‹ De l'éducation de l'hommeChapitre 23 sur 28 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

ifanté dis coifi lelifiBQx pool fâocn la baitoii ail dsli^^ làkr^dflinattn an dfldus.-^Ufroe est-il nniteig^ —Ce qierSomye loi doit.

L'indissoluble alliance de l'Église, chargée par Jésos-Christ d'enseigner à tons ses préceptes et ses conseils, avec les instituts religieux, qni donnent à toi)S l'exemple de l'observation parfaite des préceptes et des conseils , se révèle à toutes les époques de l'histoire chrétienne dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Nulle association religieuse , prise individuellement , n'est nécessaire à rÉgllse , mais le principe des associations religieuses lui est indispensable. C'est par lui qu'elle triomphe chez un peuple ; dès qu'il s'y altère, elle languit ; quand il s'en va, elle s'en va.

Parmi les catholiques qui disent et écrivent que l'Église peut fort bien se passer de communautés religieuses , beaucoup sont de très honnêtes gens , mais il y a trois choses dont ils ne savent pas le premier mot : la nature du catholicisme , celle

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des sociétés religieuses , et leur histoire commune.

Les grandes victoires du christianisme sur le paganisme extérieur ont toujom^ été te fruit de dévouements héroïques. Poor attirer les idolâtres à la religion de ta croix , il {put, comme Jésus-* Christ et ses ap6tres , tout abandonner fioiir s'attacher à la croix. Le raissionnaire catholique* qnîva évangéliser les infidèles, pent Uen n'être pas reli* gienx seion la lettre» n*avoir pas jnré telle ou telte r^le monastique ; mats il eat indispensable qa'il soit religieux selon Tesprit» qa'il abandonne famille, patrie ; qu'il renonce à tons les désirs de la chair et se montre prêt à livrer mm âme pour la gloire de Dieu ftt le salut de s«s frère». S^ succès seront toujours proporiionnéa au degré de son abaéga-< tion. S'il veut affermir ses conquêtes et les étendre, il faut qu'il appelle à son secours le Frère et la Sœur, afin de compléter h trinitéqiii seigle peut faire passer un peuple de& ombres de la mort au soleil de TÉvangile : église , presbytère , cou* vent.

Le pain de vie que l'évêque et k prêtre distri-^. huent dans les assemblées à la multitude, le (Yèra et la Sœur le transforment en lait pour les enfants des deux sexes , et ceux-ci devlenuent les apôtres de la faiulllc , engendrent selon l'esprit ceux qui les ont engendrés scion la chair.

Les devoirs nouveaux et les sacrifices effrayants pour la nature dissolue de Fidolâtre, que le Père spirituel exige au nom du Flb de la Vierge, le Vrère et la Sœur les traduisent en vertus d'nnesaavite irrésistible. Les idolâtres peuvent dire k l'évêque et au prêtre : Vous êtes, vous, des étran-< gers, des hommes 3i fart» si toutefois vMtt êtes des hommes. La religion que vous nous annoncez est très belle; mais elle est au-dessus de nos forces, incompatible avec notre climat EHe est bomie pour les enfants de l'Europe, qui ont desmaisoiu volantes ammées par le fen, et dont les flancs récent le tonnerre, les édaîrs et la foudre I

Cette objection tombe en présence des Fk-ères et des Sœurs, recrutés en grande partie parmi les néophytes, accomplissant avec jme des devoirs bien supérieurs à ce que l'on exige du conmiun des dirétiens. Le Dieu-Homme et sa Mère, dont la morale et h vie si austères repoussaient, ne sont plus des personnages étrangers, purement cëtestes, animés seulement par le ciseau on le pinceau de Tartiste. Ils se sont incarnés dans rflindou, le Chinois, le Thibétain, le Cafre, rOcéauien. On les voit ne quitter le heu de la prière que pour aller répandre des bienfaits, instruire l'ignorance, soulager toutes les misères corporelles, adoucir et charmer les maux qu'ils ne peuvent guérir, et re-

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tourner avec joie aux Ueax où, en retour dn bien, ils ont recueilli la raillerie, les injures et les coups. Les spectateors passent tôt ou tard de Tadmiration à Taoïoiir, de l'amour à l'imitation. Ils croient à ce qu'on leur dit, en yertu de ce qu'on leur fait voir et sentir, et ils entrent dans la vérité catholique, comme tout peuple y entre, par l'avenue de la divine cb vite.

Les grandes victoires sur le paganisme întérieur, c'est-à-£re sur le culte des passions mauvaises, qui tend toujours à revivre dans les mœurs privées et publiques, quand il a été aboli dans les temples, ces victoires, dis-je, ne s'obtiennent que par les mêmes moyens.

Pour faire des chrétiens ordinaires, il but être un chrétien plus qu'ordinaire, par la raison fort simple que les enfants ne tout pas des enfants.

En vérité, en périié^ je tH)us le dis : si le graim de froment jeté en terre ne meurt pas^ il de-meure seul; mais s'il meurt ^ il porte beaucoup de fruit (i). Voulez-vous créer ou augmenter dans un homme la puissance morale? Faites qu'il se jette dans le sépulcre du cloître, et qu'il y meure sous le poids des bigoteries monacales.

On m« dira : Ne peut on pas iravaiilcr à sa per-

(l)S.iint Jean, ch, XIÎ, 24.

258 BIBLIOTHÈQOE NOUVELLE.

fcctfon dans toutes les carrières ? — Pas le moindre doute. Les annales catholiques nous montrent une multitude de grands saints formés ibns totttes les conditions, sur les hauteurs du trAne comme au dernier degré de l'échelle sociale, dans le tumulte des camps comme dans le silence du cabinet. Mais cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître ce fait : La perfection chrétienne est aussi difficile dans les conditions ^séculières, où tout porte au relâchement, qu'elle est aisée dans une communauté fervente, où tout conspire à l'édification de Y homme intérieur. Pour devenir parfait, il faut bien le vouloir soi-même, et le vouloir fortement ; mais quiconque a cette volonté sent mieux ^e personne le besoin de maîtres qui éclairent, ^Ntifient cette volonté, et qui en faciHtent l'accomplissement. Étudiez de près les grandes âmes qui se sont sanctifiées dans le monde : vous trouverez que toutes furent des religieux et des religieuses en habit séculier. Elles ne s'étaient pas Êiit, mais elles avaient sollicité, reçu et embrassé une r^le et des vœux appropriés à leur condition.

On a dit, écrit des milliers de fois, que le régime monastique abaisse les talents et les caractères, les annuUe même, en voulant les uniformcr ; que le religieux, en ne pensant, en n'agissant que sous le bon plaisir du supérieur, perd la

spontanéité de sa pensée et de ses actes, U$ illuminations soudaines du génie, les inspirations dn cœur, et devient une pâle co{He, au lien d'être ce qu'il était par nature, un talent à part, originaL — Outre qu'il faut être esprit-fort, ou très capable de le devenir, pour s'imaginer que les institutions religieuses, même les plus ex^eantes en matière d'obéissance, réservent aux supérieurs le monopole de la pensée et de Faction, l'objection prouve qu'on ne connaît les conditions ni du génie ni du caractère.

Qu'est-ce que le génie? C'est le talent élevé h sa plus haute puissance par la constance du travail et la noble passion du vrai, du bien et du beau en chaque chose. Qu'est-ce qu'un grand caractère? C'est un homme qui, convaincu de la sainteté du but, et de la légitimité des moyens qu'il emploie pour l'atteindre, y aspire de toutes ses forces et ne se dément jamais.

Or tel est le religieux, doué de quelque puissance dans l'esprit et dans le cœur. La r^le, bien observée, l'affranchit des mille folies et petitesses qui naissent spontanément dans les natures les plus fortes , des illusions de l'esprit, des recherches, des caprices de l'amour propre, des calculs de l'égoïsme, de l'obsession des penchants sensuels et vulgaires, toutes choses qui paralysent, four-

f6ê BlBUOTHâQCK NOC^^LLK.

vomt, prostitoent le talent, imssent le caractère, fool de la ¥16 des plus grands hommes nn tissa de tantes et d'enfiMitiUagie& En Tobligeant à marcher tonjoors vers le but de la periectkNH chrétienne, qui n'est pas autre que Jésus-Christ, source de tonte grandeur Yéritahle, la règle «Je déllTre de la liberté du goujat » qui est k droit de tout vouloir, de toDl Élire» pour loi donner la liberté du héros, laquelle consiste à . se montrer constamment l'esdave de la vérité et de la vertu.

Les faits concordent avec les principes. Où se sont mûris les génies puissants ai paroles et en ceuvres, les caractères créateurs, qui, après avoir remué leur siècle, ont laissé après eux de grandes institutions, nue renommée impérissable, tels que les Jérôme , les Augustin , les Basile, les Gr^oire de Nazianze, les Benoit, les Gr^ire VU, les Bernard de Clairvaux, les Dominique, les François d*Assiset les Thomas d'Aquin, les Vincent Ferrier, les Ignace de Loyola, les François -Xavier, les Pie V, etc., où, dis-je, s'étaient-ils mûris? Dans la solitude du cloître, dans les habitudes et les sacrifices de la vie régulière.

On dira : C'était le goût général de leur siècle. — £h bien, voyez ce qui se passe dans le siècle le plus dégoûté de la vie monastique. Eu tèie des mis de la i)arole, ne tronvons^nous pas, chez Ivs doux

nations les moins bigotes, quatre robes monacales: le dominicain Lacordaire, le jésuite de Ravignan, Toratorien Newman, le capucin Matthew? Vous direz : Avant d'être religieux , ces hommes , les trois premiers du moins, étaient déjà des ospriis supérieurs. — Oui, et depuis que ces esprits supérieurs ont eu la folie de se mettre sous la conduite d'un esprit probablement inférieur^ la folie de les entendre, de s'étouffer autour de leurs chaires, de leurs confessionnaux, s'est furieusement accrue dans les Français et les Anglais. Après tout^ c'est la vieille folie de l'Évangile, qui dit à l'homme depuis dix-huit siècles : Veux-tu régner sur les âmes? Abdique le gouvernement de ton âme.

Veux-tu devenir père d'un grand nombre ? Redeviens enfant. Aspires-tu à de grandes victoires ? Lie tes mains par l'obéissance.

Le sacerdoce catholique développa-Mk jamais autant de puissance qu'au moyen âge, alors que pour vaincre la barbarie et reconstruire une société chrétienne sur d'effroyables ruines, il se concentra tout entier dans le cloître ?

Dans l'interminable déluge dont les flots ravageurs passèrent et repassèrent cent fois sur les plus belles contrées de l'Europe , depuis le commencement du v*" siècle jusqu'au baptême du normand Raoul ou RoUon , au x*, tout devait irrémissible-

ment périr. Les monuments de Thistoire et de la littérature antique n'échappaient à Tincendie des villes que pour servir d'aliment au feu des bivouacs des conquérants ou de litières à leurs chevaux; Tabîme de Toubli se creusait fatalement entre l'ancien monde et le nouveau.

Cependant les œuvres littéraires décidément perdues ne sont rien, comparées à celles que la plume infatigable des religieux et des religieuses nous a conservées. En effet les religieuses aussi s'avisaient de copier le grec et le latin, et nous transmettaient sans scrupule les vers d'Anacréon en compagnie d'Homère, de Tibulle, d'Ovide, d'Horace, de Lucrèce, aussi bien que de Virgile. Des découvertes contemporaines, faites dans nos vieilles bibliothèques, donnent même tout lieu de croire que le vandalisme du xvi* siècle et de la fin du xviu* nous a privés de bien des richesses arrachées par les moines aux vandales du moyen âge.

Si , avec les monuments littéraires et scientifiques , l'ÉgUse clottrée ne put pas sauver les monuments de l'architecture romaine, elle fit mieux: là où les barbares en avaient détruit un, elle en éleva vingt, supérieurs par la beauté du travail autant que par la noblesse du buL Aux masses gigantesques, mais uniformes et lourdes, des cirques, des amphithéâtres , des aciaeducs , des thermes ,

des palais, elle substitua les masses encore plus gigantesques des cathédrales avec leurs merveilleuses tours, des hospices et hôtels-dieu, des universités, des châteaux, des abbayes, etc. ; modèles inarrivables de grandeur et de grâce, de solidité et de délicatesse, qui impressionnent également l'homme du peuple et le savant, et sont un défi à la science moderne , tant la pensée qui anima et harmonisa si bien ce monde de merveilles artistiques reste mystérieuse.

Avec Tarchitecture , la sculpture et la peinture, refleurirent tous les arts, et surtout le premier des arts. On n*a pas assez observé que la vie des champs, Fagriculture et les arts mécaniques qui forment son cortège , exclusivement abandonnés aux esclaves par la civilisation païenne et souverainement méprisés par les barbares, durent aux religieux non-seulement leur résurrection, mais leur ennoblissement.

Ënvain, pour détruire le préjugé universel, eût-on prêché le Dieu-Homme employant les neuf dixièmes de sa vie à fabriquer des jovfjs et des charrues. Pour que cette croyance s'implantât dans les mœurs , il fallait que révèqde, l'abbé, le prôtre , issus plusieurs du sang royal , mais tous honorés des grands, laissassent fréquemment la crosse et la plume pour saisir la bêche et Je mar-'

teau (la foi^eron. Ils le firent, et les droits et franchises accordés partout aux corporations des arts et métiers furent une de leurs plus belles victoires.

« Peuples ! qu'éliez-vous avant que le prêtre et le religieux fussent venus à vous! Portez vos regards sur TAmérique et les Indes! ^'atiou germanique ! les prêtres n'ont-ils pas bâti tes villes, fertilisé tes champs , défriché tes bois , desséché tes marais? Contemple T Amérique, si tu veux voir ce que tu étais autrefois. Tu ne regardes que Tâge présent. Hé ! qu'im^iorte à Thabitant du Paraguay si ses prêtres s'emparent d'un coin de terre? La terre ne lui manque pas... Il en était ainsi jadis de toi, au milieu de tes forêts.

» Que n'ont pas souffert les prêtres pour te civiliser et te polir?... Ils sont venus te trouver dans tes déserts , comme ils vont encore trouver les sauvages... Tu cultives les arts, et tu oublies d'où ils te sont venus , semblable à l'enfant dénaturé, oubliant la mère qui l'allaita, lui apprit à bégayer les premiers mots de sa langue , et qui , devenu grand, souhaite sa mort pour s'emparer du champ qui la nourrit.

» Peuples ! il vous est facile à présent de parler des droits de l'homme, lorsque la religion est venue les promulguer... Allez au milieu des sauvages

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et essayez d*y parler des droits de Tbomme!... Il en était ainsi de vous avant que la douce loi de Jésus-Christ eût poli vos mœurs et que les prêtres fussent venus vous renseigner (1) ! »

£t ce que Técrivain allemand disait, il n*y a pas un écrivain italien, français, espagnol, anglais, qui ne doive le dire , s'il a tu le moyen âge ailleurs que dans les contes de l'école de Voltaire.

(1) Sambuga, pensées diverses.

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Se« BIBUOTHËQUE NOO^LLE.

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