COMPARAISON DES VOYELLES
§ 6. Va bref et long des langues celtiques correspond pour le son à la bref et long, a, a du sanscrit. Il se retrouve souvent intact dans les mots communs à ces langues, et dans toutes les positions, mais plus fréquemment comme voyelle initiale, ou dans la première syllabe des noms. En irlandais , en effet , la bref , lorsqu'il se trouve à la fin ou au milieu d'un mot polysyllabique, a un son fort obscur, et se remplace souvent indifféremment par un o ou par un m Cette confusion s'est étendue même à la voyelle radicale dun grand nombre de mots, où ces trois consonnes fortes se substituent très facilement les unes aux au très. Ainsi, pour en citer un exemple, entre beaucoup d autres, on trouve camachd , puissance , écrit également comachd et cumachd. Le gallois offre plus de fixité sous ce rapport.
§ 7. U%f a bref sanscrit, comme voyelle initiale, médiate,
ou finale, se trouve représenté en général par Va bref des langues celtiques; comme le montrent les rapprochements suivants.
a ak, observer, faire attention.
MMrt a ^ a> passion, tourment.
agâ, chèvre.
ut, at, aller.
ad, s'efforcer.
ab, émettre un sou.
Ers. aca, vois!
Irl. agh, crainte, étonnement.
Ers. agh, biche.
Gall. athu, aller.
— aziaw, s'efforcer, az, effort.
Irl. abog, voix. Gall. aban, bruit, tumulte.
1 Mac Curtin's English-Ii uh Dictionary, p. 680.
amasa, temps.
lrl.
am, temps. Gall. aimer, id.
Bret. atnzer, id.
anila, vent.
anal, souffle. Gall. anal, id.
(de an, respirer).
ala, pouvoir, sagesse.
ai, pouvoir, suffire.
arb, tuer, blesser.
arb, détruire.
as, être.
as, est , il est (verbe défectif ).
ah, dire, parler.
ac, discours, langue.
Etc.
tag, aller, se mouvoir.
tagaidh(i* pers. pl.), avancez,
venez.
kac, lier.
cacht, lien.
pafan. chemin.
fathan, voyage.
kad, rompre, diviser.
Gall. cat, morceau, fragment.
g'nap, frapper.
Irl.
enap, frapper.
lab'asa, solliciteur.
labain, mendiant.
( rac. lab 1 , obtenir).
gam, aller.
gamog , pas. Gall. camu ,
aller.
\a\, frapper.
tath, tuer; talôg, coup.
nad, rendre un son.
Gall. nadu, crier, hurler.
tan, étendre.
Irl.
tanaigh, étendre. Gall.tonu, id .
dal, partager.
dal, portion, lot.
Jar, aller.
cara, jambe, hanche. Ers. ca-
raich, se mouvoir.
las, briller.
las, briller. Gall. llach, rayon.
dah, brûler.
dagh, brûler.
Etc.
L'a final s'est conserve dans un certain nombre de substantifs et d'adjectifs gaéliques, auxquels il sert de suffixe, et il est alors identique au suffixe kridanta=çr a, comme nous
le verrons plus tard. En gallois cet a final a toujours disparu, sauf quelques cas extrêmement rares, comme dans pwnga, monceau, bouquet, en sanscrit punga, monceau, collection. Je renvoie les exemples au chapitre de la déclinaison, et à celui des suffixes. — Le gaélique offre encore très fréquemment un a final dans ses participes passés, qui se forment en ta , exactement comme les participes
sanscrits en la; ainsi le sanscrit dag'da , consumé (le t
changé en d par euphonie) , est l'irlandais daghta, etc. Le suffixe kridanta ra se trouve aussi en irlandais.
§ 8. Cependant Va bref ne concorde pas toujours, comme on doit bien le penser. Par l'influence du temps, des dialectes, des variations de l'orthographe, etc., il a pris les formes diverses de o, i, e, y, ai, ae, ea, et, ao, aoi, etc., et quelquefois, quoique rarement, de u et ut. Une partie de ces variations s'explique sans sortir du cercle de l'irlandais ou du gallois, le même mot ayant fréquemment plusieurs formes de vocalisation. Sans vouloir entreprendre ici de faire l'histoire de ces changements, j'en donnerai quelques exemples explicatifs.
§ 9. O pour a se trouve fréquemment en irlandais , dans toutes les positions. Les deux formes existent sou vent simultanément. Ainsi au sanscrit arg', tuer, répond argain , meurtre; mais on trouve aussi orgain, et le verbe orc, tuer. Arllia et ortha, prière, se lient à la raciue sanscrite, art\ demander, prier; car6 et corb y char, à la racine k'arb, aller, se mouvoir, etc.
Voici d'autres exemples en irlandais et en gallois.
ang, oindre.
ard, tuer.
avatia, action d'aller, hâte.
( rac. av.) bad'ira, sourd.
bak, vag, aller, se mouvoir.
valg, aller, sauter.
ftalala, boue.
talla, trou.
tlab'ra, océan.
nakta, nuit.
latva, cheval.
j>a, prince.
sa, il.
(taft f donner.
dam, dompter.
tas, jeter, secouer, balancer.
ïrl. ong, oindre.
— ord, meurtre.
-r- obainne, rapidité, agilité.
— bodhar, sourd.
Irl. Ers. bog, mouvoir.
Irl. Jolg, agile, rapide.
— pol, boue.
— toll, trou.
— dobliar, eau.
— nochd, nuit. Gall. nos, nuit.
— loth, poulain.
— fo, prince.
— so, ce, celui.
Gall. dodi, donner.
dovi, dompter.
/oi/Vne,jeter.secouer,balaMf er.
lal, bercer, ivira, excellent.
as'va, cheval.
Etc.
Gnll. lloliaw, bercer.
— gwor, ee qui est supérieur
— osw, cheval.
§ 10. Le changement de a en i est assez fréquent en irlandais. Le gallois en offre quelques exemples, mais substitue plus souvent Yy. Ainsi :
ad, manger.
as, être.
antar, entre.
atiganâ, femme.
kak, aller.
lal, désirer, chercher à obtenir.
bran, émettre un son.
prati (préfixe), contre.
gala, eau.
pari', aller.
taks 1 , voir.
g' al, être tranchant.
s'val, courir, aller rapidement.
Inul'ira, sourd.
varada, vierge, fille.
Etc.
Irl. ùh,m a nger.Gall. y su, manger.
Ers. is, est. Gall. ys (verbe défec-
tif), est.
M. iiidir (forme ancienne), entre.
— inghean, fille.
— cich, pas. Gall. cic, pied.
— til, poursuivre.
— brind, gémissement.
— frith (préfixe), contre.
— gil, eau.
— jiii), vitesse.
Gall. Hygad, œil. Bret. lagat, œil.
— gyl, tranchant.
— chwylaw, s'agiter, tourner.
— byzar, sourd. Bret. buzar, id.
— 9 w y r ) v * vierge, fille. Bret.
gxverchrz, id.
% m. L'affaiblissement de a en e (bref ou long) est également fréquent dans tous les idiomes celtiques. Dans Tirlandais et l'erse Ye simple, employé autrefois dans l'orthographe, a presque par-tout fait place, comme voyelle médiale et initiale, aux diphtongues ea et ei; ainsi on trouve, dans les anciens manuscrits, fer, homme, ced, cent, secht, sept, cetre, quatre, etc., au lieu de fear, cead, seachl, ceithre. Souvent aussi Ye est devenu ea pour satisfaire à la concordance des voyelles. ( § 4- ) P flr cette même raison \ a final des suffixes est fréquemment changé en e, ainsi le participe passé de mill, consumer, est millthe, pour millllia, etc. Plusieurs suffixes en gallois font changer également en eYa
de la racine, comme nous le verrons plus tard. Je fais suivre les exemples.
arka, soleil.
Irl. cure, soleil.
as' va, cheval.
— each, cheval.
nt 'ill»T
— Pfiln /lllnr li'ill finit 'i1I#t
rtlilt, «tilt 1 . WUll. f IMU, CSIId.
ab y émettre un son.
Ers. éibh. crier.
q'an, engendrer.
Irl. oet/i, ge*w, engendrer. Gall.
acni . îd.
tnnm nKçrnrit^
lUIlUly UI/.1LUI in.
— 4> fi'tiw 1 (il isri) ii 1< : tri m Zip irl
rinrs'n vttp util i Uy vue.
ri gin rr /mil
îinl/n r'nA mut Uy i 11 i.
— . npamh c\p\ (rail »]/'/> ri* j l
i u H u u i % tICl* v/ali* itri^y tlvl.
vaa, parier.
. — jeauf la. ouii. gwea, aiscours.
vas, tuer.
sata, cent.
— Cf/ar/, c*/ar, cent.
pad, pied.
Gall. pied.
svo», dormir.
— hepiaw, dormir.
anasy vie.
— vie.
a6'r, aller, se mouvoir.
— ebru, se mouvoir.
ab'ra, ciel.
Bret. e6r, ciel.
antariks*a, air, ciel.
Gall. entyrch, ciel.
§ 1 2. Je dois dire quelques mots des diphtongues qui remplacent la bref. En gaélique la loi de concordance des voyelles fait déjà naître, de a, o, i, e, les diphtongues ai, oi, ia ou io, ea, eo, ou eu, qui, par conséquent, doivent être considérées comme des voyelles simples, étymologiquement parlant. Il en est autrement de la diphtongue ai qui répond souvent en gallois à la sanscrit. Par exemple :
tata, la surface d'une chose.
dava y feu.
nat, danser.
vaska, mouvement.
skand'â, hranche.
data, feuille.
tars'a, soif.
Etc.
Gall. tait, surface du sol.'
— daiv, ignition, combustion.
— naid, saut.
— gwaisg, rapidité.
— ysgaing, branche.
— daily feuillage.
— tairth, fièvre. Irl. tort, soif.
' Les mots précèdes du signe j sont les formes les plus anciennes.
La diphtongue ao est dérivée en irlandais d une forme plus ancienne, ae, et remplace quelquefois la bref et long sanscrit.
SANSCRIT. CELTIQUE
s'iath, tuer. Irl. staod, tuer.
gada, maladie. — gaodh, blessure.
h lad, crier. — glaodh, crier.
ang, mouvoir. Ers. aong, se mouvoir.
k'ag', agiter, mouvoir. Irl. caog, foire signe de la tOte.
nadeif rivière. — naodhan, source. '
l kav, fai re de la poésie. — caomhdha, poésie.
| kavi, poète.
nam, s'incliner par respect, adorer. — uaomh, sacré, saint. kam, aimer. — caomh (caemh), amour.
manana, compréhension. — maon, méditation.
Elc.
On voit qu'un nombre assez limité de consonnes finales s'accommode de ce changement.
Enfin une modification plus rare est celle de a en tu , uai, wy. En irlandais ui paraît s'être développé d'un t simple plus ancien, lequel n'était lui-même qu'un représentant de l'a sanscrit. Ainsi le verbe défectif fiiil, être (en erse bheil) , s'écrivait autrefois fil, et se lie au sanscrit bal, vivre, d'où bala, sang, comme en irlandais//»'/, sang. Voici quelques exemples de ce changement.
ad, manger. Irl. uaidh, manger.
am, rendre un son. — uaim, son, bruit.
and' a, aveugle. — uinne, aveugle.
hal, donner. Ers. builich, donner.
b'all, blesser, tuer. Irl. buille, coup.
bala {pala), sang. — fiu'l, sang (génit. /b/a).
ab'ra, ciel. Gall. wy byr, ciel.
§ i3. L'^JT , d long, a subi, en général, les mêmes métamorphoses que la bref. Assez souvent il a perdu sa quantité, autant du moins qu'il est possible d'en juger par l'absence d'accent, qui dans bien des cas peut provenir de
négligence. \je tableau suivant offre la série de ces changements.
à — a agi, combat.
lomgtthrf. b'ânu, lumière.
pâla, prince, roi.
sâra, excellent.
vad ( û y bateau.
lâ, donner.
vâna, action d aller.
pâs'a, chaîne, lien.
dâs'as, montagne.
tâta, père.
kâs, tousser. âma, cru.
«.«, s'asseoir, s'arrêter.
âb'ilu, formidable.
âkâya, demeure.
vâta, vent.
vânc"â, désir.
vâmâj femme.
à — o âma, cru.
fe*rffc^.6<6b', luire.
âsya, bouche.
pâOa, feu.
dàna, don.
nât*, prier.
pâ, boire.
làk% refuser.
lâ (a, faute.
vâsra, habitation.
b'âga, portion, fraction.
pârt'a, prince.
b'âs, désir.
Ers.
Irl.
Gall.
Irl.
Gall Uret.
Irl.
àgh, combat. Irl. agh, id.
ban, lumière, blancheur.
fâl, prince.
sur, excellent.
bâd, bateau. Gall..6àf/, id.
llâd, don.
gwân, action d'aller. Irl.fan.
fâs, chaîne, lien. \r\. fasg, id.
dûs, monceau. Irl. dais, id.
tàd, père. \r\.daid, père.
pâs, toux. Irl. casad.
awh, cru.
asaidh, s'asseoir, s'arrêter.
abhéil, formidable.
achaidh, demeure.
fath, veni.
gwaiic, désir. Corn. wham.
gwamm, femme.
omh, atnli, cru.
— bbsc, lumière.
— os, bouche.
— bât, feu.
— don, don.
— not, prière.
— pot, boire. Gall. potiaiu, id.
— loc, refuser.
— locltd, faute.
— fosra, habitation.
— bochd, fraction.
Gall. pôr, prince.
— boz, volonté.
a=t long. Je n'ai trouvé aucun exemple.
â=zé,e,ca,éi. âs, s'asseoir, s'a rreter. Irl. eis, arrêter, Ers. èis, repos.
Gall. vis te, s'asseoir.
bàd'a, molestation. — béd, dommage, injure. Krs.
betul.
b'ùm, être en colère. beimneach, violent, véhément.
âihi, sollicitude. Irl.
âtiy oiseau. —
tara, étoile. Gall.
ilihhû. désir. Irl.
dâ, couper. Gall.
nâman, nom. —
ead, zèle, jalousie.
eathaide t oiseaux.
sér, (.'toiles. lirct. stdreu, étoile.
dddh, désir.
de, séparer, diviser.
cnw, nom.
àzzai.âs'u, nourriture.
dâ, donner.
d'âman, maison.
nâman, nom.
vâra, monceau.
h'âsy désir.
tâta, père.
d'âsasy montagne.
Irl. aice, nourriture.
— daighy donner.
— daimhy maison.
— ainm, nom.
— fuir, colline.
— bais, désir.
I^e gallois ne m'a offert que peu d'exemples de ee changement , quoiqu'il y soit fréquent pour l'a bref.
pâns'u, poussière.
nâha, lieu.
mâda, quantité (r.
mesurer).
yaoi. âb'â, beauté.
mâlay montagne.
Gall. painy poussière.
— nais, lieu.
— maki, ce qui limite.
Irl. aoibhe, beauté, aobfidhà, beau.
— maol, colline.
Il y a quelques changements, de la sanscrit particuliers au gallois. Le plus remarquable est celui en aw (prononcez aou), lequel aw se change en o par l'effet de plusieurs suffixes.
dâda, don.
dànay don.
g-âlây lumière.
6'as, splendeur. g'nây connaître.
tâla, enfantin.
pâday pied.
Etc.
Gall. dawdy don.
— dawn, don.
— gawly lumière.
— fawz, splendeur.
— gnaujy instinct, habitude.
— llawdy jeune garçon. Irl. lath.
— pawdy jambe.
SANSCRIT. CELTIQUE
â — ot\ ae. pâta, feu. Gall. poeth, igné, chaud.
kâsUa, bois. — coed, bois. Bret. koat.
ma lu, montagne. — moel, colline.
vâs', crier. — gwaezi, crier.
c'âruy beau. Bret. kaer, beau.
Etc.
§ 1 4. J'arrive à 1 i,long et bref, dont les variations sont bien moins nombreuses que celles de la. Dans la plupart des cas, il s'est conservé intact, sauf la quantité qui ne concorde pas toujours; en irlandais, il s est fréquemment assimilé un a, un o, ou un u, par suite de la loi des voyelles semblables (§ 4). Sa modification presque unique est en e, ou é (ea, ei, etc.), et très souvent ces formes diverses se trouvent simultanément pour le même mot avec Yi primitif dans les limites mêmes des langues celtiques. Ainsi le sanscrit pic'câ, queue, se retrouve en irlandais sous les trois formes de piac\ péac, et péic.
Je commence par les cas où Yi s'est conservé dans ses diverses positions.
§ 1 5. L'i initial est resté intact dans le petit nombre de cas de comparaison qui se présentent avec l'irlandais.
iny, aller, se mouvoir. Irl. ing, mouvement.
ic'c-a, désir (r. £$')• . — itche, pétition , demande.
itiy exclam, vois ! — ife,voi&!
ilaru, autre, différent. — iÛr, adv. de nouveau.
ma, soleil. — ton, soleil *.
irâ y terre. — ire.
1 Je crois que la diphtongue w est ici un résultat de la loi de concordance des voyelles, quoique le mot soit un monosyllabe; on doit inférer de la présence de Va l'existence antérieure d'un a final , piac-a, répondant à la sanscrit. Je reviendrai plus tard sur cette question.
3 Même observation ici que pour le mot piac. L'o de ion ne se trouve là que par l'effet d'un a final (ion-a), qui a disparu, tandis qu'il s'est conservé dans dota, soleil ( le sanscrit fi/'a, feu), cité plus bas. La diphtongue io, dans ces cas-là, équivaut donc exactement à IV sanscrit.
irâ, discours. tt, lier.
il, se mouvoir.
Irl. iris, récit, histoire.
— idh, chaîne.
Gall. il, procession, mouvement.
i, î kil, Ctre blanc.
tMM- kit, savoir, connaître.
(/irâ, discours.
c'ira, long.
c'îra, arête.
tig, aller.
tit*a, feu.
d'tti, soif.
niks l â, lente (œuf de
mine).
m'y', nettoyer.
Uh, lécher.
mihira, soleil.
vif, déchoir, tomber en ruine.
vila, cavité, trou.
s'ik, mouiller.
priya, mari.
Etc.
Ii 1. gile, blancheur, geai, blanc.
— cith, voir.
— giorne, babiller.
— sir, long. Gall. htr, id.
— cirin, arête.
— tigh, venir.
— tiota, soleil.
— dùh, besoin.
— snigh ou sneagh, ici . Gall. nez.
Bret. nfz ou
— wj/A, laver. Gall. nythiaw, id.
— ligh. Gall. //jaui.
— midhr, rayons du soleil.
— Jioth, se flétrir, se faner.
Gall. gwiz, flétri.
— bile, bouche, lèvre. Gall. byl,
lèvre.
Gall. siciaw, tremper, mouiller.
— priawd, époux.
i,t ki, savoir.
p'i, colère, passion.
(ti, diminuer, détruire.
Il, liquéfier.
hn, aller, se mouvoir, tri, trois, r, deux.
Eic.
Irl. ci, voir.
— fi, colère, indignation.
— di, petit; di, besoin.
— //, mer. Gall. Ui, flux, torrent.
— lui, jambe.
— tri, trois. Gall. fart.
— di, deux.
L'i, i, final, comme suffixe du féminin, Yi du suffixe Ci, et des terminaisons personnelles des verbes, mi, si, ti, ont presque toujours disparu en celtique. Le suffixe fi se trouve cependant sous la forme de te (autrefois ti) dans un certain nombre de mots irlandais; ainsi, pour en citer ici un exemple, le sanscrit pankti, ligne , rang, de la racine pac\ étendre, semble identique avec l'irlandais pâinte, corde
lacet. Nous reviendrons avec plus de détail sur ce sujet , au chapitre de la déclinaison, et à celui des suffixes.
§ 16. Le changement de Yi, î, en e, é, ê, ea, ei, etc., est extrêmement fréquent , et cela surprendra peu si Ton réfléchit à la modification de i en é par gouna, en sanscrit. En voici des exemples, outre ceux qui ont été déjà cités:
ita, allé (rac. i).
il, aller.
krig', rôtir.
kil, lier.
pil, lancer, jeter.
g'iri, blesser, injurier.
g'trna, vieillard.
tir, finir, achever.
divas, jour.
trV, aller.
nîda, nid.
vira, fort, puissant.
s'ik'â, crête, âisila, formidable.
pid i âna, couvert, ce qui cache.
Etc.
Ii l. cata t id. Gall. edig.
— eilair, sentier.
— sgreig, id. Gall. cresu, id.
— ceile, uni, joint.
— j>eiléir, balle. Gall. petu, lan-
cer une balle.
— géar, couper, mordre, satiri-
ser.
Gall. gern, un ancien, un patriarche.
Irl. fc/ris/arrôte! cesse!
Bret. devez, jour. Gall. diev, id.
Gall. deu, venir.
Irl. nead, id. Bret. neiz, nech.
Gall./êV, fort, dense, solide.
Ers. sèoean, id.
Irl. abhéil, id.
Gall. fedon, rideau.
§ 17. En gallois Yy, dont le son très bref tient le milieu entre Yi et le, représente souvent Yi, î, sanscrit, et alors le breton a ordinairement un e. Exemple :
dtv, aller, approcher.
ntda, nid.
nis, méditer profondément.
tih, lécher.
ttna, fondu, liquéfié.
connaître.
Gall. djvu, id. Bret. deu ( radical inusité de dont, venir).
— nyth, id. Bret. neiz, nech, id.
— njc/ia,êtretriste.Bret.ncc/u,id.
— Ityvu, id.
— tlyn, liqueur, jus. Bret. lenn ,
étang.
— gwyzaw, id. Bret. gwézout, id.
SANSCRIT. CELTIQUE
vis l ti, gages, solde. (iall. tpvystyl, id. Brèt. gwestl, id.
sima, entier, tout. — rym. id.
Etc.
§ 18. Un fait remarquable, et qui semble sortir des analogies générales du système vocal indo-européen , c'est que dans plusieurs cas IV, î, sanscrit a pour représentant une voyelle forte, a, o, u. Je dis que ce fait paraît être une anomalie , pareeque , d'après toutes les observations, l'effet du temps sur les voyelles est de les changer de fortes en faibles, et non pas le contraire. Le sanscrit se trouve-t-il placé ici à un degré inférieur à plusieurs des autres langues de la famille, tandis que, pour presque tout le reste, il leur est supérieur? En d'autres termes , aurait-il remplacé par i un a primitif? L'exemple de pitr, père, que Bopp croit dérivé par corruption d'une forme plus ancienne pdtr 1 (de la racine pâ, nourrir, protéger), appuierait cette opinion, toutes les autres langues indo-européennes ayant une voyelle forte à la place de VL Le fait suivant me fait croire que l'on pourra trouver dans le zend un intermédiaire pour quelques unes de ces formes exceptionnelles. Le mot irlandais adhmad, bois (%num), m'avait paru correspondre au sanscrit id 1 ma,lignum; toutefois j'aurais conservé du doute sur la parenté réelle de ces deux mots, si je n'avais trouvé, dans le zend, aês'ma, avec le même sens*. Le semble ici une modification par gouna, de IV sanscrit, et en zend le (ainsi que les voyelles i, u,o) se fait souvent précéder d'un a 3 . Peut-être trouvera-t-on dans cette loi euphonique du zend , l'explication de cette anomalie? Je fais suivre plusieurs exemples que les idiomes celtiques m'en ont offert-.
1 Vergleich. G ranimât, p. 6a, in. not.
1 hlritl, p. 103!.
3 Bopp. ibi'd. p. 17.
idma, bois(lignum).
pitr, père.
is'vara, Dieu, le dominateur.
g'ihvâ, langue.
6*1^5*, mendier.
b% craindre et crainte.
b'ri, craindre.
kil, plaisanter, jouer.
kit, craindre, effrayer.
klis', tourmenter, souffrir.
krig', rôtir.
Irl". adhmad, id.
athair, id.
— aesfhear, Dieu.
Gall. tavawd, id. (Corn, tavaz, Bret.
téôd).
Irl. bochd , pauvre, misérable.
bochdcuty mendiant Gall. bw, terreur, crainte.
— braw, terreiy, crainte.
Irl. cal, plaisanterie, cataigh, un plaisant.
— cota, crainte, cotaigh, être ef-
frayé.
Gall. gloesi, tourmenter souffrir.
Bret hloaza, id.
Gall. crazu, griller, Bret. < raza.
§ 19. En fait de voyelles simples, il reste à considérer Yu bref et long. Cette voyelle s'est maintenue dans les idiomes celtiques avec autant de constance que Yi, et, de même que ce dernier passe souvent à sa forme gouna, ê, Yu se change fréquemment en o, long ou bref, par suite de la même analogie.
En irlandais , Yu et û sanscrits répondent d'abord à u , bref ou long, lequel u devient souvent ut par l'effet de la loi de concordance des voyelles. (§40
[Au, w, gallois a exactement le son des deux voyelles sanscrites, et les remplace fréquemment; toutefois il y substitue aussi Yu dont le son est obscur ( § 2 ) , et quelquefois Yu qui est une mutation régulière de Yy dans cet idiome. Exemples :
» bochd se lie à la forme vriddhi, bdiks^a, aumône, bàiks^ya, mendicité; 17 a disparu, et l'a s'est changé en 0. C'est là une autre source d'explication de ces anomalies. Voyez ci-après p. 3a les observations sur le vriddhi.
u, û\u> rendre un son.
iniUd.)«cVa, élevé.
wsï, désir.
urnâ, laine, fourrure.
us', brûler.
urvt, terre, urw, grand.
ulva, cavité, u/, brûler.
ûti, bâte.
ûha, raisonnement. — ûrg'a, pouvoir de procréation.— ûrg, Être fort. — Etc.
I rl . uc6,gémissemen t. GalUe/i,id .
— uchdan, hauteur. Gall. uched,
élevé.
— i«,demande, requête.Gall. ws.
ardeur, effort.
— urla, cheveux.
— usga, encens. Gall. ysu, con-
sumer.
— uirbj terre.
— uras, puissance. Gall. wrch , ce qui est élevé.
— uile, angle, coin.
Gall. uhv, cendres.
uthadh, id.
uga, choix, uigc, science.
uirge, pudcnda viri.
urc et orc, héros, prince.
u,tt, k^ud, diviser.
A*ur, couper.
c'udà, tête.
truty couper.
durv, blesser.
puta, concavité, coupe.
kur, rendre un son.
krunc, être courbe.
kus, embrasser. vug, abandonner.
turaga, cœur, esprit, tiift', couvrir.
krus', crier.
punga, morceau.
kut', couper, retrancher.
kul, défendre, prohiber.
Etc.
h'td, manger.
Etc.
Irl . cuid et cod, portion , morcea u .
— cuire. Ers. corc, couteau.
— cudh, id.
truth, couper. Gall. trwch, cou pure.
— duré, duirbh, maladie.
— puite, vase; cunnus.
Gall. curaxv, sangloter.
Irl. cruinn. rond. Gall. crwn et
cron, id.
Gall. cusaw, baiser.
Irl. fuigh, id.
— turc et tore, cœur.
Gall. tuztnv, couvrir.
Irl. cruisigh, musique. Gall. cni»vsez, dispute, querelle.
Bret. krôz, querelle, bruit, murmure.
Gall. pwnga, id. jwuc, colline.
— cwta, cota, court, cwtaw, rac-
courcir (en coupant).
Irl. cul et co/, défense, prohibition.
Ers. cuid, aliment.
Vu, u final, des suffixes sanscrits , u, dm, d/u, m, etc., ne se retrouve que bien rarement dans les lances celtiques, soit que ces suffixes manquent, soit que Vu ait été remplacé par un a ou e dont la nature est douteuse, soit enfin que Vu ait été retranché. Je reviendrai sur cette question en traitant des suffixes. Je me contenterai de citer ici deux mots où lu final s'est conservé , c'est d'abord le sanscrit dyu, jour, resté intact dans le gallois dyu, et devenu dia (plus anciennement die) en irlandais. L'autre est le sanscrit vad l û, femme, conservé dans l'irlandais bad/tbh, avec le sens plus restreint de femme acariâtre, et de sorcière. Le bh final a une prononciation intermédiaire entre le v et lu, et dans beaucoup de mots gallois il est représenté par w (ou); ainsi l'irlandais garbh, rude, est en gallois ijarw, etc.
Les radicaux sanscrits terminés en u , tt ont généralement conservé leur voyelle en celtique, mais elle est souvent devenue médiale par l'addition de quelque nouvel élément de formation. Exemples :
SANSCIUT. CELTIQUE.
b% être. Irl. I>u, il fut. Gall. bu, être vi-
vant (subs.).
ftrû, dire. Gall. brudiaw, raconter. ïrl. bntth-
an, babil.
sru, couler. Irl. sntth, couler.
sku, couvrir. Gall. ysguMm), protéger.
tu, croître. — fUw, croissance. fyv-«,croltrc.
tu, mouvoir, aller. — tw-a, faire aller, presser.
Etc.
§ 20. La principale modification de lu est en o (ou oi). J'en ai déjà cité plusieurs exemples ; j'en ajoute ici quelques autres :
us l na, soupir. Irl. osnadh, ici.
unmatta, fou. — ■}• onmhith, oinmhid, un fou.
GaM.ynvyd, id.
ùru, cuisse. — orc, le gras de jambe.
SANSCIUT.
sur, briller.
lui', blesser.
surâ, vase à boire.
kul, être parent.
krud*, être en colère.
tun, courber, plier.
pus', croître.
b l ug', être courbé.
b'rud, amonceler.
su (préfixe), bien , aisément, nu, partie, interrogat.
nu, célébrer, exalter.
Etc.
Irl. sort h, brillant.
— lot, blessure toit, blesser.
— soire, vase.
— colbha, amitié. Gai. colez, ai-
mer, ebérir.
— crodha, terrible.
— toinn, friser, tordre.
Gall. posiaw, ici.
Irl. bogh, courber.
— broth, monceau.
— so, id. (aussi 5m.)
— no,id.
— no, exalté, noble.
§21. L'« a aussi donné naissance à quelques diphtongues et triphtongues, en celtique. La plus importante est l'irlandais tta, dans les exemples suivants :
snu, couler, distiller.
kuc', être courbe.
kut, brûler, chauffer.
uks'âla, élevé, excellent.
uc'c'atara, plus lia ut.
kûd, manger.
Etc.
Irl. snutuili, id.
— cuach, plier, friser. Gall. cu-
chiaw, froncer, plisser.
— cuatan, soleil.
— uasal, grand, noble.
— uachtiarach, supérieur.
— cuadh, aliment.
Le gallois offre dans quelques cas wy pour u, par exemple : sanscrit, b'uy', manger , gallois, bwyd, aliment (breton, bued, boed); sanscrit, hrus', crier, gallois, crwjsez, dispute (breton, krôz); le breton offre ao pour u, dans paotr, garçon ; sanscrit , putra.
La triphtongue aoi pour u n'est pas rare en irlandais ; par exemple :
ku, gémir. Irl. caoi, gémissement.
kttn, sellétrir, se rider. caoin, desséché, flétri.
snu, couler. — snaoi, flux.
h'' ni, sourcil. — braoi, id.
etc.
Enfin on trouve encore eo, eoi, pour u, tî. Ainsi le sanscrit b l ûs l , orner, est en irlandais beosaig/i, en erse, bebsaich; mais on trouve une forme plus ancienne, busg , pour certifier que eo n'est qu'une altération postérieure. De même au sanscrit nud, blesser, répond l'irlandais neoid, blessure, etc.
§ 22. Avant de passer aux diphtongues, il faut dire encore quelques mots de la voyelle :ff r, qui est particulière au sanscrit. Dans les langues celtiques, comme dans le reste de la famille indo-européenne, cette voyelle s'est changée en r suivi, dans la plupart des cas, d'un i bref, lequel i a subi les changements en e, ea, ia, etc. , particuliers à cette voyelle (§ i5 et 16.) En voici des exemples :
SANSCRIT. CELTIQUE
f, r, aller.
tri.
ria, course, re, il alla. Gall.
rhëu, courir.
rg'u, droit.
riayh, id.
rn, aller.
rôtit, pied, rîan, chemin, rean,
bâte.
rf, aller.
rith, courir. Gall. rhit, mouve-
ment en avant.
rtu, saison.
rith, saison, le quart de Tan-
née.
krp, être faible.
criplachd, décrépitude.
krsf- t arracher, enlever.
scrios, enlever la surface d'une
chose, raser, etc.
drp, causer de la douleur.
drip, affliction.
vrt, servir.
frit h, service, suite.
prt l vt, terre.
Gall. priz, terre, argile. Bret. pti.
krsa, maigre.
Irl.
créas, mince, étroit.
krt, vêtir, entourer.
créât, peau.
dn, voir.
dreach, forme, aspect, miroir.
Gall. drych, id.
vrt, parler.
freidh, dire.
vrka, loup.
breach, loup. Gall. blaiz.
spr, vivre, respirer.
spré, vie, animation.
tr, traverser.
tre, au travers. Gall. try.
Etc.
On trouve aussi, comme pour Yi (§ 18), des exemples d'une voyelle forte substituée à Yi très bref qui accompagne la voyelle r. L'origine de cette substitution est probablement analogue dans les deux cas. Exemples :
SANSCRIT. CELTIQUE
vrs'a, taureau. Irl. braiche, buffle.
krmi, ver. — cniimh. Gall. pryv. Bret. prev.
str, épandre, disperser. straoidh, id. Gall. ystrafu, id.
tn 1 , désirer, avoir soif. — truisg, avoir faim.
krs'a, maigre. Gall. crach, petit. (Irl. créas, mince.)
Etc.
Je ne parle pas ici de la transformation de r en ar et âr, par gouna et vriddfù , question qui reviendra bientôt.
§ 23. Si rhistoire des voyelles est encore obscure dans les langues celtiques, celle des diphtongues, triphtougues, etc., l'est encore bien davantage. Je me bornerai , dans les considérations suivantes , à quelques aperçus strictement comparatifs avec le sanscrit, en partant des diphtongues de ce dernier. On sait que ces diphtongues sont au nombre de 4) c(a+i),ô(û+ u), du, et dt. 11 s'agit de savoir ce qu elles sont devenues en celtique.
1 ) La diphtongue ê se trouve d'abord représentée par e, ea, ex y etc.; c'est là le cas le plus fréquent
éka, un. Irl. each, un quelconque (ullus).
neach, pas un (nul lus).
éva, mouvement. — eimh, rapide. Gall. eva t mou-
voir, agiter, evan, mouvement.
êg\ luire. — eagh, eigh, lune.
ês% désir. Gall. esiw, état de privation, de be-
soin.
sék y aller, se mouvoir. Irl. seach, errer, passer.
téq\ protéger. — teagair, couvrir, protéger;
teiyh, couverture.
véi* t demander. Gall. gwezi, prier.
vé, tisser. — gweu t id.
têg'a, éclat, splendeur. — tég, clair, beau.
pêl, aller.
pelin, clic val.
pés'ala, doux, tendre.
snêhuy maladie.
pélava, fin, délicat.
pétva, particule, atome.
vés, aller.
svéda, sueur.
Etc.
Irl. pcalt, featl, cheval.
Gall. pela, un petit oiseau (titmouse).
Brct. pezel, mou, trop mûr, blet. Irl. sneidh, tristesse, chagrin.
— feilios, bagatelle. Gall. fcUfè'
lab., fin, subtil.
Gall. petit, id.
— gwesu, s'en aller, partir.
Bret. chuéz, Gall. chwyz, id.
Dans quelques cas Vé s'est décomposé dans ses éléments
tég'as, semen virile.
aV, boire.
két, entendre.
ttrès\ aller.
cés 1 , s'efforcer.
Etc.
Ers. taigeU, scrotum.
Irl. daif, boisson.
— coitfeat (pour ccùtfeat), audition.
Ers. caisd, écouter.
Irl. braise y hâte. (Gall. brysiaw, aller vite.) Gall. cais, effort.
Dans d'autres cas,un seul de ces composants, a, ou i,est resté. Ainsi, au radical 6'res', aller, répondent en irlandais les formes diverses de bras, brais, actif, breisg, et brisg, actif, alerte, rapide. A la racine d% boire, se rapportent l'irlandais daif, et deoch, boisson, diug, boire, dibhc, soif, et le gallois diawd, boisson , diodi, boire. Cette diversité a sa source dans le sanscrit même, qui, de (fié, forme d'ayâmi, je bois, ttâtum, boire, éîta, bu, <Md, soif, etc.
2) La diphtongue ai offre trop peu d'exemples de comparaison, pour qu'il soit possible d'en déduire une régie quelconque. Dans la plupart des cas la comparaison reste même douteuse, pareeque Vâi des racines sanscrites verbales et nominales se change en âya, en à, ou en i, en prenant les divers suffixes. Ainsi râi, substance, propriété, forme au nominatif vas (le latin m), et c'est ce nominatif auquel se rapporte pro-
bablemcnt l'irlandais réad, red, ret, chose. L'irlandais saoth, saeth, maladie, douleur, châtiment, torture, paraît bien se lier à la racine sanscrite sâi, déchoir, périr; mais la diphtongue ao, ae, ne peut cependant se comparer à Yâi de la racine, puisque cet ai se change en â dans sdti, fin, destruction, douleur vive, qui est le vrai corrélatif de l'irlandais saeth, saoth. On peut en dire autant du radical vâi> se dessécher (au présent vàyàmi, au prétérit redoublé vavâu, à l'infinitif vélum) y comparé à l'irlandais feoth, se flétrir, déchoir, et au gallois gwy iv, sec, flétri , gwywaw, se flétrir, etc. La coïncidence de l'irlandais sraideog, gâteau, a» cela racine sanscrite srâi, cuire, pourrait bien n'être que fortuite quant à la diphtongue.
Un exemple plus sûr est le sanscrit svdira, maître de soi, indépendant, du pronom sva, conservé évidemment dans Tirlandais saer, saor, libre ; encore ici est-il incertain si sae, sao, répond à svâ ou à svdi. Le gallois présente deux autres cas également un peu douteux; hain, essaim, multitude, peut être le corrélatif du sanscrit séna, armée, aussi bien que de sàinya, id.; et gwybren, wybyr, ciel, éther, ne pourrait se rapporter qu'à vâib l ra, le ciel de Vichnou, si la comparaison du breton cbr, evr y ciel, n'indiquait pas une liaison possible avec ab l ra, ciel , atmosphère. Toutefois le giv gallois remplaçant régulièrement le v sanscrit (comme nous le verrons en traitant des consonnes), les deux rapprochements sont peut-être également fondés.
3) Lu, soit comme diphtongue radicale, soit comme forme goitna de Vu, s'est conservé ordinairement dans les langues celtiques. En irlandais l'addition d'un i (01) est la suite de la loi de concordance des voyelles. (§40 Exemples :
SANSCRIT. CELTIQUE
Irl. ogh, entier, complet, pur; oiyh, ôg, vivre, cire fort. grand.
nyV/s. vitalité, force, splendeur. Gall. og, ce qui est plein de vie,
oyiez, vitalité.
sanscrit. CELTIQUE.
)ô(/i, fraude. Ir). iogàn, fraude, déception.
A'ôr, aller, se mouvoir. — coruigh, mouvoir, se mouvoir.
g'ôra, terrible, atroce. — gorg, cruel , redoutable.
kola, cochon. — coilleadh, id.
fàôd, aller, se mouvoir. — codh, pied.
lôky voir. — bchd, vue.
lôc'aka, folie, stupidité. — toicheach, un imbécile.
srôn, amonceler. — sràn, nez, promontoire.
/wta, le petit d'un animal. Gall. pothan, id.
tàman y poils du corps, (rac./u, cou- Irl. lombair, cheveux, lomar, toi-
per.) son. /om, tondre.
<fyo, ciel. — deo, air.
Etc.
Lo s'est quelquefois divisé dans ses cléments (a -H u). Dans l'irlandais caith , jeter, lancer, caise, vulva (sansc, Â'ôf, jeter, lancer; A'oYa, vulva), la seul est resté. Dans caoidh, se lamenter, être triste, caodh, deuil, larme (sansc, A'ôrf, être accablé de tristesse), ao a remplacé a H- u, tandis que le gallois cau/z, tourment,vexation, offre les deux composants séparés, et que le verbe cozi, vexer, les réunit de nouveau. Les monosyllabes sanscrits gô y terre, et gô, taureau, vache, sont devenus en irlandais gé y terre, et gamh (dialecte de mau. ghow\ taureau, diminut. gamhuin, veau; mais ces deux formes se lient, la première à 1*4 la seconde a Yav, des cas obliques; gâm, terrain, gavé, tauro, etc. Le son obscur de Va dans les polysyllabes (§ 6) explique suffisamment pourquoi on trouve anachras, pitié, compassion , comme corrélatif du sanscrit anukrôs'a, id.
Lu gallois remplace 16 dans ti/, ce qui est humide , ulavj , humecter, sanscrit, ôla, humide, et dans ystum, courbure, ystumiaw, courber, sanscrit stôma , courbé.
4) Il y a peu de choses à dire sur la diphtongue du, qui est étrangère aux idiomes gaéliques, au moins dans leur état actuel, car les anciens manuscrits l'offrent fréquemment en place de l'o; ainsi o, oreille, odhall, sourd, etc., sont écrits au,
aud/iall, dans le glossaire de Cormac, du io~ siècle. Il s agira de rechercher si cet au, dans les formes comparables, répondait à Fdu sanscrit. Ce qui ferait croire que l'o moderne recèle dans certains cas l'ancienne diphtongue, c'est que , dans le petit nombre d'exemples de rapprochements avec l'irlandais, o remplace en général du. Que I on compare.
SANSCRIT. CELTIQUE
iâuk, aller, se mouvoir. Irl. toich, aller, toicheai, voyage.
tochar, chemin.
isâut, être orgueilleux. — sotal, orgueil, arrogance.
\s'âuttro, un héros. — solaire, un arrogant.
s'âufcya, plaisir (rac. s'ufr). — sôgh, plaisir.
nâu, vaisseau. no i, id. (plus tard naoî).
La diphtongue s'est conservée intacte dans le gallois gawr, couleur grise, fauve, le sanscrit gâura, couleur blanche, jaune ou rouge pâle.
§ 24. Je n'ai point à m'occuper ici de l'origine des autres diphtongues qui ne se lient pas directement au sanscrit. Je dois cependant indiquer en passant une source de formation de diphtongues et de simples voyelles, dans les contractions qu'ont subies certains mots sanscrits. Ce sont principalement les semi-voyelles, v et y, qui ont disparu dans l'intérieur des mots, ou qui se sont vocalisées. En voici quelques exemples :
déva, Dieu.' Irl. dia, id.
d-ava, homme, personne. — dae, id.
b'âw, existence. béo, être, être vivant.
stavaka, multitude en général, bou stuaic, monceau. Gall. ystwc.
quet de fleur.
avi, mouton. — aoi, id.
duhitr, tille. ^ - dear, id.
savara, eau. — mire, eau, rivière.
navaj neuf (novus). — nua, id.
duâr, porte. dor, id. Gall. dôr.
lava, cheveux. — /o, id.
SANSCRIT. CELTl^LE.
c'aya multitude. Irl. scco, id.
tôyada, ce qui donne de l'eau. Gall. tawz, ce qui est en état de funuage. sion; ftosi, se fondre, se li-
quéfier; tawch, brouillard, vapeur.
Ktc.
Gomme exemples d'autres contractions, jeciterai l'irlandais pian, tourment (sansc. pidana, de pij> tourmenter), et sailli, cheval, sansc. sapti, id.
§ 25. Avant de quitter le sujet des voyelles, il faut parler ici de quelques lois de mutation qui les régissent, et des traces qu'offrent encore les langues celtiques de ce principe de changement par gouna et vriddhi, qui joue un si grand rôle dans le sanscrit. La nature de ce principe a été expliquée pour la première fois par Bopp d'une manière fort ingénieuse '. D'après ce savant philologue, la forme gouna consisterait à faire précéder les voyelles î, i, u, û, P, r, d'un a bref, avec lequel elles se combinent de manière à former respectivement e, ô, ar. Cet a préfixé est long dans la forme vriddhi, et de cette combinaison résultent ai, du, et dr. L'a na point de gouna, et devient A par vriddhi. Les diphtongues 6, et e, devant d'autres voyelles, se décomposent dans leurs éléments, et deviennent, d'après une régie d'euphonie, av et av.
Ce système régulier de modification des voyelles, complet en sanscrit, et que le zend possède encore, a laissé dans le reste de la famille des traces plus ou moins marquées. Les langues celtiques l'ont perdu comme élément régulier de formation, mais des faits nombreux et inexpliqués jusqu'à ce jour prouvent qu'elles l'ont possédé très anciennement.
Le gaélique et le gallois, mais sur-tout le premier, offrent des exemples de presque toutes les applications du gouna
' Verçleicli. Grammat. p. :>.>.
et du vriddhi, et la comparaison avec le sanscrit ramené fréquemment à une .même raciue des formes que 1 on jugerait sans liaison entre elles si on les considérait isolément.
i) Forme goutta de i, t.
L7, ou / sanscrit, se changeant fréquemment en e celtique, indépendamment de l'influence du «fourni, il faut, pour que la comparaison soit concluante, choisir des cas où la forme primitive se trouve, eu celtique même, à côté de la forme modifiée.
C'est ce que j'ai cherché à obtenir dans les tableaux suivants, pour les trois voyelles :
vid, savoir, (gouna.) véda, science.
dvi, deux, (gouna.) dvéd'â, double.
tri, trois. — (gouna.) trê-d'à, triple. —
b l id, diviser, blesser. — (gouna.) b'édfl, division, diversité. —
Etc.
Irl. fid-ir, docteur, savant, maître.
— Jeth,feath, science.
— di, deux.
— deidhe, double.
— tri, trois.
— treidhe, triple.
— bith,b\ ess u re. E rs . tid, m o rd re .
beideadh, action de rapiécer
(a patchmg).
Changement de ê en oy devant les voyelles.
(gouna.)
lî, fondre, liquéfier. Irl.
lîna, fondu, dissous. —
layàmi, je fonds. —
taya, fusion. —
c'i, rassembler, ;u cumuler. —
(gouna.) c'aya, multitude. —
Akàya, demeure. —
(du préf. â et de c'i).
61, craindre. —
(gouna.) fraya, crainte. —
frayanka, terreur. —
Etc.
lia, flux, humectation.
Unn, liqueur, mouillé.
leaghaùn, je fonds.
leagadh, fusion.
cia, assemblée, congrès.
seco, multitude.
achaidh, demeure.
biogh , effrayer, tressaillir.
bidgb, effroi.
beadhgha, effroi, tressaut.
baing, subitement, soudain,
par surprise.
2) Forme vriddhi de t, i.
Les exemples en sont plus rares, sur- tout pour les deux formes simultanément.
SANSCRIT. CELTIQUE
ks'iv, être ivre (littéral. Irl. siobhas, ivresse, fureur, folie, et métaphor).
(vriddhi.) kïâhrya, ivresse «. — saebh,saobh, fou, folâtre, hors
de soi.
kâv, être débile. clibheacUi, chancellement.
kltua, faible, paresseux. Ers. clibein, un lourdaud,un maladroit.
(vriddhi.) klâivy a, débilité. Irl. c/oim/i,maladie,scorbut,lèpre.
Gall. clâvy id.; clevyd, fièvre.
Aï/, jouer.
(vriddhi.) kâila, jeu, amusement. Irl. cal, jeu, plaisanterie, calai y h,
un bouffon.
c'il, vêtir. — ceil, couvrir.
c'éta, vêtement. ~ cealt, vêtement,
(vriddhi.) c'tiila, étoffe, ce qui ap- — caille, voile, partient aux vêtements.
Mfc**, mendier.
(vriddhi.) A'diVa, mendicité. — /*>îc/»aV, pauvreté.
On voit par ces exemples que le changement par vriddhi peut expliquer, dans certains cas, les anomalies signalées au§ 18.
3) Forme gouna de u, û.
sru, couler. Irl. sruthadh, flux, courant.
«•M/a, coulant.
(tfouna.)5rdfcw, rivière. — sroth, srothadh, rivière.
s'h&<, être brillant, beau. — subha, plaisir.
s'ub'a, heureux, — subhach, joyeux.
(gouna.>'o6<a«a, heureux, propice. — sobhthan, fortuné
c'ur, voler. — cuireadhach, adj., coquin.
« Je ne trouve pas ce mot dans Wilson; et peut-être n'existe-t-il pas, mais il serait parfaitement régulier, et lierait les deux formes gaéliques
siobh et saehh.
SANSCRIT. # CELTIQl'E.
(gouna.)c ora, voleur. Irl. côraidh, un coquin.
lu(, piller, voler.
(gouna.)W torpillage, butin , — tôt, rapine.
Changement de 6 en av devant les voyelles.
Lsû, engendrer. isuth, fruit. •
j sud, race, progéniture. \soth, progéniture.
(sava, progéniture. sabhan, le petit d'un animal.
savana, action de mettre au monde des petits.
Ai, couper. Irl. loth, barbe,
(gouna.) lava, action de couper. Gall. tlah), tonte.
cheveux, laine. — llovyn, boucle de cheveux.
nu, célébrer, louer. Irl. nodh, dignifié, noble. nuta, exalté.
(gouna.) nava, louange, honneur. — neimh, honneur.
sru, couler. — sruthadh, flux,
(gouna.) sruva, flux. — srabh, torrent.
sravay, faire couler. — srabh, répandre (diffundere).
Gall. rhavu, id.
etc.
4) Forme vriddlù de u, ù.
Cette forme est la plus rare de toutes en celtique. La cause eu est probablement, comme nous l'avons vu au §22, que la diphtongue >ut s est confondue en irlandais sous la forme de o, avec les o provenant soit de la mutation de la, soit du gouna. Je n'ai guère trouvé de comparable que le mot sanscrit sdukya, plaisir, de la racine suÀ', rendre heureux, et auquel répond l'irlandais sôgh, plaisir (avec à long), tandis que sugliach, joyeux, se lie immédiatement à la racine. Toutefois cet à pourrait bien n'être qu'un effet du gouna. Un autre mot sanscrit tduia, balance, delà racine tut, mesurer, peser, paraît avoir changé sa diphtongue en av, dans le gallois tavyl, balance, dont Yy très bref disparaît dans une autre forme, tavlan (pouv lawlan?), du même substantif.
5) Formes gouna et vriddhi de^R r et r, (ar et àr).
Ces deux formes se confondent, la quantité de la n'étant pas toujours conservée.
SANSCRIT. CELTIQUE
Ldrs', voir. Irl. dreach, forme, figure, miroir.
|(fr5û, œil. — dreachuch, beau.
\drs'ya, beau. Gall. drych, vue, figure, miroir,
(gouna.) dars'a^ % -tir. Irl. dearc, œil ; dearcaim, je vois.
ifcr, faire. — ené, corps, argile, créature.
Gall. ci eu, former.
sukrta, bien fait (su pré- — sucrkth, aisé, facile, fixe).
(gouna.) karàmi, je fais. — cearaim, je fais.
(vriddhi.)foxjTH, effort, travail. — céard, affaire, métier. Gall.
ct'rz, id.
vrt«, pleuvoir. — Jtoj, pluie,
(gouna.) var^a/ui, pluie. — fearshion, pluie.
sfr, répandre, couvrir. — 5fn>«/A, id. Gai», ystrafu, id. (gouna.) ifara, couche, stratum. — stur, Ers. Jtaïr, poussière.
starî, fumée. Gall. ystawr, couche, surface.
fc'r, porter. Irl. brcith, action de porter,
(gouna.) bib'armi, je porte. — beirim, je porte,
(vriddhi.) 6 f 4ra, fardeau. — beart, fardeau.
d ( r, asperger. — drioy, goutte ; driuchd, rosée,
(vriddhi.) cfârâ, larme, goutte. — dear, larme, goutte. Etc.
Ces divers exemples que l'on pourrait multiplier beaucoup suffiront, je crois, pour prouver, dune manière indubitable, 1 influence que le gouna et le vriddhi sanscrits ont exercée sur la formation des idiomes celtiques.
§25. Dans les tableaux qui précédent, j'ai peu cité le gallois, qui mérite ici sous ce rapport une mention spéciale. Le principe de la modification des voyelles par l'effet de certains suffixes est resté vivant dans cet idiome. Tel qu'il existe actuellement, ce système n'offre que peu de rapports avec le gouna et le vriddhi du sanscrit, cependant je l'en crois dérivé, et les différences qu'il présente me paraissent s'expliquer par le mélange d'un autre élément, analogue à Y mn laut germanique. Comme je n'ai pas ici à faire l'histoire du
gallois, je dois me borner à signaler sous ce rapport les points de contact avec le sanscrit.
Les analogies concernent l'a et l'o, lesquels sont sujets à une mutation en a et aw, très semblable au vriddhi sanscrit. Ces mutations caractérisent les substantifs identiques d'ailleurs à la racine de leur verbe, et le lexicographe Owen, intervertissant le rapport réel, pose le substantif comme racine et en fait dériver le verbe, contre toutes les analogies reçues.
Ainsi, suivant lui, le verbe nadu , crier, hurler, vient du substantif nâd, clameur, bruit; mais, si l'on compare le sanscrit nad, émettre un son, parler, et nâda, son, on reconnaît dans nâd l'analogue du dérivé par vriddhi, sauf la terminaison qui s'est perdue.
Owen fait dériver de même le verbe dodi, donner, du substantif dawd, don; mais dodi est le corrélatif du radical sanscrit dad, donner, avec changement de la en o (§ 9), et dawd répond à la forme vriddhi dâda, don, avec retranchement de la voyelle finale. Le même rapport existe entre cozi, affliger, et cawz, affliction, chagrin, cozi se rapportant à la racine sanscrite kad, être chagrin, dont le dérivé par vriddhi serait kàda, s'il existait. H y a cependant des cas où * le verbe est réellement un dénominatif, et la comparaison avec le sanscrit les signale tout d'abord. Par exemple : les substantifs, daiv, combustion, et llaiv , tonte, forment les verbes deiviaw, brûler, Ueiviaw, tondre ; et ce qui prouve que ce sont bien cette fois des dérivés, c'est que les deux substantifs sont les corrélatifs du sanscrit dava, feu, lava, action de couper, dérivés eux-mêmes, par gouna, des radicaux du et lu.
Il est possible aussi que, dans bien des cas, le gallois, qui forme très facilement des dénominatifs, ait refait le verbe perdu, en partant du substantif conservé. Ce sera la tâche de l'historien de cette langue de démêler avec soin ces cas divers, et de distinguer les deux principes de modification
des voyelles, dont l'un, le plus ancien, procède par augmentation, a, à, o, aw, etc., et se lie kYablaut germanique, aussi bien aixaugouna etauvriddhi sanscrits, tandis que l'autre n'est qu un affaiblissement, et ressemble à Yumtaut des Allemands.
Les mutations qui me semblent se lier au premier principe
sont celles que j'ai déjà signalées, de a en d, et de o (pour 3jJ)
en aw (pour ?TT)- L« a aussi une mutation en o, et Yy en e,
qui pourraient se rattacher au aouna sanscrit, mais qui ne sont que d un usage limité.
Les changements par affaiblissement (umtaut) sont les suivants : a en e et et; o en y; w en y, et pour les diphtongues ae en ei, eu; ai en ei; aw en o.
Je n'entrerai ici dans aucun détail sur les régies de ces inflexions, qui ont peu d'importance pour la comparaison générale dont je m'occupe.
Le gaélique possède aussi dans sa déclinaison quelques inflexions de voyelles analogues à Yumtaut; il en sera question plus tard.
Le bas-breton et le comique se rapprochent sous ce rapport du gallois; mais leur système d'inflexions est moins complet.