CHAPITRE V
Plan d'éd'jcaiiou ira:é par k cbi:iiar:::ine. — Cu:ai ei coir.merA il a -:•: brisé. — V.àz^^ i'éj'irai-.ariinràernes.
Kqus avoDs vu que, par ses données sur Diea et sur 1 homme , le chribtiauisme a prodigieusement élargi le cercle de la pensée bun^aino. Arrach^intlosi éiroiles limites posées par les éducateurs de Taocjea inoade, il ne s'est p<i^ proposé, comme eux, Télévatiou 4'un ffr^^ ^^ préjudice de% aulr^ U n'a pas dit : Je veux faire des Grecs, des Ilomaius, deti. Chinois, des Hindous, etc.; et p^HU* oiaiutenir Tordre dans ma société ^ je la soumettrai à une hiérarchie de fer. Le très grand nombre y sera la propriété d'une minorité de citoyens, classés euxmêmes en diverses catégories subordonnées les unes aux autres.
Loin de là, nous le voyons dès le début embrasser, dans son système d'éducation , Tuniversaliié des peuples et mettre tous les individus humains sur le pied de l'égalilé parfaite, en disant : II n'y a, pour moi, îii Juif, ni Gentil, ni Grec, ni Romain, ni Barbare, ni maître, ni esclave; je ne vois
4^ meipbreil 4'up même corp^, qui doÎYf Qt »'éle^ ver JHsqp*^ la perfeetiQB ie lem PèprQ céi^ite en Pl^rpbaAt sor les tr^^cei; de iei^ fmiMfi maître Qt i^odèle, Jéms'Cbnst.
Ua plan d'édqcatioo qui a paor itiéâtre l'uni? fers , pour élèf es Xo\» les en(aat& des faoBimes , pour but la hauteur de pi^bction œavqfiée parles préceptes et les exempliss de ]*Hoiqme-Dieu; telle est donc (a pensée chréiien&e. Qui ne voit là, pour chaque individu, pour chaque ferniHe, pour chaque nation, pour rhumanité entiôre^ une cariiôre ou* irerte à dei> progrès sans fin? Quel hqmme, qu^e sodété d'hommesi peut se animer à^ œtfe échelle dont Dieu océupele sommet, et dire i Je suis asses par&it et j'ai assez travaillé au perfeetionnement de mes. frôres peur être saqs reppoche devant le Ifeiitre qui a dit : Soyez par/mit, comme veir» Fére eiieste êst parfait... ji%mea-*vou9 les uns hâ autres^ comme je mus ai aimés moi-même?
En se Gompuraiit k leurs dieiix et demi-dieux, le Grec et le Bomam pouvaient se juger meitteors» et je ne suis passiu*pris d'enlendi^le&sCcHdens dk^: Si les dieux nous sont supérieurs par nainre^ nous l- emparions sur eux par ia vertu. Ibules les vertus de TOlympe, si vertus il y avait, s'éclipsaient devant les vertus » d'ailleurs assez mesqui-
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nés, des Aristide, des Socrate, des Caton. Les exploits mythologiqaes de Mars et d'Hercule ne valaient pas les beaux faits d'armes de Tbistoire grecque et romaine. Lycufgue et Numa égalaient an moins en sagesse l'immortel Minos. L'architecte du temple d'Éphèse pouvait dire : Mon œuvre n'est pas au-4essous de Diane. L'admirable artiste qui sculpta FApollon du Belvédère put aussi se flatter d'avoir, sinon agrandi , du moins égalé son héros.
Mais quelle est Tillustration humaine assez grande pour n'être pas convaincue de petitesse en pi*é« sence de Jésus-Christ 7 Je vobsurnos autels une foule de conquérants qui, par la puissance de leur parole et par l'exemple de vertus héroïques , ont lait triompher la pensée chrétienne des erreurs les plus invétérées et humainement les plus incurables. Cependant , depuis ces premiers héros qui arborèrent en tout lieu la Croix encore fumante du sang du Calvaire, jusqu'à ce François-Xavier, qiT* la planta en cinquante^deux royaumes de l'Asie, il n'est aucun de ces grands hommes qui, à la fin de sa glorieuse carrière, n'ait en raison de dire : Seigneur, nous ne sommes que des serviteurs inu" Mes (1).
Depuis l'apOtro 'de la charité, saint Jean* jus- Ci) Saiat Luc, cbap. XVII, 10.
qu'à la fille de Yincent de-Paal, qui veille avec une tendresse de mère au chevet d'un malade inconnu, que d'existences dévouées à Famour de Dieu et des hommes! Toutefois, quel dévouement oserait se comparer au dévouement de Jésus- Christ, voulant être jusqu'à la fin des temps la victime et la nourriture de tous et de chacun ?
Nous apercevons sur tous les points de l'Europe une multitude d'édifices religieux dans lesquels le génie chrétien a dépassé de beaucoup l'art antique; mais a-t-il atteint la hauteur de l'idée chrétienne? Qui pourrait le penser?
£n contemplant les chefs-d'œuvre dus au ciseau de Michel-Auge, au pinceau de Raphaël, on est saisi d'admiration, on doit dire : Voilà de sublimes élans vers le Christ, vers sa Mère. Peut-on dire : c'est le Christ, c'est sa Mère? Non; on révolterait la conscience chrétienne.
Les annales du christianisme nous ofirent des noms immortels dans la science, dans les lettres, dans la politique, dans les armes, dans les arts. Où
est le génie qui a pu donner à notre science, à notre littérature, à notre politique, à la profession des armes, et à l'industrie, les proportions voulues par l'idéal chrétien? Nous attendrons longtemps encore notre Hercule, et quand il se présentera pour nous d're qu'il a trouvé, dans ces di-
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verses carrières, des limites infranchissables, nous serons en droit de lui répondre : Allez étudier votre catéchisme; vous proavez que vous en ignorez le premier mot.
Ënûn, nous découvrons daùs le chabsflu tnoyen ftge une gravitation codfnse, embarrassée, mais constaltite vers ride grande tonfédératioii des peul^es SUÉ- les bases d'urt droit public et d*unë politicfuë appropriés au nouvel ordre de choses. An milieu des concessiofls que Ton dut faire aiix préjugés barbares, on troute dans les constitutions nationales de cette époque, le gerrïie puissant de toutes les libertés. Cependant cette république chrétienne qui, dès la fin du xi* siècle, faisait lever, comme un seul hômïnë, les peuples de TOccident pour marcher arix secours de leurs frères de l'Orient, cette république^ dis-je, n'était qu'une faible ébauche de la grande république du genre humain, unissant toutes les nations sotis la loi éminemment civilisatrice de TÉvatigile.
Si maintenant l'Edropé est vlsiblemeût en décadence, si la fièvre ardente qui la dévore, fait redouter un accès de délire qui la précipiterait au tombeatf, peut-elle bien en accuser lé Chiistiànistne et lui dire : J'ai réalisé ton plan, et là où tu me montrais la puissance et la vie, je ne trouve que la faiblesse et la mort ? ^on certes, non. Loin
d'avoir parcoBru rincommensurabte carrière S fcJquéMe Tâvait préparée une longue et laborieuse ëdutatftm, efUen'y est pas môme entrée.
Att XTP siècle, l'Europe avait fini ses classes. La pensée chrétienne, dont elle était profondétoent imbue, hii avait donné le sceptre des iniel- Kgences. L'Asie, TAfrique, TAmériquc, n'avaient pas un système religieux ou philosophique qui pût résister aux données du christianisme sur Dieu, l'homme et le monde. Le catéchisme avait fait de nos enfants des penseurs capables d'en apprendre ànx plas fameux lettrés de la Chine et de l'Inde. Déjà si puissante par elle-même, notre [rarole venait de trouver dans l'imprimerie une force prodîgrelise d'expansion. Enfin, nos progrès dans les arts, la boussole et le canon, nous livraient Tem* pire du monde.
' A quoi tant de supériorité morale et matérielle âppelait-il l'Europe? Au rôle sublime d'éducatrice dti genre humain. Le christianisme nous disait : Maintenant que vous êtes grands, applîquez-vouà à élever vos frères que l'erreur condamne h une perpétuelle enfance. Faîtes pour eux ce que l'on a fait pour vou^. Aimez-lèi comme le 'Christ v&us a aimes. Et le but marqué par la religion; le bon sens politique nous le signalait aussi.
A notre bouillonnante activité au sortir de l'é-
coie théologique du moyen âge, au besoin de communiquer au dehors et d'appliquer en grand la pensée universelle que nous avions conçue et en partie réalisée dans notre intérieur, il jfailait un théâtre aussi vaste que le globe. C'était en effet la tendance générale du xv*" siècle, qui fut, comme la très bien observé M. Guizot, l'époque de la plus grande activité extérieure, une époque de voyages^ d'entreprises, de découvertes ^ d'inventions de tous les genres (1). Mais pour que tant de forces mises en jeu ne se heurtassent pas, il était indispensable qu'elles fussent dirigées par le principe chrétien : Cherchez avant tout le règne de Dieu^ et le reste vous sera donné par surcroît.
Si l'Europe fût entrée franchement dans cette politique, seule digne de son éducation première, elle aurait probablement aujourd'hui la gloire d'avoir conquis l'univers à la civilisation chrétienne, et d'avoir élevé celle-ci à une hauteur à peine imaginable. Il est du moins croyable que nous ne la verrions pas partagée en deux camps, dont l'un veut conserver un état de choses sans avenir, et l'autre rêve un avenir de mort
Au lieu de marcher en avant, que firent les aînés du Christ, les fils de la lumière, les domina-
(1) Cours d'histoire moderne^ leçon XI*.
tcors futurs du moude moral et matériel? Ils tournèrent leurs regards vers le passé; ils préférèrent au soleil catholique les feux-foliets qui se jouaient sur les néoropoles de Tancien monde; ils mêlèrent au culte du Dieu vivant le culte des dieux morts. Fascinés par les muses grecques et latines, comme autrefois les enfants de Dieupàx les filles des hùn^ meSf ils se laissèrent prendre à la merveilleuse tournure que les conteurs de Tantiquité avalent su donner aux erreurs les plus immorales, et beaucoup, comme a dit Chateaubriand, parurent aposh tasier entre les mains d Homère^ d' Horace et de Virgile.
De cet absurde engouement, qui dure toujours» pour des peuples que nous devions bientôt surpasser autant par la forme, que nous les surpassions déjà par la pensée, naquit une race de génies bâtards, moitié chrétiens, moitié païens, qui ébranlèrent le fondement de notre système d'éducation : Tunité religieuse. Dès qu'il fut reçu parmi les beaux esprits que le christianisme n'avait formé que des barbares, des ignorants, de petits esprits et des caractères de beaucoup inférieurs aux an-^ ciens héros, il était naturel qu'on s'occupât de réformer le christianisme. Les réformateurs, ou plutôt les destructeurs parurent, et l'on sait quel appui ils trouvèrent dans les lettrés du xvr siècle*
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L'unité ttli^teuse une fols rompue» \cs podfars pi^iliqiiea qui se séparèreot du centre de l'unité formèrent des religion» naiiobales, cît leon^ systèmes d'édocatkfD furait natifreilement marqués aii coin de r^dstfie natiomal et de Te^prit anticatholique. Les cbefe des États fidèles à la com- HHHifon romaine tendirent bientôt vers Fautocratie protestante* Dès la fin du xth' siècle^ ib parurent n'entretenir de$ relations avec le Saint-Siège que pour l'humHier par l'insolence de lenrs préteatious.
De ce» déplorables dirisions que résolta-t-il ? Il en résulta : 1° qu'il y eut autant de systèmes d'éducation qur'il y airait de gouviernements ; 2^ que le principe étroit de la nationalité, au lien de se stibondonner m principe de i'bnmasiité, prit la première place. On ne visa plus à faire, avant tout, des cbrétiens et des hommes dévoués h Dieu et à rbnmanlté; on s'appHqua, comme antrefws les ptfens, à faire des Allemands, des Français, des Angidis, etc. La prépondérance de la pensée nationale fit que l'excédant des forces intérieures de chaque État, an lien de se mettre au service des intérêts religieux et fanmanitaires, se tovrtia : 1"^ vers l'agrandissement de l'État, an détriment des États voisins; 2* vers l'agrandissement d'une classe sodale an préjudice des autres ; S"" vers i'agran-
DE L'ÉDUCATION M L'HOMME. 5t
dissemeiu d'une famille aai éêpeùs dei attiras fa-* milles; De % de$ maiités meurtrières et des guerres barbares de pevple à {^eui^e; de là^ les déeM*» Fanent» des t)artlsdaiis i^aqne État; de D, M IgnoUeB calculs de Vé^rba dans cbaquè fa- BsiMe.
On voit que, en touchant à Funité religieuse qu^ lésus*Ghrist avait donnée pour base à notre sys^ tème d'éducation^ on ruinait dans toutes ses par* ties Fêdifiee de notre société. Le travail de dissolution^ commencé par Luther , devait nécessaire*^ ment aboutir au système des démolisseurs actuels^ prêché par Proudhon et exécuté par Mazzini t ^ voici par quels âe^és on est descendu du cri : A bas le pouvoir pontifical ! au cri : A bas le pouvoir^ quelconque de Thomme sur Thomme !
Les princes réformés, en s'insurgeant contre lé Vicaire du véritable Éducateur de TEorope, s'érigèrent en édncateinrs de leurs peuples ; et les princes catholiques de les ayant que trop imités^ il y eut bientôt autant d'édàcateurs qu'il y avait de princes. Les classes influentes, ne croyant pas defvoir plus respecter les prérogatives de la couronne que ia cduronne n'atait respecté les pi'éroigatlves delà tiare, réclamèrent la division du pèuvoir 80*> prèmê et finfa-ent pat* l'absorber. Il y -eilit dcAié dans chaque État autant d'éducafteurs quédé che^
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de partis. Les classes populaires, victimes des exploitations bourgeoises, se sont fiait octroyer leur part d^inOuence, et, par le suffrage aniversel, cette part est devenue celle du Hou. De là, un prodi* gieux accroissement d'éducateurs. L'esprit national s*étant volatilisé au milieu de ces triturations rér volutionnaires, chacun a renfermé la patrie dans sa famille, et ne s'est plus occupé que des moyens d'élever sa personne et les siens.
Oa ne pouvait s'arrêter sur cette pente. A la vue des ruines et des misères entassées par les divisions religieuses , par les guerres nationales , par les dissensions intestines, par l'égoisme des financiers, propriétaires, industriels, le rationalisme anti-chrétien s'est levé sous le nom de Philosophie, et a dit : Puisque le christianisme nous a tant divisés, changeons la base de notre éducation. A bas la foi ! vive la raison ! £t comme la raison appartient à tous et n'a pas d'organe infaillible , chacun doit être son propre éducateur, le pontife de sa religion, le roi absolu de sa pensée et de ses actes. A bas donc tout pouvoir qui prétendrait limiter la souveraineté de l'individu sur lui-même I
Là finit nécessairement l'éducation humaine»
selon les théories du rationalisme le plus avancé. £n effet, par Vaholition de tous les pouvoirs^ spirituel et temporel , législatif 9 exécutifs judi"
ciaire, propriétaire^ en un mot, par Fan-archie absolue (1) , l'individu humain arrive au comble de la perfection. Devenu son dieu et son roi , ne reconnaissant d'antre loi que sa volonté, il n'obéit qu'à ses instincts , abandonnant sa femelle et ses petits, s'ils lui sont à charge, les mettant à la broche, si tel est son bon plaisir.
L'égoîsme ultra-sauvage concentrant dans l'individu les droits de Dieu et de l'humanité, et légiti-» mant l'anthropophagie*, voilà donc où nous a conduits l'altération du système catholique d'éducatlon que l'Europe devait au christianisme.
On dira que le système d'édncaticm rationaliste est une folio irréalisable. — .Oui« mais cette folie, qui pourrait se produire sans danger chez les peuples de l'Asie ou de l'Afrique , est très capable de mettre à feu et à sang l'Europe. J'en ai d^à donné la raÎFon (2). Dévdoppons-là un peu mieux.
(i) Yoy. M. ProudhoD, Confetsiont ffun rétfoluiUmmHrê.
(2) Yoy. chap. 11.
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