‹ De l'alcool au point de vue toxicologiqueChapitre 11 sur 13 · RU ETES · texte numérisé non relu

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subiss ait à l’intérieur une véritable oxydation. Si, en effet, Perrin, Duroy, Lallemand et Ludger ont retrouvé l'alcool dans les sécrétions, ils n’ont jamais prétendu avoir retrouvé tout celui qui avait été ingéré. La quantité retrouvée s’en éloigne même assez pour que la science ait le droit de demander et de rechercher ce qu’est devenu la dose qui manque. Dans ces conditions peut-on affirmer que tout l’alcoo! est brûlé, transformé dans l'économie, ou totalement éliminé en nature ? |

Gubler ne penche pour aïcune de ces opinions, et nous pensons qu'en cela il doit se rapprocher de la vérité. Il y a, dit-il, du vrai dans ces deux théories. L'alcool s’élimine en nature quand l’économie en est saturée; mais lorsqu'il est pris à petites doses, il est complètement brâlé, et l'oxydation est d’autant plus rapide et plus complète que la quantité absorbée est plus faible.

Rabuteau admet l'élimination en nature, s'appuyant sur ce fait, que si l'alcool était brûlé, il en résulterait une élévation de température, tandis qu’on remarque le contraire. Mais pour Parker et Wollowicz, il n’y aurait jamais chez l’homme cet abaissement de température : seulement, selon eux, cette perte de chaleur serait due, ainsi que la diminution de nutrition, aux modifications éprouvées par les globules rouges qui, sous l’action de l’alcool, subissent une espèce d’asphyxie. Avant d'essayer de nous faire une idée à nous, au milieu de toutes ces opinions diverses, nous citerons encore les idées émises sur ce même sujet par plusieurs auteurs. Voiciun extrait de Cohn recueilli dans l'Annuaire de thérapeutique: des expériences récentes ont appris qu’à la suite de l'usage des boissons alcooliques, une partie del’oxygène est soustraite à la fonction normale de la respiration, et que par suite une certaine quantité des substances qui devaient être oxydées demeurent dans l'organisme sans avoir subi cette

LS ONE transformation, ou en sont trop tôt éliminées avant d’avoir subi toutes les transformations nécessaires.

Si, chez un individu, dont les poumons élaborent déjà les éléments de la nutrition avec une quantité moindre d’oxygène, une portion des poumons devient, par suite de cette infiltration, inapte à être pénétrée par ce gaz, il devient alors: très compréhensible que le sang se surcharge peu à peu de substances dont l’excrétion serait nécessaire, et que l’existence postérieure de l’organisme doit être sérieusement menacée. Une seconde cause est la transformation de l’alcool en aldéhyde, composé qui arrivant saus cesse dans la circulation, affecte le système nerveux. Ainsi pour Cohn, il n’y a pas de doute, non seulement l’alcool est brûlé, mais aussi il passe par la transformation intermédiaire, l’aldéhyde, et dans ce cas, Cohn n’exagère pas les perturbations que ce nouveau corps peut engendrer.

En effet, Lussana et Albertoni assurent dans leur ouvrage (Sull'alcoot, Sul! Aldehyde et sugli eteri ænici, décembre 1874) qu'il suffit de 0 gr. 70 d’aldéhyde par kilo de viande pour amener chez un individu des accidents mortels. De leur côté, Dujardin-Baumetz et Audigé, que nous avons eu souvent à citer, sont arrivés dans leurs expériences à peu près au même résultat. Pour eux, l’aldéhyde serait même plus toxique que l’alcool amylique.

Poar le cas particulier de l’alcool amylique, Cros, dans sa thèse remarquable, se posant la question de l'élimination a, dit-il, cherché vainement la présence de l’aldéhyde valérique, mais il ajoute sagement: « N'ayant pas retrouvé la quantité absolue d'alcool absorbé, je n’en conclus pas qu’il n’y ait pas eu de combustion.»

Nous arrivons enfin à un travail beaucoup plus récent et plus affirmatif, nous voulons parler de la Transformation de l'alcool dans l'organisme par M. Jaillet (voir l’ Annuaire thé-

D PIS rapeutique 1831). Voici d’abord quelques-unes des expériences qu'il rapporte et que nous ne pouvons passer sous silence : le sang défibriné et additionné d'alcool conserve pendant plusieurs jours sa propriété de pouvoir absorber l'oxygène en reprenant sa couleur vermeille ; si ce sang se trouve continuellement dans une atmosphère de ce gaz, lorsque cet oxygène a été absorbé et que le vide s’est, par suite, fait dans l’appareil, le sang redevient noir pour reprendre sa couleur primitive par une nouvelle addition dece gaz qui s'oppose à la fermentation putride pendant tout le temps que dure l’expérience. Dans ces conditions, 0,80 centimètres cubes de sang ayant absorbé près de trois litres d'oxygène, à la température de 50°, l'alcool dont on avait constaté primitivement la présence dans ce liquide, se trouva transformé en acide acétique. Dans une autre expérience, prenant du sang privé de globules et d’hémoglobine, celui-ci ne jouissait plus de la propriété de transformer l’alcool en acide acétique ; il en conclut que les globules sanguins, ainsi que l’avait déjà avancé Pasteur, constituent une cellule ferment, analogue au mycoderma-aceti, capable d’oxyder l'alcool dans l’organisme.De plus, sil’on considère que les conditions particulières que présente l’économie animale, sont beaucoup plus favorables à ces oxydations, que ne le sont celles des milieux chimiques ordinaires, il n’y aurait pas lieu de s’étonner de la difficulté à retrouver les produits d’une oxydation si complète et si rapide. Partant de là, M. Jaillet constitue alors la théorie suivante: l’alcool ingéré par voie stomacale se détruit en partie, grâce aux ferments avec lesquels il se trouve en contact immédiat : salive, suc gastrique, suc pancréatique ; grâce aussi, peut-être, à l’action mystérieuse du foie. De cet organe, le reste de l’alcool arrive au cœur et se porte ensuite aux poumons où une faible partie est éliminée en nature, la

EHO0E presque totalité se transformant en acide acétique au moment de l’hématose.

Pour expliquer l’odeur acide et éthérée de lhaleine de l’homme ivre, il faut admettre que l’oxydation a lieu en grande partie dans la circulation pulmonaire et que ce n’est que dans les produits de l'expiration qu'il faut rechercher l’aldéhyde, si toutefois il s’en forme. Il ne faut pas s’étonner si MM. Duroy, Périn, Ludger et Lallemand, trouvaient l’alcool en nature et en assez grande quantité. Ils l’introduisaient par la voie hypodermique; de sorte qu’il arrivait plus vite au cœur et en plus grande abondance, ayant évité les ferments de l'organisme.

Tandis que de leur côté, Bouchardat, a die Liebig, administraient dans leurs expériences une trop forte dose d'alcool, l’intoxication se produisait de suite en revêtant une forme plus ou moins grave, toutes les fonctions se ralentissaient, diminuant ainsi les conditions favorables à la combustion.

M. Jaillet continue:

L'alcool asphyxie sans être toxique par lui-même. En effet, pour se transformer en acide acétique, l'alcool a utilisé l’oxygène que les globules devaient transporter aux tissus et a diminué par ce fait les combustions de l’économie; à un moment donné, il empêche même l’hématose, parce que la formation incessante de l’acide acétique neutralise l’alcalinité du sang; d’un autre côté, la destruction de ces acétates, la décomposition des carbonates par l’acide acétique augmenlent la production de l’acide carbonique dans ce liquide, qui, n'étant plus alcalin, ne peut plus fixer ce gaz. Celui-ci s’accumule donc progressivement et ne permet plus les échanges gazeux; la mort deviendrait donc une asphyxie par l’acide carbonique. On comprend par ce qui précède, l’usage des sels alcalins dans cet empoisonnement. L’ammoniaque, le sel

UaST es

de Vichy à haute dose combattent en effet très bien l’action nocive de l'alcool. Les inhalations de l’oxygène découlent aussi de ce qui précède.

Cette théorie permet d'expliquer ce fait curieux et constaté, nous voulons parler de la diminution de l'acide carbonique exhalé, alors que cette quantité devrait augmenter, si l’alcool se transformait subitement en acide carbonique ainsi que le prétendent les partisans de la combustion.

Cherchons donc au milieu de toutes ces opinions si diverses, si opposées, et pourtant fondées toutes sur des expériences, basées sur des recherches patientes et des observations sérieuses, cherchons à nous faire une idée propre, découlant de nos connaissances actuelles.

- Nous avons vu que les partisans de l'élimination en nature, s'ils ont trouvé de l’alcool dans l’organisme et dans les diverses sécrétions, n’ont jamais retrouvé la dose administrée; de leur côté, les savants qui comme Liebig et Duchek en font seulement un aliment respiratoire, ou un aliment en partie élaboré, comme Bouchardat et Sandras, ne pouvant nier l'élimination partielle en nature, disent oui. L'alcool s’élimine en nature, mais alors seulement que tout l’organisme en estsaturé ; tout ce qui peut être retenu l’est, le reste est rejeté.

Voulantalors rechercher ce qu'était devenue la liqueur disparue, on à fait là dessus de nombreuses expériences qui n’ont jamais rien donné de positif. L’aldéhyde n’a pu être retrouvée, l’acide acétique aperçu quelquefois l’a été toujours en quantité si faible qu’on ne pouvait en tirer de conclusions; quant à l’acide carbonique, il diminuait dans la respiration. Nous avons vu comment Jaillet explique ce phénomène, mais cette théorie étant toute nouvelle, les partisans de l’élimination n’eurent pas à y répondre, et tandis que leurs adversaires ne faisaient plus de ce problème qu’une question de double pesée entre l'alcool absorbé et l'alcool éliminé, ils

Le AOL disaient de leur côté: s’il y a combustion, il devrait y avoir aussi élévation de température et c’est l'inverse que l’on à constaté.

Nous ignorons à quelmoment de l'expérience ces derniers ont pris la température du corps pour y observer un abaissement; pour nous, nous pe croyons pas à cette descente immédiate du thermomètre. Qu'un froid, assez sensible pour être signalé, se produise à un certain moment et dans certaines conditions particulières, nous en sommes aussi persuadés; mais alors ce fait au lieu d’être une preuve contre la combustion, n’en est plus qu’une conséquence.

Prenons un ivrogne et regardons ce qui se passe: D'abord, lorsque la dose d’alcool absorbé est faible, il se produit une excitation locale de toutes les fonctions de l’organisme, excitation qui produit une élévation de température, une sensation externe de chaleur N'est-ce pas d’ailleurs pour réagir contre les rigueurs de leur climat, que les peuples du Nord prennent des liqueurs fortes ? 11 est évident que lorsque cet agent stimulant a été complètement transformé, il cesse d’agir et la chaleur retombe, mais retombe-t-elle au-dessous de la température primitive? c'est ce qui n’a pas été démontré.

Ce dernier fait est pourtant vrai dans un certain cas que nous allons examiner.

Lorsqu'on a donné à un individu une boisson alcoolique à dose toxique, voici ce qui se passe:

D'abord, toutes les fonctions sont excitées ; la respiration est plus forte et plus étendue, la circulation est plus active, plus rapide, le sang, lancé vers les extrémités, congestionne la face, une chaleur suffocante envahit tout le corps et l’ivrogne va dehors, se découvre, enlève ses habits, même par les grands froids et n’en éprouve qu’une sensation agréable de fraîcheur. Si, par hasard, il pénètre dans une salle chaude où, un foyer en activité et la respiration de plusieurs per-

Fe TO sonnes réunies ont augmenté la proportion d’acide carbonique, les symptômes d’empoisonnement ne tardent pas à s’accélérer. Le malade complètement abattu, privé du grand air vivifiant, s’affaisse sur lui-même.

N'est-ce pas là le fait d’une combustion intérieure !

Où les observateurs trouvent-ils done, dans ces diverses phases, l’abaissement de température qu’ils invoquent pour leurs théories ? Sans doute, il ne tarde pas à se produire ; mais voici comment et pourquoi : sous le fait de la combustion qui transforme l’alcool en acide acétique et celui-ci en acétate alcalin, l’acide carbonique s’accumule dans le sang qui ne s’hématose plus, s’épaissit, devient noir. La circulation diminue d'intensité, les muscles jouent difficilement, l’acide carbonique présent dans l'organisme se rapproche de plus en plus de la dose toxique, l'oxygène estimpuissant à lechasser et le jeu de la respiration devient de plus en plus pénible. Tous les phénomènes auxquels sont dus la chaleur animale, phénomènes qui proviennent du fonctionnement de notre système vital, diminuent par conséquent de vigueur. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la température baisse, mais cette perte de chaleur est due, comme nous l’avons dit, aux suites de la combustion de l'alcool.

Nous avions déjà émis cette opinion dans notre travail, quand nous avons été assez heureux pour la trouver confirmée dans un ouvrage du D'Gübler, ouvrageintitulé «Commentaires thérapeutiques du codex.» Nous lui cédons la parole : «Quand à moi dit-il, je pense que la destruction est d'autant plus complète que la quantité absorbée est plus minime, et que l'alcool ne passe en abondance à l’extérieur sans subir d’altération que lorsqu'il a été ingéré à doses immodérées et toxiques. Le ralentissement de la combustion et de la calorification n’est pas seulement démontrée. /{ est au contraire

— 4h — manifeste que le corps se réchauffé sous Pinfluence de doses hygiéniques. de boissons spiritueuses, en même temps que l’énergie musculaire est sensiblement accrue,»

L’argument contradictoire, tiré de la diminution de l'acide carbonique, est loin d’avoir toute la valeur qu’on lui prête, parce que cette diminution est transitoire et ne dure pas au-delà de quelques heures et parce qu’elle peut être due à une propriété particulière signalée en chimie, c'est-à-dire l’affinité de l'alcool pour l'acide carbonique, qu'il serait capable de retenir et de dissimuler dans l'organisme, ce qui, à la longue, peut produire l’asphyxie. Mais, pris à doses hygiéniques, cet accident n’est pas à craindre, parce que l'alcool se transforme par degrés et remet au fur et à mesure en liberté de nouvelles proportions de lacide carbonique préexistant.

On suppose que l’alcool passe successivement dans l’organisme à l’état d’aldéhyde, d'acide acétique et finalement d'acide carbonique. Le premier de ces dérivés n’a pas jusqu'ici été retrouvé; et quand à l’acide acétique, on ne sait si la faible dose isolée n’a pas une toute autre origine que l'alcool. C’est à peu près là ce que nous avions avancé nousmême.

Avant de conclure, nous avons voulu pourtant rechercher si nous ne retrouverions pas les premiers termes de la transformation de l'alcool ou tout autre dérivé de celui-ei. Nous avons pour celarepris l’expériences de Bouchardatet Sandras, en y apportant quelques modifications. L’odeur manifeste d’aldéhyde quedégage la respiration d’un homme ivre semble indiquer clairement la présence de ce corps dans les poumons, au moins d’une manière transitoire. On sait que l’aldéhyde entre en ébullition à 21°; la chaleur interne étant toujours supérieure à ce point extrême, il est évident que ce corps

RU doit se vaporiser et être expulsé dans l'acte de l'expiration; c’est là aussi que nous l’avons recherché.

À cet effet, nous avons pris comme Bouchardat et Sandras, des flacons laveurs de Woulf, au nombre de trois, mais tandis que Bouchardat se contente de faire arriver la respiration sur laquelle on expérimente dans ces flacons refroidis, nous les avons entourés d’un mélange réfrigérent, en même temps qu’à l’intérieur nous les emplissions à moitié d’éther sulfurique. C’est là une idée qui se présentait naturellement à l'esprit, car l’éther dissolvant l’aldéhyde devait la retenir à son passage à travers les trois flacons.

Un individu, qui s’était prêté volontairement à notre expérience, ayant été amené dans un état propre à la formation de l’aldéhyde, a, durant deux heures, envoyé aussi souvent que possible ses expirations dans notre appareil. Notre sujet n’avait pris que du vin marquant 10°2 à l’alcoomètre Gay- Lussac.. Nous avons nous-même renouvelé l’expérience en substituant au vin de la bière renfermant 3,1 p. 100 d’alcool.

Dans chaque cas nous avons fait passer lentement et longuement un courant de gaz ammoniac sec à travers l’éther saturé des produits de la respiration. On sait que dans le cas de la présence de l’aldéhyde, on aurait dû obtenir des cristaux d’aldéhydate d’ammoniaque. Les [réponses ont toujours été négatives. Devons-nous conclure de là qu’il n’y a pas formation d’aldéhyde ? Nous ne le pensons pas.

Des recherches plus minutieuses donneront probablement un jour de meilleurs résultats à un expérimentateur plus habile.

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