vrai Âlcoran politique, comme on l'a très bien nommé, oà, entré autres orgueilleuses folies, on disait à l'héritier présomptif : Vous devez être persuadé que les rois sont seigneurs absolus^ et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés, aussi bien par les gens d'église que par les séculiers^ pour en user en tout temps comme de sages éco^ nomes... Comme la vie de ses sujets est son propre bien, le prince doit avoir bien plus de soin à la conserver (2). Le règne de Louis IX préparait l'édit qui, trente-cinq ans après sa mort, ordonnait que toutes servitudes fussent rame^ nées à franchises (S) ; celui de Louis XIV léguait à la France les iaunondices et les hontes de la R^ence, de Louis XV, et les sanglantes orgies de 93 et leurs suites.

(1) Yoy. Yie de saint Ln^s^ par M. de VîlleneuTe.

(2) Voy. Lemontey, Esstâ surVétàbiissement armotehiquê de Lams XIY, etc.

(3) Paroles de Loais.le-Hattn dans ses Lettres d'affranchissemeot.

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