‹ De l'affaiblissement des idées et des études morales M. MatterChapitre 3 sur 44 · SUT · texte numérisé non relu

SUT

de celui d’une nation qu’il s’agit, ne valait-il pas mieux laisser à ce sujet toute sa grandeur en lui laissant toute son extension?

Je ne dirai pas, pour me justifier, que cette extension jetait la pensée dans un vague où se perdait l’espoir d’être utile, mais je dirai que dans sa généralité ce sujet n’avait rien de séduisant pour moi, précisément parce qu’il n’avait rien de spécial.

J’ajouterai, toutefois, que si quelque considération avait pu arrêter l’accomplissement de ce que l’écrivain, dans ses illusions peut-être, regardait comme un devoir, c’eût été la crainte de prêter par l’examen d’une situation spéciale des prétextes à je ne sais quelles récriminations spéciales.

Mais quel est donc le siècle ou le pays qui serait admis à jeter la pierre à un autre?

Je ne trouve pas dans l’histoire d’époque qui ait mieux valu que la nôtre, et je ne connais pas de nation qui pût condamner la mienne. Quelle serait Celle qui voulût s’enorgueillir d’avoir pris, au* plus grands mouvements des temps modernes, assez peu de part pour n’avoir pas subi des transformations analogues à celles que nous remarquons dafls cétte région avancée où semblent se préparer les destinées de toutes les autres?

En effet, il n’est pas en Europe de pays civilisé où ne se révèlent ces trois faits : refroidissement plus

sensible qu’à d’autres époques des études et des idées religieuses; prédilection plus sensible aussi pour les idées et les études politiques; et, par suite de cette prédilection d’une part et de ce refroidissement d’une autre, affaiblissement plus sensible des idées et des études morales.

Ces trois faits, faits moraux et intimes, pleins de transformations ultérieures et plus grandes que celles qui ont passé sous nos yeux, se présentent avec des nuances diverses selon la diversité des circonstances et des destinées spéciales de chaque peuple. Mais ils se présentent partout; et partout se développe, dans les études morales engagées à la politique et à la religion, une crise qui, chaque jour, trace, entre les idées réservées et les idées communes des diverses classes de la société, une ligne de scission plus profonde.

Si nous n’examinons ce fait qu’en ce qui concerne la France, ce qui se passe en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, a répandu sur ce fait les plus vives lumières. La France a préoccupé notre pensée; l’Europe et l’Amérique l’ont éclairée constamment. Et il nous a paru important de considérer ainsi l’état des idées morales de ceux qui exercent sur nous une influence, de près ou de loin. Nous avons vu des jours où c’étaient les coalitions des dynasties qui préoccupaient la pensée pu-

blique ; nous sommes menacés de voir des jours où ce seront des coalitions formées à l’extrémité op* posée du corps social.

Je dirai que cette considération est celle de toutes qui a été sur mon esprit la plus puissante, quand s’est présentée la question de savoir si, après avoir examiné la situation, il fallait aussi la décrire?,

Je n’ai pas besoin d’ajouter, après cela, que les idées et les études morales que j’examine surtout ici, ce sont celles qui se trouvent engagées dans la politique.

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