‹ De l'affinite des langues celtiques avec le sanscritChapitre 13 sur 27 · SANSCRIT. IRLANDAIS · texte numérisé non relu

SANSCRIT. IRLANDAIS

b k ug'é-b l ytu (trompe). l>oga-ibh, nom. sing. bogha, arc.

daru-byas (bois). doir-ibh «, — doirr, bois.

c'ali-b'yas (couvert). catl-ibh, — caile, bouclier.

dalê-biras (feuille). dutll-ibh, duille, feuille.

vàté-byas (champ). fatha-ibh, — fatha, champ. Etc.

5) Jenli

parlé jusqu'ici que des noms irlandais dont les voyelles finales ont été conservées , et nous avons vu qu'ils n'ont de vraie flexion qu'au datif pluriel. Il faut ranger maintenant dans la même classe les noms très nombreux qui ont perdu au nominatif leur voyelle finale, et qui ont l'air de se terminer par des consonnes, tandis que la comparaison du sanscrit montre que cette terminaison ne résulte que d'une mutilation. — Je me dispenserai d'en répéter ici des exemples que l'on trouvera en jetant les yeux sur les tableaux comparatifs qui ont servi à établir les analogies du système phonique. Ce qui prouve que ces noms ont bien possédé une fois leur voyelle finale, c'est qu'ils la reprennent constamment au génitif singulier et au nominatif pluriel , où elle a l'apparence d'une flexion , tandis qu'en réalité elle n'est que le complément du thème primitif sanscrit. C'est ainsi, par exemple, que les noms sanscrits c'ada t ai\c, nab l a, ciel, pala, chair, sont devenus les nominatifs irlandais, sgiath y neamh, feoil, et se retrouvent complets , mais sans flexions , dans les génitifs sgeithe, neimhe, feola. Tous ces substantifs n'ont donc également de flexion qu'au datif pluriel , comme les précédents.

Un certain nombre de monosyllabes de cette classe , au lieu de reprendre au génitif leur voyelle finale , atténuent leur voyelle ou leur diphtongue radicale,, comme cela a lieu dans sgeitlie, neimhe, par l'effet de l'e final (yoy. § 4)- Ainsi mac, fils, bâd, bateau, bagh, bataille, cnap, nœud, etc. ,

• LV final disparaît toujours devant \'i du suffixe ibh.

ont les génitifs m/ieic, bliaid, bliaigh, clmaip, etc. Ceci indique, comme pour les féminins dout j'ai traité à la page la.-j, l'existence antérieure d'un e final qui a disparu.

Noms terminés par des consonnes.

§ 57. La comparaison avec le sanscrit peut seule faire distinguer avec sûreté, des noms précédents, ceux qui se terminent primitivement par des consonnes, et qui n'ont point perdu de voyelle finale au nominatif. On conçoit de prime abord , que si les suffixes de déclinaison peuvent se retrouver quelque part , c'est dans cette classe de noms, où tout ce qui est ajouté à la forme radicale appartient nécessairement à la flexion. Il y a, comme en sanscrit, deux espèces de noms terminés par des consonnes. Les uns sont des substantifs identiques à leurs racines verbales ou des monosyllabes d'origine obscure, comme bais, désir, sanscrit, b l ds; ab/i , eau , sanscrit, ap; gair t voix, sanscrit, gir, etc. Les autres sont des dérivés au moyen des suffixes de divers genres qui se terminent par des consonnes. Ceux de ces suffixes qui se retrouvent en irlandais sont : as , mon , an ( ùnadi\ tr, et quelques autres. Je comprends tr dans le nombre, quoiqu'on sanscrit il appartienne à la quatrième déclinaison , pareequ'en irlandais, comme dans les autres idiomes delà famille, il prend toujours la forme de t - r. Je vais examiner les différents cas pour ceux de ces noms qui suivent la régie commune ; je parlerai ensuite des exceptions.

1 ) Nominatif singulier.

Le suffixe s manque en sanscrit dans toute cette classe, et il en est de même en irlandais. Le nominatif est donc identique au thème, sauf les modifications euphoniques de la consonne finale en sanscrit. Ainsi vàc', discours, devient au nominatif vâk, ou vâg , et l'irlandais bâgh , parole, répond à cette modification.

2) Génitif singulier.

L's du génitif sanscrit se lie toujours au nom au moyen d'une

voyelle de jonction «, et à la forme de as; ap-as, de l'eau; gir-as y de la voix ; 6'ds-fls, du désir; àyus-as, de l'âge, etc. Si Ton compare ces génitifs avec les génitifs irlandais correspondants abh-a, gair-e, bais-e y aos-a, on ne pourra méconnaître dans l'a final un débris du suffixe as. 11 est à remarquer qu'une vocalisation analogue de as a eu lieu eu zend et en lithuanien, où il est devenu ô et o '.

3) Nominatif et datif pluriels.

Les nominatifs en a, e, comparés au sanscrit as, ont subi exactement le même changement que les génitifs, et cette coïncidence confirme la vérité de notre rapprochement. Quant au datif pluriel, il se forme toujours en iù/i, tandis que le suffixe sanscrit b'yas s'ajoute immédiatement à la consonne finale du nom ; ainsi vag-b'yas , vocibus, est en irlandais bagli-aigli a . On peut se demander ici si cet i de l'irlandais (et du latin voc-i-bus) n'est qu'une voyelle de jonction, ou s'il appartient primitivement au suffixe. La circonstance qu'eu sanscrit les noms en a, changent toujours cette voyelle en e («-h) devant b'yas, et que le zend a également e ou vi dans quelques cas, comme vâc'ebyô, vocibus, véhrkaêibyô, lupibus (sanscrit vrkêbyas, irlandais breachaibh, id. ) , appuierait la dernière supposition. Cette question me paraît avoir quelque importance pour la recherche de l'origine du suffixe b l yas ou ib\yas.

4) Les noms en r, auxquels répondent en irlandais des substantifs en ir, offrent quelques particularités remarquables. Le nominatif irlandais (tout comme le grec, le latin, le germanique) semble dérivé du vocatif sanscrit ; athair, père, mathair, mère, brathair, frère, sont identiques aux vocatifs pilar, mâthar, bràtar, des thèmes pitt\ mdtr, bràtr, tandis que les nominatifs sanscrits remplacent r par à , et forment pità , mâtà , bràtd , etc.

1 Bopp. Vergl. Grannnat. p. 190-194.

1 L'a de nihh n'est là que pour la concordance des voyelles.

Au datif pluriel, le sanscrit ajoutant le suffixe immédiatement au thème, forme pitrb l yas, b'ratrb'yas; l'irlandais, d'une manière analogue, forme aithribh, braithribh, comme le latin palribus yfratribus.

Enfin, au génitif singulier et au nominatif pluriel, quelques uns de ces noms ont conservé le suffixe as, d'une manière plus complète que les autres, sous la forme de ach y IV finale s'étant changée en gutturale. Ainsi ceir, cire , cathair, ou caitliir, siège, obair, ouvrage, crilhir, coupe, lasair, flamme, dair, chêne, ont les génitifs céarach, calliarach, oibreach, crilhreach, lasrach (ces trois dernières formes par contraction pour obaireaclt, crithireach, lasarach), darach. — Il est remarquable cependant que précisément au génitif, le sanscrit ait une formation anomale pitus, patris, mâtus, inatris, à laquelle toutefois ne participent point les autres langues de la famille. — Un changement tout semblable du suffixe sya cnc/i, que je n'ai pas cité plus tôt parcequ il est isolé, se trouve dans le génitif anala-cli y du substantif anail, souffle, vent ; en sanscrit , anila, génitif anila-sya.

Les nominatifs pluriels de ces noms se forment également en ach et en acha. La première terminaison répond exactement au sanscrit as. Aithrcach (pour atharach), patres, sanscrit pilaras ; crilhreach, (pour crithireach) , pocula,etc. La forme acha , dans bratharacha, fratres, atharacha, patres, daracha, querci, lasracha, flammae, cathraclia, sedes, oibreacha, opéra , etc. , paraît être un pléonasme , et une répétition du suffixe; aussi a-t-elle quelque chose d'emphatique et n'est-elle usitée qu'en poésie. Cette forme rappelle singulièrement les nominatifs pluriels en àsas (pie l'on ne trouve que dans les Védas, et que Bopp considère aussi comme étant le résultat d'une réduplication \

5 ) Les formes en an , mon , van, présentent aussi en sanscrit quelques anomalies conservées par l'irlandais. Ces noms

' lîopp. Vci{{. Giutnm. p. jt4-

se dépouillent au nominatif, et dans quelques autres cas, de leur consonne finale. Il en est de même en irlandais , et à cette classe appartiennent tous les substantifs qui prennent au génitif et au pluriel un accroissement (increase) enn, an, uin , uine, etc. Ce prétendu accroissement n'est que le complément du thème qui est tronqué au nominatif. Que l'on compare sous ce rapport les formes suivantes.

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