‹ De l'affinite des langues celtiques avec le sanscritChapitre 5 sur 27 · DES RACINES · texte numérisé non relu

DES RACINES

§ 43- Quand on dépouille les roots des idiomes celtiques de leurs éléments de dérivation et de leurs formes grammaticales , on arrive généralement à des racines monosyllabiques, comme en sanscrit, et dans les autres langues indo-européennes. Ces racines sont toujours des verbes; et, s'il existe un grand nombre de noms qui ont perdu leur radical verbal, il est hors de doute qu'ils l'ont possédé autrefois. Il est de fait, et on a pu s'en convaincre par les rapprochements déjà présentés, que beaucoup de substantifs gaéliques et cymriques se lient de la manière la plus évidente à des racines sanscrites. C'est là un phénomène déjà signalé pour les autres langues de la famille, et qui s'explique par la richesse du sauscrit qui a gardé la plus forte part du fonds commun des radicaux indo-européens

Je suis loin de prétendre, cependant, que toutes les racines

qui manquent en celtique doivent se retrouver dans le sanscrit. Il est évident que, par l'effet des migrations lointaines de la race celtique, il s'est opéré des mélanges de diverse nature. Ce sera un problème intéressant et difficile pour la philologie, que de séparer ces éléments étrangers à la famille indo-européenne, et de les ramener à leur source.

Les racines celtiques , tout en restant des monosyllabes , offrent la même diversité de formes que celles du sanscrit. Elles peuvent ne se composer que d'une seule voyelle, ou d'une voyelle suivie ou précédée de une ou deux consonnes, ou enfin d'une voyelle entre deux ou plusieurs consonnes. Les extrêmes en ce genre sont, par exemple, le gallois a, aller, et l'irlandais spast, aller, errer. 11 arrive très fréquemment que la racine, sans addition d'aucun préfixe ou suffixe, est tout à-la-fois un verbe (la deuxième personne de l'impératif), un substantif et un adjectif. Ainsi l'irlandais cam signifie en même temps courbe (curva), courbé, et ruse, fraude. On sait que le sanscrit possède un certain nombre de substantifs identiques à leurs radicaux , par exemple vad y pied et aller; 6*f, crainte et craindre, mud, joie et se réjouir, etc. Cependant ce cas d'identité est beaucoup plus fréquent en celtique, et je crois qu'il faut l'attribuer à la disparition des suffixes caractéristiques, qui, ne se composant souvent que dune seule voyelle, ont pu être aisément retranchés. Cette conjecture se trouvera confirmée par l'examen des formes de la déclinaison.

a) En comparant les racines verbales gaéliques avec les radicaux sanscrits terminés par des voyelles, on remarque que les premières ont fréquemment ajouté une consonne à la suite de la voyelle. Dans une lettre adressée à M. de Schlegel , et publiée dans le Journal asiatique , je m'étais demandé, sans vouloir décider la question, si ces consonnes avaient été ajoutées par le gaélique ou retranchées par le sanscrit. Un examen plus approfondi m'a convaincu que la première hypothèse est la seule fondée, et que ces consonnes

finales du gaélique ne sont que des débris de divers éléments de formation des radicaux sanscrits, soit à l'infinitif, soit au présent de l'indicatif. Ces débris sont restés attachés irrégulièrement à leur racine, pareeque leur signification a été perdue. Je reviendrai sur ce sujet en traitant de la conjugaison.

3) Le sanscrit possède un petit nombre de racines dissyllabiques , qui ne sont sûrement pas de véritables radicaux , mais dont l'origine est obscure. Quelques unes sont évidemment le résultat de l'addition d'un préfixe, comme avad'ir, mépriser, sangrâm, combattre. Dans d'autres Bopp croit reconnaître un principe de réduplication. Quoi qu'il en soit, plusieurs de ces racines se retrouvent dans les idiomes celtiques, soit comme monosyllabes, soit comme dissyllabes. Un exemple remarquable du premier cas est le sanscrit kamar, être courbe, que le gaélique etlecymrique possèdent également sous la forme de cam , et qui donne naissance dans les deux branches à un grand nombre de dérivés. Les verbes sanscrits g'âgr, veiller, et daridrâ, être pauvre, se retrouvent aussi dans l'irlandais dears, veiller, et déirc-cach , pauvre; mais ici il y a eu évidemment contraction. Enfin la racine kumar, jouer, paraît s'être conservée sous deux formes assez divergentes, dans le gaélique iomair, et le gallois simera, jouer. Les étymologics plus ou moins plausibles que l'on pourrait donner de ces deux verbes en gaélique et en gallois, ne s'accordent pas entre elles, et n'ont aucun rapport aveclesanscrit kumara,\eune garçon, dont Bopp fait dériver le verbe kumar. Cette double analogie serait-elle fortuite? Je n'ose ni l'affirmer ni le nier.

4) Tout le système de la dérivation , dans les langues celtiques, s'opère comme dans le sanscrit, au moyen de préfixes et de suffixes simples ou composés. L'analogie est sous ce rapport aussi complète que possible ; car ces éléments additionnels sont en grande partie identiques pour la forme comme pour le fond. Il y a assurément un certain nombre de préfixes et de suffixes sanscrits étrangers au celtique, et

vice versa. Plusieurs de ces éléments sont en celtique de formation plus moderne, et portent encore avec eux leur signification propre. Pour ne poiut m'écarter du but spécial de ce travail , je laisserai de côté, sous ce rapport, tout ce qui ne se rattache pas au sanscrit.

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