‹ De l'alcoolChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES APPLICATIONS THERAPEUTIQUES DE l’ ALCOOL,

Depuis long’teraps cet ag’ent a été introduit dans la lliérapeutique et employé, il faut bien le dire, à tort et à travers, sans règdesni indications précises. Nous insisterons principalement sur son emploi dans la fièvre et les maladies fébriles, c’est-à-dire sur sa g’rande et presque unique indication. Puis, nous passerons rapidement en revue les principales maladies dans lesquelles il a été encore administré; enfin, nous dirons un mot sur son action anesthésique.

Q I. — De l'alcool dans la fièvre et les maladies aiguës

fébriles.

Historique. — Levin, sinon l’alcool, a joué un rôle considérable dans la médecine des anciens.

Galien surtout en parle et le recommande en maints endroits; « Si quis enim inlerroget dandum ne sit vinum a fehrientihm respondendum est non nuUs dandum (1). » Et ailleurs, à propos du traitement de la fièvre quarte : (( Vino ulendum est albo e tenui, acmediocriter calido (2). » Ûn pourrait multiplier à l’infini les citations.

Du reste, cet encyclopédiste immense, le g’énie de la médecine antique, et qui s’était fait de la fièvre une si juste idée, est loin d’être aussi précis pour ce qui concerne le mode d’action du vin, on plutôt, et en cela il est le précurseur de Todd, il le donne comme tonique, comme fortifiant ; il a cet avantagée sur le médecin angolais, que l’indication est exacte ; car il donne le vin, chose complexe, et en somme l’alcool à faible dose. Nous verrons qu’administré à la façon de Todd, l’effet est tout autre que stimulant.

Que ce soient les Chinois, les Arabes ou Arnaud de Villeneuve et Raymond Lulle qui aient découvert et distillé halcool, ce n’est g’uère qu’au xiv* siècle que cet ag’ent commence à faire du bruit dans le monde.

jÉmerveillés de ses effets ag*réables et stimulants, les médecins ne tardèrent pas à employer ce qu’on appelait dès lors l’eau-de-vie. lioff Marin (3), Lanzoni (4), Wolf (3), Albrecht (6), dans les éphémérides

(1) Güleni, De Hippocr. et Plat, venetis, lib. ix, chap. 6, prim class.; Venetiis, 1862, fol. 194, A.

(2) Gai., De Arte curativa ad glauc., lib. i, cliap. 11, sexta class., fol. 95, E.

(3) Epliemeridarum Academia naturæ curiosiorum , dec. ii ^ an. II, p. 87, 1683.

(4) Id., centuria ni, p. 43, 1715.

(3) Id., dec. Il, an. VIH, p. 152, 1590.

(6) Id., dec. Il, an. VIH, p. 405.

— fiO —

(les curieux de la nature, rapportent quelques observations de fièvres traitées et g’uéries par l’alcool et le vin. On les trouvera dans l’intéressante thèse de M. Leg*ras (1), à laquelle nous renvoyons ainsi qu’aux éphémérides en question.

Mais bientôt on demeura surtout frappé des terribles effets de l’ivresse et de l’ivrog’nerie. L’eau-de-vie ne fut plus que l’eau de mort, et à la fin du siècle dernier elle était g’énéralement proscrite delà matière médicale et de la thérapeutique, lorsque parurent Brown et son système. 11 faut nous y arrêter un instant: car c’est là le fondement réel et trop nég'lig’é des doctrines angolaises actuelles.

Les maladies, suivant Brown, reconnaissent deux gorands ordres de causes : la sthénie^ ou excès de force, l'asthénie. Seulement, c’est l'asthénie qui prédomine et existe seule dans l’immense majorité des cas d’où l’indication de stimuler et d’exciter le plus possible. L’alcool et le vin devaient évidemm^ent trouver place dans une pareille médication, à raison des idées fausses rég*nant au sujet du premier de ces ag’ents.

Gela fut de courte durée. On sait comment le Brownisme s’est transformé en Italie, comment Basori, Tomasini en vinrent à invoquer surtout la sthénie ou le stimulus, comme cause principale des maladies: de là les centro-stimulants et la disparition du traite-

(I) Id., Contributions à l’étude de l’alcool. Thèse de Paris, J 866.

Voyez aussi pour cette partie de l’historique ;

Camerarius, De Potu aquarum ardentiuni; Tubingen, 1699.

Alberti, De Spirituum ardentiuni usu et abusu diatetico; Halay, 1732.

Roc, An aqua vita aquia mortis.î* Thèses de Paris, 1745.

ment alcoolique. La pratique de Broussais en dehors de l’extrême importance de ses idées philosophiques, n’était pas faite pour chang’er cette médication.

En réalité, et quoi qu’il en soit des opinions de Graves (1), Stokes (2), Spilsburg’ (3) et autres, c’est R. B. Todd (4) qui réhabilita l’alcool et le fît rentrer honorablement dans la matière médicale et la thérapeutique. Seulement, cela eut lieu comme nous le verrons, en vertu de principes absolument erronés, et avec une igmorance absolue de l’action réelle de l’alcool. Son exemple fut rapidement suivi en Angleterre par F.-E. Anstie (3), A. Flint (6), Beale (7); Béhier(8)enFrance, etc. Ses principaux contradicteurs furent surtout en Ang*leterre, Symonds (9), Gairdner (10),Bennetti (11), Wilks(d2),Viliamson (13), etc,

(1) Clinique médicale. ‘

(2) Researches on the State of the heart, and tlie use of wine in typhus fever, in Dublin Journ. of med. science, 1839.

(3) Wine in acute bronchitis. 1839.

(4) Clinical Lectures, on certain acute diseases; London, 1860.

(5) The alcohol question, London medic. Rewiew, etc., 1862.

(6) Clinical Reports on pneumonia, in North-American med.chir. Rew., 1861.

(7) Remarks on déplétion and stimulation, etc., in British med. Journ,, 1883.

(8) Clinique médicale, 1864, et article Alcool, in Dictionn. encyclopéd., 1863.

(9; Medic. Times and Gaz., 1860.

[ (10) Facts and conclusions in to the use of alcoolic stimulants in typhus lever, in the Lancet, 1864.

(11) On the treatment of pneumonia by restoratives. The Lancet, 1863.

(12) riwelwe cases of typhus and typhoïd fevertreated without stimulants, in the Lancet, 1863.

(13) Clinical Remarks on the use of stimulants in fever, in the Lancet, 1863. Voyez, pour plus de détails, la thèse de M. Gini<?eot- Paris, 1807.

U L’alcool, ditTodd, ag*it primitivement sur le sys* lème nerveux pour lequel il a une aflinité spéciale. Il soutient la chaleur animale, concourt à la calorification, fortifie l'action du cœur et supplée les substances combustibles. Il ne produit jamais de dépression secondaire de la force vitale, si ce n’est quand la dose ing’érée est trop considérable, et alors il ag'iten troublant les fonctions dig’estives. » Et comme, suivant lui, et après Brown, les maladies aig’ués et la fièvre sont surtout des états passifs, asthéniques, nécessitant la stimulation, le soutien de la force vitale, l’alcool, ainsi caractérisé, remplit admirablement l’indication.

Or, il n’y a qu’un malheur : c’est que l’alcool ainsi recommandé par Todd, produit justement les effets tout contraires : c’est un dépresseur, un sédatif de la température et des fonctions nerveuses. Et c’est à ce titre qu’il est justement utile dans les maladie fébiles : mais pour le prouver, connaissant l’action réelle de l’alcool, il nous faut maintenant établir la nature de la fièvre et dire en quoi elle consiste.

Dû la jièvre. — Notre intention n’est pas de présenter un historique complet de la question. Cela demanderait un mémoire entier, presque un volume, Nous ne pouvons cependant nous empêcher de citer l’opinion de Galien : « Febres vero accensunt simul vitæ principium sequuntur, et ex quodam veluti fervore atque incendio sanguinis oboriuntur. Quum autem sang’uis plane exustus fuerit, ejus residuumpus efformatur, quemadmodum in lig-nis combustis cinis,

(1) Galien, Hippocr. aph. et Galeni in eos cominentavii, H*

qiiarepep kl tempiis tum febres cessant, præsertim quiim pus excretum fuerit, utpote jam materia consummata, et inflammatorio calore extincto. «Geg'énie incomparable avait deviné l’essence môme de la fièvre qui n’est autre chose que l’incendie, la combustion de l’org’anisme, sinon l’incendie du sang’.

Après lui c’est un temps d’arrêt, qui semble d’a-^ bord indéfini : bien plus, c’est un recul. Nous ne parlons pas des auteurs du moyen âg’e, qui jusqu’à la Renaissance ne font que répéter Galien, et encore en le défig’urant. Ainsi Fernel, un auteur du xvi® siècle, définit la fièvre ; « Febris est calor præter naturam e corde in omne corpus effusus (1). » Le cœur est de trop.

Mais que dire ensuite des tiiéories de Stahl, d’Hofmann, môme de Boerhaave, sinon que le point de vue véritable, l’objectif réel, était perdu. La fièvre redevient avec les hippocrates modernes, avec ce Sydenbain tant surfait, un effort de 1a nature pour expulser le principe morbide : un je ne sais quoi de providentiel pour expulser quelque chose d’inconnu, « qui ne dit point son nom, et qu’on n’a pas revu, » comme la nourrice de Joas. A la fin du siècle dernier, on arrive à compter plus de soixante-quinze espèces de fièvres, y compris V'epiaie^ et {'associe, la hongroise, V horrifique ei \' hérnitritée , sans compter la synoque putride, et aussi l’imputride, la stercorale, la dépuratoire et la subintrante (2) !

Ce chaos fut un peu débrouillé par Pinel, puis par

(1) Fernelii Ambiani, uni versa medicina. Pathologiæ, liber lY, de Febribus, c. i, fol. 321, 1679.

(2) V. l’Encyclop. de Dicderotet d’Alembert, avL Fièvre, illQ,

l’école nnalomo-patholog’iqiie et M. Louis. Mais c’cstà Broussais que revient surtout lag'loire d’avoir fait définitivement disparaître l’entité fièvre du cadre nosolog’ique : la fièvre ne fut plus pour lui qu’un résultat de l’infïammation. Gomme la fièvre péripneumonique avait fait place à la pneumonie, la fièvre synoquo céda le pas à la g*astrite. En cela, il se trompa encore, il alla trop loin; mais le g'rand pas était fait. Il ne s’ag'issait plus que de reconnaître, à côté des fièvres inflammatoires, des maladies fébriles par intoxication miasmatique.

La découverte des nerfs-vaso-moteurs par Cl. Bernard fît subir un nouveau retard à la solution du problème. La chose parut extrêmement simple. La fièvre ne fut plus qu’une paralysie g’énéralisée des nerfs vasomoteurs, avec dilatations vasculaires, élévation de la température, etc. « Si j’ai réussi à me faire comprendre, s’écrie l’auteur d’une thèse remarquable (1) sur la matière, il m’est facile de démontrer, comme un simple corollaire, que la fièvre, bien loin d’être un symptôme d’hypersthénie, de suractivité, est l’eflet d’une véritable faiblesse, et que tous les phénomènes qu’elle présente peuvent s’expliquer par le relâchement des vaisseaux. » Cela pouvait se dire encore en 18C5 : M. Giog’eot a pu même l’imprimer dans sa thèse intéressante qui date de 1867. Aujourd’hui, on ne peut plus ig*norer les travaux qui se sont produits de l’autre côté du Rhin et ont tranché la question dans un tout autre sens. La théorie même de

(i) De Barrel de Pontevès, Des nerfs vaso-moteurs et delà cireulation capillaire. Thèse de Paris, 1864, n° 132.

— Go -

M. Traube (1), plus ing*énieuse et plus compliquée n’est plus admissible. Ce professeur supposait que, dans la lièvre, par excitation directe ou réflexe du centre vaso-moteur, il y aurait contraction de toutes les artérioles, surtout dans le réseau cutané. Alors, afdux du sang* à l’intérieur avec phénomène de frisson suffisamment expliqué par le resserrement des vaisseaux de la peau. Puis, après cette contraction, paralysie, et alors chaleur externe, sueur. Par malheur, la fièvre, dans un g’rand nombre de cas, ne débute pas par le frisson. La théorie pèche alors par la base. EnQn les expériences récentes de MM. Breuei’etChrobacli ont montré que la présence des nerfs n’était nullement nécessaire à la production de la chaleur et par conséquent de la fièvre (2).

C’est en 1862 que Billrotli eut l’idée de rechercher si l’injection dans le sang’ de certaines substances ne pouvait pas amener cette élévation de la température, qui caractérise la fièvre. Ses expériences (3) furent confirmées par celles du regretté Otto Weber. Ne pouvant insister, nous donnerons seulement la conclusion du travail de ce dernier :

1“ Le pus, la sérosité du pus et la sérosité putride, introduits sous la peau, dans la plèvre, ou directe-

(t) Zur Fieberlehre, in Allgem. med. Centralzeitung, 1863 et

(2) Breuret Chrobach, Zur Lehre vom Wundfieber, inMediztniscbe Jalirbiicher, Band XIV, 1867. Voyez aussi la thèse de M. Béal, Élude critique sur la lièvre traumatique, Paris, 1868.

(3) Beobachtungsstudien über Wundfieber und accidentelle Wundkrankheiten. Langenbeck’s Arcbiv, 1861, 186-4 und 1867.

ment dans le sang*, sont pyrog’ônes [fiebererregend): l’élévation de la lempépature oommence rapidement et atteint souvent son maximum dans la première heure.

2® Cette élévation de température est indépendante de rinflammation locale.

3’ Il se produit aussi, une élévation de température danslesinflammationssimplesou traumatiques, même ne suppurant pas.

Mais voici le fait le plus remarquable : O. Weber, ayant injecté dans le sang* d’un chien bien portant, celui d’un chien fébricitant^ produisit la fièvre (1).

En somme, ce qui caractérise la fièvre, c’est essentiellement l’élévation delà température; tout le reste est accessoire. Cette élévation de température est inévitablement liée à l’exag'ération des processus d’oxydation: ce qui le prouve encore, c’est ]’aug*men talion de l’excrétion de l'urée, et la perte de poids double de celle qui est due à t inanition simple^ qu’on observe dans la fièvre (O. Weber).

On peut donc dire que la fièvre est une toxémie, ou, si l’on veut, le résultat d’une toxémie. Maintenant, l’empoisonnement peut venir de deux sources; ou d’une inflammation, d’une plaie, en un mot de l’org*dhisme primitivement souffrant, — ou d’une intoxication, de la pénétration d'un miasme, tel que celui de la fièvre intermittente, de la typhoïde, ou le virus de la variole, etc. Nous allons étudier successivement l’action de facool dans ces différentes maladies fébri-

(t) 0. Weber, ExperiménlelleStudien überFiebcr; Piemle und lîfcplicemie, iti Deutsche Kliaik, 1865.

les, et nous prendrons pour type des premières lapneunmonie, dans laquelle il a surtout été employé.

De la pneumonie. — Le nombre de cas dans lesquels on a administré l’alcool, est aujourd’hui considérable. Les résultats sont g'énéralement favorables, et nous n’avons aucune raison pour nous inscrire en faux contre les allég’ations des auteurs. Où nous différons, comme on va le voir, c’est sur l’interprétation.

Un premier fait, qu’il nous importe d’établir, c’est l’action sédative , dépressive de l’alcool sur la température et sur le pouls, par conséquent. Or , cette action est manifeste, palpable. Elle n’est nulle part mieux établie que dans l’observation suivante, empruntée à l’un des élèves de M.Béhier, M. le D’’ Ging*eot. Que l’on veuille bien remarquer d’abord les doses relativement considérables d’alcool ; il s’agdt d’une petite fille de 13 ans.

Observation V.

Pneumonie. — Traitement alcoolique. — Guérison.

Martin (Louise), âgée de 13 ans, cartonnière, née à Romans (Drôme), demeurant rue du Faubourg-dii- Temple, n° 23, entrée à l’hôpital le 9 février 1863 (salle Sainte-Catherine^ n“ 51).

Grande, fortement constituée, ordinairement bîeh portante, cette jeune fille a eu ses règles pour la première fois il y a huit jonrs; l’écoulement menstruel a duré vingt -quatre heures et n’a été accompagné d’aucun malaise. Pas de maladie héréditaire dans sa famille; rarement malade elle-même (variole à 1 an et

demi, dont on voit quelques cicatrices sur ses lèvres et sur son nez; entérite il y a quelques mois, à la suite d’une inclig*estion de fruits). Vit dans de bonnes conditions hyg’iéniques.

Vers la fin du mois dernier, la malade fut prise d’un rhume à la suite d’un froid aux pieds prolong'é. D’abord son indisposition parut sans gravité : elle toussait à peine et crachait un peu, quand elle fut prise, le 6 février, d’une vive douleur ayant son siège dans le côté gauche, augmentant dans la respiration et mettant obstacle à la toux. Le 7, survenait une expectoration de crachats jaunâtres; le 8, les crachats contenaient du sang en abondance et la douleur devenait de plus en plus vive. La malade prit alors le lit et reçut la visite d’un médecin cpii conseilla de la transporter à l’hôpital.

Le 10. On la trouve dans l’état suivant : céphalalgie frontale, tête lourde, insomnie. Pommettes colorées. Bouche amère et pâteuse. Langue couverte d’un enduit blanchâtre, rouge à la pointe et sur les bords. Anorexie, soif vive. Creux épigastrique un peu douloureux à la pression. Selles rég’ulières. Urines plus rouges qu’à l’état de santé. Rien d’anormal du côté du cœur. Poulsàl04. Peau chaude. Peu de transpiration. Douleur de côté un peu moindre que les jours précédents, siégeant à gauche, en dehors de la région précordiale. Crachats adhérents, rouillés et striés de sang pur; expectoration assez difficile. Toux fréquente. 44 respirations par minute. Dys})née trèsijotable. La percussion fournit une matité légère en dedans et au-dessous de l’omoplate gauche; l’auscul-

tation révèle dans le même point un soulfle profond, doux, sensible surtout dans l’expiration, et unebronehopbonie à peine appréciable; quelques râles sonores et muqueux sont irrég'ulièrement disséminés dans les deux poumons. La malade se plaint d’une gTande faiblesse et paraît, en effet, assez prostrée. — Gomme sucrée; potion avec 100 g’rammes d’eau-de-vie;

4 bouillons.

Le 11. Forces manifestement relevées. Physionomie moins abattue. Pommettes moins roug*es. Un peu de sommeil celte nuit. Plus de céphalalg’ie ; moins de pesanteur de tète. Lang-ue bien moins sale. Lég’er appétit. Creux épigastrique moins sensible. Pas de garde-robe. Urines moins rouges et plus abondantes. Pouls à 88. Peau bien moins chaude. Pas’ de transpiration. Moins de toux. Crachats moins rouillés et contenant moins de sang. Expectoration plus facile. Dypsnée moindre. 30. respirations par minute. Souffle un peu moins distinct. — 2 bouillons et 2 potages: le reste ut suprà.

Le 12. La prostration reparaît. La céphalalgie est revenue, ainsi que la pesanteur de tête et l’insomnie. Faciès assez rouge. Langue plus sale. Anorexie ; soif plus vive. Creux épigastrique douloureux à la pression. Une garde-robe régulière. Urines sans coloration anormale, mais moins abondantes qu’hier. Peau sèche et plus chaude. Pouls à 112. Dyspnée plus grande. GO respirations par minute. Souffle et matité plus prononcés. Peu ou point de râles. La malade prétend avoir eu froid aux reins dans le courant du jour. — Même prescription.

Le 13. Nuit très-agitée. Trois selles liquides accom-

1869. — Godfi'in. x

pag’iîées de quelques coliques. Crachats plus adhérents, plus rouilles et contenant une plus grande ([uantité de sang*. Le souffle est maintenant tubaire et rôg'ne accompag’né de bronchophonie et de matité dans toute la hauteur du poumon g'auehe en arrière, sauf à rextrême hase. En ce dernier point, on trouve une matité prononcée, un affaiblissement du murmure respiratoire et une lég’ôre ég’ophonie. La malade se dit très-faible; toutefois elle peut se mettre sur son séant sans (ju’on l’aide, et se maintient assez bien dans cette position. — bromme sucrée; potion avec 150gr. d’eau-de-vie.

Le li. Nuit calme; sommeil paisible depuis neul heures du soir jusqu’à (piatre heures du matin, interrompu seulement à deux reprises pour l’administration de la potion. Pas de céphalalgie; pas de pesanteur de tôle. Meilleure expression de la physionomie. La bouche est humide et a cessé d’être amère. La lang’ue, ég’alement humide, est blanche à la partie moyenne. Soif moindre. Plus de diarrhée; plus de coliques; une selle rég’ulière. Urines à la fois moins roug’es et moins abondantes. Pouls à 88. Peau plus souple et bien moins chaude. Pas de transpiration. Moins de toux. Crachats toujours rouillés, mais sans mélang’e de sang* pur. Dyspnée bien moins marquée. 48 respirations par minute. Souffle bien moins sec et mélang’é de quelques râles de retour. Bronchophonie moins éclatante. Râles sibilants disséminés dans les deux poumons., Faiblesse beaucoup moins considérable* — Même prescription.

Le 15. Nuit excellente. Fades normal. Lang’üe moins blanche. Appétit. Pende soif. Selles rég’ulières.

Pouls à 60. Peau souple et sans chaleur exag*érée. Transpiration abondante pendant la nuit. Une lég’ère épistaxis a eu lieu hier dans la journée. Peu de toux. Douleur de côté presque nulle. Crachats peu rouillés, moins visqueux. Pas de dyspnée. 36 respirations par minute. Souffle très- doux, plus marqué dans la partie supérieure de son étendue. Les forces se relèvent rapidement. — Même prescription.

Le 16. Hier, dans la journée, une lég’ère épistaxis a en lieu. Sommeil excellent. Transpiration continue. Crachats blancs ou jaunâtres. 30 respirations par minute. Matité à peine sensible. Souffle presque nul et borné a la partie supérieure de son étendue primitive. Etat g’énéral excellent. — Potion avec 100 g^r. d’eaude-vie; le reste iitsuprà.

Le 17. Pas d’épistaxis nouvelle. La douleur de côté n’existe plus. 28 respirations par minute. Transpiration peu abondante.

Le 18. Plus de transpiration. Plus de toux. 26 respirations par minute. L’auscultation ne révèle plus qu’un peu de rudesse du murmure respiratoire dans les points où le souffle a siég’é. — Potion avec 80 g*!’, d’eau-de-vie; une portion.

Le 19. DeiiXjportions.

Le 21 . La rudesse du murmure respiratoire a disparu. — (3n supprime la pçtion alcoolique.

Le 24. La malade se lève et reste hors du lit de midi à cinq heures.

Le 26. Lamarche est facile et s’accomplit sans titubation.

5 mars. Départ pour la maison de convalescence.

Le 10, on donne lÜO grammes d'eau-de-vie. Le 41, on noie: pouls à 88 (aulieu de 104 la veille), peau bien moins chaude, urine moins roug-e, etc. Le 12, réapparition des accidents, comme avant: le pouls est à 112. Le 13, c’est encore pire: loO g’rammes d’eau-devie. Le 14, l’amélioration est considérable; le 17, le pouls est à 60.

Que s’est-il produit? sinon l’action sédative attribuée en g’énéral au tartre slibié, l’abaissement de la température, la diminution de la fièvre. Voilà quelle est ici le véritable rôle de l’alcool, rôle en parlait accord avec ce que nous savons de son action physiolog’iquc , telle qu’elle a été exposée plus haut. Tout le reste est accessoire. Le gr-and point chez un individu en proie à une fièvre intense, c’est de faire tomber cette fièvre qui le lue et en réalité le consume. C’est là le véritable moyen pour lui rendre ses forces ou mieux la santé, en dehors de toute action stimulante ou soi-disant telle. Voilà ce que n’ont pas vu Todd, pas plus que ses élèves angolais ou français, et ce que nous sommes heureux de mettre en lumière, d’accord ici avec notre maître, M. Sée, avec la pratique' et la méthode physiolog’ique et rationnelle, dont il ne faut jamais se départir.

Quant à l’action de l’alcool sur le délire de la pneumonie et des maladies fébriles en g*énéral, voici ce que nous en pensons. « Dans la fièvre, dit M. Reg-nard, par le seul fait de l'accélération de la circulation, celle du cerveau est activée comme dans tous les autres org’anes. C’est à cette suractivité, à celle hyperémie qu’il faut rapporter le délire des fièvres les moins compliquées, telles^que celui de la pneumonie par

e^iemple. L’aiig'mentation de la température du sang' doit jouer aussi un rôle dans la production des phénomènes. » [Loc. cit.^ p. 67.) L’alcool à hautes doses ag’iten produisantTanémiecérébrale : d’oCila cessation du délire. Pour ce qui concerne la température du sang*, nous y reviendrons à propos des fièvres dites malig'nes.

Ce mode de traitement a été appliqué non-seulement dans la pneumonie, mais encore dans la pleurésie, où il est moins nettement indiqué, à cause de la moindre intensité de la fièvre en g-énéral et du caractère subaig'u de l’affection. 11 y aurait lieu de l’employer dans d’autres maladies fébriles, peut-être dans le rhumatisme articulaire aig*u: cependant, remarquons-le en passant, dans cette dernière affection, la température s’élève rarement très-haut, à cause des sueurs profuses et de la déperdition de chaleur qui en résulte.

On a parlé beaucoup, à ce propos, de la tolérance des malades pour l’alcool. On a cité des jeunes filles, de bonnes relig*ieuses , novices dans l’usag'e des liqueurs fortes, et qui n’en étaient pas autrement incommodées. Peu nous importe cette question d’habitude ou d’inexpérience, qui ne peut d’ailleurs être tranchée. La soi-disant tolérance est ici ce qu’elle est ailleurs. «Elle consiste d’ordinaire, dit M. le professeur Sée, dans la non -absorplion des médicaments à cause de l’inertie, de la paralysie des org-anes. Donnez de l’émétique à haute dose à un pneumonique en état de dyspnée et d’asphyxie : l’absorption ne se fait pas. Donnez à des cholériques des g-rammes d’opium ; ils ne 1 absorbent pas. Mais vienne la période de réaction, le rétablissement de la circulation.

et le malade périt empoisonné en même temps que g'uéri. C’est ainsi que s’explique aussi l’antag*onisme de l’opium et de la belladone: c’est une soi-disant tolérance, en vertu de laquelle l’individu empoisonné par l’opium et asphyxié, avale sans les absorber des doses énormes de belladone, quitte à en périr ensuite, en cas de rétablissement des fonctions» (1).

En ce qui concerne l’alcool, il est remarquable que les habitants du Nord en g’énéral, et en particulier les Angolais, en 'supportent des doses considérables. Autrefois on trouvait cela tout simple: l’alcool étant ceg’ardé comme un aliment respiratoire, était directement recommandé aux habitants des pcMes. Et on no voyait pas pourquoi les Esquimaux n’auraient pas préféré l’eau-de-vie à l’iiuile de poisson et aux g*raisses. II y a là d’abord, une affaire d’habitude, d’accoutumance. Puis les sécrétions et surtout celle de l’urine étant plus active dans les pays froids, l’alcool s’en va plus facilement. Enfin, l’inconvénient réel pour les pays chauds, c’est son accumulation dans le foie, org'anesi susceptible dans les climats tropicaux. Remarquons d'’ailleurs que le foie des Ang*Iais n’est point exempt de ces épreuves: gin drinkcrs Iivfn\ foie des buveurs de g*in, tel est chez eux le nom de la cirrhose,

Fièvres intermiUentes . — On sait de quoi il s’ag’it dans . la malaria. Le miasme maremmatique, quel qu’il soit, s’emmag’asine dans la rate, et de là détermine périodiquement des poussées, des exag’érations du processus d’oxydation, en un mot la fièvre.

(1) Sëe, Cours de tliërapeutiquc, 1808, et Chronique médicale de la Charité, 1809, inédits.

M. le professeur Sée a exposé d’une manière trèscomplète les phénomènes qui caractérisent l’accès [loc. cit.). Déjà une demi-heure avant le frisson, il y a élévation de la température, comme Tavait déjà vu au siècle dernier de Haën, le prédécesseur de Stoll à l’école de Vienne. En une demi-heure, la température monte de 2"; en deux heures, elle peut atteindre 41®,.^. L’individu ainsi échauffe à l’intérieur, éprouve à la surface une sensation de froid bien explicable, par l’interversion relative des rapports. Très-rapidement, il ressent cette douleur qui va commencer le frisson. Par l’action réflexe et aussi par l’action directe d’un sang* trop chaud sur les nerfs vaso-moteurs, il va se produire une excitation g’énérale. a) Excitation des vaso-moteurs: contraction des artérioles de la peau, nouvelle cause de refroidissement, pâleur mortelle, à moins que les veines ne soient pleines de sang’, d’où stase veineuse, cyanose. — b) Excitation et tumulte du cœur qui bat d’une façon désordonnée. — c) Excitation des nerfs moteurs, d’où chair de poule, claquement de<i dents (nerf maxillaire inférieur) , face grippée, (nerf facial), tremblement g’énéral et recroquevillement, dyspnée, voix cassée, etc.

A l’excitation succède comme toujours la détente, le relâchement; la chaleur centrale se répartit à la surface (stade de chaleur).

Puis, en raison de la dilatation vasculaire g’énérale et superficielle, sueur, évaporation considérable, refroidissement interne et g'uérison (stade de sueur ou de déclin). Le thermomètre en deux ou trois heures redescend de 41°, 5 à 37°, 5.

Nous avons vu plus haut que Lanzoni , Albrecht et

d’autres avaient employé l’eau-de-vie avec succès dans le traitement de la fièvre intermittente. Gela fut g*énéralement abandonné. Lu 1860, seulement, M. Jules Guyot (I) vanta de nouveau l’alcool dans la malaria. M. Burdel (2), puisM. Hérard (3) insistèrent aussi sur l’action de l’eau-de-vie pour enrayer l’accès même commencé. Il y a là un fait très-réel, vu plusieurs fois, et confirmé encore par l’observation suivante qui nous a été communiquée par M. le D' Reg*nard.

Observation VI.

X , demeurant rue des Écoles, contracta,

en septembre 1868, une fièvre intermittente des plus tenaces après un séjour de deux semaines dans le Limousin. Rentrée à Paris, les accès se continuèrent avec une g'rande intensité d’abord, de plus en plus faibles ensuite, mais tellement persistants qu aujour d’hui (mai 1869) on ne peut affirmer la gaiérison parfaite; le type étoit double-tierce. Le sulfate de quinine fut donné à plusieurs reprises, le vin de quinquina prodig-ué. La fièvre s’arrêtait, puis reparaissait

huit, quinze jours après, etc.

A plusieurs reprises, au moment où l’accès débutait, nettement caractérisé pas un frisson extrêmement intense et prolong’é, j ’administi lÎ 1 alcool, sous

^1) J, Guyot, De l’emploi de l’alcool comme méthode abortive

des lièvres d’accès. Union médicale, 1860.

(2) Burdel, De l’emploi des spiritueux dans le traitement des

lièvres palustres. Idem, 1862.

(3) Hérard, De l’utilité des boissons alcooliques au début des lièvres intermittentes. Gazette des hôpitaux, 1861.

forme de cog’nac, à la dose de 100 grammes (en deux fois, à dix minutes d’intervalle). L’accès fut toujours notablement diminué, deux ou trois fois presque complètement supprimé , de sorte que la malade, ordinairement forcée de s’aliter, put vaquer à ses occupations ordinaires.

On ne peut allégrier la diminution prog’ressive et naturelle des accès, d’autres .se montrèrent postérieurement avec la plus g’rande intensité, l’alcool n’ayant pas été donné.

Cette observ^ation mérite d’ailleurs d’être donnée dans tous ses détails lorsque la g’uérison pourra être considérée comme complète. Outre cette persistance sing’ulière d’une fièvre intermittente simple se prolong’eant à Paris près dune année, il y a eu, sous l’influence ded’oxvchlorure de sodium, une diminution considérable du volume de la rate. Ce médicament fut administré sur les indications de M. le D‘‘ Pardessus (de la Motte -Beu vron) , qui me dit en avoir retiré des effets merveilleux dans le traitement des fièvres rebelles de la Sologme.

On voit, d’après cela, quels services peut rendre l’alcool dans le traitement de ,1a malaria. 11 ne faut pas espérer extirper la fièvre ; son action paraît être essentiellement po,ssag’ère, antipyrétique, directe et rapide; son emploi est extrêmement simple, et en attendant la cure radicale, les malades peuvent souvent, sinon toujours, supprimer ou atténuer considérablement les accès en avalant un verre à bordeaux de rhum ou de cognac au moment où le frisson commence à les saisir.

Pnohémie, — • Nous la plaçons à côté de la fièvre, intermittente, parce qu'elle s’en rapproclie au point de vue de la marche de la température, La cause de l’incendie, l’étinoelle qui met le feu à la maison , ce n’est plus iei un miasme vég*étal , extrinsèque, c’est une plaie, une ulcération , un miasme ou mieux un virus intrinsèque provenant de l’org'anisme même en désintég’ration. En face d’une ascension thermométrique pouvant aller aussi de 37 ou 38, à 41° ,3 en quelques heures, il faut évidemment song’er à l’alcool. Voici un fait d’une extrême importance à cetég’ard :

Observation VII (1).

.le dois citer l’observation que j’ai recueillie d’une femme qui , au troisième jour de sa couche, avait été prise de frissons , lesquels continuaient, malg’ré le sulfate de quinine, jusqu’au quatorzième jour. Ce malindà , à la visite , nous la trouvâmes en proie à un de ces frissons violents qui font trembler le lit des malades; la face terreuse, jaunâtre, était profondément décomposée. Le pronostic le plus fâcheux était porté. 100 g’rammes d’eau-de-vie administrés firent cesser le frisson et tomber la fièvre. Le moyen fut conlinué : â peine quelques frissons parurent-ils, encore à intervalles irrég*uliers; les forces revinrent, et tout finit par l’ouverture d'un vaste phleg’mon dans le rectum.

Nous oserons, à l’encontre de M. le professeur Béhier, appeler cette observation pyohémie^ faute d’une autre étiquette. Il y a eu certainement là des bouffées d’infection purulente doublement expliquées par l'éclat

(l) Béllier, Dict. encyclop., article Alcool (ihdrapeulique),

puerpéral et par l’abcès en formation dans le bassin. C’est pourquoi nous appelons l’attention de tous sur un cas dont M. Béhier n’a peut-être pas fait ressortir toute l’importance : l’alcool à haute dose devrait être essayé et administré plus souvent dans l’infection purulente, où l’on se contente de l’appliquer en lotions sur la plaie, ce qui ne remplit pas le but le moins du monde. Plusienrs chirurg'iens donnent avec raison l’alcool à leurs opérés : la fièvre traumatique est ainsi combattue.

Fièvre de ï angiocyolite suppurée et fièvre uréthrale. — L’ang'iocholite calculeuse suppurée est, comme on sait, l’inflammation des canaux hépatique et cholédoque et des voies biliaires, des voies hépatiques. Monneret a bien décrit cette maladie, mais sous le nom impropre de cholécystite. Il survient une altération de la bile, de petits abcès multiples et des ulcérations des canaux biliaires; puis, comme phénomènes symptomatiques, des frissons suivis de fièvre, de véritables accès de fièvre intermittente , accès en différant, du reste, non-seulement par la cause, mais par l’irrég'ularité des périodes. C’est évidemment la bile altérée, mêlée au pus, qui, résorbée, produit ces accidents. 11 y aurait heu, croyons-nous, d’essayer l’alcool dans le traitement de ces accès fébriles, qui surprennent d’autant plus qu’ils sont plus irrég-uliers dans leur périodicité.

Les accidents dits de fièvre uréthrale, sont évidemment du même ordre. Il y a là non pas de l’ammoniémie, bien que ce mot soit employé, mais résorption de différents matériaux mal connus , de désintég-ration : frisson et fièvre. Nous disons que ce ne

j3eiit être l’ammoniaque qui produit ces accidents, puisqu’il diminue au contraire la température, comme l’a montré Billroth. Là encore nous croyons que l’alcool pourrait rendre des services, et nous nous proposons de l’employer à l’occasion.

Fièvre thphrJide et fièvres éruptives. — Nous ne pouvons évidemment exposer ici tous les faits intéressants et de découverte récente relatifs à ces maladies. La tâche serait facile cependant; nous n’aurions qu’à suivre M. le professeur Sée dans le très-complet et trèslucide exposé qu’il en a donné à son cours de thérapeutique (1868) et tout récemment à la clinique de la Charité. Nous lui emprunterons seulement les faits indispensables à connaître pour l’ap[)lication rationnelle de l’alcool au traitement de ces fièvres.

Il faut tout d’abord établir une dichotomie indispensable et des plus naturelles. D’une part, ces fièvres peuvent être plus ou moins g-raves ou bénig’nes, mais au moins rég-ulières et d’apparence normale; d’autre part, elles peuvent présenter les caractères de \o. malignité.

C’est surtout dans les Hèvres éruptives et particulièrement dans la scarlatine et la variole que l’on observe ces divers caractères. Or, qu’est ce qu’une fièvre malig’ne, qu’est-ce que la malig’nité? Est-ce un mot vide de sens, ou correspond-il au contraire à une réalité?

On peut, avec M. le professeur Sée, réduire à deux les formes des fièvres maligmes (l). Les unes sont caractérisées par des phénomènes cérébro-spiiiaux^ les

(i) Clinique médicale de La Charité, avril et mai 1869.

autres par des hémorrhar/ies. Laissons de côté pour le moment les fièvres hémorrhag-iques qui n’ontpas trait à notre sujet.

Les phénomènes cérébro-spinaux caractéristiques des fièvres malig'nes, consistent, comme on sait, en des alternatives d’excitation et de dépression, de délire furieux et de coma, d’ataxie et d’adynapmio : tout cela comparable aux effets de l’excitation considérable et prolong’ée des nerfs et du système nerveux. Nous croyons avec j\L Sée, avec M. Liebermeister (1), que ces faits sontle produit direct de l’élévation considérable de la température.

Lorsqu’on élève la température d’un animal à 41, 42” dans une étuve, on voit survenir des phénomènes analog’ues, nous devonspresque direidenliques à la fièvre : ag;itation, accélération du pouls, puis prostration, mort.

Qu’on veuille bien ne pas confondre avec la chaleur sèche. Des individus ont pu demeurer quelque temps dans des fours chauffés à plus de 50° et parfaitement secs; la réfrig*éralion se produit en raison directe de cette température énorme, parla peau et le poumon. Mais que l’air soit saturé de vapeur d’eau rendant la réfrig’éralion impossible, il en sera tout autrement : la température interne s’élèvera à 41, 42“ et on a vu des Individus succomber de cette façon dans un bain trop chaud (Charcot).

Pour l’animal dans l’étuve, il succombera au moment où sa température dépassera de 5” son taux normal : l’oiseau à 47“, l’homme à 42”. Nous savons en

(1) Liebermeisler , Uebev die aniipyretische Wirkung der Cliinin. Arcliiv für klin. Med., 1867.

effet que l’homme ne peut dépasser la température de '• 42® dans les maladies sans que la mort survienne. La mort paraît arriver par le dédoublement de la fibrine musculaire du cœur, par une coagadation de la myosine, une véritable rig'idilé cadavérique anticipée ; et si bien cadavérique, que, dans ce cas, le retour à la vie est impossible.

Sous l’influence d’une élévation considérable de la température, le système nerveux subit une excitation considérable, bientôt remplacée, comme toujours, par une dépression : à 40® déjà le phénomène se produit; à 41®, nouvelle excitation suivie d’une nouvelle dépression et ainsi de suite.

Et ainsi, la maliijnité pour ce qui concerne les phénomènes cérébro-spinaux, n’est rien autre chose que l’excès de la température.

Maintenant, pourquoi cet excès? Il peut tenir évi- | demment à une prédisposition individuelle. Mais il tient très-probablement aussi à la nature du virus, du poison. Qui empêche d’admettre que, suivant telles circonstances de production^ de nature, il soit ^ plus énerg’ique dans certains cas que dans d autres . du moment qu’il ag*it en élevant la température, on ^

comprend qu’il l’élève plus ou moins suivant ses pro- !

priétés jjyrogènes plus ou moins prononcées, quoique j analoo'ues. Ne voyons-nous pas à chaque instant des i épidémies de fièvres typhoïdes extrêmement bénig-nes j et lég-ères à côté d’autres à mortalité eflroyable? Sans j

connaître le exact, il ne répugme point j

d’admettre des deg*rés dans la nocuité des virus. |

Quoi qu’il en soit, et jusqu’àplusampleinformationi j

l’alcool ne paraît pas sui lisant dans les cas de mali-^ ,

g*nité, d’élévation considérable de la température. Nous pensons, avec M. Sée, que l’hydrothérapie surtout est indiquée en pareil cas.

Au contraire, dans les fièvres typhoïdes et éruptives non malig'nes, il pourra rendre dans certains cas de réels services, quoi qu’en dise Gairdner (1) et le l/Wilks (2). Tweedie(3), cite au contraire un cer tain nombre de fièvres continues qui avaient été améliorées et meme gaiéries par l’alcool. Quant aux faits du D'' Wilks, ilssont comme non avenus; cet auteur cite, en effet, 11 guérisons de typhus abdominal sur 12, obtenues sans le secours des stimulants : c’est ainsi qu’il désigne l’alcool. Or, le pouls n’a pas dépassé 100 pulsations dans tous ces cas, la température 98" Fareinheit (?) : soit 37”, 2 environ (dans l’aisselle probablement). Dans tous les cas, il s’agissait de fièvres légères.

L’alcool pourra être employé aussi pour abaisser la I température dans le cas de variole, de scarlatine non imalig’ne, mais à fièvre cependant assez marquée, IM. BéhierditTavoiremployé plusieurs fois avec succès tdans V érysipèle.

5 2* — De l’emploi de l'alcool dans les maladies du poumon., des centres nerveux., etc.

La plus grande et la meilleure part de notre tâche lest terminée. En dehors des maladies fébriles et des

(1) tiairdner, Facts and conclusions as to the use of alcoholic sstimulants in typhus, in The Lancet, 1804. j (2) Wilke, Fwelve cases of typhus and typhoîd fever, treated Kwithoutli stimulants, in The Lancet, 1863.

(3) Tweedie, On the the of stimulants in treatmentofcontinuéd iTever. The Lancet, 1860i

applications chiriirg’icales déjà étudiées, l’emploi de l’alcool est plus souvent banal, irrationnel, aussi mal justifié par la pratique que contre indiqué souvent par la théorie.

La pklhisie a été dans une certaine mesure traitée par l’alcool. Cela reposait sur le soi-disant rôle d’aliment respiratoire attidbué aux liqueurs fortes. A petites doses, il peut n’a’.oir pas d’inconvénients: pas de grands avantag’es, jusqu’à plus ample information. iVl. le D’’ Tripier (1) l’a préconisé contre les vomissements des tuberculeux. Le fait, comme le remarque iM. Sée, est ici complexe, et le succès ne suit pas toujours une pareille pi*atique.

Il n’en est pas de meme des vomissements de la grosesse. L’alcool a été employé avec succès: il paraît ag’ir en activant, comme nous l’avons vu, la sécrétion du suc g’astrique.

On l’a donné d’une façon toute empirique, et sans savoir pourquoi, contre les accès d’asthme : c’est une pratique évidemment insig’nifiante pour ne rien dire de plus.

' Le choléra., personne ne l’igmore, a été etest encore actuellement traité par l’alcool, et souvent à haute dose. Mag’endie a surtout préconisé cette méthode dès 1832: depuis elle a été g'énéralement appliquée (2).

(1) A. Tripier, De l’eau-de-vie dans la phthisie. Bulletin de thérapeutique, 1804.

(2) Voyez Martin-Lauzer, Journal des connaissances médicochirurg., 1834.

Jules Guyot, Union médicale, 1849 et 1800. |

Louis Lelbrt, Du traitement du clioléra chez les enfants et notamment de la période algide, par les alcooliques. In Revue de ; thérapeuti(|ue méd.-chir., 1834.

Nous ne voulons pas insister: mais il est clair que cette pratique, fondée sur un empirisme g’rossier, n’a pas porté les fruits qu’on en attendait, tant s’en faut. Que quelques verres de vin de Champagme, surtout quelques cuillerées de rhum ou d’eau-de-vie, soient utiles pour réveiller la circulation périphérique, cela est possible. Mais que l’on fasse avaler à un cholérique des verres de rhum à n’en plus finir, voilà ce que condamnent à la fois la pratique et la théorie. Que fait-on autre chose que réfrig'érer encore un malheureux, dont la température est déjà déprimée au delà de toute expression.

On sait d’ailleurs quels succès suivent ces absorptions de verres de rhum réitérées. Heureusement, dans la plupart des cas, l’effetproduitestnul detous points: et cela, en vertu de cette fameuse tolérance sur laquelle on s’extasie, et qui n'est rien autre que le manque d’absorption du médicament pour cause d’asphyxie. Nous nous sommes déjà expliqué sur ce point.

Plus sérieux est l’emploi de l’alcool dans les hémorrhagies. C’est principalement dans celle de la matrice qu’il a été préconisé, par les Angolais d’abord, puis en France par plusieurs médecins (1). On l’a donné non-seulement à l’intérieur, mais aussi en lavement. M. le professeur Pajot cite un cas où il est parvenu à arrêter une métrorrhag’ie des plus g*raves. Il faut admettre, dans ces cas-là, l’ischémie habituelle produite par les alcooliques à haute dose.

(t) Ingleby, A practical treatise on uterine hemorrhagy. London, 1832.

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