‹ De l'affinite des langues celtiques avec le sanscritChapitre 23 sur 27 · SUFFIXES DE L'INFIXITIF ET DES PARTICIPES · texte numérisé non relu

SUFFIXES DE L'INFIXITIF ET DES PARTICIPES

§ 71. Un certain nombre de verbes, considérés comme irréguliers, ont conservé en gaélique le suffixe tum de l'infinitif sanscrit, sous la forme de tin,tinn, ou tuin y lequel s'ajoute toujours immédiatement à la racine. Ainsi au sanscrit g'anitum, engendrer (de la rac. g 1 an) , correspond l'irlandais gintin, ou c/wnluinn (de la racine gin); ks'rotum, entendre (r. s'ru), l'irlandais cloistin (rac. clu. ) ; quelques autres exemples sont fantin, demeurer sealtuin, voir, mealtin, jouir, cantitin, chanter, buintin, toucher, etc. Dans certains cas, et à ce qu'il paraît après IV et les gutturales, tin s'est changé en sin; mairsin, durer; goirsin, croasser, beirsin , porter (sansc. barlum); faicsin, voir, tuigsin, comprendre, \reigsin> quitter, raigsin, arriver, etc. La racine saoil, penser, a les deux formes, saoittin, et saoiLin.

Ce qui est digne de remarque, c'est qu'à l'exemple du sanscrit, l'irlandais considère ces infinitifs comme des noms, et les emploie en cette qualité. Ainsi l'infinitif régit le génitif, au lieu de l'accusatif, dans des cas comme le suivant : chuaidh sé a scaltain clirainn , il alla voir l'arbre ; littéralement . il alla (au) voir de l'arbre; ou en erse, ta sinn dol a dliïarraidh na

spreighe : nous allons chercher le bétail (littér. nous alluns (au) Percher du bétail). Les infinitifs sont si bien des substantifs, qu'ils sont par-tout donnés comme tels par ORcilly dans son dictionnaire. Stewart , dans son excellente grammaire erse, a bien reconnu leur double nature, et la comparaison du sanscrit concilie les deux manières de voir 1 .

Le suffixe tum se retrouve encore dans un certain nombre de verbes sous la forme d'nn simple t, tli , ou d, dh; mais au lieu d'être un caractère de l'infinitif seulement, ce / est resté irrégulièrement attaché à la racine dans tous les autres temps. Ceci a eu lieu , sur-tout dans l'irlandais, et plus rarement dans le gallois, pour les racines terminées en sanscrit par des voyelles, ce qui achève d'expliquer les additions de consonnes dont j'ai parlé à la page 8 2. Les exemples suivants ne laisseront aucun doute à cet égard :

Int. pâlum

[rac. pâ), boire.

Irl. pot. Gall. jwt.

— mâtwn {

— nui), mesurer.

meadh.

— ratutn

[ — rd), donner.

rad.

— sfiâtum

( — sPâ), Être debout.

stad.

— lâtum 1

[ — là), donner.

ladii, envoyer. Gall. Uud-u, donner.

— b^avitum

( — b'û), être.

beith. Gall. bôd.

— snavilum

( — snu\ couler.

stuuufh.

— Invitant

( — lû), couper.

toit, blesser.

— rôtum

( — ru), aller.

ruith, courir.

— srôtum

[ — srtî), couler.

sruth.

— étum

; — »), aller.

eath.

— rétum

( — n), courir.

reath.

— vâtum

[ — val), se flétrir.

feoth.

— kâtum

[ — fat), chanter.

ceuth.

— c*âtum

( — c*ô), couper.

sgath.

Les idiomes cytnriques ont des terminaisons très variées pour l'infinitif; les plus usitées consistent en de simples voyelles , a, î, u, w, aw. Les autres suffixes sont pour le gallois :

• Voyez, sur l'emploi comme substantif de l'infinitif sanscrit, Conjugation System de Bopp, p. 38 et suiv.

ed, yd, eg, el, yll, ain, an; pour le breton, el, ut, at, en; pour le comique, el, al, nt,az, cn,yn, etc. Les terminaisons en t, d, et celles en en et an (comparez l'infinitif germanique ), se rapportent probablement au suffixe sanscrit tum ' . Je n'ai pas à rcchercber ici l'origine des autres.

§ 72. Le participe présent a pour suffixe, en irlandais adli et en gallois ad, et ces deux formes répondent au sanscrit al ; daghadh, brûlant, est le sanscrit daliat. Ce participe , qui manque au breton , est devenu indéclinable dans toutes les langues celtiques.

Le participe passé, également indéclinable, a conservé exactement en irlandais le suffixe sanscrit ta, qui souvent devient te, par suite de la loi de concordance des voyelles. Cette terminaison forme aussi un grand nombre d'adjectifs, comme en sanscrit et en latin (tus, ta, tum) -, elle se change fréquemment en da, sur-tout après Ys t comme dans brîsde , brisé, casda, tordu, sasda, rassasié, lasda, enflammé, etc. Le breton n'a conservé que le t seul (comique 2), et forme les participes kanet, chanté, karet, aimé, gwézet, su, dléet, dû, etc. Le gallois a substitué à ce suffixe, comme je l'ai déjà observé, le participe passé edig du verbe au, aller, dont la syllabe dig seule serait comparable à ta.

Le gallois seul possède un participe futur en dwy, ou plutôt en adwy (part. fut. du verbe au ). Cette terminaison dwy me paraît être une contraction du suffixe sanscrit tavya, lequel forme des participes analogues aux latins en dus. Le sanscrit b'avitavya, essendus, est en gallois bodadwy. Cependant ces participes ont aussi en gallois nue signification active; ainsi adeiliadwy peut signifier œdificandus et œdificaturus.

» Le gallois ne m'a offert qu'un seul exemple d'une forme dan pour le suffixe de l'infinitif, dans le verbe michdan, crier. Le substantif mich, cri, prouve que le d n'appartient pas à la racine. Une recherche attentive ferait sûrement découvrir d'autres exemples de cette modification du suffixe tum, qui est presque la mOme que celle du persan den.

Ici se termine notre comparaison des formes grammaticales, bien incomplète sans doute, et qui est loin d'épuiser le sujet, mais suffisante toutefois pour établir, de la manière la plus irrécusable, l'affinité des langues dont nous avons fait le parallèle.

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