‹ De l'alcool au point de vue toxicologiqueChapitre 10 sur 13 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

Nous allons traiter dans notre dernière partie de l’absorption et de l'élimination de l’alcool. Sujet de controverse des savants, c’est certainement là le point le plus intéressant et le plus délicat de notre thème, parce qu’il n’a pas encore été complètement éclairei. |

L'alcool étant introduit dans le corps, qu'y devient-il ? Subit-il des altérations ou après avoir accompli une simple promenade à travers notre organisme est-il expulsé en totalité ou seulement en partie ?

Avant d'aller plus loin,nousindiquerons les divers procédés suivis pour découvrir l’alcool dans l'organisme. Les substances à examiner doivent être analysées le plus rapidement possible. Après les avoir délayées dans un peu d’eau, on les introduit dans une cornue et on recueille dans un récipient entouré d’un mélange réfrigérent le tiers environ de la masse contenue dans la cornue.

Le liquide plus ou moins coloré est rectifié par une nouvelle distillation dont on ne recueiile encore qu’un tiers. Ce liquide desséché sur du carbonate de potasse fournit à une troisième distillation à peu près tout l'alcool contenu dans les matières pareïllement traitées.

Cette liqueur doit brûler avec une femme bleue peu éclairante, l’éther brûle avec une flamme plus brillante et donne de plus du noir de fumée.

Une autre portion, neutre au papier de tournesol, doit donner sous l'influence oxydante de la mousse de platine une solution acide (formation d'acide acétique). Cette réac-

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Lieben se sert, pour caractériser l’alcool de la propriété qu'a celui-ci de se transformer en iodoforme sous l’action de l’iode et de la potasse. Bien que d’autres composés organiques fournissent de l’idioforme avec ces deux réactifs combinés, Müntz affirme que c’est la réaction la plus sensible. Il chauffe un peu sa liqueur avec de l’iode et du carbonate de potasse, laisse déposer 24 heures, puis décante et examine au microscope ; il serait arrivé ainsi à découvrir dans l’eau 1/1,000,000 d'alcool.

Ritter introduit dans l'appareil à distillation 2 ou 3 centimètres cubes d’acide sulfurique concentré ; puis, après quelques minutes d’agitation, il ajoute quelques gouttes d’acide butyrique, il se produit de suite du butyrate d’éthyle qui se révèle par son odeur marquée de fraises.

Lallemand, Perrin, Duroy introduisent leurs matières dans un ballon à deux tubulures ; par l’une, passe un tube qui plonge jusqu'au fond du vase et donne passage à un courant d’eau; l’autre est remplie par un second tube ne dépassant pas le bouchon et aboutissant par l’autre extrémité à un ballon contenant de la chaux vive ; celui-ci communique avec un second ballon plus petit également à chaux vive, enfin, ce dernier est relié à deux tubes successifs renfermant un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse (50 gr. d'acide pour À décigr. de sel). L’appareil étant ainsi disposé, on chauffe au bain-marie le premier ballon, en faisant passer un courant d’air à travers les matières suspectes. Sous l'influence de la chaleur, le courant d’air entraînera les liquides alcooliques qui, se desséchant sur la chaux, iront produire dans les tubes à réactifs une teinte verte caractéristique, provenant de la réduction du

chromate et de la formation du sulfate de chrome qui est vert.

Tout ce que nous venons de dire se rapporte à l’alcool vinique ; mais les mêmes méthodes pourraient servir à isoler les autres alcools qu’on caractériserait après par leurs réactions propres. Ceci posé, montrons les diverses opinions émises par les auteurs sur le rôle des boissons spiritueuses dans l’organisme.

Bouchardat et Sandras qui ont fait sur l'absorption de nombreuses et intéressantes recherches, ont constaté que le premier temps de la digestion qui consiste dans une dissolution manque pour les alcools, comme il manque aussi pour les corps gras. Les boissons alcooliques ne subissent dans l'appareil digestif d’autres altérations que d’être étendus par le suc gastrique, la salive et les autres liquides qui peuvent s’y trouver. L’absorption s'effectue par les orifices des veines: c’est particulièrement dans l’estomac qu’a lieu cette absorption ; elle peut se continuer dans tout le reste des intestins, les vaisseaux chylifères n’y contribuent en aucune manière. La rapidité de l'absorption dépend des surfaces avec lesquelles le liquide est en contact et du degré de concentration. Bouchardat et Sandras, ayant fait prendre 20 gr. d'alcool à une poule, n’en retrouvèrent plus, dans les difrérents liquides du corps ou de lavage, que 5 grammes. Les trois quarts avaient été absorbés dans l’espace de 20 minutes. Dans un grand nombre d’autres circonstances, ils en constatèrent la présence dans le sang, mais pas en assez grande quantité pour pouvoir le doser.

Un coq ayant été nourri pendant plusieurs Jours d’une soupe faite avec de l’eau contenant un quart d’alcool, fut pendant tout ce laps de temps dans une ivresse continuelle. La couleur de sa crête se fonçait de plus en plus, indiquant une asphyxie prochaine. Le sang noir avait une odeur alcoo-

lique caractéristique; cependant on ne put pas encore, même approximativement, en doser la quantité, mais sa présence ou du moins son passage rapide dans le sang était indiscutable. L'alcool a d’ailleurs été constaté en bien d’autres endroits de l’organisme. Ogston l’a rencontré dans la sérosité des ventricules cérébraux; Perrin et Duroy l’ont trouvé dans la vésicule biliaire ; Klencke, Lallemand, l’ont constaté dans l'urine ; Béchamp l’en a retiré. D’après Schulinus, un grand nombre d'organes s'emparent de l’alcool après son ingestion avec une telle rapidité qu’on n’en trouve plus de traces, et c’est quand ces parties sont saturées que l’alcool se montre dans les liquides sanguins, le cerveau, les reins. C’est alors aussi sans doute qu’on en trouve dans l’airexpiré.

Faut-il conclure de toutes ces opinions que l'alcool est totalement éliminé à l’état naturel ? C’est la thèse soutenue par Lallemand, Perrin, Duroy et Ludger.

Leurtravaillà-dessus présenté à l’Académie des Sciences, obtint les honneurs d’un prix Monthyon.

Voici comment concluait le rapport de la commission qui leur accordait cette récompense : ces savants ayant cherché s’ils retrouvaient les produits de combustion de l’alcoo! dans organisme, savoir l’aldéhyde, l'acide acétique ou l’acide carbonique, se sont crus autorisés à conclure devant les réponses négatives de toutes leurs expériences, que l’alcool ne devait pas être considéré comme un aliment ou une substance assimilable, mais bien comme corps excitant localement les tissus. À cela Bouchardat et Sandras ont répondu : «Nos expériences nous ont conduits à conclure que la plus faible partie de l'alcool absorbé par un homme était éliminée en nature, que la plus grande portion était détruite et convertie en acide carbonique et en eau.» Comme on le voit, la divergence d'opinions ne peut être plus complète.

Mialhe, Gallard, Legros ont admis avec Liebig que l'alcool

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