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DE LA CONJUGAISON

§ 66. Les formes de la conjugaison, et les éléments de la formation du verbe, se sont conservés dans les langues celtiques d'une manière beaucoup moins incomplète que celles de la déclinaison, et présentent une foule de faits intéressants

1 Prolegomena, p. xcii.

io

pour l'histoire comparée des idiomes indo-européens. Ce sujet comporterait de grands développements, mais je dois le circonscrire ici dans les limites spéciales de mon travail actuel. Je n ai nullement en vue de faire l'histoire complète du verbe celtique , d'en expliquer toutes les anomalies , de remonter à la source de chacun de ses éléments. Je ne dois m'occuper que de ses analogies avec le verbe sanscrit, et, par le fait, c'est bien là que se trouvent ses principales origines. J'examinerai successivement, dans les langues celtiques, les divers éléments de formation de la conjugaison sanscrite, pour rechercher jusqu'à quel point ils ont été conservés. Je crois cette méthode la meilleure pour év iter la confusion que la surabondance des faits de détail jette souvent sur les recherches de ce genre.

Les principaux éléments de formation du verbe sanscrit me semblent être les suivants :

i 0 Les lettres épenlhétiques , intercalées entre la racine et les suffixes personnels ;

2° Les suffixes personnels ;

3° La modification de la voyelle radicale par gouna et vriddhi ;

4° La composition de la racine [avec un verbe auxiliaire ;

5° Les, suffixes des participes et de l'infinitif (classés en sanscrit parmi les suffixes kridanta);

6° Enfin l'augraent et la réduplicalion.

Tous ces moyens de formation , à l'exception du dernier qui n'a laissé aucune trace, se retrouvent plus ou moins développés dans la conjugaison celtique. Je vais les passer en revue

LETTRES ÉPENTHÉTIQUES.

§ 67. On sait que les lettres introduites entre le radical

1 Tous mes exemples du verbe seront pris, pour le gaélique, dans l'irlandais ancien qui a conservé un système de flexions. Lerse et l'irlandais moderne font un usage étendu des pronoms et des auxiliaires.

et les terminaisons des personnes servent de base en sanscrit a la division des racines en dix classes. Les verbes celtiques offrent, sous ce rapport, quelques analogies intéressantes, qui n'ont point été signalées jusqu'ici. Les débris de ces éléments de formation, étant presque toujours restés attacbés à la racine des verbes, n'en ont pas été distingués par les grammairiens nationaux.

1) L'intercala tion d'un a, qui distingue eu sanscrit les verbes de la première et de la sixième classe , lesquelles comprennent plus de la moitié du nombre total des racines, est devenue générale en irlandais. Quelquefois la s'affaiblit en i, et cet i prend un autre a par suite de la loi de concordance des voyelles (§ 4). Ainsi, dans dagh-ai-m, je brûle, en sanscrit dalt-d-mi, c'est Yi seul qui correspond réellement à là sauscrit, comme dans till-i-m, je reviens, sanscr. lill-à-mi , je vais. La première personne du pluriel, dagh-a-mar , offre la intact. Le suffixe tltaoiou tai, de la seconde pers. plur., fait toujours exception à la règle, et s'ajoute immédiatement à la racine. Ainsi on a, daglt-thaoi, vous brûlez (pour dagh-athaoi), le sanscrit dah-a-Va.

Le gallois ayant un présent composé, comme nous le verrons plus tard, n'offre pas pour ce temps, de point de comparaison, mais son futur est un véritable présent, qui s'emploie fréquemment comme tel , et la première personne offre l'a intercalé; car-a-v, j'aimerai, ou j'aime, arch-a-v, je demanderai ou je demande. Dans d'autres cas l'a se change en y, en i, ou en o. Dans le breton le fait de l'insertion de l'a est également obscurci par un mode plus récent de formation. Toutefois il faut y rapporter Yi de la seconde personne plurielle de l'indicatif et de l'impératif ; par ex. : Kan-i t, vous chantez, en sanscrit kan-a-t'a, de la racine kan, rendre un son.

2) La comparaison des racines des classes cinquième et neuvième, qui intercalent nu , nâ ou ni, éclaircit en irlandais quelques anomalies restées inexpliquées jusqu'à présent. Par

exemple, les mots cria, marché, criadhaM, marchand , se lient évidemment au verbe creanaim, j'achète; mais pourquoi ce verbe prend-il un n? Pareeque la racine sanscrite kri, acheter, insère nâ, et que crea-nai-m répond de tout point à krî-nà~mi, j'achète; tandis que evi-a, marché, cri-adhaid/i , marchand, se lient directement àla racine. — Le gallois pry-n-a, breton pre-n-a, acheter (avec changement de c en p), montrent que ce mode de formation a laissé également des traces dans la branche cymrique. —

De même la racine kr, blesser, forme à l'indicatif présent ki-nà-mi, en irlandais cri-ni-m,je mords; mais dans d'autres dérivés, comme cre-o, blessure, crc-adhaclt , blessé, etc., la racine reparaît sans ».

Je citerai encore , comme exemple de la cinquième (•lasse, la racine sanscrite s' vu, entendre, devenue clu en irlandais (comme en grec RW). De ce radical dérivent c/u, renommée, clu-as, oreille, cb-tlia, entendu (sanscrit, s'rw-te), etc., tandis que le verbe clui-ni-m, j'entends, répond à s'r-nô-mi. — Le verbe gallois clywed, breton klevet, entendre, a perdu Yn intercalée, tout comme le grec.

3) Les verbes de la dixième classe, qui ajoutent ay à la racine, lequel ay distingue également les causatifs et une partie des dénominal ifs, trouvent leurs analogues dans les verbes irlandais en igh ou aigh, qui comprennent aussi les causatifs et les dénominatifs. (Conf. §33, i. ) Des exemples sont creug-aig/t, pétrifier, de creug, pierre; cruth-aigh , former, de cruth, forme; don-aigh, gâter, de don, mal, etc., criotli-aigh, bercer (faire trembler), de crioth, trembler, etc. — En gallois, la formation des causatifs et des dénominatifs s'opère par l'insertion de ia, ou de i, autre modification de Yay, sanscrit; ainsi b'âvayàmi/je fais être (causatif de 6 4 ti), est en gallois bywiwyv, je vivifie, à l'infinitif bywiaw. Ces verbes dérivés sont extrêmement nombreux en gallois, et se forment de noms de toute espèce avec la plus grande facilité.

Ud exemple d'un verbe sanscrit de la dixième conjugaison, qui a son analogue eu irlandais, est 6'uV , orner, lequel forme au présent frûs'-ay-à-mi, j'orne. L'irlandais beos-aùjlii-m, j'orne, de la racine beos, d'où l'adjectif beos-aclt, beau, en est le fac-similé complet.

La formation sanscrite des désidératifs, et des inteusitifs, est tout- à-fait étrangèi e^auxjlaugues celtiques.

SUFFIXES PERSOXNELS.

§ 68. L'origine pronominale des suffixes personnels dans la conjugaison indo-européenne est un fait qui me paraît indubitable, et que Bopp a déjà établi par de très bons arguments. Toutefois dans l'application aux détails, cette solution offre encore quelques points obscurs, que la comparaison des langues'celtiques peut contribuer à éclaircir.

i) Le suffixe de la première personne singulier, en sanscrit mi, ou m, évidemmenfdérivédu pronom (voj.§ 61, i), se retrouve dans l'm finale de tous les présents indicatifs irlandais, meallaim,)e trompe, beirim, je porte, etc. Au conditionnel , Ym s'est changée en nn, mealfainn, je tromperais; beirfinn, je porterais. Dans tous les autres temps ce suffixe a disparu. En gallois Ym ne se trouve intacte que dans le parfait des verbes bôd, être, et au, aller; bum , je fus ; eisym, j'allai. Au présent et au futur, ce suffixe a pris la forme de v, wyv, je suis, av, j'irai, ce qui du reste répond à la forme vi, du pronom gallois mi, en composition. — Le changement de l'm en n a lieu à l'imparfait et au plus-que-parfait, rtum, j'allais, buaswn, j'avais été. Le comique offre les mêmes variations m, v, n; mais en breton Ym a par-tout fait place à Ynn, kanann,je chante, kanenn, je chantais, kanfenn, je chanterais, etc.

2 ) Le suffixe de la seconde personne, en sanscrit si ou s, est devenu r en irlandais, par un changement dont on a d'ailleurs de nombreux exemples. Daghair, tu brûles, répond

au sanscrit ciahasi. Du reste ce suffixe ne se trouve plus qu'au présent de l'indicatif, et au futur ; mealair, tu trompes, mealfair, tu tromperas. En irlandais, pas mieux qu'en sanscrit , cette terminaison ne se rattache au pronom de la seconde personne, dont la consonne radicale est t, dans les deux langues. Y a-t-il eu autrefois un pronom su ou sa, toi, dont le grec «n> serait une descendance? Quoi qu'il en soit, le gallois, par une formation plus récente, a substitué par-tout à l's le t du pronom actuel, wyt, tu es; ait, tu allais; buaist, tu as été, buasit, tu avais été, etc. Dans les anciens poèmes on trouve même le pronom ti entier, par exemple :

A qiyweisti a gant kynwyd 1 ?

As-tu entendu le chant de Kynwyd ?

Cette forme offre une analogie frappante avec les terminaisons du parfait I atin ,fuisti, audivîsli, etc.

Le 2 que le breton et le comique offrent souvent à la seconde personne, comme deuez, tu viens, deufez, tu viendrais, comique assaz, tu es; beazez, tu avais été, ne se lie point à F* du sanscrit, comme je l'avais conjecturé d'abord *, mais n'est qu'une corruption , fréquente d'ailleurs , du t que le gallois a conservé intact.

3) La troisième personne du singulier, en sanscrit, a pour terminaison ti ou t, qui est évidemment le pronom ta, il. En irlandais ce suffixe est représenté par dh ; daghaidh , il brûle (sanscrit daliati), daghfaidh, il brûlera; mhealadh, il avait coutume de tromper, etc. Le gallois et le breton ne l'ont conservé qu'à l'impératif; gallois boed, qu'il soit (sanscrit b^avdlu); adeilied, qu'il bâtisse, etc.; breton, deuet, qu'il vienne, gwézet, qu'il sache, etc.

1 Archaeology of Wales, t. i. p. 172.

1 Voy. ma Seconde Lettre à M. deSchlegel,dans le Journal asiatique de février i836.

4) J'arrive au pluriel , dont la première personne en irlandais, mar, nous offre encore le changement de l*s en r, le suffixe sanscrit étant mas. Une autre forme, maoid, y a substitué un d. Dnghamar, ou dayltamaoid, nous brûlons, répond au sanscrit dahâmas. Ls finale s'est cependant conservée intacte au potentiel et au consuetudinel (mode propre à l'irlandais), mealfadhmaois , nous tromperions; meoiamois, nous avions coutume de tromper, etc. Dans tous les autre; temps, on trouve mar ou maoid, moid; l'impératif a quelquefois l'm seulement, par ex., yonam, blessons. L'irlandais se trouve ainsi, sous ce rapport, plus complet que le sanscrit, qui a laissé tomber l s, par-tout ailleurs qu'au présent.

Dans la branche cymrique la plupart des temps ont conservé Ym seule. Gallois e/ym, nous allons: byzym , nous soinmes, buasem, nous avions été, etc. Le breton a ajouté un p, deuomp, nous venons, réomp, nous faisons, karzomp , nous aimâmes, etc.

Ici se présente la même question que pour le suffixe st. Y a-t-il eu autrefois un pronom mas, nous, peut-être un pluriel de ma, qui plus tard aurait fait place aux formes dérivées de vê(yayam f nous), et de na (nus, nâu)? Sans vouloir trancher la question, j'observerai que le gallois et le breton possèdent encore réellement une forme pronominale m , qui ne s'emploie plus qu'en composition avec les prépositions, et qui est parfaitement identique avec le suffixe verbal. Ces composés pronominaux sont des formations particulières à la famille celtique. Le latin tecum, mecum, peut en donner l'idée; mais, dans la branche gaélique comme dans la branche cymrique, tous les pronoms personnels et possessifs peuvent se combiner avec la plupart des prépositions. Le pronom formant toujours le second élément de ces composés se modifie exactement comme quand il joue le rôle de suffixe verbal. Ainsi en irlandais, les prépositions ag 9 avec; as, dehors, romh, devant, forment, avec les pronoms mi et tu, agam, asam, romham, agad, asad , romhad; de même en

gallois, amdan, autour, et mi, ti, font amdanav , autour de moi , amdanat, autour de toi, etc. Pour en revenir à la première personne du pluriel, le gallois forme amdanam, autour de nous, tanam, sous nous: liebom, sans nous, etc., et le breton ganomp, avec nous, hebzomp, sans nous, etc., ce qui suppose un pronom de cette personne dont m serait la consonne radicale. En gaélique et en comique, les composés pronominaux se rattachent , pour cette personne , aux pronoms actuellement eu usage , inn et ni.

5) La seconde personne du pluriel offre en irlandais deux suffixes également en usage, thaoi et bhar. Le premier, qui s écrit thaoi, thi, thai, est identique au sanscrit t'a ou ta, qui caractérise la même personne; daghlhaoi, vous brûlez, est le sanscrit dahat l a. Cette terminaison ne se trouve qu'à l'indicatif présent. Une autre forme, dhe, à l'impératif, au futur et au potentiel (abraidhe, dites; tiocfaoidhe , vous viendrez, mhea Ifa idhe, vous tromperiez), rappelle le d'vé de l'atmanêpadam sanscrit. — Le breton a conservé le suffixe, privé de sa voyelle, dans plusieurs temps, kanit, vous chantez, rézot, vous avez fait, etc. Dans d'autres, il a substitué, comme le gallois l'a fait par-tout, le suffixe ch, qui n'est que le pronom chwi, vous.

La seconde forme irlandaise bhar, qui n'a, je crois, d'analogue dans aucune autre langue indo-européenne, s'emploie au présent, au passé et au futur; mealabliar, vous trompez, mcalfabhar, vous tromperez, t/iangab/iar, vous veniez, etc. Si l'on compare ce suffixe à mar, pour le sanscrit mas, on n'hésitera guère à le rapporter au pronom sanscrit vas (ace, dat. et abl.), le latin vos : et cette analogie confirme notre hypothèse relativement à l'origine de mar et de mas.

6) La troisième personne du pluriel a pour terminaison en irlandais aid ou id, qui correspond, par la suppression de la nasale, au sanscrit an ti; daghaid, ils brûlent, sanscrit dahanti. La branche cymrique , qui a conservé la nasale , est plus près de anli, par les terminaisons galloises et bretonnes ynt,ent,ant,

ont, int, comique enz, onz. Mais ce qui est fort remarquable, c'est que le sanscrit anti ne se rapporte dans cette langue à aucune forme pronominale, tandis que le gallois et le comique possèdent encore un pronom hwynt, hynz, hanz, ils, dont la liaison avec le suffixe verbal n'est pas douteuse. Les composés pronominaux en effet nous montrent le pronom modifié exactement comme dans le verbe. Ainsi en gallois, amdan , autour, rhag, devant, heb, sans, forment avec hwynt, amdanynt, autour deux, rhagynt, devant eux, hebynt, sans eux; en corn, et, dans, et hanz, forment ettanz, en eux, etc., etc. L'identité de ces formes avec axvynt, ils vont, adeiliynt, ils construisent, byzant, ils seront, buasant, ils ont été, est manifeste.

Un autre suffixe de la troisième personne plurielle est en irlandais dar (plus anciennement tar); mais il n'est employé qu'au prétérit: mealadar, ils trompèrent; gonadar, ils blessèrent. Ici encore la comparaison de mar et bliar, avec le sanscrit mas et vas, amène tout naturellement à rapprocher dar ou tar, du sanscrit tas, qui a dû être l'ancien et véritable nominatif pluriel de tat, il, tandis que le nominatif actuel te, ils, est irrégulier. Ceci est d'autant plus probable, que l's finale s'est conservée dans le mode consuétudinel , où ce suffixe est daois, dais (anciennement /aïs), comme à la première personne plurielle maois pour mar.

Ces divers rapprochements s'appuient et seelaircissent les uns par les autres d'une manière remarquable , et il en résulte ce fait bien curieux : qu'il existe dans les langues celtiques des suffixes personnels verbaux identiques à des formes pronominales sanscrites qui manquent en celtique, et, vice versa, qu'un pronom celtique étranger au sanscrit joue dans celui-ci le rôle d'un suffixe personnel verbal. 11 y a là matière à bien des réflexions.

MODIFICATION PAR GOVNA ET VB1DDHL

§ 69. J'ai examiné ailleurs les traces que le gouna et le vriddhi sanscrits ont laissées dans le celtique (§ 25) ; il s'agit ici spécialement de l'influence que ces lois ont exercée sur la formation du verbe. Il faut reconnaître d'abord qu'elles ont entièrement disparu des langues celtiques , comme moyen régulier de conjugaison ; elles n'y existent plus que sous la forme d'anomalies, inexplicables si on ne les ramené pas à leur origine, ou bien sous celle d'additions aux radicaux que la comparaison avec le sanscrit peut seule faire distinguer.

C'est à cette dernière classe qu'il faut rapporter, sans aucun doute, la plupart des consonnes finales que prennent en irlandais les racines terminées en sanscrit par des voyelles. Ainsi li, fondre , vê, tisser, d'ë, boire, sont devenus en irlandais leagli, figh , diug, et, si l'on compare les premières personnes du présent, layâmi, vayâmi, d L ayâmi, avec lea- </liaim, fighim,diugaim, on reconnaît que le gh irlandais a son origine dans Yy sanscrit , amené par la mutation euphonique de le devant la voyelle de jonction a. Ce gh est resté attaché à la racine eu irlandais, tandis que la vraie forme de cette dernière, pour les trois verbes cités, est lia , fi , diu. — Il en est de même du bh final des verbes tibh, rire, seabh, errer, aller , deabh, se hâter, sreabh, couler, comparés aux radicaux sanscrits c'yu y g'u, et sru; ce qui devient évident si l'on rapproche les présents, tibhim, scabhaim, deabhaim, srcabhaim, des formes avec gouna du sanscrit cyàvayàmi , c'yavé (àtmanêpad), g 1 at>âmi , et sravdmi \

1 Dans un petit nombre de cas, les consonnes additionnelles semblent provenir de la réduplication qui caractérise en sanscrit les racines de la troisième classe. Que l'on compare, sous ce rapport, dadâmi, je donne, c'ikcini, je sais, bib'émi f je crains (des racines dà, ki, et 6*1), avec l'irlandais iLtifjhim, citjhim, je vois, biodligahn, je tressaille de crainte.

Les variations des voyelles radicales , dans le verbe irlandais beith, être, et les verbes gallois, bôd, être, au, aller, ne s'expliquent d une manière satisfaisante que par le gouna et le vriddhi sanscrits. La véritable voyelle radicale du premier de ces verbes est û (sanscrit 6 4 ii, être); il s agit d'examiner comment elle a pris en irlandais les formes variées de i, ei a, o, il, en gallois celles de y, u, o, 6.

D'abord dans l'infinitif beith, la diphtongue ei est évidemment une contraction de avi dans bavitum ;le th final est un reste du suffixe tum de l'infinitif, et, quoiqu'il soit resté attaché irrégulièrement à la racine dans plusieurs temps du verbe , il disparaît dans quelques autres. Le gallois bôd, et le breton but , offrent une autre contraction de l'infinitif sanscrit. Le présent b l avàmi est devenu, en irlandais, bim t d'abord par contraction de avd en a, puis par l'affaiblissement en i. De même l'impératif b l ava, sois, est devenu bi, et b^avalu, qu'il soit, bidh (en gallois, mieux encore, boed, pluriel boent , quils soient, le sanscrit b l avanlu). — Lu primitif reparaît au prétérit dans l'ancienne forme de la troisième personne du singulier, bu, bui (ou bo, boi), et dans toutes les personnes du parfait et du plus-que-parfait gallois, bum, buost, bu, etc., buaswn, buasit, buasai, etc. — L'irlandais bu, bui, il fut, répond au prétérit multiforme ( troisième pers. sing. ), ab l ût , avec retranchement de l'augment et du suffixe personnel. Le rapport de tout ce temps avec le gallois est plus complet.

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