‹ De l'affinite des langues celtiques avec le sanscritChapitre 6 sur 27 · DES PRÉFIXES · texte numérisé non relu

DES PRÉFIXES

§ 44< ' iCS préfixes sanscrits ont été conservés par les langues celtiques de deux manières différentes: dans le premier cas, ils ont gardé leur nature de préfixes; dans le second, ils se sont confondus avec la racine, de manière à ne plus former qu'un seul mot, qui souvent a pris l'aspect d'une forme radicale. J'aurai soin de signaler, pour chaque préfixe, cette distinction qui est importante. Je les passerai en revue dans l'ordre alphabétique du sanscrit.

i ) Sanscrit, a, préfixe privatif, employé seulement avec les substantifs et les adjectifs.

Ce préfixe existe encore, comme tel, dans la branche gaélique. L'irlandais le possède sous les formes de e, ea s ti ( § 1 1 ) ; exemple : eayradlia, ennemis (de gradh, amour), ca(rom, léger (de trom, pesant), eideimhin, incertain, de deimhin, certain, etc. L'erse a les formes ao, eu, par exemple : aoirom , etttrom, léger, etc. Dans l'irlandais amad, fou, atnadachd, folie, amaideac/i , inconsidéré, absurde, ou reconnaît sans peine le sanscrit amati, absence d'intention, de conscience 1 (rt -f- malt). Le sanscrit aprdna (a prâna, vie, force) est l'irlandais aprainn, mélancolique, malade. — En gallois Va privatif simple parait se trouver dans abwy, abo, corps mort, charogne; le sanscrit ab'dva , mort ( de a -f- b'dva, existant). Devant les mots qui commencent par des voyelles, le préfixe sanscrit a devient an. C'est là sûrement l'origine du préfixe négatif an, am, commun au gaélique etau cymrique, mais qui se place aussi devant les consonnes. Exemples : irlandais , tmchairdeach , hostile, de cairdeacli, amical ; anaoib/tin, dc-

plaisant, de aoibhin , agréable , etc. Gallois, aneglur, sombre, de eglar, clair; anghar, discorde, de car, amour, elc. — Le sanscrit anagha (an -t-agha, défaut), propre, pur, se retrouve identiquement dans l'irlandais anag, propre, net. — ITn autre exemple est anaya, malheur, calamité ( an ~+-aya, bonheur); eu irlandais ana, anag h, malheur, infortune, de an H- agh, bonheur, fortune.

2) Sanscrit, aft, préfixe indiquant l'excès, la prééminence {super, supra, irons, ultra). Avec les adjectifs, il signifie très. — Le préfixe, ad'i, indique plus spécialement la supériorité de lieu , de qualité, de quantité.

Je traite à-la-fois de ces deux préfixes qui ont presque le même sens, pareequil est impossible de les distinguer en celtique, où le t et le (t se sont confondus; je les retrouve en irlandais sous deux formes atli et adh. Le premier est ordinairement un préfixe itératif, comme dans athgair, répéter, athleim, rebondir, etc.; mais fréquemment il n'a qu'un sens iutensitif, comme dans athlamh, adroit, agile, actif, etc., de lamh, main; athuamhar, terrible, horrible, de uamhar, id., athtruas, compassion , de truas, id. , etc. Le préfixe adh, erse àdh , est toujours intensitif. — En gallois il y a également un préfixe itératif ad, al, et un préfixe intensitif az, qui paraissent répondre aux deux formes ali et ad'i. 11 est difficile, cependant, ie faire dans tous les cas cette distinction. Ainsi le sanscrit atibala, fort, puissant, est devenu en irlandais adhbhal, grand, prodigieux ; et ativcla, illimité, excessif ( de vêla, limite) , se retrouve dans aidhbheil, énorme, vaste ; de sorte qu'ici le t s'est changé en dh, tandis que dans ad'ivdsa, habitation; irland. adhbhadh; gall. azev, id., le d* sanscrit s'est conservé.

3) Sanscrit, anu, après.

Ce préfixe est perdu, comme tel, dans les langues celtiques , mais il s'est conservé d'une manière bien remarquable dans plusieurs mots, qui ne trouvent ainsi leur étymologie

qu'en sanscrit.

L'irlandais anachras, pitié, compassion , qui n'a pas d'étymologie satisfaisante, est évidemment le sanscrit anukrôs'a, miséricorde, compassion ( du préf. anu, et de la racine krtis', crier). De même anacail, protection, préservation, clémence , est le sanscrit anukâla, faveur, bonté, et comme adjectif, amical, favorable, etc.; de anu et de kûia, famille. — Un exemple plus remarquable encore nous est offert par le cymrique. La racine sanscrite 6'ii , être, précédée de anu , prend la signification de connaître et de ce composé dérivent anub'ûti, jugement, connaissance, anufrûta, connu, jugé, etc. Le gallois a retranché Va initial dans nabod, connaître et connaissance, etnabyzu, connaître (des verbes bôd, et byzu, être); mais cet a s'est conservé dans le breton anavut et anavezen, connaître (des verbes but et bezen, être). Le breton a même appliqué au 6 initial du verbe être la loi de permutation qui régit la composition des mots, ce qui paraît indiquer dans cet idiome le sentiment toujours subsistant de la nature composée de ce mot, tandis que le gallois la perdu , puisqu'il a nabod pour navod.

4) Sanscrit, ava, le latin de, ab.

L'irlandais abh ou amh { prononcer dans les deux cas au), (pii indique la privation, comme abhlabhar, muet, de labhar; amhnaire, impudence, de notre, honte; aimhreid, être en dissentiment, de reid, agréer, etc. En gallois ce même préfixe est av, avlavar, muet, etc. Je crois le retrouver encore sous une autre forme, avec changement de u en / (§ 35) dans le verbe irlandais afraigh, se lever (de raigh, id.), comme le latin deoriri.

5) Sanscrit, à, le latin ad, usque ad; quelquefois avec un sens intensitif. ( Vid. Wilson. Dict. voc. cit.)

Cette préposition inséparable a peut-être donné naissance à la préposition gaélique a, à, vers {ad); mais elle ne se trouve plus comme préfixe régulier, et reconnu. Toutefois clic est restée dans un certain nombre de mots où la comparaison avec le sanscrit me la fait découvrir. Par exemple :

SANSCRIT. CELTIQUE

tipady infortune, calamité. Irl. apadh, mort

(de â+pad, aller.) ne ara, manière de vivre, mœurs. — acara, usage, convenance.

(de â+c'ar, aller.) àkayâ, demeure. — acaidli, demeure.

(de â+c'i, rassembler.) àg'nâ, ordre, commandement. — agna, sagesse, prudence'.

(â+g'na, connaître.) adora, respect, vénération. — adharadii, adoration; adhar,

âdrUi, respecté, adoré. adorer. « *

(â+dr, honorer, servir.) ddés'a, avis, instruction. — aidhe, avis.

(â+dis', montrer.) à6*(tya,plénitude,accomplissement. — abuigh, mûr.

(d+b'ug, manger.) eib l â, beauté, lumière. — aoibhe, beauté ; aobhdlia, beau.

(d-r-A'd, luire.)

Etc.

Le gallois a un préfixe intensitif a, qui semble bien être l'analogue de la sanscrit. Je n'ai pas trouvé dans cette langue des composés identiques au sanscrit, comme pour l'irlandais; mais l'analogie de signification se montre, par exemple, dans le gallois achwedyl, histoire (de a -f- chwedyl, parole, discours); comparé au sanscrit âk'yâna, conte (de â -+- k*yâ, dire).

6) Sanscrit, ut, sur, au-dessus; aussi, ud.

Ce préfixe est devenu également une préposition séparable dans les langues celtiques, quoiqu'il y joue aussi le rôle de préfixe. En irlandais il s'est changé irrégulièrement en uas, os, ois, sur, au-dessus; en gallois il est devenu uch, et en breton, och, uch; mais ce dernier idiome possède aussi les formes ut, ud, uz, identiques au sanscrit. — J'ai cité plus haut (§ 4°) un mot irlandais et gallois, où le préfixe ut s'est conservé avec sa modification euphonique en un; lirland.

1 Dans ce cas-ci, comme dans beaucoup d'autres, le dérivé irlandais diffère un peu pour le sens du dérivé sanscrit, mais se rapporte également bien à la racine commune.

oinmhid; gall. ynvyd, fou; sanscr. unmada (de ut -h mada). Je crois le retrouver également dans othrach, fumier, ordure, en sanscrit uc'c'dra, excrément, fèces (de ut -h dar, aller) , auquel se lie probablement aussi le gallois wtyr, le grain léger et de rebut dans le blé. — Cette même combinaison du préfixe avec la racine c'ar (irland. car) a produit en irlandais les mots oscar, saut, bond; oscar ra, énergique, bruyant, hardi; oscarachd, majesté, etc.

7 ) Stfnsc., dur, avec le sens de mal et de difficile, ne se combine qu'avec les substantifs et les adjectifs.

Ce préfixe, qui, suivant les modifications euphoniques su- Lies par IV, devient en sanscrit dus, dus*, du/i, etc., s'est conservé dans le gaélique do, qui a exactement le même sens. Do est opposé à so, exactement comme en sanscrit dur à su. Ainsi on trouve eu irlandais:

Hosheoladli, de navigation difficile; et sosheoladft, navigable. dosliasuighte, mécontent ; sosliasuighte, facile à contenter.

dothuigse, mystère; sothuigse, compréhension.

Etc.

Je crois cependant en retrouver une forme plus complète dans quelques composés déjà existants en sanscrit, patexemple : dearmad, négligence, oubli, inattention; le sanscrit durmali, stupide, simple, ignorant; dorga, filet à pêcher, le sanscrit durga, passage difficile (de dur-)- gain, aller); docra, tristesse, doghra, maladie, tristesse, dogar, triste; le sanscrit dulik'a, chagrin, affliction. Ce dernier exemple serait curieux à cause de la conservation en irlandais du changement de IV en visarga, s'il n'y avait pas quelque doute sur l'étymologic sanscrite de duhk'a, qui peut dériver tout simplement de la racine duhk', affliger, tourmenter, plutôt que de dur+fca, air, mauvais air, ce qui n'est guère satisfaisant.

Le préfixe irlandais me paraît encore avoir conservé son r dans les mots suivants : dorbhlus, crépuscule, dorbhlusdac,

sombre. (Gloss. de Cormac), de blos, clair, manifeste; dorchaint, ambilogie ( de caint, parole ) , duirbhearlacli , mutin (de beartaigh, mettre sous le joug), etc.

La branche cymrique ne possède point ce préfixe.

8) Sanscrit, m, préfixe d'une signification très vague, le plus souvent intensitif , et que Bopp caractérise par deorsurn , sub, de, etc.

Une comparaison attentive des composés que forme ce préfixe en sanscrit, me Ta fait découvrir dans quelques mots irlandais, où, par l'effet de la contraction, il était devenu méconnaissable. Que Ton compare :

i SANSCRIT. CELTIQUE.

nikéta, habitation. Irl. tieacliri, famille,

(rac. kit, habiter.)

nùlêsa, ordre, autorité. — naoùUteachdti, principal, chef,

(rac. dis', montrer.) noble, (r.deachd, enseigner).

nfyôya, ordre, précepte, occupa- — niog, condition. (Voy. la notr tion, devoir, (rac. yug', joindre, du n° 5.)

lier.)

niyata, certain, fixe, positif. — niodlia, réel.

(rac. yam, contraindre.) nicfàtin (adj.), qui tue, meurtrier. — math, meurtre, homicide.

(rac. Aan,|tuer.)

nib l a (nom. nib l as), lumière. — nia, niamh, niomlias, splen-

(rac. b l â, luire.) deur, éclat.

Etc.

Ce préfixe est d'ailleurs, comme tel, tout-à-fait étranger aux langues celtiques.

9) Sanscrit, para, -en arrière (rétro).

Les grammairiens irlandais n'ont point reconnu ce préfixe dans plusieurs composés, où il se trouve très évidemment sous la forme defrea, et de far; par exemple, freagair, répondre (de^atr, crier); freachoimhead, réserver (de coimhead, garder); farbhuille, un coup détourné ;farmad, envie, jalousie. {Mad est le sanscrit mati, esprit, désir, inclination, etc.)

Le cymrique ne m'en a offert aucun exemple.

10) Sanscrit, pari, à l'cntour, circum (le grec^i ).

11 en est de ce préfixe comme du précédent ; il ne s'est conservé que dans quelques composés , mais on ne I a u rait pas reconnu sans l'aide du sanscrit. Ce dernier forme de pari avec la racine c'ar, aller, pa rie* ara, officieux, paridaraka, serviteur; c'est là évidemment l'irlandais fracara, serviteur, domestique ; Jracar, fracair, service, etc. Toutefois ce mot pourrait dériver aussi du sanscrit parikara (de la racine kr, faire), qui a le même sens. — Un autre composé avec la racine Cad, couvrir, est paric'Cada, suite, train, cour, qui se retrouve dans l'irlandais freacadh, suite, escorte,/reacadan, gardien, sentinelle, ainsi que dans le gallois g warchadw, garder, conserver (§ 34 )• — Je citerai encore rirlandais/resce,ynsc/s, réflexion , pensée, esprit, où l'on reconnaît la racine gaélique ci, voir (sansc. ki, savoir), et qui est parfaitement analogue, pour le mode de formation, au sanscrit parikfd, contemplation (de pari îks', voir). L's de fris offre une nouvelle analogie bien curieuse avec le sanscrit, qui ajoute dans quelques cas une sibilante euphonique au préfixe pari, comme paris'krta, orné, etc. Un autre exemple de cette s euphonique paraît se trouver dans l'irlandais frismbeart, trahir, tromper, de la racine beart, jouer; littéralement, circumludere.

1 1) Sanscrit, pra, devant, en avant.

Conservé comme préfixe dans l'irlandais for,foir,fur, devant, avant, sur, indiquant l'antériorité, la prééminence, etc., le gallois gwor, et gor, id. — Bon nombre de composés correspondent en celtique et en sanscrit. Exemples :

SANSCRIT. CELTIQUE

pravara, principal, le meilleur. Irl. furmhor, le principal, la plus

(pra+vara, suffixe.) grande partie. Gall. gor-

vawr, le plus grand.

pratfavat, supérieur. forbaid ( subst. ) , supérieur,

(rac. 6'u, être.) préposé.

jtrahisa, brillant. — forgased, joyaux, pierres pré-

(rac. kÀs' 3 luire.) ciruses.

SANSCRIT. CELTIQUE

prasatina, clair, bi ill ant. Iil. fursân, flamme; forsan, luire;

(rac. 5rt</, aller.) fursain, clair, évident.

prasàda, tranquillité, calme. — jbrsaidhe, tranquille, doux.

(rac. sady id.)

/>m6*u, fort, supérieur. — foirfe, digne, parfait. Gall.

(rac. b% être.) gorvoci, pouvoir, victoire.

Etc.

Le préfixe pra paraît s être conservé mieux encore dans les mots suivants :

pramôha, stupeur. Irl. prâmh, freamh, somnolence,

(rac. mu/i, stupescere.) sommeil.

prabala, puissant. — probhal, chef, consul.

(de bala, force.)

prab l ava, origine, race, famille. preamh, freamh, origine, fa-

(rac. b% être.) mille, tribu.

12) Sanscrit, prati, contre (versus, contra, rétro).

C'est ici un des préfixes les mieux conservés dans l'irlandais frithyfriolh, et le gallois gwrlh, qui ont exactement le même sens , comme on le voit par les composés frithbheart , opposer, de beart, faire; frithbhualad , répercussion, friths/iearc, amour mutuel, Jrithsheas, résister, etc.; gallois, gwrth- Invysaw, contre-balancer (de pwysaw), gwrtlizrych , objet, (de dry ch. , vue), gwrthgan, palinodie, de cân, chant , etc., etc. — Le sanscrit pratikâra, résistance, de la racine /rr, faire, a ses analogues dans l'irlandais friothcuir, résister, et gallois gwrthgeryzu, id.

1 3) Sanscrit, vi, préfixe quelquefois négatif, quelquefois intensitif.

La signification un peu vague de cette particule inséparable a dû contribuer à la faire disparaître comme préfixe régulier; toutefois sa grande extension en sanscrit explique comment elle est restée incorporée à certaines formes dans toutes les langues de la famille. L'exemple le plus remarquable est le mot vid'avâ, veuve, composé en sanscrit de vi et de d'ava, mari, littéralement, sans mari, et

qui se retrouve daus le latin vidua , comme dans le slave vdova, le gotbique vidôvô, viduvô ', etc. En irlandais ce mot est devenu feadhb, feadhbe, feabh, et signifie aussi uue nonne, ce qui semble indiquer une réminiscence de létymologic ; en gallois gwezw, veuf ou veuve, n'est plus qu'un adjectif, et signifie aussi, en général, toute personne non m«riée; on dit même eidion gwezw, pour un bœuf dépareillé.

Le préfixe vi se retrouve encore dans d'autres mots irlandais, comme les suivants :

SANSCRIT. CELTIQUE

vitrtts% splendeur, beauté. M. feabhm, feabhas, beauté,

(rac. fcHb*, orner.) Gall. gwev, ce qui est beau,

maiue. j „ ^ M. feabh, pouvoir.

vtb'uta, pouvoir. ) v

vîg'ndna, connaissance, distinction. — fiaghuin, témoignage.

(rac. g'nâ, connaître.) fiaghnuise, témoin.

vikâra, passion, émotion. — foclira, colère..

(rac. kr, faire.) Jiucluiireacht, fureur.

vigaya, victoire. — feiglie, prééminence, sujrn io-

(rac. g'i, vaincre.) rité.

Etc.

Ces exemples, que je pourrais multiplier encore, suffiront pour mettre hors de doute l'existence du préfixe dans les formes comparées.

1 4) Sanscrit, sain, avec.

Si ce préfixe est le corrélatif du latin cwn (grec ru»),

1 Ce mot est un exemple de l'incertitude de l'étymologie lorsqu'on veut se renfermer dans les limites d'une seule langue qui appartient à une vaste famille. Le grand philologue Grimm (Deutsche Gramm. t. U, p. 192) classe ce mot parmi les dérivations au moyen du v, et le décompose par conséquent en vid-ôvô. Il soupçonne même qu'il pourrait être emprunté au latin vidua, tandis que la forme gothique est plus près de l'original sanscrit. Cette erreur chez le savant qui a pénétré le plus profondément dans les analogies des idiomes germaniques, prouve que la seule manière de marcher avec sûreté est de s'appuyer toujours sur la comparaison de toutes lc. c branches de la famille.et sur-tout des plus ancienne*.

comme l'admet Bopp, il est aussi celui de l'irlandais com/t , et du gallois cyv, qui ont le même sens, et qui sont des préfixes très usités. Toutefois le changement de Y s en c est irrégulier, et ne peut s'expliquer que par la confusion signalée ailleurs entre les deux sibilantes, s, et s' (p. 64), ou peut-être par l'intermédiaire dune forme ham,en zend par exemple, qui change régulièrement Ys en h. Cependant la dissemblance des formes qui , dans cette supposition, seraient dérivées de la même racine, jette quelque doute sur cette filiation. 11 est évident, en effet, que l'adjectif sanscrit sama , semblable , égal, total, etc., et le préfixe sam, impliquant l'idée de jonclion, de liaison, sont de même origine; mais comment y rapporter deux formes aussi divergentes que le latin similis, et cum, ou que l'irlandais samhuil, et comli? Il y a toutefois des exemples de ces divergences dune même racine dans la même langue, et je n'ose me prononcer sur la question.

Quoi qu'il en soit, le préfixe sam me paraît se retrouver en irlandais, sous sa vraie forme, dans saimhsetér, conseiller (subst.), du verbe seul, voir, littéralement, qui voil % avcc; peutêtre aussi dans saimlmigh , accoupler, et samhluigh, comparer. Un autre exemple de coïncidence avec le sanscrit est le mot saine, semblable, qui paraît être une forme mutilée de sannib'a (sam -h nib'a). — Le gallois a conservé aussi ce préfixe sous la double forme de fiam et han (voy. § 36. i . B), dans hambwy II ou hanbwyll, contemplation, de ptvyll, raison, esprit, etc. La racine sanscrite b ( ù y être, prend, avec sam, la signification de naître, de devenir, et s'écrit alors sahbUi, avec anusvara. Or en gallois lianvod, de la racine bod, être, a précisément le même sens.

1 5) Sanscrit, su, l'opposé de dur, impliquant le sens de bien, de facile, de bon.

Ce préfixe, le dernier que nous ayons à considérer, ne se combine, en sanscrit , qu'avec des substantifs et des adjectifs. Il en est de même en irlandais, où il se retrouve intact , sous les formes de su, de so, de soi; le gallois changeant Ys en A a

hu , hy, he, et le breton ht. — Quelques composés offrent des analogies curieuses avec le sanscrit. La plus remarquable est l'irlandais subliaiste, bouche; c'est un terme appellatif dont l'étymologie se trouve de la manière la plus complète dans le sanscrit sub'àtfita, éloquent , parlant bien (litt. bonum sermonem habens). D'autres exemples sont :

suhrd, ami. ( •

(de hrid, cœur.) suW'aga, heureux.

(de b'aga, bonheur.) sukara, charité, bienveillance.

[karay action.) sukrta, bien fait.

(de krta, fait.) * suk*a, joyeux.

Etc.

M. socroideach, bienveillant.

(de avidité, crldhe, cœur.)

— subhach, gai, joyeux.

— sochar, obligeance, faveur.

— sucridh, aisé, facile.

— siigach, joyeux, gai.

L'irlandais sobhraid, et subhraid, et le latin sobrietas, paraissent se'rattacher par leur second composant au sanscrit Iftti , nourriture , de la racine b'r, nourrir.

Le gallois hy forme un très grand nombre de composés, parmi lesquels se trouvent aussi des verbes, ce qui n'est pas le cas en irlandais.

§ 45. Nous avons passé en revue tous les préfixes sanscrits qui donnent lieu à des rapprochements. Ceux que je n'ai pas su trouver dans les langues celtiques, sont : apa, api, ab l i, upa, et m'r. Je suis certain qu'ils ne s'y trouvent pas comme préfixes réguliers, mais peut-être les uns ou les autres sont-ils encore cachés dans quelques mots plus ou moins corrompus. Par contre, le gaélique et le gallois possèdent aussi beaucoup d'autres préfixes qui ne se trouvent point en sanscrit, et dont je n'ai pas à m'occuper ici.

Les préfixes sanscrits sont susceptibles de former entre eux des composés de deux, trois et même quatre éléments, comme

samanupràp, atteindre, arriver (sam+anu+pra+âp), etc. Ces combinaisons, assez rares en irlandais , sont très fréquentes en gallois. Les composés binaires sont les plus nombreux, mais le gallois en possède aussi de ternaires, comme par exemple adymcymmodi, se réconcilier soi-même, de ad, itératif, jm, réflexif, cym, conjonctif, et bod, être; anrhagarvaeth, non prédestination, de an, privatif, rhag, devant, avant, ar, intensitif, maeth, nourriture (arvaeth, dessein, projet), etc. La variété de ces combinaisons est infinie dans le gallois, qui surpasse le sanscrit même sous ce rapport. Owen, dans sa grammaire, en énumère soixante-huit , sans les épuiser à beaucoup près. — Un exemple de composé binaire en irlandais est anacomldhrom, injustice, de ana, privatif, comh y conjonctif, trom, pesant. Je ne crois pas que le nombre des éléments aille jamais jusqu'à trois.

DES SUFFIXES

§ 46. Je suivrai, dans là comparaison des suffixes, la classification du sanscrit, en m attachant principalement aux suffixes appelés kridania, qui forment des dérivés, et s'ajoutent immédiatement aux racines. Ce sont là les éléments vraiment primitifs du système de dérivation. Les suffixes unâdi ne sont au fond que des hridanta, dun caractère plus hypothétique, et doivent remonter à une époque de formation plus ancienne encore. Les suffixes ladd'ita, qui forment des dérivés de dérivés, sont déjà le résultat d'un travail postérieur, et offrent par cela même moins de points de comparaison dans les langues indo-européennes en général.

Ici, comme pour les préfixes, je ne m'attacherai qu'aux cas d'analogies entre les idiomes comparés, en prenant le sanscrit pour point de départ.

1) Sanscrit a, forme i° des appellatifs, comme ptav-a, vaisseau, de plu ; 2° des substantifs abstraits, comme b'ay-a*

crainte, de fri;yùg-a, liaison, de yug\ etc.; 3° des adjectifs, comme g'iva, vivant , de g'iv, s'ub'a, brillant, de s'ub'.

Ce suffixe est très fréquent en irlandais, où il se trouve sous la forme de a ou de e, et où il donne naissance aux mêmes espèces de dérivés qu'en sanscrit. Ainsi on trouve i° des appellatifs, comme bal-a, bâton , de bat y frapper; bogh-a, arc, de bogh y courber; eigh-e, lime, de eigh, crier; sin-e, téton , pis, de sin , ét endre ; ruigh-e bras, de ruigli, atteindre; lach-a, canard, de lac-li, plonger ; ic-e, baume, de z'c, guérir; saobh-a, femme, desaobh, charmer, etc.

2° Des substantifs abstraits. Fair-e, vigilance, de fair, veiller ;fearb-a, meurtre, dcfearb, tuer \fiadh-a , témoignage, de jiadh, dire; glain-e, propreté, de glan, purifier; /oim-c, pauvreté, de /om, dépouiller; mugh-a, destruction, de mugit, tuer; reallra, course, dereath, courir; sain-e, diversité, de sain, changer, etc.

3° Des adjectifs. Fud-ri, long, de fad, étendre )fm-a, incliné, de fan, précipiter; gar-a, profitable, de gar, gratifier; crion-a, vieux, de crion, se flétrir; dath-a, beau, de dath, colorer , etc.

U faut chercher également dans le suffixe a ou e, irlandais, les analogues des suffixes sanscrits, u, ù, i {kridanta et unddï), par la raison que l'orthographe irlandaise a confondu ces diverses voyelles à la fin des mots (voy. § 6). Aiusi le sanscrit tan-u, mince, de tan, étendre, est devenu en irlandais tan-a, lequel a bien pu être écrit anciennement tan-o, ou tan-u. De même par-u, montagne (de la racine pi), estdevenu/a/r-e. — Un grand nombre de noms terminés autrefois en î ont changé cette voyelle en e, ou l'ont perdue, comme faiclii, plaine *, maintenant faiche; eisi, trace, de eis, suivre à la trace, maintenant eis, etc. Cet ancien î se rattachait probablement dans quelques cas à Pi sanscrit, et dans d'autres à

■ Voy. le fragment du Dinseanchus, poème du onzième siècle, publié par Mr. Peirie dans le premier cahier de YOrdiiancr Survry of Iretand.

Va. Nous vcrrrons plus tard que le suffixe ti est devenu quelquefois te en irlandais.

Le suffixe gallois a, par exemple dans bal-a, éruption, de bil, erumpere; cwt-a, court, de cwt, couper, etc., se rapporte au sanscrit et à l'irlandais, mais il est d'un emploi assez rare.

Dans un grand nombre de mots identiques en sanscrit et eu celtique, l'a suffixe s est conservé soit comme a, soit comme e, ce dont il n'est pas besoin de répéter ici des exemples; mais plus souvent encore l'a (u, t, etc.) a été retranché, et cela sur-tout dans la branche cymrique.

2) Sanscrit, aka, àka f forment des noms d'agents, comme b'iks'âka, mendiant, de b'iksf, mendier, nartaka, danseur, de nrt; et quelques adjectifs comme sàctaka, utile, de sàd' achever.

En irlandais, acli forme également des noms d'agents, et des adjectifs; par exemple, baglnich, soldat, de bagh, combattre; dreaclt-ach, sculpteur, de dreach, former; druis-each, libertin, de drùis, désirer, etc.; ar-ach, soc de charrue, de ar, labourer; asg-acli, ventilateur, de asg, purifier, etc.

Des exemples d'adjectifs sont : bagfnic/i, belliqueux, de bagh f combattre; borr-ach, insolent, de borr, enfler; dreacliac/i, beau, de dreacli, former; fualh-ach, odieux, de fualh , haïr, lûb'Qcliy courbe , de lûb, plier, etc.

En gallois c'est le suffixe awg qui répond à aka; exemple : bac/tawg, courbe, de bacli, courber; bàn-awy , proéminent, de bàn, élever, etc.

Là, comme pour lVi, la confusion, des voyelles médiales cl finales, dans l'irlandais, a bien pu faire représenter également par achy ou each, les suffixes sanscrits ika et uka, lesquels forment aussi des noms d'agents et des adjectifs.

3) Sanscrit a'tu; substantifs abstraits, vam-al'u, vomissement, de vam; ks'ayal'u , langueur, de ks'i, etc.

L'irlandais adh, et le gallois aelh , ont le même effet de dérivation ; irlandais blas-adh, dégustation, de btas, goûter, bogadh, mollesse, de bog, amollir; aisc-eadh, purification, de

nisc, purifier; caol-adlt, ténuité, de caol, atténuer ,fàs-adh y protubérance, de fis, croître, etc. — Gallois, ech-aeth , repos, de ech, se reposer; gwybod-aùth, science, de gwybod, savoir, etc.

4) Sanscrit, ana, forme i° des substantifs abstraits, b'avana , existence, de b'iî ; hars'ana joie, de /i/V, etc.; 2° des àppellatifs, nayana, œil, de ni, conduire; vadana, bouche, visage, de vad, parler, etc.; 3° des noms d'agents, nartana, danseur, de nrt , etc.

Le suffixe irlandais an ou ain y répond de tout point, et forme exactement les mêmes classes de dérivés. Ainsi :

i° Substantifs abstraits. Fench-ain, vision, de feach, voir; arg-ain , pillage, de arg, piller; blas-ain, saveur, de blas, goûter; logli-an , indulgence, de logh, pardonner; mairth-an, vie, de mairllt, vivre; dorr-an, colère, de dorr, être furieux, etc

2° Àppellatifs. Maoth-an, cartilage, de maoth, amollir; luasgan, berceau , de luasg , balancer ; liobli-an, lime, de liobh, polir; tàb-an, arc, de lub, courber; bac-an, hameçon, de bac, courber ; boc-an , bouc, de boc, sauter, etc.

3° Noms d'agents. Ar-ain, laboureur, de ar, labourer ; feallan, félon, de fcall, tromper ; béad-an, flatteur, de bêad, flatter, etc.

Le gallois an, dans rliywv-an , direction, de r/nvyv, diriger; gwyl-an , un goélan , de gwyl, être craintif; gxvartli-an , couvert, de gwarth, couvrir; crym-an, faucille, de ciym, courber, etc., a les mêmes significations, sauf celle des noms d agents dont je n'ai pas su trouver d'exemples.

Il serait impossible de distinguer parmi ces suffixes ceux cjui peuvent se rapporter à l unâdi, an, qui forme également des àppellatifs et des noms d'agents.

5) Sanscrit, anta, forme des adjectifs et des àppellatifs.

Ce suffixe, rare en sanscrit, se rencontre fréquemment en irlandais, où il ne forme que des adjectifs ; et en gallois, où il ne s'applique qu'à des àppellatifs ou à des substantifs ab-

straits. Dans le gaélique, il a conservé sa voyelle finale ; en

gallois , il est devenu ant. Exemples :

Irlandais. Bagh-anta, belliqueux, de bagh , combattre ; ceap-

an ta, obstiné, de ceap , être résolu ; feadlim-anta , officiel , de

Jeadl '<m, servir \fiiar~an la, froid, de f uni; rafraîchir; las-anta, passionné, de las, brûler; marbh-atita , inanimé, de marblt, tuer; seac>anla, desséché, aride, deseac, sécher, etc.

Gallois.Car-ant, parent, de car-u, aimer ; brig-ant, sommet, de brig~aw, dominer; porth-iant, secours, de porth-i, secourir; pos-iant, investigation, de pos-iaw, chercher; hir-iant, longueur, de hir-iaw, alonger, etc. Il est à remarquer que les formes en tant proviennent presque toujours de verbes causatifs ou dénominatifs, caractérisés par l'insertion de ta , entre la racine et les flexions. Ceci rappelle que le suffixe anta se combine en sanscrit de préférence avec les formes causatives en ay, et que cet ay reste dans le dérivé, par ex. nandayanta, réjouissant, de nanday, causatif de nad. — Cette aualogie est remarquable.

6) Sanscr., as, forme des substantifs de divers genres, par ex. vac'as, discours, de vac' , parler; payas, lait, de pi, boire, etc.

Ce suffixe est le même que as, ais, cas, en irlandais, dans les exemples suivants: abr-as, réponse, de abr, parler; aglt-ais, repos, de agit, poser; bbuh-as, chaleur, de blàlh, chauffer; borb-as, orgueil, de 6or6, enfler; diorgh-as, rectitude, de diorgh, dirige* ; fuathas, spectre, defualh, abhorrer ; glan-as^ pureté, de glan } purifier; sgall-ais, moquerie, de sgalt, troubler, etc.

Le gallois ne possède point ce suffixe.

7) Sanscr., dru, forme des adjectifs, comme s'avâru, nuisible, de s'r, etc.

Ce suffixe est rare en sanscrit, et je ne trouve également en irlandais qu'un petit nombre d'exemples d'adjectifs formés en ar ou ara; tels que: crap-ara, fort, de crap, écraser; Jïadft-ar, connu, de fiadh, dire, relater; scab-ar, clair, peu

«•pais, de scab, disperser, etc. — En gallois la terminaison mvr, pour les adjectifs, est aussi assez rare. Un exemple est r/eir-i-awr, loquace, de geir-iaw, babiller (voyez, pour le changement de la sanscrit en aiu, le § 1 3).

8) Sanscrit , âtu , forme des adjectifs, comme sayâlu, somnolent, de s'i, dormir, etc.

Egalement rare en sanscrit et en irlandais, où il se trouve sous la forme de ail, comme dans fag-ail> désert, de fag, abandonner; iean-ait, poursuivant, de /ean, suivre; tar-ail, vagabond , de /ar, aller, etc. 11 ne faut pas confondre ce suffixe avec l'ai/, ui7, très fréquent en erse, et qui n'est qu'une contraction de l'irlandais amhail, ainliuil, dont il sera question plus tard.

En gallois, awl répond à a/a, comme awr à dm; mais ce suffixe a pris dans cet idiome une grande extension; c'est un des plus fréquents. Ex. bac-awl, crochu, de baclt-u, courber; cas-awl, odieux, de cas~au y haïr; mad-awl, bienfaisant, de mad-u, faire du bien, etc.

Les préfixes unâdi, ala, i/a, ula, qui forment des adjectifs et des substantifs, se retrouvent assez fréquemment dans les mot? en a/, o/, etc., des langues celtiques. Ainsi anila, vent, de an, souffler, est en irlandais an-ail, en gallois an-al, etc.

9) Sanscr., in, très fréquent, forme des adjectifs, et des noms d'agents.

En irlaudais ce suffixe est très rare; je ne l'ai trouvé que dans l'adjectif righ-in, visqueux, dilatoire, de righ, alonger. Il peut toutefois se rencontrer dans d'autres formes d une dérivation incertaine. En gallois il y a un suffixe in très fréquent, qui répond dans beaucoup de cas au latin inus, et au grec woç; il ne forme que des adjectifs, et point de noms d'agents. Ex. : ies-in, beau, brillant, glorieux, de ias-u, pénétrer, exercer une action; cethr-in, horrible, de cel/ir-u, percer; pevr-in, brillant, radieux, de nei/r-u, rayonner, etc. Le plus souvent, le suffixe in forme des adjectifs dérivés de

substantifs, comme eur-in, qui est d'or; llys-in, qui appartient à la cour, etc.

i o) Sanscr., is, forme quelques substantifs, comme g'yôt-is, étoile, de g' y ut, luire, etc.

Peut-être pourrait-on y comparer l'irlandais is, ios, dans les exemples suivants : failc-is, puits, fosse, défaite, plonger, baigner; feith-is, garde, de feilh, veiller, garder; greiM-is, vallée, de geibh, recevoir; geill-ios, amitié, degeill, servir, obéir.

Ce suffixe n'existe pas en gallois.

1 1) Sanscr. , ura (rare), forme des adjectifs et des appellatifs.

Pour les adjectifs, ura a pu quelquefois se confondre avec dru (q. vid.) dans les langues celtiques. — En irlandais, ara, aire, ar, air, oir, et en gallois, awr, forment principalement des appellatifs et des noms d'agents. Par ex. : arblh-ar, armée, de arbli, détruire ; cas ar, sentier, et cas-air, boucle, de cas, courber; dubh-ar, ombre, de dubli, noircir; eatlhar, bateau, de eat/i, aller; gabli-ar, prison, de gabli, prendre; geann-aire (pour geang-aire), marteau, de geang, frapper; las-air, flamme, de las, brûler; leabh-ar, livre, de leabh, lire; leath-ar, cuir, de lealh, étendre, etc. — En gallois, cet/ir-awr, pique, de cethr-u, percer; mael-awr, marché, de mael-a, gagner, etc.

12) Sanscr., ti (très usité), forme des substantifs abstraits.

En irlandais ce suffixe se rencontre assez fréquemment avec retranchement de la voyelle finale, sauf quelques cas exceptionnels. En gallois la voyelle finale a toujours été retranchée. — Ex. : Irl. buair-t, affliction, de baair, vexer; ceil-t, mystère, de cei7, cacher; gar-t, renommée, de gair, crier; garA, libéralité, de gar, gratifier; meil-t, mouture, de mei7, moudre; sil-t, goutte, de sil, couler ; sir-t, rareté, de sir, chercher; tabhair-t, donation, de tabliair, donner, etc. — Gall. lan-t, extension, de tan-u, étendre, can-t, cercle, de cani n, courber; ban -I, hauteur, de bàn-u, élever; gall-t, puissance, de gall-u, pouvoir, etc.

Dans l'irlandais, pàin-te, corde, ficelle, dont la raciue est perdue en gaélique, on reconnaît le sanscr. pnnkii, ligne, rangée, de la racine pac', étendre.

13) Sanscr., fr (dans les cas obliques 1er), forme des noms d'agents.

Ce suffixe, très répandu dans toute la famille indo-européenne, se trouve aussi dans l'irlandais, sous les formes de tâir, Ira; comme dans les exemples suivants : dean-tàir, acteur, de demi, faire ; feall- tôir, traître, de feall, trahir; genteoir (genîtor), de gein, engendrer; gniomh-tôir, agent, de gniomh, faire; iar-tlwir, mendiant, de iar, chercher; leaglh ihôiv, fondeur, de leagli, fondre; lom-thôir, barbier, de lom, tondre'; mol-tlwir, panégyriste, de mo/, louer, exalter; (titra, nourricier, de al, nourrir, etc.

11 est singulier, d'un autre côté, que ce suffixe manque entièrement à la branche cymrique.

14) Sanscr., tra, forme des substantifs, indiquant presque toujours un instrument, et quelques adjectifs.

En irlandais ce suffixe n'existe plus qu'exceptionnellement dans quelques mots corrélatifs à des formes sanscrites, et que je citerai plus tard. — 11 est douteux aussi que l'on puisse y rapporter le gallois dra,et der, qui ne forment que des substantifs abstraits, comme tyndra ou /jnrfer,tension,de tyn-aw, tendre, etc.

15) Sanscr.. na, forme des substantifs abstraits, comme svapna, sommeil, de svap, dormir; rag'na, sacrifice, deyag', sacrifier, etc.

Je n'ai trouvé en irlandais que deux exemples non douteux de ce préfixe, sous la forme de ne; ce sont iblt-ne, boisson, de ibh, boire; et reic-ne, avertissement, de reic, dire. Il se rencontre d'ailleurs, mais plus ou moins défiguré, dans des mots analogues au sanscrit; ainsi svap-na, sommeil, est devenu, par contraction, suai-n en irlandais, etc.

En gallois le suffixe ni répond de tout point au sanscrit na,c\ forme dessubstantifs abstraits, comme fryc/j-nt, désastre,

calamité, de fr/c/j-u, trancher, couper; poeth-ni, chaleur, de poeth-i, chauffer; rhyd-ni, rouille, de rhydh-u, rouiller; bloesgni, chuchotement, de bloesg-i, chuchoter, etc.

16) Sanscr., nag', forme des adjectifs, par ex. : trs'nag', altéré (au nomin. trfnak), de f/s', avoir soif. *

L'irlandais offre quelques exemples de cette formation d'adjectifs; dans dearc-nach, beau, de dearc, voir; leum-nach, bondissant, de teum t sauter, etc. Elle est étrangère au gallois.

17) Sanscr., nu, forme des adjectifs, comme tras-mt , craintif, de tras, craindre; yi'd'-nu, avide, de grd\ être avide, etc.

On peut y rapporter les adjectifs irlandais much-na, sombre, de much, éteindre; et roigl*-ne y principal, choisi, de rogh, choisir. Toutefois ces mots pourraient également se lier à la formation des participes en na au lieu de Va,

1 8) Sanscr. , man , forme des substantifs et des adjectifs, comme varman , cuirasse, de vr, couvrir; g'anman, naissance, de g'an, engendrer. Les adjectifs sont rares.

Ce suffixe est très usité en irlandais, où il se trouve sous les formes de mlmin, mliain, min. Il prend ordinairement une voyelle ou une diphtongue de liaison, pour se combiner avec la racine, circonstaneequi se présente aussi quelquefois en sanscrit, où l'on trouve, par exemple, g'an-i-man, naissance, en même temps que g'an-man; comme en irlandais gein-ea-mhuin , etycan-niliuin, naissance.

Voici d'autres exemples : càn-mlmin, accent, langage, de câriy chanter; ceil-io- mhuin, secret, de cet/, cacher; gaill-eamhuin, offense, de gaill, blesser; geall-a-mhuin, vœu, de yeall, promettre; géirlean-mhuin, persécution, de gëirlean, persécuter ; tean-mliain ou lean-a-mliain, poursuite, de lean, poursuivre; oll-a-mliain, instruction, de 01/, instruire, élever; scara~mhain> séparation, de scar> diviser, etc.

Un exemple d'adjectif est las-a-mlmin t fervent, de las, brûler.

Ce suffixe manque à la branche cymrique.

19) Sanscr., main (rare), forme des adjectifs, ex. : admara, glouton, de ad, manger.

Sanscr., vara, forme des adjectifs et quelques noms d'agents; par exemple: nas'vara, périssable, de nas', périr, etc.

Je mets ensemble ces deux suffixes pareequil est impossible desavoir auquel rapporter l'irlandais mliar ou mlwr, et le gallois vawr, qui forment de nombreux adjectifs dans les deux langues. Toutefois l'emploi plus fréquent de vara fait peneber la balance eu sa faveur. Voici des exemples :

Irl. bas-mhar, mortel, de bas, tuer; fas-mliar, végétatif, de fis, croître; lion-mliar, abondant, de lion, remplir; râtltmhar, prospère, de raih, croître; fualh-mliar, odieux, de fuath, haïr; balc-mhar, grand, de balc, élever; feud-mhar, puissant, de fend, pouvoir, etc. — On écrit indifféremment mliar ou mlior.

Gall. bloez-vawr, bruyaut, de bloez-ian, crier; buz-vaivr, profitable, de buz-iaw, profiter; doetli-vawr, sage, de doelh-i* être sage, etc.

Un exemple remarquable d'un nom d'agent, conservé eu irlandais, est le nom de Dieu, îstvara eu sanscrit, de iV, dominer, qui se retrouve dans aesfhear, et par contraction aesar, aosar.

20) Sanscr., ra, forme des adjectifs comme dîpra, brillaut, de dip. Comme suffixe unddi, ra, forme aussi des substantifs, ex. : hidra, maladie, de k'id, affliger; dahra, feu, de dah, brûler, etc.

Ce suffixe se trouve évidemment en irlandais dans quelques noms , par exemple \fos-ra, demeure, de fos, demeurer (eu sanscrit vas-ra, de vas); liogh-ra, langue, de ligh, lécber; p. ê. aussi eacht-ra-dli , aventure, de caçhl, agir, et fliuck-ra-s, humidité, de Jliuch, humecter. Le dh final de cacht-ra-dh est une addition fréquente aux mots terminés originairement par des voyelles; et l'sde Jliuch -ra-s pourrait bien être l'ancien suffixe du nominatif. Dubhradh, éclipse,

de dublt, uoircir, est douteux, parcequ'il peut dériver, par contraction, de dubhar, obscurité, avec le suffixe adli; ii faudrait alors le décomposer en dubh-radh.

Le suffixe ra est étranger au cymrique.

2 1 ) Sansc, van , forme des adjectifs et des noms d'agents, comme drs'van, voyant, de drs', yag'van, sacrificateur, de y ag', etc.

Ce suffixe, en ce qui concerne les noms d'agents, ne peut pas se confondre en irlandais avec les analogues de man, qui ne forment jamais de ces noms-là. — Or, l'irlandais a beaucoup^ de noms d'agents terminés en m/i, qui n'est que van, avec retranchement de la voyelle et de la consonne finales. Ainsi on trouve oll-a-mh, docteur, de oi/, instruire; dail-eamh ou dail-io-mh, échanson,de dail, distribuer ; feich-ea-mfi, protecteur, de feich, feucli, voir, ete. Ceci est également le cas pour le suffixe m/tain (v. n. 18), qui est souvent réduit à mh. Ce qui prouve que cette mh correspond bien à van et à mon, c'est que ces noms forment leur génitif en mhain. Cette question reviendra au chapitre de la déclinaison.

Ce suffixe manque en cymrique.

§ 47- Nous avons terminé la comparaison des suffixes i. ridant a , sauf ceux qui servent à former les participes et l'infinitif, et que nous examinerons en traitant de la conjugaison. Je me suis attache à ne prendre mes exemples que; dans des mots celtiques, dont la dérivation est évidente, qui possèdent leur racine verbale et où le suffixe par conséquent est encore vivant. 11 faut observer, cependant, que l'irlandais et le gallois possèdent un très grand nombre de substantifs dont la racine verbale est perdue , qui ont perdu eux-mêmes leurs suffixes caractéristiques, et qui forment ainsi une classe de mots primitifs, d'où ces langues, au moyen de leurs éléments de dérivation, forment de nouvelles générations de mots. Aussi la distinction entre les suffixes

kridanta et tadd'ita ne peut-elle pas être établie aussi rigoureusement qu'en sanscrit. — Il y a encore une autre classe de mots, dont je n'ai presque rien dit, et qui a de l'importance; ce sont ceux qui se rattachent évidemment à des formations déjà opérées en sanscrit. Dans quelques unes, mais c'est le plus petit nombre, le suffixe est également vivant, également significatif, en sanscrit et en celtique. C'est le cas, par exemple : du sanscrit vâs-ra, demeure, de la racine vas, et de l'irlandais fos-ra, id., de la racine fos. Mais le plus souvent des contractions et des mutilations diverses, ainsi que l'absence de la racine verbale, ont rendu le suffixe méconnaissable en celtique, et on ne peut le distinguer du radical que par la comparaison avec le sanscrit. Je vais donner ici un tableau des exemples les plus remarquables en ce genre, en renvoyant par des chiffres avec articles spéciaux de chaque suffixe.

SUFFIXES

aks'a, monceau, (rac. Irl.

aks 1 , amonceler.) tam-a, obscurité, (rac. —

f«m,êlremalheureux.) .

tif-a, feu. (fif, enflam- — mer.)

vât-a, enclos, jardin. —

(vat, entourer.) ag'-â,chèvrc.(ag',a\\er.) — bal-a, feuille. [bal t —

nourrir.) arP-a, prière, (arf, —

demander.) i*. (1) «M, mouton, (av, al- —

1er.)

u. (i) dâr-u y bois. (</r, dé- —

couper.) tan-u, mince, {tan, tendre.)

aka,âka.{>) caf-aka y vase à boire.

{cas*, manger.)

ach-a, monceau.

temh-e, obscurité.

tiol-a, soleil.

fath-a, champ.

airjh-c, chèvre.

6<V-e, feuille.

arth-a, prière.

ao-i, mouton.

f/oir-e, bois.

— tan-a, mince.

— ctis-c, vase.

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