‹ De l'affaiblissement des idées et des études morales M. MatterChapitre 29 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Troisième cause : l'instabilité des personnes.

Quand je parle de l’instabilité des personnes dans un pays où brillent, non pas depuis dix ans seulement, mais depuis vingt ans, depuis quarante ans, des hommes à tel point éminents que la critique contemporaine a besoin de recourir aux plus grandes époques de notre histoire pour trouver des parallèles propres à la satisfaire, j’ai besoin d’expliquer mes paroles. Voici quel en est le sens.

Ce qui fuit la fortune morale d’un pays, ce sont d’abord, sans nul doute, ses doctrines et ses lois; ce sont ensuite ses institutions et ses mœurs; mais ce sont surtout ses hommes éminents, ce sont les conceptions de leur génie, ce sont les créations de leur patriotisme. Les théories les plus sublimes, les plus hautes conceptions de l’intelligence sont peu de chose tant qu’elles restent à l’état d’idées, et les lois les plus sages, les institutions les plus avancées ne sont que des lettres mortes, que des instruments inanimés, tant que le génie et le patriotisme ne viennent pas en faire la vie comme la règle de tous, ne viennent pas en appliquer les principes, réaliser les théories et faire jaillir, des in-

solutions cl des lois, unétat de chosesoù chacun trouve satisfaction pour scs intérêts maler.els cl dignité pour ses intérêts moraux.

La fortune matérielle d’un pays, son or, son sang, est peu de chose aussi; ce n’est qu’une matière qm attend le souffle créateur : j’entends le génie de ces ho mes qui, en vertu de leur supériorité sent le gouvernement de la pensee et des instincts d’une nation, et conduisent ensemble sa fortune matérielle et sa fortune morale. nnissance

C’est en ces hommes que sont la v,e et la pu.ssance

personnifiées de la patrie.

P Mais cette vie et cette puissance ne peuvent Ion tionner que dans des conditions voulues, dans des circonstances qui leur permettent „„ dévc.oppemecUbr el complel. Si fort, cl si purs qo ils soient le geme « le patriotisme sont insofflsanls et stériles ‘ d ê

tre acceptés cl soi vis dans toute leur force cl dans toute

leur pureté. Qu'un homme sulftse par lui-même a une situation, c’est là sans doute la condition première de son influence; mais la seconde est que la situation

comporte et le reçoive. Il est même "^'^^u’eUe lui accorde la liberté d’un déploiement complet, queUe lui permette d’être lui-même, d'avoir sa pensee propre c, de la suivre dans tonte sa grandeur el dans ,0U “ “ phases, dans son début, dans son progrès, dans sa ma turité. H faut de plus qu’une nation, ma.tressc d elle, sache puissamment se confier et se sacrifier elle-même.

Dans mus les temps, pour que de grandes choses soient

accomplies, il faut que de grandes vues puissent di poser d’une grande confiance et de grandes ressources En d’autres termes, c’est la stabilité des personnes qui est la première condition des grandes choses.

On le comprend, lorsqu’une situation, au lieu de concevoir et de prendre les hommes éminents — et je ne parle pas des autres — comme ils sont, dans toute leur intégrité et dans toute leur capacité, les demande réduits et humiliés, pour n’avoir ni à s’élever jusqu’à eux ni à les redouter; ou bien si, au lieu de les accueillir avec bonne foi et sympathie, elle les affaiblit par la suspicion et les lasse par l’hostilité, elle entrave d’abord chacun de leurs pas et anéantit bientôt leur ascendant général. S’ils ont trop de valeur pour s’effacer ou se laisser vaincre sans combattre, il s’établit des luttes où se perdent à la fois et stérilement leur génie et la fortune du pays. Dans cette situation, tout ce qu’il y a de plus éminent est successivement appelé au timon des affaires. Successivement essayés, les meilleurs sont successivement lassés, vaincus et rendus insuffisants.

C’est là ce que j’appelle l’instabilité des personnes.

Or, une situation pareille, on le voit bien, n’est plus un état régulier. Ce n’est pas encore la guerre civile, c’est déjà plus que la guerre morale; en effet, c’est la guerre politique. Les guerres politiques sont les plus dangereuses de toutes les divisions intestines. Elles ruinent plus profondément que les guerres civiles la fortune morale d’un pays. Plus lentes et plus douces, elles pénètrent davantage dans la pensée et dans les mœurs des nations.

11 est des esprits, d’ailleurs distingués, mais téméraires, qui regardent ces situations comme normales, et qui aiment à se persuader que ce qui s’y passe est le jeu régulier des institutions libérales; qu’appeler successivement tous ceux qui veulent se dévouer au pays et renvoyer ceux qui s’usent au pouvoir, est la vérité du gouvernement de représentation; que l’opinion,

appelant et renvoyant coup sur coup, ne fait autre chose que consulter la situation ; qu’elle ne procède ainsi qu’autant qu’il y a instabilité dans la nation ellemême; que cette instabilité doit nécessairement se reproduire dans ceux qui la gouvernent, et qu’il y aurait inconséquence fâcheuse et conflit grave entre les gouvernants et les gouvernés, si ceux-là prétendaient à la stabilité, quand ceux-ci n’en veulent pas ou n’en sont pas capables.

Le mal peut avoir sa théorie comme le bien. Ce système-là est la théorie d’un mal qui n’est qu’un accident, qu’une situation irrégulière, aussi fâcheuse en politique qu’en morale.

Les théories s’éprouvent à la pratique. Eh bien, qu’amène la pratique?

L’instabilité se transforme et devient stabilité, ou change de nature et devient dissolution.

Tel est l’enseignement unanime de l'histoire, et si nous avions à examiner la question politique qu’offre la situation, nous la résoudrions avec toute l’autorité de l’histoire : prophète certain de l’infaillibilité, nous présagerions, ou la stabilité, ou la dissolution.

Mais, qu’on le sache bien, la stabilité n’est pas l’étal stationnaire : la stabilité est la faculté de s’arrêter; l’étal stationnaire est l’impossibilité de se mouvoir.

Quant à la question morale, elle se résout d’une manière fort simple aussi. Elle 6e traduit en ces autres questions : L’instabilité est-elle favorable ou funeste aux idées morales? Est-elle, pour les mœurs, un état de choses normal ou exceptionnel? Que se passe-t-il dans les situation® normales? Que se passe-t-il parmi nous?

Dans les situations normales, qui sont rares, extrêmement rares, ce sont toujours les hommes éminents qui se trouvent à la tête des affaires et qui y restent tant qu’ils veulent. Nous ne tirerons aucune conséquence de ce fait, qui en comporterait beaucoup, par la raison que ces situations sont fort rares. Mais il est des situations plus ordinaires, qui offrent encore une grande stabilité et qui méritent mieux notre attention. Ce sont celles où le pouvoir constant par politique, sans appeler les hommes les plus éminents par leurs talents, appelle et maintient ceux qui se distinguent par leur naissance et leur dévouement, ou ceux qui sont les plus optes à lui rendre, à lui, et non pas à la nation, les services spéciaux qu’il affectionne, qu’il fait prévaloir, et qui le mettent à même de dire ou de croire avec un grand prince : L’État, c'est moi I

Cet état de choses n’a rien de commun avec le nôtre. Il est toutefois, même dans les pays à débat public et à lutte continue, des situations plus ou moins analogues.

On y distingue aussi des nuances" de stabilité, c’est-àdire des situations où la pensée sociale est maîtresse de s’arrêter, de faire une halte, de reprendre des forces.

Mais il est des situations où elle ne saurait se fixer ; où, entraînée par le torrent de toutes les idées et de toutes les affections, elle est poussée sans cesse, quant aux choses, au delà de ce qu’elle veut et au delà de ce qu’elle doit; quant aux personnes, au delà de ce qu’elle estime et de ce qu’elle affectionne.

Quand il y a jeu régulier, fermeté de principes et pureté de moeurs, non-seulement ce sont les hommes les plus éminents que l’opinion appelle, mais encore cette opinion, qui les désigne, qui leur met l’arme au

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bras, est juste à leur égard. Il y a plus, elle est respectueuse. Elle est flatteuse, et, soit par vanité nationale, soit par reconnaissance, elle est amie de l’exagération. Elle traite, non-seulement avec une grande réserve, mais avec une grande déférence, les hérauts du pays. Elle porte haut ces sommités de la raison humaine dont la nature est peu prodigue; et cette exaltation élève à la fois ceux qui en sont l’objet et ceux qui savent s’y livrer envers les hommes qui la méritent.

C’est là une situation glorieusement normale. C’est non-seulement la stabilité raisonnable, c’est la stabilité enthousiaste. C’est la seule qui soit digne d’une nation enthousiaste elle-même; c’est la seule qui soit morale; car celle où le pouvoir suprême impose une stabilité capricieuse en faveur d’hommes et de choses de son seul choix est aussi immorale que l’instabilité qui résulte des passions d’une populace aveugle.

Or, ce qui distingue cette situation normale, certes, n’est pas étranger à notre époque. Mais cela est peu dominant, et c’est un autre sentiment que celui de la glorification de nos dieux sociaux qui règne parmi nous. C’est une habitude opposée, un esprit de critique et de rigueur que ne comporte guère la condition humaine, et qui, s’armant de la lettre ou de l'esprit des institutions publiques, se croit constitutionnelle, d’abord, dans les formes voulues par le bon goût, puis, sous toutes les formes qu’il lui plaît de choisir. Et celte habitude, à force de s’exalter, finit par ne plusse complaire que dans les exigences les plus contradictoires. Elle n’a demandé en principe que ce qu’on demande quand on fait un programme raisonnable. Elle a tracé ensuite un programme exagéré. Elle a fait enfin un programme fanatique.

Dans un programme fanatique on exigea la fois tout

de tous, la force et la faiblesse, la vigueur et la flexibilité, l’audace dans les vues, l’humilité dans les actes. Mais ce n’est pas aux vues et aux actes qu’on se borne; on remonte aux intentions, on s’installe dans la conscience, on déchire le voile du for intérieur. Quand les actes sont irréprochables et les vues hautes, ce qu’on met en question, ce sont les sentiments, c'est l’honneur, c’est la probité. Quand le génie est incontestable, c’est le patriotisme qu’on querelle. Ce qu’on fait alors, ce n’est plus une enquête, et ce qu’on veut, ce n’est plus la vérité; ce qu’on fait, c’est la guerre; ce qu’on veut, c’est la mort : guerre et mort politiques, sans doute, mais politiquement absolues l’une et l’autre.

Et remarquez qu’en ces temps de transition, où tout s’exagère à force d'inexpérience et de nouveauté, le combat s’établit toujours violent et barbare. Il ne fait trêve qu’aux morts, n’accorde la paix qu’aux vaincus.

Les vaincus, en politique, ce ne sont pas encore ceux qu’on a éloignés, ce sont ceux qu’on a rendus impossibles. Il ne suffît pas qu’ils aient désarmé, et suspendu le casque dans leur tente; il faut que leurs traits soient brisés, leur bouclier rompu ; il faut, en un mot, qu’ils ne puissent reparaître au champ de bataille.

J’emploie la figure, car ce jeu est trop cruel pour qu’on puisse lo peindre en lui-même.

En effet, c’est ce jeu qui nous fait le plus de mal. C’est du moins foire un mal immense dans le sein d’une nation que d’y abaisser ce qui est élevé, d’y étouffer ce qui est modeste, d’y briser ce qui est faible, d’y joindre, au désordre dans les idées, le désordre sur les personnes. C’est foire un mal immense, care’est mettre la confusion en toutes choses.

Je conclus de ce que je viens de dire, non-seulement que notre situation n’cst pas normale et qu’elle est exceptionnelle, mais que l’instabilité des personnes y est une des causes qui entretiennent le plus l’affaiblissement des idées morales.

Toutefois, de celte instabilité dont la cause est externe et indirecte, qui ne vient pas des personnes ellesiflêmes, mais qui leur vient de la situation et des autres, il ne faut accuser que ces circonstances essentiellement transitoires, cette confusion des intelligences et ce déchirement des cœurs où nous vivons.

Il est une autre instabilité, plus fâcheuse encore, qui tient aux personnes elles-mêmes, à leurs lumières, à leur caractère, à leur insuffisance. Elle fait plus de mal que la première, et si elle ne mérite pas l’attention du politique au même degré, elle mérite davantage celle du moraliste.

C’est le propre des institutions mixtes, j’entends de 1 aristocratie et de la démocratie mêlées à la monarchie, de chercher les hommes dans tous les rangs, de les produire au grand jour sous toutes leurs faces, et de rendre mauvaises, à force de les mettre en relief, des qualités qui seraient indifférentes ou bonnes, si elles n’étaient pas exposées aux hasards des batailles sociales.

D’autres modes de gouvernement enveloppent dans les respects simulés de la discrétion publique, ou dans les prestiges affectés de l’omnipotence souveraine, les erreurs et les faiblesses des conseillers de la couronne et des magistrats du peuple. Là, des choix plus calmes et plus réguliers, moins distingués quelquefois, mais toujours mieux acceptés, suffisent plus aisément à des situations plus nettes. Soit que la monarchie pure U6e de

l’un de ses privilèges les plus chers, l’absence de toute critique; soit que la démocratie, ne choisissant que pour elle et ne prenant que dans son sein, soit mieux inspirée ou plus constante, ceux qu’elles appellent se maintiennent mieux au poste ou se retirent, plus dignement de l’arène. La position de ceux qui fonctionnent dans le jeu des institutions mixtes est plus difficile. Ce jeu, qui à tant de transactions aimerait à unir tant de sévérité, porte tantôt sur les sièges de l’aréopage, tantôt dans la chaire du préteur, tantôt sur les marches du trône, des hommes que rien n’y pouvait appeler, si ce n’est le caprice, populaire, nobiliaire ou royal, et qui, interrogés sur ce qui les surprend davantage au milieu de tout ce qui doit les éblouir, ne sauraient répondre^ s'ils étaient sincères, que le mot du doge de Venise au maître de Versailles. Toutefois, serviteurs d’une monarchie pure et indulgente, ou d’une démocratie forte et pleine d’amour-propre jlour ses élus, ces hommes, si nouveaux qu’ils soient, occuperaient d’une manière suffisante le poste qui leur est assigné. Mais, dans ce conllit composé de mille autres qu’établissent les institutions mixtes, tout à coup élevés sous l’œil et sous les traits de tous, mis aux prises avec la force et la ruse, la passion et la dextérité, les uns, de leurs mains débiles, ne tiennent qu’avec mollesse et bientôt laissent échapper les rênes qu’elles ont saisies sans vigueur; les autres, semblables à l’arbre arraché au sol qui l’a vu naître et grandir, se flétrissent dès le lendemain de leur métamorphose, et n’offrent plus, au bout de quelques jours, que le triste aspect de branches dépouillées de leur feuillage par la tempête; d’autres encore, plus habiles ou plus ambitieux, prolongent quelque temps une vie publique qui n’est qu’une publique agonie, mais

tombant enfin de chute en chute, ils roulent, aux applaudissements d’adversaires implacables, dans l’abîme d’où rien ne saurait plus les retirer. Il était, naguère encore, dans le langage familier de tous, un mot cruel devenu frivole, que chacun répétait avec bonheur à chaque signe de chute et à chaque phase de décadence; mot emprunté à la grossièreté du marin, qui s’appliquait à tous les genres de guerre, mais que ceux qui ont coutume d’aller au fond de la pensée par les termes qu’elle affecte n’ont jamais dû entendre prononcer sans en éprouver un frémissement profond. Ce mot fut contemporain de la plus grande exaltation de "nos débats politiques, et il en peignit le côté moral, la joie que donnent les chutes. Un peu d’indulgence, quelques encouragements, eussent fait de ces hommes précipités si cruellement dans l’ablme, sinon les soutiens, du moins quelques appuis de plus de la chose publique. Mais les temps de crise sont des temps de partialité et de violence; n’en attendez pas d’indulgence, puisque vous n’êtes pas en droit d’en attendre de la justice.

On objecte que la chute a ses leçons. Mais s’il en est de bonnes, elles ne sont reçues que des esprits bien faits, et il en est de mauvaises à la portée de tous. Or, ce sont celles-là que prend la foule.

Il est des temps de crise plus funestes les uns que les autres pour la fortune morale d’un pays, et, il faut le dire, dans les nations riches en talents et dominées par un vif sentiment de délicatesse, on voit rarement se produire tout ce qu’on a vu ailleurs, dans des circonstances transitoires aussi, sous le jeu d’institutions analogues aux nôtres. Ouvrant les pages d’une histoire qui souvent nous éclaire de ses exemples, vous y trouverez, sur l’instabilité des hommes et sur les moyens

de leur donner une stabilité factice aux dépens de tous les principes, des leçons d’une cruelle habileté. Dans ce pays, où dominait aussi l’inégalité des lumières, voyez à quel prix et avec quel péril pour les idées morales de la nation, on se procura, au moment d’une transition, et quand on y établit cette maison de Hanovre qui a fait de si grandes et de si belles choses par la main de politiques éminents, cette stabilité des hommes qui lui parut la première condition de son maintien. Semant la corruption à pleines mains, bravant tous les foudres de l’indignation publique, Walpole occupa vingt ans le gouvernement de l’Angleterre. 11 assura, cela est vrai, la fortune politique de sa patrie, et il couvrit de tous les genres de prospérités un règne long et doux. Mais quelle est la nation assez couverte de honte et de confusion pour qu’elle voulût accepter ces biens au prix qu’il en a coûté à celle qui est la maîtresse de toutes les autres pour la théorie et la pratique du débat continu ?

Toutefois, il est dans l’histoire du règne si pacifique de Walpole des choses plus scandaleuses que la vio de celui qui s’éleva par un peu d’intrigue et se maintint par beaucoup de conquêtes : c’est la vie de ceux qui ne se groupèrent autour de lui que pour recueillir la corruption qu’ils lui avaient d’abord reprochée.

Grâce à Dieu, il y a dans l’histoire du monde, entre Walpole et nous, toute une série de révolutions morales et politiques, les unes plus achevées que les autres, et ce qui était facile, il y a un siècle, dans un pays où l’or domina trop souvent, est impossible aujourd’hui sur une terre où son empire est toujours balancé par l’honneur, où l’instabilité sera éternellement préférée à la corruption.

Cependant, de quelque nature que soit l’instabilité des hommes, et quelle qu’en soit la cause, que ce soient les violences de la critique, les intrigues de l’esprit de parti, ou l'insuffisance des hommes, ses effets sur les notions morales du peuple sont également déplorables. 11 n’est personne qui ne conçoive que le spectacle qu’elle offre est dangereux, qu’il empêche, plus que tout autre, les idées de s’affermir et les affections de se prendre aux personnes et aux choses.

Mais est-ce bien dans les causes que nous venons d’indiquer que se trouvent les véritables raisons de l’instabilité des hommes, ou bien a-t-elle une source plus profonde? En d’autres termes, est-ce bien aux faiblesses de ceux qui sont appelés ou aux faiblesses de ceux qui les appellent, sans pouvoir les supporter, n’estce pas plutôt à l’insuffisance des moyens qui sont à la disposition de tous qu’il faut attribuer ces successions si multipliées et si affligeantes de rapidité au limon des affaires ?

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