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CHAPITRE XXVI

Suite du piécédent et coDdosioii.

Beaucoup s'imaginent que les États catholiques ne le sont plus que de nom , et que , à Texception d'un petit nombre de croyants pratiques, ils ne diffèrent des États protestants que par le mépris pu^ blicde toute loi religieuse. C'est encore une illusion d'optique.

Le protestantisme est si discret dans les obligations qu'il impose , que la plupart le pratiquent encore alors même qu'ils ont cessé d'y croire. Il en est autrement de la religion catholique, de toutes la mieux crue et la moins pratiquée. La raison en est que, autant elle excelle à produire des convictions inébranlables, autant elle s'expose à Tinsoumission de ses enfants par le refus de transiger en matière de morale. Avec Dieu^ tout ou rien ; on ne peut avoir deux maîtres : telle est sa règle. Ce que voyant, bon nombre lui tournent le dos. Mais sur cent catholiques qui ne pratiquent pas , comptez quatre-vingt-dix lâches qui se pro-

posent de pratiquer plus tard , et dix incrédules qui ne s*escriment contre le dogme que pour se délivrer des importnnilés de sa fille, la morale. Que faut-il pour secouer la paresse des uns et désarmer rincrédulité des autres? Il ne faut qn*un orage sur leur tête ou un soubresaut de la terre sous leurs pieds. Dieu merci , ni les orages ni les soubresauts ne nous manqueront.

De tous les pays catholiques, la France est incontestablement celui que Tespril d'irréligion a le mieux façonné à son image. C'est la seule nation civilisée où il ait pu abolir le premier caractère et le premier principe de la civilisation chrétienne : le respect pour la loi divine du dimanche. Peu content d'avoir substitué , pour le))euple, Torgie du cabaret à Tinfluence de V instruction et de /Vdification religieuse ^ le génie gouvernemental a dit : Gréons un sacerdoce irréligieux, à chaque curé de campagne enseignant le catéchisme catholique, opposons un curé de l'État athée, enseignant aux enfants le mépris de toute religion (i) I Et la bour-

(1) Pour qu'on ne m'accvse pas d'exagérer la portée de la loi de 1833 sar Tinstruclion primaire, je citerai Topinion de deux juges très compétents, Mgr. Dupanloup et M. Thiers. Voy. la citation à Ja tin du volume, n" 11.

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geoisie gonvernantc ju«ca cette conception si propre à consolider son ri^gne sur les niasses, qu'elle la réalisa sur-le-champ. Cependant quinze ans après , alors qn*un coup de pistolet , tiré par un inconnu, eut fait crouler en une nuit le chef-d'œuvre de la sagesse bourgeoise, que trouva-t-on sous les décombres? Une France encore catholique par le fond de ses entrailles.

Sans doute ce vaste travail de corruption a porté les fruits les plus déplorables, et la bourgeoisie elle-même recule d'effroi devant l'œuvre de ses mains ; mais il n*en est pas moins vrai que depuis que les masses ont été comptées pour quelque chose, la politique française, soit au dedans, soit au dehors, a dâ s'inspirer de la pensée nationale, et tourner au pôle catholique. Qui ne connaît les prodiges de charité et de dévouement religieux qui pullulent dans ce pays, et y attestent la puissance de la foi? C'est toujours l'ovaire des héros évangéliques. Il n'y a pas un coin du globe qui ne nous redise les travaux et les souffrances de ses missionnaires, qui ne nous montre les écoles et les hôpitaux bâtis par ses religieux et ses religieuses. Qui n'admire l'instinct profondément religieux de son armée, qui est depuis trois ans le plus fort boulevard de la civilisation en Europe? Au reste, il est bon d'observer que celte armée n'avait .pas

attendu ses campagnes en France et en Italie contre la barbarie démagogique, pour démentir Taccusation d'impiété que lui attirait l'absence de tout exercice religieux. Dans cette Afrique, où rien ne leur rappelait qu'ils avaient une aine, les soldats français savaient encore mourir pour leur religion. Aux nations protestantes, qui lui reprochaient l'athéisme de ses armées, la France aurait pu répondre : Expliquez-moi donc ce double phénomène : Gomment se fait-il que parmi mes soldats tombés au pouvoir de l'ennemi, et placés par la barbarie musulmane entre l'apostasie et la mort, pas un n'hésite à se laisser couper la tête, tandis que chez vous, avec tout votre pîétisme, il est extrêmement rare qu'une fille de condition, qu'une princesse, refuse un parti avantageux, pour rester fidèle au culte de sa famille.

Si de la noble école de l'honneur et du dévouement au devoir, nous descendons dans l'immonde réceptacle du vice et du crime, les merveilleux succès de l'évangéhsation des bagnes à Toulon, à Brest, nous montreront avec quelle rapidité la France cicatrisera ses plaies les plus désespérantes, le jour où l'Église pourra y déployer tous ses moyens de régénération.

En France, et généralement ailleurs, surtout dans les pays affolés par les idées constitution*

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nelles, ce qui trompe les observatears qoi s'en tiennent an premier coup d*œil, c'est qn'ils prennent pour expression de la pensée et d^" la vie nationale, ce qui se dit, ce qui se fait, dans les centres tumultueux où affluent toutes les passions révolutionnaires. Les capitales, dit-on, sont la tête, le cœur du pays ; là se trouvent les grandes lumières, les hautes influences, l'élite de la société. La vérité est que nos capitales sont des foyers de sottise et de corruption, et que les États seraient irrémédiablement perdus, si les provinces n'opposaient pas aux folies et aux vices des capitales, la barrière du bon sens et des vertus qui sauvent un pays. La vérité est que, dans nos capitales, les grandes intelligences, les nobles caractères sont méprisés, annulés, s'ils ne se mettent pas au service des plus tristes erreurs, des plus viles passions. La vérité est que l'élite de la société y est débordée par l'écume de la population, et qu'elle serait dévorée le jour où l'esprit des capitales envahirait l'armée, noble expression de l'esprit des provinces.

Grâces en soient rendues au Père des peuples, le génie de la centralisation n'a pu encore réaliser son infernale devise : Mouler les nations à rimage des capitales. Au-dessous de la petite nation, de fabrique moderne, qui vit de bavardage,

d'intrigues, de fictions, de bouleversements, et qui croit tout mener parce qu'elle se démène beaucoup, il y a partout la grande nation, de formation chrétienne, qui vit de ce qui fait vivre les peuples : Foi, moralité, travail.

Las des roueries politiques, dont il a si chèrement payé l'essai, et dont il ne peut plus ignorer les résultats, le pays réel demande un changement de système, et il faudra bien qu'il l'obtienne. Que la chute de ce système, rangé, avec tant de raison, par M. Romieu, dans la catégorie des bêtises su* périenres (1), inspire des regrets ^ ceux qui lui doivent gloire et profit, et qui ne voient pas le gouiïre qu'il a ouvert sous leurs pieds, à la bonne heure ; mais la masse qui n'y a trouvé qu'une foule d'amères déceptions, de tricheries indignes, aboutissant à la misère et à la mort, demande que le jeu finisse, et que à la liberté du mensonge et. du mal, qui nous a courbés sous la tyrannie des plus odieux monopoles, succède enfin la liberté de la vérité et du bien, qui seule peut redresser les âmes et réorganiser Tordre matériel.

Gomme ce vœu, vraiment populaire, s'accorde avec la volonté du suprême Éducateur de l'Europe et du monde, il sera indubitablement exaucé.

(1) Ch, 1.

Pour cela, il faudra probablement deux forces : une force aveugle, qui brise les obstacles, et une force intelligente, qui préside au travail de reconstruction.

La force brutale existe et a déjà singulièrement avancé l'œuvre de démolition. Cette force, ce sont tontes les passions perverses qui, enrégimentées dans les sociétés secrètes, agitent l'Europe sous le drapeau de la réforme radicale et socialiste. Ce parti a pour mission d'achever la ruine des erreurs religieuses et politiques, en donnant leur dernier mot et en s'efforçant de réaliser leurs dernières conséquences. lia donné le dernier mot du rationalisme hérétique et philosophique, par le cri : A bas Dieu ! à bas toute liberté religieuse, surtout dans Téducation de la jeunesse ! Par sa rage effrénée contre le catholicisme et toutes ses institutions, il a démontré aux esprits les moins clairvoyants qu'il n'y avait plus de foi et de vie religieuse possible que par le catholicistne. Et, chose admirable, pendant qu'il croyait perdre celui-ci dans l'embrasement général, il ne faisait que le purifier au feu de la persécution, le délivrer des liens par lesquelles anciens régimes enchaînaient son action. Il a donné à tous la véritable définition de nos institutions libérales : Cest l'art par excellence (VhéOéler et d'ahruiir les esprits, au nom du

DE L'Ë3)UGATI0N DE L*HOMME. Sii

progrès des lumières ; de corrompre les eœurs^ d*aviiir les caractères^ d^exalter Végoïsme^ en ne parlant que d^honneur et de dévouement au bien public; d^ opprimer et d'exploiter de toute manière un peuple^ en lui disant : Crie vive la liberté ! de V écraser d'impôts^ en lui promettant V économie.

£nfm , le parti démagogique est la seale force capable d'abattre la forteresse que la politique ino^ dernc a bâtie au génie révolutionnaire : la centralisation. En vain les hommes qui ont conservé leur raison intacte, sous le règne des bêtises supé' rïenres , ont-ils répété aux gouvernants : Décentralisez donc! donnez au pays les conditions d'une vie forte et durable en lui rendant les éléments de prospériïé dont Taccumulation au centre n'y engendre qu'une fermentation corruptrice et des explosions violentes I £n vain , les provinces n'ont cessé de gémir sous le poids de l'oppression ; leurs plaintes ont eu aussi peu d'effet que le cri du bon sens politique. S'il s'est trouvé quelque voix assez courageuse pour faire retentir au sein des assemblées délibérantes le mot décentralisation , les avocats du système lui ont répondu : Vous êtes l'organe du fédéralisipe , l'ennemi de l'unité nationale ! et les avocats ont recueilli un tonnerre d'ap* plaiidii^ements. Mais, patience I le digne fils de la

centralisation est là , prêt à étrangler sa mère en croyant suspendre à son cou les joyaux qui manquent à sa rivière de diamants^ La mèche en main sur la mine , le socialisme fera dans un jour ce que le gouvernement le plus éclairé , le plus fort aurait peine à faire en vingt ans. •

Quand, par ses dernières violences, le génie brutal de Terreur aura déblayé le terrain, le divin Architecte de r£urope , qui est assis à la droite du Père , fera snipr la force intelligente.

Cette force , ce sera sans doute Tépée qui aura mis fin aux destructions et soldé la journée des ouvriers de mort. Mais, au lieu de camper sur des ruines ou de reprendre la chaîne des aberrations du passé , cette épée restauratrice devra s'inspirer de la pensé commune et de celui qui l'aura fait vaincre , et des peuples par lesquels et pour lesquels elle aura vaincu. £lle n'aura pas à reconstruire la société chrétienne , car celle-ci subsistera dans toute sa force , et il n'y aura de détruit que les folles constructions élevées à sa surface par l'esprit moderne. La mission de l'épée sera d'écarter les foiseurs qui voudraient restaurer l'œuvre de la folie , et de donner le signal de la réorganisation politique en prenant la place que la charte chrétienne assigne au pouvoir civil

Les stalolâtres se plaignent beaucoup de l'esprit

g^m^ral d'insnbordinalion , du fond de défiance , de mépris et de haine que renconlrenl partout le pouvoir et les lois. C'est là sans doute un grand malheur ; mais il faut reconnaître qu'il est bien mérilc. Quel droit pourraient donc avoir à la confiance, à Testime , à Tamour des peuples , des pouvoirs publics assez absurdes , assez insolents pour dire comme le Parlement anglais : Sous pouvons touty hors faire qu'une femme soit un homme? Quel respect voulez-vous qu'inspire une grêle de lois sorties de la mécanique du vote , après avoir été longuement conspuées, à la face du public, parles orateurs de l'opposition , après avoir subi toutes les avanies du journalisme (1)? On peut s'expll-

(i) « Chez nous, dit M. Romieu, quand chacun assiste à la discussion, quand chacun écoute Tinjure à ce texte qui doit être une loi ; quand chacun s*émeut et se persuade à sa manière, sdon ses goûts d*orateurs ou de journaux ; quand l'issue à cette querelle organisée est un coup de dé sorti d'une urne, où les absents, les indifférents, les attardés n*out pu faire leur jeu, quel pieux respect voulez-vous attendre de la nation pour le produit imprévu que vous nommez loi? Et cependant il est convenu, dans le langage des Codes, des circulaires, des arrêtés, des jugements, que c'est là notre autorité suprême; on parle même souvent de la majesté des lois. » Ch. XIV.

ià BIBUOTRÈQUE NOUVELLE.

quer Tengouement des classes bourgeoises pour ce système ; mais vouloir que les masses le partagent , c'est demander que , au sacrifice de leurs libertés et de leurs intérêts les plus chers , elles ajoutent celui de leur bon sens.

Le pouvoir civil suprême sera respecté le jour où il se montrera respectable, c'est-à-dire quand, rendant hommage à l'Auteur de tout pouvoir, il se reconnaîtra le simple ministre de Dieu , armé du glaive pour la liberté du bien et pour la répression du mal y tels qu'ils sont connus l'un et l'autre parla raison chrétienne. Il sera vénéré, aimé , comme l'image de la bonté divine , quand , au lieu d'absorber tous les pouvoirs inférieurs et de paralyser les forces vives de la nation sous le poids du despotisme bureaucratique , il dira hautement : Le bien public doit être l'œuvre de tous ; mon rôle est , non de le faire par mes gens , mais d'assurer à chacun la liberté d'y travailler selon la mesure de son dévouement, et d'écarter les agents de désordre. Éclairé sur les vœux et les besoins généraux du pays , par ses organes légitimes , je m'appliquerai à les satisfaire dans le calme de la ré flexion. En maintenant intacte la hiérarchie des pouvoirs, et eu ne faisant que ce que nul citoyen , nulle association , ne pourra faire , je réaliserai enfin autant qu'il est possible, cette souveraineté

nationale qui n'avait produit, chez nos pères, que l'universalité de la servitude.

Par ce sacrifice de son absurde omnipotence , par cette extirpation radicale du parasitisme gouvernemental , par ce respect profond et pour le Législateur suprême des nations et pour tous les pouvoirs établis par la volonté de Dieu et le vœu national, la souveraineté civile se rendra inviolable; car elle sera ce que Dieu et la conscience d'un peuple chrétien veulent qu'elle soit : la gardienne, la protectrice de tous les droits, de toutes les libertés utiles. Par là aussi elle reconquerra sa véritable liberté et se délivrera des continuels assauts que lui livrent une infinité de passions cupides et ambitieuses ; car là où le gouvernement est tout, tous veulent être le gouvernement et sont prêts à le brûler pour en avoir les cendres.

Enfin, par le libre déploiement des trois grandes ouvrières qui ont édifié l'Europe : la Foi, l'Espérance et la Charité , les gouvernements seront dispensés de chercher dans les lois le remède à des maux qui ne peuvent être guéris que par la religion.

Quand , aux torches qui incendient l'Europe (1),

(4) Citons encore les paroles de M. Romieu sur la liberté de la presse. « Que de gens aujourd'hui diraient.

âltf Bl&LIOTHÈQUK NOUVELLE.

la Foi catholique aura substitué la divine lumière qui donne la sagesse aux grands et aux petits ; quand elle aura révélé an cœur du riche les misères de la richesse , et au cœur du prolétaire les richesses de la pauvreté, les grands problèmes sociaux seront résolus sans effort La propriété se sacrera elle-même en remplissant ses divines charges , et V amélioration morale et matérieUe des classes soujjrantes , qui n*a enfanté jusqu'ici que des phrases sonores et pleines de tempêtes» sera une réalité.

Quand TEspérance catholique dévoilera à tous les regards ses immenses perspectives sur la coq-

comine M. de Fontanes au commencement du siècle: a Je ne me croirai jamais libre dans un pays où il y a la liberté de la presse ! » Pourquoi ? Pour avoir assisté à un début de révolution, pour avoir eu peur d'un second 93, pour avoir lu quelques écrits de MM. Louis Blanc et Proudhou, et avoir constaté Teflet qu'ils produisent sur les masses. Rare nouveauté, vraiment ! Et comme cela était une révélation inattendue! Afin de répandre, selon votre jargon philosophique, les lumières, vous a\ei demandé que chacun pût se saisir d'un flambeau, et vous n'avez pas su deviner que quelquesuns en feraient une torche !... Ce dogme inouï de la raison a rendu l'espèce humaine insensée. » L'ère des Césars, ch. VI.

DE L'ÉDUCATION DE L'HOMME. âl7

quête hnmanitaire et les éternelles couronnes promises aux coopérateurs de la rédemption universelle, alors de ce milildn d*ambitii!ux qui bouleversent le monde pour s'y procurer une meilleure place, les uns se tiendront en repos et ajourneront au ciel leurs projets de grandeur, les autres, enflammés de l'esprit apostolique, iront combattre au dehors cette barbarie vers laquelle ils nous précipitent.

Enfin, quand la Charité catholique, couronnant l'oeuvre de la Foi et de l'Espérance , animera de son souffle les cœurs racornis par l'égoîsme et exaspérés par la haine, la société européenne , retrempée aux sources de son éducation divine , marchera avec une nouvelle ardeur à Taccomplissèment de sa haute destinée et réparera, par des prodiges d'héroïsme , trois siècles d'ignobles folies.

Ainsi-soi(-iI.

Extrait de Técrit de Wolfang Menzel sur les Missions CATHOLIQUES, publié par la Wolkshall de Cologne et reproduit pai VUniverSy n» du 16 janvier 18^1.

« Âpres avoir envoyé des missions dans toutes les parties du monde, aux païens noirs, jaunes, rouges et couleur d'olive , on s*est aperçu que tout près, au cœur même de r£urope , il y a des païens qui ont encore plus besoin d'être convertis que ceux des côtes de Tancienne et nouvelle Guinée , du Labrador et du Kamschatka. Aussi les missionnaires catholiques, depuis longtemps bannis du Paraguay et de la Californie, reparaissent-ils dans les vallées de notre Forêt-Noire , pour y prêcher aux sauvages du pays.

» La révolution des trois dernières années a bien moins dévasté elle-même qu'elle n'a mis à nu la grande dévastation humaine déjà exislante, en lui arrachant les voiles dont l'avaient couverte les prétendues lumières, le perfectionnement de la police et la décence conventionnelle. L'œil a plongé dans cet abîme de dissolution et de corruption morale,

et rÉtat a sabitement compris qu*il avait aidé à creuser cet abtme. De là cet appel au secours adressé à la religion, si longtemps dédaignée. De là Témancipation de l'Église, qui, il y a trois ans encore, semblait impossible. De là le mouvement électrique qui , au mot magique de missions intérieures, prononcé par Wichern, parcourut toute l'Allemagne et qui fut la première lueur dans ces profondes ténèbres , la source vive jaillissant du rocher devant lequel nous étions altérés et désolés. » Que le bureaucrate le plus ennemi de l'Église soit contraint à reconnaître maintenant que la police seule ne suffit pas, et qu'il faut la religion et SCS fidèles pour vaincre le démon dans le démon ; c'est une grande et précieuse conquête , mais j'apprécie plus encore le changement dans les sentiments et les opinions du peuple d'abord, ensuite dans ceux des classes instruites, au sujet des choses religieuses. L'orgueil des fausses lumières a été de plus en plus reconnu comme tel. Et si les calamités du temps n'ont pas encore mis la prière au cœur et aux lèvres de tous, le plus indifférent en est au moins venu à désirer qu'on apprenne à ses subordonnés une prière plutôt qu'un jurement. Le hurlement infernal de la presse révolutionnaire , des clubs , des assemblées du peuple et des corps francs , a tellemeiu épouvanté qu'on en a perdu

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l'aversion qu'on professait pour les choses saintes* et les charivaris ont appris combien est douce la musique d'église. Nous ne voulons pas scruter les oppositions intérieures qui accompgnent ce mouvement vers l'Église ; nous ne voulons pas examiner les restrictions mentales que se fait la peur en appelant pour la première fois à son secours le prêtre qui jusqu'ici lui avait été si désagréablement à charge. Nous nous tenons seulement aux faits, et nous constatons que les bureaucrates ont vraiment donné une place aux prêtres , qu'ils ont confiance en eux, qu'ils ont recommandé à leur discipline ce même peuple qu'ils avaient essayé d'y soustraire depuis un siècle par tous les moyens possibles, ne craignant pas alors, à leurs fins , de calomnier le prêtre et de couvrir de ridicule la religion même. » Parmi tous les miracles produits par ce changement dans les sentiments publics depuis la révolution allemande, le plus merveilleux est sans contredit l'activité libre et sans entraves des PP. Jésuites, qu'on laisse, non-seulement agir, mais qu'on approuve même, et qu'on salueavec un respectueux étonnement. Qui de nous a pu oublier l'explosion d'une colère générale en Allemagne lorsque le Sonderbvndoasi, il y a cinq ans. appeler à Luccrne deux vieilliirds de la Compagnie de Jésus ? £n Saxe, la fureur dcviut tellement délirante que le petit os-

selet d'an jésuite , qu'on crut découvrir , gardé comme relique sur Tautei d'une église, faillit mettre le pays en révolte. Lorsque les radicaux suisses, conduits par les plus francs athées, vainquirent le Sonderbund, les cris de joie de toute la presse allemande , quelques feuilles ultramontaines et piélistes exceptées, leur prouvèrent à quel point leur victoire était populaire. 'Des feuilles oflScielles même prirent alors avec cette presse parti contre le Sonderbund. Trois ans seulement se sont passés depuis, et les Jésuites ont reparu de nouveau en deçà des Alpes et prêchent en toute sécurité parmi nous ; car les missionnaires dont nous parlons appartiennent tous à la Compagnie de Jésus, ou aux ordres afliliés des Liguoriens et des Rédemptoristés.

» Les Missions catholiques tenues en 1850 dans le sud-ouesl de l'Allemagne , particulièrement dans la Forêt-Noîre, ont prouvé un retour de calme dans les âmes et dans le pays, ce qui déjîi leur donnait un grand charme ; mais elles ont si bien montré , en outre, combien était intense la force morale et religieuse au milieu de la corruption des temps , que les indifférents même n*ont pu se défendre d'un saint respect.

» Les protestants reconnaissent les services que leur rendent les Jésuites, et leur savent gré de com -

battre si vaillamment et si victoriensementremiemi commun. Ils sentent que les Pères remplissent une mission non moins morale que religieuse, et loin de les entraver ils les soutiennent.

Les Missions catholiques commencèrent déjà en février à Sakingen , Kirchgarten , Schw etzingen , et furent continuées en mars à Herbolzheim et rrlofîen, en avril à Gengenbach, Gerwihl, Haigerloch et Loffingen, en juin à Friberg et Waldtbiim, en juillet à Allwangen, Wurzach , Sigmaringen et Zipplingen, en août à Constance , en septembre à iMarsburg , etc. Missions auxquelles contribuèrent surtout, après que les forces physiques manquèrent au P. Haslacher , si actif au commencement , les Pères Zobel du Tyrol , Schlosser de TAlsace , et Roder de la Bavière. Dieu a doué ces prêtres d'une haute éloquence, qui, jointe à leur zèle apostolique, a produit d*étonnants résultats. Les peuples se pressaient par milliers autour d'eux , et là où , en 18^9, la révolution célébrait ses plus sauvages or« gies, les larmes du repentir et de la pénitence ont coulé. A Urioffen, tout près d'Offenbourç, où s'est tenue la trop célèbre assemblée du peuple qui donna rimpulsion à la révolution badoise, de pieux Missionnaires ont réuni , dix mois plus tard, ce même peuple pour lui faire des discours, eux aussi, mais d*un genre et d'une nalure bien différents; et une

inspiration bien différente aussi s*éieva en flammes pures et \ivaces au Dieu de tonte miséricorde. Mais pour donner une idée plus précise de cet étrange phénomène, je veux vous faire part du récit d*an témoin occulaire : Entre les petites villes de Renchen et d'Oberkirch , connues par le radicalisme de leurs habitants, tout près d'Offenbourg, qui doit à ses démagogues le triste honneur d*uue réputation européenne , est situé Urioffen , bourg considérable, dont la belle et vaste église pouvait recevoir ceux qui, au milieu des menées et des intrigues révolutionnaires , n'avaient pas perdu leur foi catholique. A partir du deuxième dimanche de carême , je vis des milliers de personnes venir de toutes les directions et s'avancer vers cette église. J'assistai plusieurs fois aux exercices de la mission, et je fus frappé du pieux et grave silence qui régnait dans celte foule compacte. Tout naturelle^' ment je comparai ce que je voyais à ce que j'avais vu non loin de là, en 18W et 1849. Quel bruit alors, quelle agitation bachique lorsque des terroristes imberbes adressaient leurs tirades incendiaires à des soldats ivres et parjures, et à une foule en démence ! Quelle joie sainte et paisible, au contraire , régnait dans ces assemblées religieuses d'Urloffen, que j'avais sous les yeux !

» Silencieusement groupée sur la grande place,

334 BIBLIOTHtOUF. \OtVELLE.

la foale partageait ses frugales pro?isioos ; trois fûts par joar elle obéissait avec empressement à la cloche qui l'appelait aux instnictioDS. Quand l'église, ▼aste cependant, ne pouTait la contenir, elle en sortait ; on improvisait une chaire , et là, sur celte place, où quelquefois sept mille personnes étaient rassemblées, régnaient le même silence, le même recueillement, fe même respect que dans renceinie sacrée. Tous écoutaient , muets et immobiles , ces paroles qui, sortant d'un cœur brûlant de charité, les entraînaient avec force au tribunal de la pénitence. Hommes , femmes , jeunes et vieux se pressaient, se cramponnaient aux confessionnaux et restaient quelquefois des journées , oui , des nuits entières sans prendre de nourriture , à attendre leur tour, et ne quittaient leur place qu'après avoir entendu de la bouche du prêtre une parole de consolation et de miséricorde.

» Partout l'effet des missions fut le même, partout les mêmes larmes , la même contrition , les mêmes bons propos. L'affluence des environs était si grande que, dans de petites localités de ^,000 à 5,000 âmes, il y eut jusqu'à 10,000 communions.

n Parmi ces modernes et tous si dignes successeurs des Golomban et des Boniface , se dislingue le Père supérieur Ambroise Zobel. La miséricorde

de Dieu semble avoir tout particulièrement choisi et appelé ce pieux et énergique fils des Alpes, el pour cela lui avoir donné avec prédilection la puissance de l'éloquence populaire , son langage entraînant , Fart d*ébranler et de convaincre , une grande expérience dans la conduite des âmes, tout cela joint à une science profonde. Pour comprendre Teilet produit par cet homme doué de tant d'avantages, il aurait fallu entendre les sanglots qui éclatèrent à son discours d'adieu et les bénédictions qui sont sur les lèvres de tous ceux cbez lesquels il s'est arrêté. — Outre les instructions et h; retour à l'usage des sacrements, deux actes surtout, pendant ces missions bénies, laissent une profonde impression dans les cœurs : l'un est l'amende honorable.au Saint- Sacrement par les prêtres d'abord, par le peuple ensuite; Tautre est la plantation de la grande croix de mission. A Sockingen , le peuple avait demandé la mission : partout l'arbre de la liberté avait réveillé le désir de voir reparaître l'arbre de la croix.

» Quelle supériorité (c'est un protestant qui parle ! ) n'a point la vieille Église mère, de pouvoir tenir de pareils meetings sans craindre de tomber dans l'excès ou dans le ridicule ! Le profond sérieux de son sacrement de pénitence triomphe de l'ironie comme dii crime. Elle n'emploie ni détours ui

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concessions , pour faire impression sur Fesprit et sur le cœur. L'obéissance qu'elle exige est entière; on s'y soumet entièrement ou on ne lui appartient plus. L'autorité de l'Eglise est devenue un besoin pressant pour ce peuple qui vient de fouler aux pieds l'autorité de l'État.

D L'importance des missions s'accroît encore 1 )rsqu'on considère l'ensemble des efforts qu'ont l'ait les catholiques pour relever l'autorité de l'Égtise bafouée, enchaînée et niée.

» Au commencement de ce siècle s'était montrée, sur le Rhin, une gracieuse apparition, la Romantique, comme précurseur de la renaissance de l'Église. C'était une frêle fée Morgane à l'éclat tremblant de laquelle s'éleva de plus en plus le dôme de Cologne. Les tambours de Napoléon la firent disparaître pour un temps, cependant elle reparut de nouveau et continua son œuvre, mais pendant son absence d'autres artisans avaient travaillé en silence à la reconstruction morale de l'édifice du moyen âge. La simplicité crédule du bas clergé et du bas peuple qui, à la risée du public éclairé, avaient gardé la foi traditionnelle , sortit , & Tétonnement de tous, de l'humble position dans laquelle on était habitué à la voir , et où on ne faisait plus guère attention à elle , pour s'élever dans d'autres régions. Elle reprit sa place dans fe cœur du haut

clergé > des professeurs, et revendiqua ses droits. La crosse de saint Anno , réveillée dans sa tombe, frappa si puissamment la terre qu'elle en trembla jusqu'au Memel ; et à Trêves plus d'un million de péleriiis se rangèrent autour des évêques et de la bannière de la sainte robe; tout cela bien entendu dans l'ancienne simplicité crédule , et au grand scandale de la nouvelle école historique , qui n'ayait jamais pensé que cette simplicité pût jamais avoir d'autre prétention que celle de se laisser éclairer par elle.

» Au lieu de reconnaître que ces manifestations n'étaiçnt l)as le fruiç de la sottise, mais qu'il s'agissait ici d'un profond sentiment populaire, de l'expression naturelle d'un besoin trop longtemps méconnu, les hommes de lumières, même Gervinus , crurent pouvoir conjurer le prétendu fantôme du moyen âge par les platitudes d'un Ronge, et prédirent dans leur sagessequela punition de cette vieille Église , qui osait entrer en lice avec eux, serait sa complète destruction , et que sur ses ruines le catholicisme allemand établirait l'âge d'or de la raison. Mais jamais encore la prétentieuse raison ne s'était si lourdement trompée au sujet des choses religieuses. Ronge est tombô dans l'oubli après avoir été flétri comme charlatan, et la vieille Église catholique laisse déplus en plus majestueusement

iieconnaltre les contours gigantesques de sa puissance mystérieuse.

» Au milieu de la tourmente des dernières années, les éTéques catholiques de l'Allemagne se rénnirent à Wurtzboui^ et y publièrent un mémoire qui inscrivit leur mission et celle de l'Église on caractères de feu sur une sombre page de l'histoire. De pareils précédents seuls expliquent l'émancipation de l'Église en Autriche , une des plus grandes, peut-être la plus durable suite de la révolution de I8/18.

» Trois grandes associations font preuve du zèle religieux des simples fidèles ; l'association de Saint- Charles-Borromée, ayant pour but de combattre la presse irréligieuse par la propagation des bons livres; Tassociation de Saint -Boniface, dont les membres s'occupent de pourvoir aux besoins spil'ituels de leurs coreligionnaires dans les pays non catholiques ; Tassocialion de Pie IX, enfin, travaille sans relâche à la liberté de TÉglise et à la rendre la plus indépendante possible de l'État.

o Mais pour le moment, le plus grand triomphe de l'Église catholique est la popularité immense de ses missions dans des pays naguère encore le foyer de la révolte , et la plantation de la croix sur les écailles du dragon qui respire encore. »

« Uoe loi a été faite, laquelle a créé , en France , je ne dis pas seulement pour l'ordre politique , mais pour Tordre social tout entier, un des périls les plus effroyables, Qt, qu^ou me permette le. mot, les plus gigantesques qui se puissent imaginer. Rien de pareil n'a jamais existé chez aucun peuple.

tt On a vu cette loi susciter» en moins de vingt années, et faire suipr du sol mie armée singulière et jusque«là sans exemple , une armée intellectuelle, une armée de 70,000 précepteurs populaires; on a vu cette loi les choisir, les préparer, les former, les instruire soigneusement dans des écoles spéciales ; puis les répandre, les placer un \ un sur toute la surface d'un grand pays ci au cœur même do chaque bourg, de chaque village ; leur donner tout à la fois la position matérielle la plus misérable et la position morale la plus influente, sans prévoir que la misère de leur vie et l'orgueil de leur éducation, 'que leur supériorité relative sur les populations qui les entourent, que leur médiocrité savante et justement irritée exciteraient en eux les plus mauvais instincts de la nature humaine, et en

feraient, bon gré malgré, les mécontents, les ennemis nécessaires, je dirais presque les ennemis les plus excusables , en mêuie tempî; qae les plus irrécouciables, de Tordre social I »

Et après avoir rappelé les singulières instmettons et recommandations ^Av(tsstts à ces êdncacateurs du peuple par le ministre de rinstruclîon puBlique, Mgr Tévôque d'Orléans conlînne ainsi : « Qui s*étonnera que de telles recommandations et une telle loi n'aient réussi fc créer en France, selon Texpression si énergique et si souvent répétée depuiîî de M. Thiers, que ftO.OOO anti-curés, Ix^yQ^^curcs de Fathéhme ôt du sociatisme !

« Certes, en réfléchissant, je comprends encore que le même homme d'État ait laissé tomber d« sa bouche les paroles suivantes : Parmi les mattres d'école, medit'OTt, il y en a de bons : c'est pos^ sible; mais ceux-là sont un miracle, car vous avez tout fait pour les rendre détestables. Quand vous avez été chercher dans un village un petit paysan, quand vous Vavez amené à quinze ou seize ans dans une grande ville, quand vous lui avez donné un habit noir^ quand vous Vavez logé dans une belle école normale , et quand là, pendant deux ans, vous lui avez donné plus d* esprit quUl n'vnpourra jamais porter, quand

VOUS lui avez- appris la physique, la géoméirie^ l'algèbre^ la trigonométrie, l'histoire et le reste; après cela, quand vous le renvoyez à dlx-huit ans au fond d'un village.avec deux cents francs^ pour y mourir d'ennui, avec de grossiers petits enfants qui ne savent ni lire ni écrire , et souvent ne veulent apprendre ni Vun ni Vautre^ vous en faites nécessairement un mécontent,

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