SANSCRIT. GALLOIS
ab l ûvam. bum.
ab l ûs. buost.
ab'ût. bu.
ab l ûma. buam.
ab'ûla. buach.
afrûvan. buant.
Le verbe gallois au, aller, donne lieu à des observations analogues. L'a de 1 infinitif , devenu la racine aux yeux du
grammairien gallois, se change en ae, ai, et, dans plusieurs temps; lè breton offre les formes a, ae, e, ea, i. Tous ces changements s'expliquent dune manière satisfaisante, par les modifications de la vraie voyelle radicale i (sanscrit i, aller), en e (a+i),ya, ay } etc. Ainsi l'impératif gallois aed y qu'il aille, aent, qu'ils aillent (breton éet> éenl), est le sanscrit êtu y etyantu. — Le présent gallois n'est plus comparable , parcequ'il s'est composé avec le verbe être ; mais le breton possède encore il, vous allez, le sanscrit itlia; éont, ils vont, le sanscrit yanli. — Le parfait gallois ais, ou eisym, est presque identique avec le prétérit multiforme sanscrit dis'am , où la voyelle radicale est modifiée par vriddhi. L'imparfait àyam , és, ét, etc., se retrouve dans le breton éenn, éez, ce, etc.
En irlandais ce verbe a pour racine une forme eath, dérivée probablement de l'infinitif sanscrit èlum, et qui d'ailleurs se conjugue régulièrement.
Composition de la racine avec un auxiliaire.
§ "70. Cette manière de former certains temps du verbe est tout-à-fait dans le génie des langues indo-européennes. Bopp est le premier qui en ait démontré l'existence dans les verbes sanscrits, gothiques, grecs et latins. Ce qu'il importe d'observer, c'est que presque toutes les langues de la famille offrent des tracesplus ou moins évidentes de deux formations de ce genre, d'époques différentes. L'une, la plus ancienne, est antérieure à la séparation de la souche commune, et les éléments en sont sur-tout reconnaissables dans le sanscrit; l'autre est postérieure à la division des langues, et les éléments en sont ordinairement puisés dans l'idiome même où elle a pris naissance. Ce qui caractérise les débris de la première formation,c'cst qu'ils offrent entre eux des analogies assez frappantes pour démontrer leur identité primitive, tandis que les formations secondaires, produits spéciaux du génie de chaque
langue, n ont entre elles que l'analogie générale de leur mode de construction.
Ces observations s'appliquent tout particulièrement aux langues celtiques , où les deux ordres de formation se présentent dune manière bien tranchée. Je n'ai à m'occuper ici que de la plus ancienne , de celle qui se rattache au sanscrit , l'autre appartient à l'histoire spéciale des idiomes celtiques, et je n'en dirai que ce qu'il faut pour en faire comprendre la nature.
i) Un seul temps, le prétérit, se lie, dans toutes les langues celtiques, à l'ancienne formation sanscrite du prétérit multiforme, lequel résulte d'une combinaison de la racine avec le prétérit du verbe as, être ». Bopp a déjà rapporté à cette origine le ora de l'aoriste grec , le si des parfaits latins, le c/i des prétérits slaves 1 ; il faut y rapporter également Vas ou aisées parfaits irlandais et gallois.
l^a véritable nature du prétérit irlandais n'était pas facile à reconnaître dans l'état de mutilation où nous l'offrent les grammairiens. Les deux premières personnes du singulier ont perdu les suffixes personnels, la troisième ne présente que la racine toute nue , et les trois personnes du pluriel, en reprenant les suffixes, ont perdu l'auxiliaire intercalé. Ainsi la racine cens, tourmenter, forme actuellement : ctas-as, ceus-ais, ceas, ceas-a-mar, ceas-a-bhar, ceasadar. Cependant l'examen des formes les plus anciennes prouve que Ta de l'auxiliaire se trouvait autrefois clans toutes les personnes. Ainsi le poëme de Fiech, considéré comme un des plus vieux monuments de la langue irlandaise 3 , nous offre pour la troisième personne du singulier une terminaison is, dans aitùs, il demeura, fetis, il a\\a, fillis, il revint, etc. ; et, pour la troisième personne
» V. Bopp. Saiiscr. GrammaL, p. nj5 ; et son Conjugathn System, etc., p. 18.
■ Vergleich. Grainmat., Préf. de la deuxième partie. 3 Voy. O'Connor. Prolepoinen. p. Ixxxviii.
du pluriel, une forme sed, set, dam chrailsed y ils croyaient, aibhset, ils partirent , etc. Dans les poèmes des X e et XI e siècles, on trouve : gabfisat, ils prirent, marbltsat, ils tuèrent. Ce sct,sat, répond au santa ou sata de Tatmanêpadam sanscrit, première et deuxième formation. Une forme ancienne, plus complète encore de cette même personne, présente, outre l'auxiliaire , le suffixe tar ; comme dans gabliastar, ils prirent, ils obtinrent , fuarastar, ils moururent, des racines gabh et fuar. Cette forme présuppose une première et une deuxième personne , gabasmar, gabasb/iar.
Enfin je trouve , dans la grammaire annexée au dictionnaire de Mac-Curtin , une flexion sam pour la première personne du pluriel, très remarquable en ce qu'elle est parfaitement identique au sanscrit sàma de la deuxième formation du prétérit multiforme ; gonsam, nous avons blessé , gablisam, nous avons pris, etc.
La coïncidence des flexions du prétérit gallois , breton et comique est plus complète encore que pour l'irlandais, et, en examinant le tableau suivant, on ne pourra conserver aucun doute sur leur identité avec la formation sanscrite , et leur commune origine de la racine as. Les flexions sanscrites comparées ici sont celles de la seconde formation du prétérit multiforme 1 . On observera que le gallois a conservé par-tout la voyelle radicale de as, tandis que le sanscrit la toujours supprimée. Le breton et le comique flottent entre deux. Dans les trois premières personnes, Ys seule est comparable , les suffixes personnels ayant été entièrement perdus par le gallois comme par l'irlandais. La seconde personne a repris cependant le suffixe moderne t. Le breton zud de cette même personne se rapproche plus du sanscrit, de même que tout le pluriel en breton et en comique.
1 Bopp. Sanscrit. Gramm. p. 198.
son.
sas.
sot.
sdma.
sala.
son.