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mie vraie, active, artérielle; nous y reviendrons plus loin. Puis se montrent peu à peu, avec toutes les g*radations, des phénomènes de dépression et d’abrutissement, dont le dernier terme est le coma apoplectique; on voit alors se produire les phénomènes de l’asphyxie.
Du coté de l’appareil dig'estif, on note les phénomènes dyspeptiques les plus divers jusqu’à l’indig’estion la plus complète, avec évacuations involontaires, relâchement des sphincters, etc.
En cas de mort, on trouve quelquefois des apoplexie méning’ées et pulmonaires. M. le professeur Tardieu, qui insiste avec raison sur ces faits, a peutêtre exagéré leur fréquence en disant que « dans la mort survenue en état d’ivresse, l’apoplexie pulmonaire et l’apoplexie méning;*ée soient des lésions, sinon constantes, du moins fréquentes et presque caractéristiques» (1). Tout cela peut manquer et n’a jamais été rencontré par MM. Perrin, Lallemand et Duroy, dans leurs expériences. En somme, la mort arrive par asphyxie, par l’action directe de l’alcool, action que nous étudierons en détail.
\J alcoolisme chroniques été dénommé ainsi par Mag*nus Huss (2). 11 est clair d’ailleurs que, si le nom est nouveau, la chose ne l’est pas. L’ivrog’nerie est vieille comme la vig-ne, sinon comme le monde, et il est superflu de parler d’indiens et de Chinois à cette occasion.
Deuxg’rands faits dominent dans l’histoire de l’al-
(1) Cours de médecine légale, 1863.
{'2'j Chronische AIcools-Kranklieiten oder Alcoolis Chronicus ; Stockholm und Leipzig, 1852.
coolisme chronique. Ce sont ; d’une part, les phénomènes cérébro-spinaux^ les troubles de l’innervation ; d’autre part, V irritation et V inflammation chronique des viscères avec tendance à la dég*énérescence ultérieure, dégénérescence qui peut d’ailleurs se déterminer d’ernblée.
A. hes phénomènes cérébro-spinaux peuvent être indiqués d’après la classification de Mag’nus Huss, qui décrit cinq formes de l’alcoolisme :
1® La forme consistant dans àesvertiges^
des obscurcissements de la vue, des vacillations; puis survient le tremblement, qui se produit surtout le matin, au lever, et principalement aux mains et aux avant-bras. Il existe aussi, sous forme de tremblement vermiculaire dans les muscles de la face.
Il est intéressant de se demander à quelle espèce appartientce tremblement. 11 y en a deux modes bien distincts, en g'énéral, ainsi que l’a rappelé M. Charcot, dans ses remarquables leçons sur la paralysie ag-i tante etlasclérose en plaques : l’un, tremblement paralytique, se produit surtout dans les mouvements volontaires ; il semble qu’au moment de la contraction se manifestent la faiblesse considérable et l’incoordination musculaire ; l’autre, tremblement convulsif, est forcé, inévitable, constant, existant même dans le repos. Cette différence n’avait point échappé au g’énie de Galien, qui désig’ue ce dernier sous le nom de palpitatio, appelant/remor le tremblement paralytique. C’est de ce dernier qu’il s’ag*!! dans l’alcoolisme, et ce fait a une certaine importance ; ce n’est pas de l’excitation, de l’irritation convulsive, mais un phénomène tout passif de faiblesse et de coordination.
Au l)out d’un temps variable se montrent les troubles psychiques, les caractères de la folie alcoolique ; d une façon g’ènérale , comme le fait remarquer M. Mag’nan, on peut tout voir, depuis la manie la plus furieuse jusqu’à la stupidité la plus complète, en passant par la mélancolie. 11 faut tenir compte des prédispositions et du tlélire individuel, si l’on peut s’exprimer ainsi, auxquels s’ajoutent les phénomènes alcooliques proprement dits.
Les hallucinatiom si fréquentes ont ceci de particulier qu’elles commencent presque toujours par des illusions. Ainsi, pour V oreille., cela commence par des bourdonnements ordinaires; jjuis, bientôt c’est une clocbe, puis un g’ias, un enterrement, une émeute, . avec le son du tocsin, etc. Pour la vue., ce sont des éblouissements, puis des oml)res plus ou moins diffuses; bientôt elles se précisent et alors apparaissent très-nettement des animaux, rats, araignées, etc., qui g’rimpent le long' des rideaux, disparaissent dans la muraille. Aux Etats-Unis, où l’alcoolisme est si fréquent, on appelle cela voir le macaque, Le public a été de suite frappé de la fréquence de ces hallucinations, de ces visions d’animaux qui frappent à chaque instant ces malheureux. Nous ne voulons pas insister; rappelons encore la mélancolie suicide,, si souvent observée.
2® La forme paralytique se produit insensiblement à la suite des phénomènes précités. Le malade devient de plus en plus faible, incapable de se maintenir debout. En meme temps, surviennent les troubles caractéristiques de la sensibilité, tels (\wq fourmillententSi engourdissements^ etc. Il ne faut pas confondre ces
phénomènes, dus simplement à l’alcoolisme encore médiocrement avancé, avec ceux de la paralysie g’énérale beaucoupplus intenses, et qui viennent si souvent compliquer les premiers.
3° La forme hyperesthésique se manifeste par des douleurs véritables, aig*uës, fulg’urantes, et dans les parties mêmes qui ont d’abord présenté de simples eng’ourdissements et fourmillements. Les crampes^ sig’nalées ici par Mag’nus Huss, sont des phénomènes complexes, mais relevant surtout des troubles de la motilité. ■
4'^ La forme convulsive , proprement dite, à convulsions épileptiques, doit être notablement restreinte, en raison des faits relatifs à l’absinthe sig’nalés plus . haut. 11 reste encore, sous ce litre, les manifestations clioréiformes de l’alcoolisme, les troubles très-divers de lalocomolion qu’on peut observer chez eux, et qil’il ne faut pas confondre avec ceux de l’atonie locomotrice, complication possible.
5° La forme délirante ou plus exactement le delirum tremens. Il ne faut pas le confondre, comme on le fait quelquefois, avec l’alcoolisme aig-u, avec l’ivresse ; il y a naturellement des points de repère. Mais cette forme terrible n’est possible que chez des individus intoxiqués de long-ue main ; c’est la forme aig’uë de l’alcoolisme chronique. Interrog’eant plus tard le malade^ on peut reconnaître qu’il a eu précédemment des hallucinations, des tremblements ou tout autre phénomène décrit plus haut. Ce délire ressemble d’une façon g’énérale à la méning’ite ; c’est un délire Cong’estif, un délire d’excitation, coïncidant manifestement i comme le fait remarquer M. Reg’nard^
avec une suractivité simple ou inflammatoire de la couche corticale du cerveau. Il y a de plus les phénomènes propres à Tintoxication alcoolique en ellemême, le panophobie, les visions d’animaux, d’insectes, etc.
Un fait que le médecin doit toujours avoir présent . à l’esprit, c’est l’apparition si fréquente, et comme provoquée, du delirium fremens ehez les ivrog’nes atteints d’une maladie fébrile aig'uë. M. le professeur Sée insiste justement sur le diag-nostic de ce délire particulier, reconnaissable non -seulement par les commémoratifs, mais surtout par les caractères spéciaux que nous venons de rappeler.
B. Les inflammations chroniques, le plus souvent interstitielles, peuvent être observées dans presque tous les appareils.
a. Le tube digestif est naturellement des plus exposés. Rien de fréquent comme la g-astrite chronique chez les alcooliques, même relativement modérés, et qui en connaissent parfaitement, sous le nom pituite, la désag’réable manifestation. Cette g-astrite peut se compliquer d’ulcère de l’estomac, soit par le fait des prog’rès de l’inflammation, soit, croyons-nous, dans beaucoup de cas, par une dég’énérescence g*raisseuse prédominante (1). On peut voir aussi, mais d’une façon beaucoup moins prononcée, les phénomènes anatomiques et symptomatolog’iques de 1 inflammation intestinale. Rappelons enfin que le cancer
(i) Voy. Leudet, Des Ulcères de Uestomac à la suite de l’abus des boissons alcooliques; Rouen, 1863, et Godivier, Recherches sur la palhogénie de l’ulcère de l’estomac. Thèses de Pans, 1869.
de l’estomac est ég’alement très-fréquent chez les ivrog’nes. Tous ces faits sont d’ailleurs simples et résultent de l’irritation directe de la muqueuse.
b. La cirrhose du foie (hépatite interstitiel diffuse et chronique) se produit évidemment par le même mécanisme. On connaît son excessive fréquence, si bien qu’en Ang'leterre cette affection est encore désig'née sous le nom de gin drinker's livei\ foie des buveurs de gin. Nous n’avons qu’à signaler ce fait si connu.
Il paraît de plus que l’hépatite parenchymateuse aiguë a pu être observée dans le cas d’alcoolisme. Ce sont des faits exceptionnels, pouvant d’ailleurs s’interpréter de la même façon que la cirrhose.
Ces différentes manifestations se caractérisent par l’ictère. Mais, en dehors de cela, et sans lésions aussi notables, on constate souvent de l’ictère passager chez les alcooliques. Cet ictère, que M. Lancereaux signale, d’après divers auteurs, dans son article du Dictionnaire encyclopédique, nous paraît se rattacher aune explication très-simple, non mentionnée pourtant dans le travail que nous venons de citer. Il s’agit d’un ictère catarrhal, d’une inflammation catarrhale des voies biliaires analogues à celle qu’on rencontre si fréquemment dans le ccTiirs des gastrites chroniques ou passagères (embarras g’astrique).
Mentionnons pour mémoire les inflammations adhésives du péritoine, des épiploons, signalées dans quelques cas.
c. L appareil respiratoire. Toutes les inflammations des diverses parties de cet appareil, depuis le larynx jusqu’aux vésicules, ont été citées chez les alcooliques comme déterminées directement par les boissons spi-
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rîtueuses. Nul doute que la pneumonie n’ait cliez les ivrog*nes une gravité particulière; on le sait de reste : mais dire (|ue l’alcool cause la pneumonie nous paraît une aftirmation g*ratuite (1).
Son influence sur le développement de la phthisie, ou mieux de la tuberculose proprement dite, paraît beaucoup plus prohahle, sinon prouvée (2). On comprend du reste que, dans ces différents i-.as, l’alcool puisse ag’ir comme irritant direct, puisqu’il arrive en nature dans les poumons. On sait qu’il produit g’énéralement une laryngite, manifestée parla voix rauque et crapuleuse bien connue.
il. Le système nerveux devient très-souvent le siège d’hyperplasies diverses et incontestables : nous citerons la pachy méningite., surtout avec les hémorrhagies méning’ées qui lui succèdent; puis aussi Xencèphalite interstitielle diffuse, la paralysie générale qui se maintient si fréquemment comme terme et couronnement funeste de l’alcoolisme avec tous ses symptômes si variés que nous n’avons pas à exposer ici.
- (1) Consultez :
Stokes, Diseases of the cliest;
Laboi’deiie-Boulon, De la Pneumonie consécutive à l’intoxication alcoolique. Thèses de Paris, 1859;
Grisolle, Traité de la pneumonie, 2' édition.
(2) Consultez :
Dr Bell , On the effects of the use of alcoolic liquors on tubercular diseases or in constitutions predisposed to such diseases. Americ. Journ. of med. science, 1859;
S. Davis, Report of the influence of alcoolic drinks on the development and the progress of pulmonary tuberculosis. Transactions of Am. med. ars., t. XllI;
D' Launay, Union médicale, 1862
L’action irritante locale de l’alcool y est encore manifeste. Nous verrons plus loin comment il s accumule et séjourne dans les centres nerveux. On peut observer aussi la sclérose de la moelle, surtout celle des cordons postérieurs (ataxie locomotrice progressive) (1).
Quant à ce qu’on a dit des altérations du système vasculaire, cela est tout à fait problématique, pour la plupart des cas. On a invoqué l’alcoolisme parmi les causes de l’artérite : nous n’en connaissons qu’une avérée, c’est la vieillesse.
C. Les dégénérescences graisseuses (stéatose) sont extrêmement fréquentes. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, puisque l’alcool peut être rang’é, comme nous le verrons, dans la classe des poisons sléalogènes de M. le professeur Sée. Le foie en est surtout lesiég’e ; après la tuberculisation, c’est dans l’alcoolisme, en tant qu’afîection chronique, que l’on observe le plus g'rand nombre de foies g*ras. Il s’ag*!! ici de la stéatose simple proprement dite, par distension g’raisseuse de cellules : fait qu’il ne faut pas confondre avec la dég’énérescence et la destruction g’ranulo-g’raisseuse de ces mêmes cellules qu’on peut observer dans l’hé-
(1) Consultez :
Christian, Étude sur la pachyméningite hémorrhagique; Strasbourg, 1864;
Calmeil, Traité de la folie;
Confesse, Études sur Talcoolisane et sur l’étiologie de la para- ' lysie générale. Thèse de Paris, 1862;
Magnan, Sur la lésion de la paralysie générale. Thèse inaug..
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patite parenchymateuse, vue quelquefois aussi chez les alcooliques (1).
Pour Yestomac, nous pensons qu’un certain nombre d’ulcères chroniques peuvent s’expliquer par la dég'énérescence simple, en dehors de l’inflammation.
Le cœur est, après le foie, l’org-ane le plus souvent stéatosé ; c’est d’abord un dépôt de g’raisse le long- de l’artère coronaire, puis toute la surface se couvre bientôt d’une couche g^raisseuse analog*ue; si l’on fait une coupe, on reconnaît la couleur jaunâtre, l’état mou, friable de la substance charnue; les éléments musculaires sont eux-mêmes altérés, ce n’est pas un simple dépôt interstitiel, et en examinant au microscope on reconnaît qu’un certain nombre de fibres sont devenues g’ranuleuses , granulo-g’raisseuses, en un mot, ont subi la dég-énérescence stéatique complète. On constate aussi par place des hyperplasies du tissu connectif interstitiel, de véritables myocardites.
Les ganglions lymphatiques subissent la même altération, ils sont entourés de g’raisse, et souvent ont subi eux -mômes une dég’érescence g’raisseuse extrêmement prononcée.
Nous ne parlons pas du rein, dont les altérations inflammatoires ou stéatiques sont beaucoup plus rares; nous les discuterons dans les chapitres suivants, en même temps que nous essayerons d’interpréter la
(1) Voy. Addison, Guy’s hospital Reports, 1836;
Budd, Diseases of tlie liver;
Virchow, Pathologie cellulaire, 1858;
Frerichs, Traité des maladies du foie.
pathog’énie des divers phénomènes de l’alcoolisme. Nous avons ainsi un point de repère et comme une base d’opération pour nous retrouver dans le dédale des actions multiples et si diverses de l’alcool.