‹ De l'alcoolisme des diverses formes du délire alcoolique et de leur traitementChapitre 11 sur 25 · SYMPTOMES INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

SYMPTOMES INTELLECTUELS

Quand rintoxication se prolonge, soit d'une façon lente et progressive, soit après plusieurs rechutes avec accidents aigus, il reste souvent, ainsi que le fait remarquer M. J. Falret (1), quelques idées délirantes, des préoccupations hypochondriaques, des illusions et quelquefois même des hallucinations qui reflètent les caractères généraux des troubles sensoriaux et intellectuels des premières périodes, mais sans en avoir ni l'activité ni l'acuité ; les saillies délirantes s'émoussent, les réactions sont moins promptes, moins bruyantes, sans toutefois disparaître complètement. Les alcooliques chroniques, en effet, ne sont pas exempts de délire mélancolique et d'idées de suicide, mais ces troubles, je le répète, vaguement exprimés, ne sont que l'ébauche des accidents produits, au début de l'empoisonnement, dans l'alcoolisme aigu. Enfin chez quelques malades il survient par périodes irrégulières, avec ou sans nouveaux excès, de la turbulence, une excitation semi-maniaque, dans laquelle l'individu chif-

(1) J. Falret, Recherches sur la folie paralytique et les diverses paralysies pénérales, 1853, p. 119.

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fonne, déchire ses vêtements, va et vient en tout sens, d'une façon automatique.

Dans cette période chronique de l'intoxicalion^ il intervient un nouvel élément; l'état du sujet est modifié; la graine est la même, mais le terrain est différent, l'alcool a déjà fait de l'individu un autre individu. Ce n'est pas en vain que l'alcoolique s'est soumis à l'action constante du poison, celui-ci a édifié peu à peu son œuvre. A la longue, on ne voit plus seulement des troubles fonctionnels, des modifications passagères, ne laissant comme traces de leur passage qu'un léger malaise; une action plus profonde s'est produite, la nutrition est altérée dans tous les organes, tous les systèmes, tous les tissus ; la cellule ellemême vit d'une autre vie. Sous l'influence de l'alcool un double processus morbide s'est développé: l'organisme dans son entier a été frappé, comme on le dit, d'une vieillesse précoce, et a subi la dégénérescence graisseuse ; mais la stéatose n'est pas seule, avec elle se produit une tendance aux irritations chroniques diffuses, double processus (sclérose et stéatose) qui devient la caractéristique de l'alcoolisme chronique. Selon la prédominance dans les centres nerveux, de l'une ou de l'autre de ces lésions, nous voyons l'alcoolique chronique marcher vers la démence (stéatose et athérome), ou vers la paralysie générale (sclérose intersticielle diffuse).

Ces altérations organiques, d'ailleurs, se présentent avec les mêmes caractères dans les muscles, les glandes ; et pour le foie, en particulier, on sait que la cirrhose ou la dégénérescence graisseuse sont l'apanage de l'alcoolisme chronique (1).

(1) Lancereaux, article Alcoolisme. — Did. encycl. des se. méd.

Mais revenons aux phénomènes intellectuels. Nous trouvons, dans l'alcoolisme chronique, la mémoire afîaiblie, le jugement moins sûr, incapable de discernement, l'imagination éteinte, la faculté d'association des idées très-amoindrie n'empêchant plus l'incohérence, la sensi' bilité morale enfin très-émoussée.

Apathique, indifférent, hébété, l'alcoolique chronique n'a aucun soin de sa personne, ne prend nul souci de sa famille, il a baissé dans toutes ses facultés intellectuelles, morales et affectives, et se trouve livré sans défense aux caprices de ses appétits instinctifs. C'est à ce moment que l'on peut répéter le \ieux proverbe Qui a bu boira; le malade y est poussé de diverses manières, sans que la raison apporte le contre-poids suffisant à l'arrêter. Les excès de boissons sont devenus une habitude ; incité^ en outre, par ses tendances hypochondriaques, le vieil alcoolisé renouvelle ses excès, pour porter remède à ses maux, reprendre des forces, faire cesser Tincommode pituite du matin. Les résultats de cette médication ne se font pas attendre ; le malaise augmente, de là ce cercle vicieux d'oii ne sort le malheureux patient que pour tomber dans la démence la plus absolue.

Dans les dernières périodes, l'intelligence est frappée de nullité ; insensiblement toutes les saillies délirantes disparaissent, les préoccupations hypochondriaques, tous les troubles sensoriaux s'effacent peu à peu. Il survient parfois de la sensiblerie, comme chez les déments séniles ou les apoplectiques, tout autant de symptômes qui sont l'indice de lésions profondes.

ARTICLE II

Les troubles physiques moteurs et sensitifs dont s'accompagne l'alcoolisme chronique sont très-variables et cela doit être, puisqu'ils sont sous la dépendance des deux processus morbides, stéatose etathérome vasculaire, d'une part, et sclérose de l'autre, pouvant l'un et l'autre donner lieu aux déterminations locales les plus diverses. En ce qui concerne le système nerveux, on peut presque toujours distinguer deux ordres de symptômes, les uns particuliers à la moelle, les autres provoqués par les lésions cérébrales, et comme dans d'autres affections du système nerveux, la paralysie générale, par exemple, ces deux ordres d'accidents cérébraux ou médullaires ne suivent pas une marche régulière dans leur développement.

Tantôt les troubles médullaires prédominant feraient croire que toute l'action du poison s'est concentrée à la moelle ; on peut trouver en effet, de très-bonne heure et alors que les troubles intellectuels sont peu accusés, des picotements de la peau, particulièrement de la plante des pieds et des mains, des engourdissements, des fourmillements , des sensations anormales de froid et de chaud, des crampes, de l'hypéresthésie superficielle ou profonde, de l'anesthésie cutanée ou musculaire, de la faiblesse et du tremblement des bras et des jambes, de la paresse des réservoirs contractiles (vessie, rectum, — incontinence ou rétention), il y a, en un mot, tous les phénomènes se rattachant aux myélites diffuses sur les-

quelles M-Hallopeau a attiré l'attention (1). Plus rarement les symptômes observés sont ceux d'une sclérose fasciculée, limitée à des cordons médullaires déterminés, mais, même dans ces circonstances, il est exceptionnel de les voir purs de tout mélange ; avec les signes de la sclérose des faisceaux postérieurs, par exemple, on trouve associés les symptômes propres à la sclérose diffuse, comme chez les deux alcooliques qui ont fini par paralysie générale (Observ. XXV, XXVI).

Mais, outre les scléroses diffuses signalées par les auteurs, il y a encore les lésions dépendant de la stéatose et de l'athércme vasculaire, avec leurs nombreuses localisations dans la substance grise et dans la substance blanche. Ces lésions sont moins connues que les diverses formes de scléroses, ou du moins les rapports qui existent entre elles et les symptômes qu'elles provoquent n'ont pas encore été bien déterminés. Ce sera là, croyons-nous, la seconde phase de l'étude anatomo- pathologique des lésions médullaires dans l'alcoolisme chronique.

Si nous passons maintenant auxtroubles cérébraux (moteurs et sensitifs), nous nous trouvons encore en présence de la séméiologie la plus complexe, puisque la stéatose et l'athérome vasculaire d'une part, la sclérose de l'autre, produisent des lésions dans toute l'étendue du cerveau. Nous ne savons pas, en effet, quel est, dans ces circonstances, le symptôme qui pourrait ne pas s'associer à l'alcoolisme chronique. Tout l'encéphale peut être atteint des manières les plus diverses, partiellement ou dans une étendue considérable, par des lésions diffuses ou des lésions

(1) Hallopeau, i?h<o?e sur les myélites chroniques diffuses {Arch. gén. de méd. de septembre 1871 à février 1872).

circonscrites, avec des déterminations locales, brusques, instantanées ou d'une grande lenteur de développement. Au milieu de tous ces symptômes, il en est quelques-uns qui existent chez la plupart des alcooliques chroniques, mais qui néanmoins n'ont pas de caractères spéciaux et peuvent se rencontrer dans d'autres maladies. La céphalalgie, en efTet, avec lourdeur et pesanteur de tête, les bourdonnements d'oreilles, les éblouissements, les étourdissementset quelquefois les vertiges sont des symptômes communs de l'alcoolisme chronique; ils s'accompagnent quelquefois d'engourdissements ou de fourmillements dans un bras et une jambe d'un côté, de faiblesse musculaire unilatérale de courte durée. Dans d'autres circonstances, après un malaise plus ou moins prolongé, les alcoolisés chroniques pâlissent, s'affaissent, tombent ou s'assoient et restent plongés une ou plusieurs heures dans un état demi-comateux ou comateux, d'où ils sortent souvent avec une paralysie d'un bras, d'une jambe, d'un côté du corps, de durée etd'intensitétrès-variables(Observ.XXIlI,XXX, etc.). D'autres fois, ils tombent, ou bien déjà couchés à la suite de maux de tête, d'étourdissements, de vertiges qui les ont prévenus en quelque sorte, ils sont pris de petites secousses convulsives, cloniques, circonscrites à un ou plusieurs membres ou généralisées, plus ou moins rapides, plus ou moins accusées, avec ou sans grimaces de la face. Ces convulsions peuvent se succéder cinq ou six fois de suite, se reproduire au bout de quelques jours ou cesser complètement. Il faut remarquer que le malade en conserve le plus souvent le souvenir; que, parfois, il ne perd pas complètement connaissance, que ces attaques surviennent pendant le séjour même à l'asile, dans des con-

i72 ALCOOLISME CHRONIQUE.

ditions hygiéniques d'où sont exclues, en général, les causes d'excitation.

Ces attaques épileptiformes, sous la dépendance, on le sait, des lésions déjà produites dans le cerveau, ne sont nullement comparables aux attaques franches d'épilepsie qui surviennent avec les accidents aigus de l'alcoolisme et qui, le plus souvent, dépendent d'excès récents d'absinthe, quoique dans quelques circonstances, chez les individus adonnés depuis longtemps à cette liqueur, les attaques puissent persister quelque temps après la cessation des excès (Observ. XII).

Magnus Huss, dont le livre est si remarquable sous tant de rapports, n'a pas suffisamment déterminé, à notre avis, la part d'accidents qui doit revenir à la moelle dans l'alcoolisme chronique (1). D'autre part, la division donnée par l'auteur en six formes, ne groupe pas les faits d'une façon vraiment clinique. Voici la division :

i" Forme prodromique;

2° Paralytique ou parésique ;

3° Anesthésique ;

4° Hyperesthésique ;

5° Convulsive ;

6° Epileptique.

Quand on analyse les faits avec soin, on s'aperçoit que beaucoup d'entre eux pourraient, avec autant de raison, appartenir à deux ou trois de ces formes. Ainsi le malade de l'observation XXX pourrait être classé dans la forme paralytique ou la forme anesthésique ; le malade de l'observation XIX entrerait aussi bien dans la forme convul-

(1) Magnus Huss, Alcoho/ismus chronicus, Stockliolm, 1852; traduction allemande de Gerhardt van den Buscli.

sive que dans la forme anesthésique ou la forme paralytique ; il en est de même de beaucoup d'autres cas. Nous avons pensé devoir faire ces remarques pour un ouvra^-e justement estimé et dont la valeurne saurait être contestée.

ARTICLE IIÏ

OBSERVATIONS d'aLCOOLISME CHRONIQUE TENDANT A LA DÉMENCE.

Dans les trois faits qui suivent nous voyons l'alcoolisme chronique tendre à la démence. Dans l'observation XXII, l'affaiblissement des facultés a fait surtout des progrès à la suite de l'empoisonnement par le phosphore.

Observation XXII. — Habitudes d'ivrognerie ; huit entrées dans les Asiles. — Délire alcoolique à formes maniaque et mélancolique. — Idées d'homicide et de suicide. — Empoisbnnement •par le phosphore {hémoptysie, purpura). — Affaiblissement intellectuel avec idées de persécution. — Tendance à la démence.

H. Eugène, 38 ans, sculpteur, avait déjà été traité àBicêlre, quatre fois en quelques années, pour du délire alcoolique, lorsqu'il a été amené à l'asile Sainte-Anne le 16 mai 1867.

H. buvait du vin et de l'eau-de-vie, mangeait peu, était tourmenté la nuit par des hallucinations pénibles qui persistaient aussi le jour depuis quelque temps, et avaient fait naître des idées de persécution. Il s'imaginait que sa femme voulait se défaire de lui, pour se remarier; que ses camara=des, lui en voulaient, et cherchaient à lui nuire; qu'on l'accusait de vol, d'assassinat.

A son entrée, il refuse de répondre, il se promène silen= cieux, la tête baissée, se retournant parfois^ regardant de différents côtés. Par moments ses traits se contractent, il s'arrête et regarde d'un air courroucé ; tout à coup, il s'élance contre la porte, la tête la première.

Les mains sont tremblantes, la langue blanche, le pouls réguher dépressible, 76 pulsations;

Traitement : Une bouteille d'eau de Sedlitz ; 2 pots de limonade citrique; bain.

La nuit se passe sans sommeil. Il se lève, frappe contre les portes, crie, menace par moments.

il mai. Même délire; persistance des hallucinations; même attitude. Le malade boit et mange sans difficulté.

Traitement : Bain.

2 pots de limonade citrique.

H dort quatre heures pendant la nuit; le matin, il

paraît moins concentré et répond quelques mots d'un ton bref, se rapportant à des hallucinations pénibles. Ce n'est qu'au cinquième jour qu'il raconte qu'on lui en veut, qu'on cherche à lui faire du mal, qu'on le menace et le poursuit sans cesse. Il se plaint de douleur de tête et d'engourdissement dans les membres.

A partir de ce moment, l'amélioration se continue, et le malade sort au bout de trois mois.

Une fois dehors, il reprend son travail, mais aussi ses habitudes d'ivrognerie. Les hallucinations et le délire ne tardent pas à reparaître et H est arrêté dans la rue, armé

d'un couteau, poursuivant les passants. On le ramène à l'Asile le 24 octobre 1867.

Il est efTrayé, se baisse, cherche à se cacher ; on veut le tuer, dit-il, des individus le menacent, on lui tire des coups de fusil. Au bout de quelques jours, les hallucinations sont moins fréquentes, et tendent à disparaître, mais il reste du malaise cérébral, un peu d'hébétude, avec des idées de per* sécution; la convalescence s'établit lentement et H... reste à l'Asile jusqu'au 8 mai 1868.

De retour chez lui, il se repose quelques jours avant de reprendre son travail; sa femme prétend qu'il était tranquille, et relativement sobre, qu'il n'avait plus d'idées délirantes et que pendant une quinzaine tout s'était bien passé; il avait toutefois des étourdissements, se plaignait de l'estomac et mangeait peu.

Vers le 20 mai, le sommeil s'est troublé, le délire est revenu. H se voit poursuivi par des sergents de ville; on

doit le guillotiner; on lui dit que sa femme l'abandonnera. Il sort de chez lui, rôde dans les rues, devient quelquefois

menaçant pour sa femme et paraît en proie à une inquiétude de plus en plus vive.

Le 27 mai, au matin, il avale successivement trois demiverrées d'eau dans laquelle il avait laissé macérer pendant quelques minutes une demi-livre, environ, d'allumettes (renseignement donné plus tard par le malade qui était seul chez lui à ce moment). Dans la journée, il ne sort pas, boit de la tisane sans prévenir sa femme de ce qu'il avait fait. La nuit est mauvaise, les hallucinations sont incessantes, on lui lance des flèches, on veut l'assassiner, on veut l'arrêter. H... se calme un peu le matin, et son fils s'aperçoit qu'il avale une nouvelle macération d'allumettes. Dans la journée, il est dans un état d'excitation extrême, il entend de tout côté des injures et des menaces; il enferme sa femme dans la chambre, lui annonce qu'elle va mourir avec lui, et essaye de l'étrangler.

H... entre à l'Asile le 29 mai; il est très-halluciné, on l'accuse d'assassinat, on va le mettre à mort; on l'injurie; la police vient le chercher; on prépare une chaudière pour l'y plonger, etc. Il est couvert de sueur ; les bras et les jambes tremblent; il se sent faible, courbaturé, toutefois sans tendance à la syncope; l'épigastre est sensible à la pression; pas de nausées ni de vomissements ; ecchymose conjonclivale de l'œil droit; crachats sanguinolents; pas de râles dans les poumons; les bruits du cœur s'entendent bien, le premier bruit est un peu rude; les urines sont claires, ne présentent pas traces de sang; la chaleur et l'acide azotique n'y montrent pas d'albumine, la liqueur de Bareswill n'y décèle pas de sucre.

Traitement ; Un litre d'eau albumineuse.

Un pot de bouillon.

Vin de quinquina, 125 grammes, avec 30 grammes de sirop d'écorces d'oranges.

3J mai. Hallucinations persistantes : on le menace; on veut le tuer, à chaque instant on le lui répèle, il voit des gens armés qui pénètrent dans la chambre.

Tremblement marqué des mains.

Ecchymoses conjonctivales des deux yeux ; à droite la muqueuse est soulevée au niveau du cul- de-sac inférieur;

la face et plus particulièrement les régions fronto-temporales sont couvertes d'un pointillé ecchyn:iotique analogue aux pétéchies; par places, les taches sont plus étendues et sur les lèvres on en voit deux du diamètre d'une pièce de cinquante centimes. Pas de nausées; l'épigastreest peu douloureux ; tympanile avec résonnance de tout l'hypochondre gauche; quelques borborygmes, sans douleur, on ne perçoit rien de particulier du côté du foie ; selles dures, sans traces de sang, l'urine examinée au microscope n'offre ni globules de sang, ni cellules graisseuêes ni tubes; elle ne renferme ni albumine ni sucre.

Respiration normale, régulière; quelques râles disséminés en arrière dans la moitié supérieure du poumon droit ; matité ni souffle nulle part. Premier bruit du cœur prolongé à la pointe, rien à la base, rien aux carotides; pouls régulier, petit, 80 pulsations. Le sang obtenu par une piqûre faite au niveau d'une ecchymose, examiné au microscope^ paraît normal.

Traitement : Eau albumineuse.

Vin de quinquina.

31 mai. Même délire pendant le jour; même état général; nouvelles ecchymoses sur les côtés du cou.

La nuit est très-agitée. Il se lève, refuse de se mettre au lit; on veut l'étouffer, il voit faire tous les préparatifs; interdit à qui que ce soit d'approcher.

1" juin. Il est plus calme, mais les idées délirantes conti'nuent. Il n'accuse aucune souffrance. Le pouls est petit, régulier : le premier bruit du cœur paraît toujours prolongé à la pointe.

Les ecchymoses du front ont un peu pâli, les ecchymoses conjonctivales sont d'un rouge rutilant. Les crachats ne sont plus mêlés de sang; la respiration est facile, normale. L'épi^ gastreest àpeine sensible. Constipation.

Traitement : Eau albumineuse.

Yin de quinquina, un lavement émollient.

3 juin. Hallucinations : il entend dire qu'on va tirer des coups de fusil; on ne le laisse pas tranquille, on l'accuse toujours.

Les ecchymoses du front continuent à s'effacer ; celles des

conjonctives sont moins rouges ; il ne s'en produit pas de nouvelles. Môme traitement.

5 juin. H... est plus calme le jour ; les hallucinations sont moins fréquentes, mais le délire persiste. L'état général est bon; les ecchymoses tendent à s'effacer. Môme traitement.

15 juin. H.... se lève dans la journée, est tranquille, mais conserve les idées de persécution.

Les ecchymoses disparaissent peu à peu; teinte sub-ictérique de toute la peau. La région hépatique n'offre rien de particulier.

Juillet. Le malade est tranquille et s'occupe, mais son intelligence est obscure, les idées de persécution restent, et les hallucinations se montrent encore la nuit.

Les ecchymoses ont disparu- Septembre. H.... dont le niveau intellectuel a un peu baissé, conserve encore ses idées confuses de persécution; il a pendant la nuit des hallucinations de l'ouïe et de la vue à caractère pénible.

La santé générale est bonne ; la peau conserve une teinte sub-ictérique. Il ne survient pas de changements notables jusque vers le mois de mai 1869; à ce moment H... dort mieux, est moins tçiste, s'occupe plus volontiers, mais il a encore des idées délirantes, que l'on découvre assez facilement dès que la conversation roule sur les sujets qui l'avaient le plus vivement préoccupé. On remarque, en outre, une certaine paresse et une certaine lenteur dans les conceptions.

Le malade sort amélioré mais non guéri le 29 juillet 1869.

Rentré chez lui, il ne discontinue pas les excès de boisson; les hallucinations et le délire reviennent avec une nouvelle intensité ; il crie, vocifère, menace de mort et d'incendie et rentre pour la huitième fois à l'asile le 24 octobre 1869. A son arrivée, il est agité, il entend des individus qui le menacent, il aperçoit des sergents de ville qui le poursuivent, et veulent l'arrêter ; on veut le faire disparaître, etc.

Malgré l'agitation, on peut néanmoins fixer facilement son attention, et obtenir quelques réponses.

Les mains sont tremblantes, il dort quatre heures pendant la nuit ; le lendemain, les hallucinations sont moins fréquentes.

Magnan. 1 2

Céphalalgie; étourdissements; crampes dans les membres. Tremblement des mains.

Au bout d'un mois les hallucinations ont disparu presque complètement, mais l'intelligence est affaiblie, la mémoire peu précise; des idées confuses de persécution persistent et roulent sur le même sujet.

Etourdissements, engourdissement et crampes dans les jambes.

Au mois de mai 1870, H.... s'évade de l'Asile oii il est ramené deux jours après dans un état complet d'ivresse, qui est bientôt suivi d'une violente agitation.

Pendant cinq jours il crie, gesticule, est effrayé, se défend ou injurie ; puis devenu tranquille, il s'offi*e de nouveau avec de l'affaiblissement de l'intelligence et des idées confuses de persécution; des maux de tête, des étourdissements et des crampes dans les bras et les jambes. Au mois d'août il est envoyé dans un asile de province.

On peut suivre dans cette observation la marche progressive de l'intoxication alcoolique, et son action de plus en plus profonde sur l'organisme. A mesure que les rechutes se multiplient, on voit persister après la disparition des accidents aigus ou sub-aigus de l'empoisonnement, un malaise cérébral, une torpeur intellectuelle que remplace un peu plus tard un véritable affaiblissement des facultés ; après la huitième entrée, nous trouvons, en effet, une tendance marquée à la démence, avec des phénomènes physiques qui font craindre l'existence de lésions déjà profondes ; lésions sollicitées à la fois par l'intoxication alcoolique et l'intoxication phosphorée. H... s'est ainsi acheminé peu à peu vers l'alcoolisme chronique.

L'empoisonnement par le phosphore a présenté chez notre malade quelques particularités assez notables ; sans parler de sa terminaison favorable qui est déjà un fait exceptionnel, nous avons vu dès le troisième jour des

crachements de sang, avec des ecchymoses conjonctivales et cutanées qui, après avoir augmenté pendant trois jours et fait craindre une terminaison fâcheuse, se sont effacées lentement pour disparaître sans autres accidents. Dans la forme hémorrhagique de l'empoisonnement par le phosphore, M. Tardieu (1) signale, comme pouvant se produire dès lespremiers jours, des vomissements fournis par du sang pur, des selles liquides sanguinolentes ; mais les ecchymoses cutanées, les pétéchies n'arrivent généralement qu'au bout de trois semaines à un mois, au moment où les hémorrhagies multiples prennent toutes les voies. L'apparition hâtive des hémorrhagies cutanées a sans doute été favorisée, chez notre malade, par les altérations anatomiques préexistantes des capillaires, altérations analogues à celles de l'empoisonnement par le phosphore ; mais, en admettant cette hypothèse, nous avouons n'être pas entièrement satisfait, puisque la dégénérescence graisseuse chez les alcooliques chroniques s'empare de tous les capillaires de l'économie, et que chez notre malade les capillaires de la face et du cou sont plus particulièrement le siège de l'extravasation sanguine.

Observation XXIII. — Oncle aliéné. — Accidents convulsifs dans l'enfance. — Depuis 25 ans, abus de vin, d'eau de vie et d'absinthe. — Depuis 20 ans plusieurs accès de délire alcoolique avec attaques d'épilepsie et vertiges. — Affaiblissement intellectuel, idées hypochondriaques ; tendance à la démence. — Troubles moteurs et sensitifs plus marqués à gauche; hémianesthésie de la sensibilité générale et des sens.

G.... Louis, 43 ans, menuisier, entre le 17 février 1872 à Sainte-Anne pour la quatrième fois, après avoir déjà été traité

(1) Tardieu, Elude médico-légale et clinique sur l'empoisonnement. Paris, 1867, p. 436.

plusieurs fois clans les hôpitaux ordinaires pour des accidents alcooliques. Son oncle paternel a été aliéné, il est mort à Bicêtre, après un séjour de quinze années. Le père, homme sobre, jouissant d'une bonne santé;, est mort accidentellement en 1848. La mère est bien portante et vit aujourd'hui dans un asile de la vieillesse.

G...., assez intelligent étant enfant, allait à l'école et apprenait facilement ; de douze à seize ans, il aurait eu des maux de tête, des étourdissements, des vertiges et même des pertes de connaissance, accidents pour lesquels on aurait eu recours aux applications de sangsues à l'anus. A dix-sept ans, après avoir travaillé un an avec son père, il commence son tour de France; de cette époque datent les premiers excès de boissons. En 1848, il perd son père et se trouve alors plus libre pour satisfaire son goût des liquides spiritueux. En 1851, âgé de '22 ans, après avoir été exempté du service militaire comme fils de veuve, il s'engage, entre dans la musique et est envoyé en Afrique. Au vin et à l'eau-de-vie, il ajoute l'absinthe dont il boit parfois des quantités considérables. Il devient sombre, inquiet; la moindre opposition l'irrite, il dort mal, les rêves, les cauchemars l'agitent et le fatiguent. Il éprouve des vertiges et il tombe à plusieurs reprises, perdant subitement connaissance, se débattant, se mordant la langue et urinant quelquefois dans le pantalon. Plusieurs de ses camarades avaient, dit-il, des attaques comme lui et sou- . vent ils buvaient à trois ou quatre une bouteille d'absinthe dans une journée. En 1854 il contracte la syphilis qui, après un chancre induré de la verge, se traduit par une roséole, des céphalées, des douleurs ostéocopes, une éruption papuleuse, des onyxis, des exostoses et une iritis gauche. Dans la même année il est pris d'accès de fièvre intermittente. Affaibli par les maladies, il cherche un remède dans l'eau-de-vie et l'absinthe dont il use largement. Il éprouve de fréquents maux de tête, des éblouissements, des engourdissements, des tremblements, des crampes dans les bras et les jambes, des vertiges et des attaques surtout quand les excès sont plus fréquents. De 1858 à 1868 où il revient en France, il entre plusieurs fois à l'hôpital, et chaque fois, il tremblait, dit-il, de tous les membres, il avait des visions, voyait des lions, des chats,

des chiens, des arabes armés ; après quelques semaines de repos, il rentrait au régiment pour recommencer son genre de vie.

Un fait assez important à noter, c'est l'existence à cette époque, pendant une quinzaine de jour, d'une faiblesse trèsmarquée des deux jambes, suivie pendant plusieurs mois d'engourdissements et de crampes.

De retour à Paris, il travaille à la menuiserie sans abandonner les habitudes d'ivrognerie ni sa prédilection pour l'absinthe. Dans le courant de 1869 il entre deux fois à l'hôpital Necker, avec des tremblenients et des hallucinations. Enfin le 14 janvier 1870 il est amené à Sainte-Anne. Il a l'aspect hébété, par moments il est effrayé, il voit des animaux, des ours qui grossissent et s'approchent pour le dévorer ; il voit des femmes, des enfants arabes armés de poignards qui veulent ^assassiner ; il aperçoit des chatset des rats. En l'interpellant on peut fixer son attention, mais les réponses sont confuses et les facultés paraissent affaiblies.

Céphalalgie, étourdissements. Tremblement considérable .des mains, frémissements musculaires des bras et des jambes et, par moments, de la face. Pas de chaleur à la peau; pouls 76 régulier; langue saburraje, douleurs à l'épigastre.

Traitement : Une bouteille d'eau de Sedlitz.

Deux pots de limonade citrique.

La nuit est troublée par des hallucinations; mais dès le lendemain il est calme.

Céphalalgie frontale, éblouissements et vertiges, engourdissement des membres, crampes dans les mollets ; légère anesthésie cutanée des jambes.

G.... est envoyé dans un asile agricole où il reste jusqu'au 14 avril J870.

De retour à Paris, nouveaux excès et consécutivement hallucinations, délire, attaques épilepliques.

Il est ramené à Saint-Anne le 10 mai 70.

Il se présente sous le même aspect qu'au mois de janvier; il est hébété, répond très-confusément aux questions qu'on lui adresse, et par moments, il s'excite et s'effraye sous l'influence des hullucinations. Au bout de trois jours, il est plus tranquille, se rend mieux compte de sa situation, il raconte

qu'après avoir bu, il a erré à l'aventure et s'est trouvé le lendemain couché dans un tombereau, ignorant comment il y était venu.

Il éprouve fréquemment des vertigeS;, il a eu, depuis sa dernière sortie, deux attaques avec perte de connaissance, convulsions, morsures de la langue et évacuations involontaires. G.... est envoyé dans un autre asile oîi il reste près de deux mois, après lesquels il sort pour s'engager pendant la durée de la guerre. Il a servi dans l'armée de la Loire au 2° lanciers.

Cette période paraît marquer un arrêt dans ce long empoisonnement, soit par sentiment du devoir, soit que les occasions aient manqué, G.... a fait preuve d'une sobriété relative. La paix signée, il quitte le régiment et rentre à Paris ; sa sombre histoire recommence, il boit de nouveau, il est pris de délire et ramené à Sainte-Anne le 26 juillet 4871 .

Il est triste, paraît accablé, il entend, par moments, des paroles injurieuses, il a vu la nuit précédente un homme couper la tête à trois femmes ; il voyait des lumières, des oiseaux, des animaux qui grossissaient.

Pesanteur de tête> étourdissements, engourdissements dans. les membres, faiblesse des jambes, dès qu'il reste assis quelque temps, il se relève avec peine ert éprouve une grande lassitude au niveau des genoux : crampes dans les mollets, une épingle plantée dans la peau provoque peu de douleur ; la température est perçue d'une façon normale sur toute la surface du corps.

G.... travaille quelques heures par jour à l'atelier de menuiserie : il mange avec appétit, dort bien, mais ses facultés sont affaiblies. Au commencement de février 1872 il sort de l'asile oîi il est ramené deux semaines après.

lia profité des quelques jours de liberté pour se dédommager de la longue abstinence de boissons alcooliques à laquelle l'avait contraint sa dernière séquestration. Le jour même de la sortie il boit quatre verres d'absinthe ; le lendemain, il en prend le double et arrive ainsi à une dose quotidienne, de quinze à vingt verres. II a eu le dernier jour une attaque d'épilepsie^ il a été trouvé pendu par les jambes aux barreaux de l'escalier.

Cette fois encore se sont montrées des hallucinations ; il voyait des chiens courir après lui et le mordre; il apercevait

TENDANCE A LA DÉMENCE. i83

des figures grimaçantes qui grossissaient et diminuaient ; des échafaudages qui se détachaient et tombaient autour de lui.

Tremblement des mains ; sentiment de courbature dans les coudes et les genoux, crampes dans les mollets, fourmillements à la plante des pieds.

Au bout de quelques jours les accidents produits par les derniers excès ont disparu, et G... se présente avec des troubles physiques et intellectuels qui dénotent des lésions déjà profondes.

Les facultés sont affaiblies ; la mémoire est peu précise; dans le récit qu'il fait des nombreux accidents qu'il a éprouvés, il donne des dates erronées, se contredit, raconte plusieurs fois les mêmes choses ; il est apathique, indifférent, il convient volontiers que sa conduite est blâmable, mais il est loin de l'apprécier à sa juste valeur. Il a des idées hypochondriaques, se préoccupe, outre mesure, de malaises insignifiants ; il dort mal, il a de fréquents cauchemars, des frayeurs, des rêves pénibles.

Lourdeur de tête avec sentiment de bandeau sur le front, battements dans les tempes, bourdonnements d'oreilles ; engourdissements des membres ; secousses isolées et irrégulières dans quelques groupes de muscles, aux bras et surtout aux jambes.

Quelquefois crampes très-douloureuses ; fourmillements à la plante des pieds : à plusieurs reprises, engourdissements et fourmillements dans le côté gauche. Le bras est un peu plus faible ; la sençibilité émoussée sur toute la surface du corps est plus obtuse dans le côté gauche, les piqûres d'épingle, le pincement, le chatouillement y sont bien moins perçus que du côté droit. De temps à autre il survient des vertiges ; il n'y a pas eu toutefois d'attaques d'épilepsie depuis la dernière entrée.

Avec le repos, la vie régulière de l'asile, la cessation des excès, la santé de G... s'est, au bout de six mois, suffisamment améliorée pour qu'il puisse faire quelques ouvrages de menuiserie mais sans l'habileté, ni l'activité d'autrefois. Appétit assez bon ; sommeil troublé de temps à autre par des rêves et des cauchemars; céphalalgie, élourdissements, crampes dans les membres.

Au commencement de 1873, l'amélioration se maintenant, le malade est rendu, à titre d'essai, à la liberté.

Une fois livré à lui-même, G... recommence les excès, se fait renvoyer des ateliers et emploie à boire l'argent qu'il parvient à se procurer. Il rentre à Sainte-Anne le 9 mai 1873. Il est obtus, hébété;, les facultés sont notablement aflaiblies; il est assailli la nuit par des hallucinations : il voit des soldats, des hommes armés de bâtons, des figures humaines, des têtes d'ours, de diables, qui grossissent et se rapetissent en changeant de couleur; il entend des coups de fusil.

Tremblement des mains; étourdissements, crampes dans les membres.

Il paraît avoir été frappé par une attaque épileptique, sa langue est profondément mordue, il n'a aucune conscience de ce qui s'est passé.

L'hémiplégie est très-accusée ; il se tient moins bien sur la jambe gauche, la main droite arrive à la 50® division du dynamomètre, la gauche à la 26^ seulement. La sensibilité est également affaiblie à gauche, il sent à peine les piqûres d'épingle, apprécie mal la température des corps, il sent toutefois le souffle sur la main et le bras. Du côté droit il perçoit exactement les divers modes d'impression. Il a dans tout le côté gauche une sensation de froid qui, par instants, l'incommode, toutefois à l'aide du thermomètre, on ne trouve entre les deux mains qu'une différence de 1/10 de degré au détriment de la main gauche.

L'oreille droite entend à 50 centimètres les battements d'une montre, ceux-ci ne sont perçus qu'à 10 centimètres par l'oreille gauche.

L'acuité de la vision est moindre à gauche, les couleurs sont également moins bien reconnues de ce côté, mais une iritis ancienne s'ajoute à l'hémianesthésie pour troubler la vision à gauche, et il est difficile de faire la part exacte de l'une ou l'autre de ces deux causes pathologiques.

La narine gauche ne sent ni l'eau de fleurs d'oranger ni le camphre; le vinaigre provoque une sensation mal déterminée; du côté droit ces substances sont facilement reconnues. Le côté gauche de la langue ne perçoit ni le sel ni la coloquinte qui sont parfaitement et rapidement sentis à

droite. Le malade s'est aperçu, lui-même en mangeant, de la perte du goût du côté gauche. La muqueuse buccale est anesthésiée à gauche, la titillation du voile du palais et de la luette de ce côté ne provoque pas de nausée. La sensibilité est également très-affaiblie dans la narine, le conduit auditif externe et la conjonctive du côté gauche.

Le malade tousse depuis quelques mois, et l'on trouve de la

sub-matité et des craquements au sommet du poumon gauche.

L'hémiplégie et l'hémianesthésie s'améliorent peu à peu,

mais il reste des étourdissements avec des engourdissements

et des crampes plus marqués du côté gauche.

Le malade continue à tousser, il a craché du sang à plusieurs reprises.

Le 4 novembre 1873, G... s'évade de l'asile ; à peine dehors, il se met à boire et, dès le lendemain, il est ramassé ivre-mort dans la rue.

Il est ramené à Sainte-Anne dans un état de profonde hébétude qui toutefois se dissipe assez vite, il est honteux de sa conduite et devance les reproches qu'on pourrait lui adresser. Le sommeil est troublé pendant deux jours par des rêves et des cauchemars. L'hémiplégie et l'hémianesthésie du côté gauche semblent aggravées, la main droite arrive au 43^ degré du dynamomètre et la main gauche au 30°, la jambe gauche est également plus faible. Les piqûres d'épingle sont à peine senties du côté gauche, le souffle, au contraire, est perçu de même que la température, mais moins bien, toutefois, qu'à droite. La muqueuse buccale et nasale, la conjonctive le conduit auditif externe sont anesthésiés à gauche, de l'autre côté le malade sent le plus léger contact. La narine gauche ne peut reconnaître l'eau de fleurs d'oranger, l'essence de menthe, le camphre, le musc; à droite, au contraire, ces substances sont immédiatement désignées par leur nom.

Le côté gauche de la langue distingue les saveurs beaucoup plus lentement et moins nettement que le côté droit.

L'oreille gauche entend les battements d'une montre à 15 centimètres, ceux-ci sont entendus à 60 centimètres du côté droit.

La vue est aussi affaiblie du côté gauche.

Etourdissements , éblouissements , sifflements dans les oreilles; engourdissement des membres plus marqué du côté gauche.

Traitement : Limonade vineuse ; potion avec 2 grammes d'extrait mou de quinquina; une pilule d'Anderson tous les deux jours.

G. n'est pas un alcoolique simple, c'est un malade prédisposé, et que nous avons rangé parmi les alcooliques chroniques, à cause des symptômes déjà graves qu'il présente et qui ne semblent guère offrir des chances de guérison. Son oncle était aliéné, et il a eu lui-même de 12 à 16 ans des accidents convulsifs, sur lesquels nous n'ayons pas pu avoir de renseignements précis.

A 17 ans G... commence à faire des excès, mais c'est principalement à partir de 23 ans, en Afrique, que les abus d'eau-de-vie et d'absinthe deviennent excessifs. Une tarde pas à éprouver des accès de délire alcoolique, des vertiges et des attaques d'épilepsie qui deviennent d'autant plus fréquentes que les excès sont plus nombreux. Chez ce malade n'accordant aux excès de boissons qu'une action purement excitante, on pourrait attribuer à une influence héréditaire les attaques épileptiques. Il est probable, en effet, que celle-ci a exercé une certaine influence dans le développement des crises convulsives, mais les abus d'absinthe sont trop immédiatement suivis d'attaques pour ne pas leur laisser la plus large part de responsabilité. Cette observation d'ailleurs est surtout importante au point de vue de la marche des accidents ; nous voyons l'intelligence baisser peu à peu et parallèlement apparaître des troubles physiques de plus en plus accusés. Les accidents moteurs et sensitifs qui se sont manifestés à plusieurs reprises du

côté des membres inférieurs, permettent de penser à un travail d'irritation chronique de la moelle (sclérose diffuse), d'autre part la faiblesse persistante du côté gauche du corps avec l'hémianesthésie de la sensibilité générale et des sens fait craindre une lésion (probablement hémorrhagie ou ramollissement) dans l'hémisphère droit. Avec ceg conditions organiques, le pronostic, on le conçoit, devient des plus graves.

Observation XXIV. — Habitudes anciennes d'ivrognerie. — Affaiblissement intellectuel ; céphalalgie, étourdissement, crampes ; 2 attaques épilepti formes. — En 1866, premier accès de délire alcoolique enté sur l'alcoolisme chronique. — De cette époque à 1872 il entité à la suite d'excès, huit fois dam les asiles, avec des accidents sub-aigus entés sur l'alcoolisme chronique. — Tendance marquée à la démence.

A François, tanneur, âgé de 47 ans, se livre à la boisson depuis des années, il consomme plus particulièrement du vin blanc et de l'eau-de-vie ; fréquemment, il éprouve des maux de tête, des étourdissements, des crampes dans les mollets ; les facultés intellectuelles et la mémoire se sont affaiblies d'une manière notable. D'après sa femme il aurait été frappé subitement en 1860 de deux attaques convulsives, qui ne se sont pas reproduites.

En 1866, on l'a traité dans une maison de santé pendant six semaines pour un accès de délire alcoolique.

Le 17 mai 1867, il entre pour la première fois à Sainte- Anne ; il est excité, tient des propos incohérents, s'anime par moments, frappe et brise; il accuse de la céphalalgie, des éblouissements, des douleurs d'estomac, de la pituite.

Depuis une quinzaine son sommeil est difficile et interrompu par des hallucinations. Il cherche à repousser des rats, des chats qui sautent sur son lit; s'imagine que sa chambre est remplie de fumée, de brouillards ; se plaint à tout instant d'apercevoir des lueurs, des flammes, des étincelles ; l'excitation redouble la nuit; elle semble liée à des frayeurs dont il ne peut faire connaître le mobile.

Transféré dans une autre maison, il y passe quelques semaines, seulement. Il sort, fait encore des excès et rentre à Sainte-Anne le 9 septembre 1867.

Sa mémoire exacte pour les événements anciens se trouve souvent en défaut sur les faits récents.

Ce qui domine, c'est un sentiment vague de crainte et de tristesse ; la vue d'un enfant ou d'un chien lui inspire la pensée que l'un va lui jeter une pierre, et l'autre le mordre. Quand il entend sonner une cloche, il songe de suite à son enterrement ; la vie lui est devenue à charge, il manque d'énergie et d'initiative ; fréquemment des idées de suicide se présentent à son esprit, mais la force nécessaire pour les mettre à exécution lui fait défaut.

La nuit, les frayeurs augmentent, le sommeil est troublé sans que le souvenir d'hallucinations un peu distinctes lui reste à son réveil.

Il a un tremblement marqué des mains, des lèvres et de la langue.

Il sort amélioré après avoir été traité dans un asile agricole pendant plusieurs semaines. Il revient à Sainte-Anne pour la troisième fois au commencement de juin 1868.

Ses nuits sont remplies par des hallucinations terrifiantes : « on veut lui faire du mal, on cherche à le tuer ». Sous l'influence d'idées de ce genre, il s'était mis à genoux au milieu de la cour d'un abattoir dans lequel il travaillait, se disant condamné à mort, et implorant sa grâce.

Le délire est moins actif le jour que la nuit, les hallucinations pénibles l'inquiètent; il voit des figures étranges, des têtes de mort.

On note des étourdissements, des bourdonnements d'oreilles; des crampes dans les mains, dans les jambes; des picotements sur diverses régions de la peau.

Tremblement considérable des mains.

La vue s'affaiblit; le cristallin de l'œil droit commence à devenir opaque, tandis que celui de l'œil gauche est normal. Atrophie choroïdienne péripapillaire des deux côtés.

Traitement: Bain; aloès; vin de quinquina.

5 juin. Les hallucinations ont été assez nombreuses pen-

dant la nuit; il entendait et voyait des gens qui le menaçaient.

9 juin. Pour occuper ses journées il cherche à lire ; ses yeux suivent les caractères sans qu'il puisse rien retenir.

19 juin. Le sommeil a été très-troublé ; on prononce autour de lui des mots qu'il ne comprend pas ; il est entouré de têtes de mort.

Les mains, la langue, tremblent toujours beaucoup. 29 juin. Les hallucinations ont cessé ; il reste de la douleur, par moments des crampes dans les membres. Au dynamomètre la main droite arrive à la 39*= division, la main gauche à la 42==; pour ses travaux habituels il emploie la main gauche.

On l'envoie dans un asile, oh il passe quelque temps, puis rentre pour la quatrième fois le 27 mai 1869.

Il est légèrement excité avec quelques hallucinations confuses, les facultés intellectuelles et la mémoire ont beaucoup baissé. Mécontent de lui-même et des autres, il a parlé de mettre fin à ses jours, de tuer sa femme, sans cependant manifester sa volonté par un acte quelconque. Cinquième entrée le 4 août 1871.

L'intelligence paraît s'être affaiblie de plus en plus, il devient incapable de travail, d'initiative, ses idées sont confuses, il ne manifeste que d'une façon assez obscure ce qu'il éprouve physiquement ou intellectuellement.

Sorti le 11 juin de l'asile où il avait été transféré, il est séquestré pour la sixième fois à Sainte-Anne le 27 septembre

A ce moment on constate l'existence de quelques hallucinations pénibles, la nuit il est entouré de fantômes, d'apparitions et de tableaux effrayants, il éprouve des crampes, des picotements sur tout le corps.

Sorti depuis quinze jours, il est ramené pour la septième fois, le 6 juin 1872.

Il était allé à la campagne, mais il s'était remis immédiatement à boire du vin blanc, des liqueurs. Pris de désespoir à la pensée de ses souffrances physiques, au souvenir des hallucinations pénibles qui troublent fréquemment ses nuits, on le voit pleurer sans pouvoir obtenir de lui que cette

réponse : il est un misérable, indigne de vivre, indigne qu'on s'occupe désormais de lui donner des soins. Ses souffrances physiques ont augmenté et paraissent très-intenses ; par moments douleur vive au creux épigastrique avec crampes très-pénibles, revenant par accès ; pituite, perte de l'appétit. Il se tient à l'écart, parle peu, et provoqué à s'expliquer il se contente de gémir. L'intelligence n'a fait que

s'affaiblir; parvenu à l'âge de 52 ans, R donne des signes

de démence avancée.

R... est un alcoolique devenu chronique; son délire, ses hallucinations se rapprochent des cas les plus ordinaires.

Dans les premiers temps, ramélioration est rapide après quelques semaines de séquestration et un traitement trèssimple. Les divers médecins qui le traitent, voyant le délire disparaître, consentent à le rendre à la liberté. De nouveaux excès le ramènent chaque fois , jusqu'à sa dernière entrée où il se présente, dans un état de démence avancée, avec trouble gastrique, trouble de la motilité indiquant des lésions organiques, résultat fatal de longues années d'excès alcooliques.

ARTICLE IV

OBSERVATIONS d'aLCOOLISME CHRONIQUE TERMINÉ PAR PARALYSIE GÉNÉRALE.

Les auteurs ne manquent pas d'assigner une place importante à l'alcoolisme dans l'étiologie de la paralysie générale, et ce que nous avons dit de l'action prolongée des boissons alcooliques sur Téconomie animale explique l'acheminement, dans certains cas, de l'alcoolisme

vers la paralysie. Ce passage ne se fait pas d'un seul coup, il y a une période intermédiaire, période de transition (juelquefois très-longue, difficile à bien déterminer et qui tient en suspens le diagnostic; l'Observation XXVIII en fournit un bel exemple.

Dans ces cas, nous l'avons vu, à la dégénérescence graisseuse des organes, à l'athérome vasculaire, vient s'ajouter la sclérose interstitielle diffuse, et cette inflammation chronique des enveloppes et du tissu interstitiel n'agit pas exclusivement sur le cerveau; d'autres organes, la moelle, le foie, les reins le cœur peuvent en être également le siège.

Les quatre Observations suivantes suffiront, croyonsnous, à donner une idée des cas d'alcoolisme chronique aboutissant à la paralysie générale. Dans les Observations XXV et XXVI, nous trouvons simultanément une cirrhose hépatique et une myélite interstitielle diffuse, avec localisation plus accentuée sur les cordons postérieurs. Dans les Observations XXVII et XXVIII, après plusieurs accès de délire alcoolique simple, l'affaiblissement des facultés, quelques troubles nouveaux du côté de la motilité, font reconnaître que la maladie entre dans une nouvelle phase, et cette période de transition conduit définitivement à la paralysie générale. L'autopsie, avec les dégénérescences graisseuses des organes, fait voir les traces multiples de l'inflammation chronique.

Observation XXV. — Excès alcooliques. — Troubles cérébraux. Troubles médullaires, de date éloignée. Paralysie générale, avec désordres ataxiques des membres inférieurs. — Autopsie. — Lésions de la paralysie générale; myélite interstitielle diffuse avec localisation sur les cordons postérieurs. — Lésions organiques de l'alcoo-

Usine chronique. Dégénérescence graisseme du cœur, des artères et des reins; cirrhose hétpatique.

V,... Jules, 50 ans, ancien militaire, entre à sainte-Anne le 8 juin 1868.

Depuis longtemps habitudes alcooliques.. Il y a dix ans, accès maniaque avec hallucinations pénibles et idées de suicide; à partir de ce moment changement de caractère, emportements, violences quelquefois; plus tard et à une époque que l'on ne peut préciser, céphalalgie, étourdissements, crampes dans les mollets, puis lourdeur des jambes et difficulté de la marche.

En juin 1868. — Affaiblissement des facultés intellectuelles, délire ambitieux très-étendu, achats inconsidérés. Hésitation de la parole, tremblement de la langue et des lèvres ; démarche chancelante, saccadée; plus difficile, lesyeux fermés; les jambes sont écartées, le pied est lancé d'une façon irrégulière, dépassant tantôtle but, d'autres fois restanten arrière. — Douleurs lancinantes, erratiques dans les membres inférieurs.

Le 24 août 1868, attaques épileptiformes suivies d'état comateux et de mort.

Autopsie. Méninges cérébrales légèrement œdémateuses avec quelques taches opalines par places ; infiltration sanguine en nappe de 5 à 6 centimètres dans l'épaisseur de la pie-mère sur l'hémisphère droit. Adhérence surtout à la base et vers les lobes sphénoïdaux; méninges cérébelleuses minces non adhérentes; granulations au quatrième ventricule. — Les grosses artères sont athéromateuses, la basilaire est très-dilatée à l'union des deux vertébrales; les méninges rachidiennes sont légèrement œdémateuses. Les cordons postérieurs présentent une teinte grise gélatineuse dans toute leur étendue, mais beaucoup plus marquée à la fin de la région dorsale oii elle se montre aussi sur la partie postérieure des cordons latéraux. Cœur volumineux, gros, d'une teinte brun-jaunâtre.

Aorte athéromateuse dilatée au niveau de la crosse. Foie granuleux, cirrhotique. Reins volumineux un peu jaunâtres dans leur couche corticale.

L'examen au microscope des parties altérées de la moelle montre à l'état frais des granulations fines isolées, quelques-

unes réunies en corps granuleux irréguliers, disséminées dans la préparation et agglomérées le long des vaisseaux; en colorant faiblement ces préparations par le carmin on aperçoit un nombre considérable de noyaux, la plupart allongés, quelques-uns au milieu d'une substance finement striée.

Après le durcissement dans l'acide cbromique, on apprécie mieux sur les coupes minces la sclérose des cordons postérieurs s'étendantjusqu'aux cordons latéraux, à la région dorsale. Au-dessous du bulbe on ne trouve plus qu'une languette triangulaire de sclérose située à la face interne des cordons postérieurs, se terminant en pointe au niveau des 2/3 antérieurs du sillon postérieur. On voit, en outre, dans ces parties au pourtour de la moelle un épaississement annulaire du tissu interstitiel avec renflement au niveau de l'extrémité des cornes postérieures.

A la région dorsale, l'anneau de sclérose sous-jacent à la pie-mère est beaucoup moins épais.

Le début des accidents chez V.... Jules est de date très-ancienne, et les excès alcooliques paraissent avoir joué le principal rôle dans la production de la maladie. Nous ferons remarquer l'existence simultanée de la sclérose de la moelle avec la cirrhose hépatique. Ces faits aujourd'hui assez nombreux ne sont pas le résultat d'une simple coïncidence, mais bien la preuve de l'action, sous l'influence de causes semblables, du même travail pathologique sur différents organes.

Observation XXVI. — Excès alcooliques habituels. — Engourdissement et faiblesse des jambes, puis symptômes de paralysie générale. — Autopsie. — Sclérose diffuse de la moelle avec prédominance de la lésion sur les cordons postérieurs ; encéphalite interstitielle diffuse; cirrhose du foie; plaques athéromateuses sur les vaisseaux.

B.... Louis, âgé de 45 ans, professeur de billard, a fait pendant longtemps des excès de boissons; depuis trois ans il

Magnaw. 1 3

éprouve dans les jambes de l'engourdissement et des douleurs qui reviennent d'une façon irrégulière ; les bras sont aussi quelquefois engourdis. Depuis quelques mois la marche devient fatigante et difficile.

A l'entrée au bureau d'examen le 19 avril 1869, B... Louis a de l'affaiblissement des facultés mentales avec du délire de satisfaction, de l'hésitation de la parole avec tremblement des lèvres, et de l'inégalité pupillaire; les jambes infiltrées jusqu'aux genoux sont faibles ; la marche est chancelante sans présenter les caractères de l'ataxie, la sensibilité est conservée. Les urines n'ont ni albumine ni sucre. Les symptômes de la paralysie générale s'accentuent progressivement; la paraplégie avec l'œdème des extrémités inférieures augmentent de plus en plus.

A la fin de novembre il survient une pneumonie, qui emporte le malade le 4 décembre.

Autopsie. Plaques athéromateuses sur les artères de la base du cerveau ; méninges épaisses, opalines, adhérentes ; épendyme chagriné sur le quatrième ventricule ; quelques granulations aussi à la surface des ventricules latéraux, les coupes successives des hémisphères ne montrent rien dans les centres; les méninges rachidiennes sont pâles, infiltrées de sérosité; les coupes pratiquées aux diverses régions font voir une teinte grisâtre diffuse plus marquée au niveau des cordons postérieurs. Les deux poumons sont engoués; le droit est dense, friable, hépatiséà la base.

Le cœur est mou. chargé de graisse ; la valvule mitrale et les valvules aortiques présentent sur les bords de petites végétations rouges, assez résistantes, polypiformes.

L'aorte jaunâtre présente par places des plaques athéromateuses.

Cirrhose du foie, dont la surface est bosselée, la capsule épaissie et le tissu fortement granulé.

Les reins sont pâles, jaunâtres.

Les préparations fraîches de la moelle montrent des granulations et des corps granuleux, disséminés dans la préparation et sur les parois des capillaires ; leur nombre est trèsconsidérable sur les préparations provenant de la partie interne des cordons postérieurs. Sur les coupes après le durcissement

dans l'acide chromique^ on voit une sclérose diffuse des cordons antérieurs et latéraux avec une localisation plus marquée au niveau de la partie interne des cordons postérieurs. Dans le cerveau les lésions de la paralysie générale.

L'alcoolisme joue ici un rôle important, et cette cause d'irritation a contribué, sans doute, au développement de la paralysie générale, mais en outre des lésions de l'axe cérébro-spinal^ nous trouvons dans le foie , les reins, le système vasculaire, les altérations plus spéciales de l'alcoolisme chronique.

Nous aurions pu chez ce malade rencontrer encore dans le cerveau un ramollissement par embolie en raison de l'état des valvules mitrale et aortique, mais c'eût été une lésion surajoutée qui aurait pu elle-même donner lieu à des symptômes d'hémiplégie, compliquer et masquer aussi en partie la maladie principale.

Il est utile de se souvenir de ces combinaisons pathologiques pour analyser et interpréter à leur juste valeur certains faits en apparence très- contradictoires.

Observation XXVII. — Habitude d'ivrognerie; premiers accès de délire alcoolique le 21 septembre 1865; guérison. — Continuation des abus alcooliques ; troubles digestifs, modification du caractère; deuxième accès de délire alcoolique le 22 septembre 1869. — Améliorationiïicomplète avec affaiblissement persistant de l'intelligence ; nouveaux excès, troisième accès de délire alcoolique passager, laissant après lui des signes manifestes de paralysie générale. — Autopsie. — Lésion de la paralysie générale et dégénérescence graisseuse du foie et du cœur.

V... Alexandre, portefeailliste, 43 ans, est amené à Bicêtre le 21 septembre 1865 avec le certificat médical suivant. « Alcoolisme chronique; accès aigu de delirium trcmens datant de peude jours, » — V..,. conserve pendant quelques jours des

hallucinations avec des idées de persécution; un peu de gêne de la parole et du tremblement des lèvres. Il s'améliore assez rapidement et sort de l'asile le 7 octobre suivant « en bon état de santé physique et morale » d'après le certificat du médecin du service.

Après sa sortie de l'asile, il reprend son travail dont il s'acquitte assez exactement, mais il ne tarde pas à recommencer les abus de boissons, s'adonnantplus particulièrement au vin et à l'eau-de-vie ; sous l'influence de ces excès, la santé s'altère sensiblement, les digestions deviennent difficiles; la région épigastrique douloureuse, le malade rend le matin des flots de pituite; il éprouve des lourdeurs de tête, de l'engourdissement des bras et des mains et de la faiblesse des jambes.

Au commencement de 1869, il devint bizarre, querelleur, irritable, quelquefois violent et dangereux pour son entourage ; il fait moins bien son travail, et son intelligence baisse.

Le 22 septembre 1869, il est ramené à l'Asile dans un accès de délire alcoolique; il est assailli par des hallucinations; on l'injurie, on le menace; il voit des insectes voltiger autour de lui ; des rats, des chats, des animaux de toute espèce ; des flammes, des éclairs. Tout son corps est pris de tremblement; il cherche de tout côté et n'a pas un instant de repos. Le visage bouffi présente une teinte sub-ictérique. Les urines ne renferment ni sucre ni albumine.

Le 25, les hallucinations changent un peu de caractère; les idées de persécutions prédominent; Y... paraît moins effrayé, mais il reste inquiet, méflant; il entend des voix connues, on complote contre lui ; sa femme veut le perdre ; elle le trompe ; ill'appelle et demande son arrestation. L'intelligence est notablement affaiblie. Le frémissement de tout le corps a cessé, mais il reste un tremblement considérable des mains.

Au bout de trois jours, les hallucinations rares et confuses laissent plus de repos au malade qui, devenu calme, est envoyé dans un asile agricole oh il reste jusqu'à la fin d'octobre.

A peine rendu à la liberté, il reprend ses habitudes d'ivrognerie ; il n'a plus d'aptitude au travail, ne sait plus faire son ouvrage, ses facultés sont notablement affaiblies.

Il est ramené à l'Asile le 16 décembre 1869 à la suite d'un nouvel accès de délire alcoolique.

V.... est effrayé par de nombreuses hallucinations, il aperçoit des femmes, des hommes armés qui le poursuivent pour le tuer; on l'injurie, on le menace. On ne peut fixer son attention, il est incohérent. La parole est saccadée, les lèvres et surtout les mains sont tremblantes, la pupille gauche est plus large.

Deux jours après, les hallucinations ont presque complètement disparu; le malade est calme, répond aux questions, et l'on peut s'assurer alors de l'affaiblissement de l'intelligence, d'une diminution marquée de la mémoire, de l'existence de conceptions hypochondriaques.

Nous trouvons, en outre, de Thésitation de la parole, du tremblement de la langue et des lèvres, et de l'inégalité pupillaire. Ces symptômes de la paralysie générale persistent jusqu'au moment de la mort survenue le 9 janvier, à la suite d'une pneumonie.

L'autopsie faite le 10 nous montre les lésions les plus caractéristiques; épaississement et adhérences nombreuses des méninges, ramollissement de la couche corticale, épaississement avec aspect chagriné de l'épendyme. Le cœur est mou et surchargé de graisse, le foie est jaunâtre par places, les reins ne sont pas sensiblement altérés.

L'action directe des boissons alcooliques se montre ici de la manière la plus éclatante. Un premier accès de délire alcoolique est suivi de guérison ; tous les symptômes se développent comme dans l'alcoolisme ordinaire sans donner lieu à des phénomènes particuliers ; mais les excès continuent, la santé s'altère et l'intelligence baisse. Un deuxième accès se produit, suivi cette fois d'une amélioration incomplète avec un affaiblissement des facultés ne permettant plus un travail régulier et indiquant déjà une lésion du cerveau. A la troisième atteinte, en effet, l'accès de folie alcoolique devient un élément accessoire ;

les hallucinations disparaissent rapidement, le tremblement des mains, très-marqué le premier jour, diminue aussi, les symptômes alcooliques, en un mot, tombent l'un après l'autre, laissant à découvert les signes manifestes de la paralysie générale.

Nous donnons encore l'observation d'un de nos malades dont l'histoire clinique a déjà été rapportée ailleurs, et que nous complétons ici, le malade depuis cette époque 3,y3nt succombé aux progrès de la paralysie générale (1).

Observation XXVIII. — Habitudes d'ivrognerie depuis 1856 ; première entrée à Sainte- Anne le l A Juin 1869; délire alcoolique; guérison. — Deuxième entrée /e 49 avril 1871 ; délire alcoolique ; léger affaiblissement de l'intelligence; idées de satisfaction. — Troisième entrée le li septembre 4871 ; délire alcoolique; affaiblissement intellectuel; attaques apoplectiformes et épileptiformes (période intermédiaire). — Quatrième entrée le 30 novembre 4872 ; affaiblissement intellectuel, idées ambitieuses; hésitation de la parole, inégalité pupillaire (paralysie générale évidente). — Autopsie : Dégénérescence graisseuse du foie, des reins, du cœur ; athérome vasculaire ; péricardite, périnéphrite, pachyméningite cérébrale, encéphalite interstitielle, chronique, diffuse ; névrite interstitielle de la deuxième paire crânienne.

B... Adolphe, marchand de vins, âgé de quarante-deux ans, entre une première fois à l'asile Sainte-Anne le 44 juin 4869, avec un certificat de M. Lasègue portant : a Délire alcoolique subaigu datant de six jours; excitation nocturne; une attaque épileptique. »

A son entrée, le malade présente les caractères de l'alcoolisme aigu. Il voit des animaux de toute espèce, des chats, des rats, des serpents, des gens qui veulent l'assassiner. Des flammes rouges passent devant ses yeux, et il croit voir sor-

(1) Gambus, De l'alcoolisme chronique terminé par paralysie générale. (Thèse de Paris, 1873, p. 32.) Lolliot, De l'alcoolisme comme cause de la paralysie générale. Gazette des hôpitaux, 6 et 13 septembre 18T3. (Mémoire suivi d'un rapport de M. Motet à la Société de médecine de Paris.)

tir de sa bouche une fumée épaisse qui se répand dans la chambre.

Il accuse de la céphalalgie et présente un tremblement considérable des mains, de la langue et des lèvres, avec une teinte subictérique de la peau. En outre, la vue est assez notablement affaiblie, mais l'examen ophthalmoscopique ne montre rien d'anormal.

La femme fournit les renseignements suivants : Son mari, dit-elle, fait depuis longtemps des excès alcooliques ; il boit principalement du bitter, du vermout, du vin, et cela dès l'année d856. Son sommeil est assez souvent troublé, et quelquefois il a de la pituite le matin ; depuis quelque temps, il tremble un peu et est sujet à des sueurs abondantes. Son médecin, attribuant la maladie à des excès alcooliques, l'avait engagé à ne plus boire; mais il n'en fit rien. Il ne cessait de boire que lorsqu'il se sentait malade, et reprenait les excès ausssitôt que son état s'était un peu amélioré.

Au commencement de mai dernier, il présenta une grande agitation et devint sujet à de l'excitation, surtout la nuit. Quelques jours plus tard, trois semaines avant son entrée à l'Asile, il a été pris d'une attaque convulsive avec perte de connaissance à la suite de laquelle la langue est restée embarrassée trois heures. L'autre jour, en lisant son journal, il s'est aperçu qu'il lisait cinq lignes à la fois. Enfin, sous l'influence d'hallucinations et d'idées de persécutions, il se livrait fréquemment à des menaces contre sa femme.

Son père est mort à soixante-quatorze ans, hémiplégique. Sa mère, à l'âge de soixante et onze ans. a vécu maritalement avec un militaire de quarante-sept ans. Trois de ses enfants sont morts en bas âge de convulsions. Son quatrième enfant, une jeune fille de treize ans, se porte bien.

Il y a trois aas, sa femme, qui est âgée de quarante ans, fit une fausse couche, vers le quatrième mois, de deux fœtus.

Le 15 juin, c'est-à-dire deux jours après son entrée, il présente un peu d'excitation ; il va, vient avec animation. Il s'imagine qu'on l'interpelle, qu'on le pousse à marcher, que des individus le prennent, l'injurient, l'empêchent de dormir. Il a un tremblement marqué de la langue et des mains.

Envoyé à l'asile de Vaucluse le 17 juin, il s'y est amélioré

rapidement, et en est sorti guéri à la fin de juillet de la même année. A son retour chez lui, il reprend son travail, ne présente aucun changement dans le caractère, si ce n'est qu'il est devenu très-économe, presque avare. 11 ne bégaie pas et n'offre pas le moindre embarras de la parole.

Cet homme entre une deuxième fois à Sainte-Anne le 19 avril 1871, près de deux ans après sa dernière sortie. Il présente encore du délire alcoolique avec hallucinations. Des francsmaçons le poursuivent, des hommes armés de couteaux courent après lui ; il voit des oiseaux, des chats, des rats, des arbres, elc. Il a en outre un léger tremblement des mains.

Sa femme fournit les renseignements suivants : il se livre à des excès habituels; mais, depuis huit jours, ayant quitté sa femme, il s'est mis à boire d'une façon exagérée en compagnie d'une jeune fille de dix-huit ans avec laquelle il s'était en allé de sa maison. Alors le délire a éclaté, mais il y a bien un mois qu'il s'enivre tous les jours, surtout avec de l'eau-devie. Depuis sa sortie de Sainte-Anne, il paraissait bien; il s'était remis au travail. Mais, depuis un mois, c'est un désordre complet; il enlevait de sa demeure argent, effets, et vendait tout.

21 août. Des francs -maçons invisibles menacent de le tuer. Sa tenue est peu en rapport avec son âge. Il a une conscience incomplète de toutes les sottises qu'il a faites, et il raconte en souriant et avec contentement qu^il pourrait bien recommencer. Il se manifeste chez lui des idées de satisfaction. Il va aller acheter des chevaux, des bottines vernies, un chapeau de feutre blanc ; il mangera des huîtres et vivra de ses rentes. Il a au moins deux mille francs à lui. Sa mère, ajoute-t-il, vit avec un amoureux de trente-cinq ans qui possède trente mille francs ; il lui claquera tout cela.

Les symptômes aigus de l'alcoolisme et les idées de satisfaction disparaissent peu à peu, et il sort de l'asile vers la fin de septembre, conservant un léger affaiblissement de l'intelligence, de l'apathie, de l'indifférence. Toutefois, il est calme, et on le rend, à titre d'essai, à sa femme.

Douze jours après sa sortie, il rentre pour la troisième fois, le 11 octobre 1871. On constate alors un affaiblissement des facultés, de la diminution de la mémoire, une légère exci-

talion avec des hallucinations ; il voit des fantômes, des tètes de bêles féroces avec des cornes, des choses effrayantes. Le tremblement des mains est très-marqué.

Sa femme raconte que, pendant les douze jours qu'il est resté en liberté, il n'avait aucune conscience de ses actes. Le huitième jour étant à table, il devint tout à coup très-pâle, et il lui fut impossible de proférer une parole. Dans le courant de la nuit, à plusieurs reprises, il a eu des petites secousses de la face avec grimaces et déviation de la bouche (attaque épileptiforme). Le lendemain, il fut pris d'un accès de délire. Il avait les yeux hagards, injuriait son entourage et voulait absolument sortir. Il avait aussi de fréquentes hallucinations. Sa femme affirme que, depuis sa sortie, il n'avait pas fait d'excès nouveaux.

Le 13 octobre, lendemain de son entréC;, il va et vient dans la salle sans trop savoir ce qu'il fait. Il chiffonne, ramasse les objets les plus divers, se met de l'herbe à la boutonnière, voit des ombres, des oiseaux. En général, il reste indifférent à tout ce qui l'entoure^, mange avec gloutonnerie et ne se plaint que d'un peu de mal de tête. Il n'a d'ailleurs aucune conscience de sa situation.

Le 17, il est pris au milieu de la nuit d'une grande frayeur, et se met à pousser des cris perçants. 11 voit des ours blancs, noirs, des ombres, toute sorte de choses.

Il reste à peu de chose près dans le même état jusqu'au mois de mars. En avril, étant devenu beaucoup plus calme, il est rendu à sa femme. Il conserve à cette époque un affaiblissement très-marqué de l'intelligence, avec diminution considérable de la mémoire.

Il rentre à Sainte- Anne pour la quatrième fois, le 30 octobre 1872;, huit mois après sa dernière sortie. Il présente toujours un grand affaiblissement des facultés mentales, de la diminution de la mémoire et des idées ambitieuses incohérentes. Il est riche et possède 60,000 francs; il a acheté un château et ira y installer une fabrique de porcelaine ; il était le premier ouvrier ; ses parents sont très-riches. Il présente aussi un tremblement considérable des mains et une légère hésitation de la parole.

Sa fille raconte que cinq ou six mois après sa sortie il était

resté apathique, indifférent, ne s'occupant nullement de sa maison, et qu'il était ensuite devenu remuant. Dans ces derniers temps, il avait des idées de richesse. Il se disait empereur, roi, et se croyait très-riche. Sa femme confirme ces renseignements, et ajoute qu'il était incapable de travailler; il ne faisait rien et ne se plaignait de rien ; on le traitait comme un enfant. Il y a une huitaine de jours il s'est agité et a présenté un peu de délire. Il a eu des idées ambitieuses ; il s'est échappé de la maison étant habillé, et on l'a retrouvé dans la rue à demi nu. Depuis longtemps il ne pouvait plus boire, n'ayant jamais d'argent et étant toujours surveillé. Il n'a plus eu de nouvelles attaques épileptiformes depuis sa sortie. Peu à peu sa parole s'est embarrassée.

1" novembre. Il dit qu'il ira à Versailles voir le Président de la République. Il paraît indifférent, incohérent, répond avec difficulté, et présente un tremblement marqué des mains.

Pendant les jours qui suivent, ses idées ambitieuses s'accentuent de plus en plus. Il est fils de Napoléon Bonaparte ; il est empereur, maître de la France, et ira bientôt à Bordeaux, sa capitale, où il nommera des empereurs, etc. Il est riche, possède cinquante châteaux, des couverts en or^ une voiture à quatre chevaux, etc. Il s'étend complaisamment sur sa force physique. Il se porte comme le Pont-Neuf; il est fort, il peut porter cent cinquante livres à bras tendu; un lièvre ne l'attraperait pas à la course ; il a douze enfants. Il est trèsadroit, ne manque jamais de touche au billard, chante et danse à ravir, à l'Opéra il est le coq du théâtre.

Plus tard, à ses anciennes idées ambitieuses sur sa forc-e, les châteaux qu'il possède, sa situation d'empereur, etc., s'en ajoutent de nouvelles. Il va battre les Prussiens, ira en tête de l'armée, il aura deux cents canons, nommera son ministre des finances et rétablira la France.

L'hésitation de la parole est très-prononcée ; le tremblement des mains est considérable, mais plus marqué à droite. La sensibilité générale est très-obtuse ; on peut planter des épingles dans sa peau sans qu'il retire la main. Il senties odeurs assez facilement, distingue le sel et le sucre, mais ne

reconnaît l'amertume de la coloquinte qu'au bout de quelques instants. Il paraît également fort des deux côtés, et saute également bien sur les deux jambes. La pupille droite est un peu plus étroite que la gauche.

La mémoire est très-obtuse, et il ne paraît pas se souvenir des occupations de ses premières années. Ses nuits sont également agitées, il crie et chante, se croit à l'Opéra, et à son réveil, n'en conserve aucun souvenir. De temps en temps, il se plaint de douleurs de tête.

Vers le 10 novembre, à ses idées ambitieuses se mêlent des idées hypochondriaques. Il n'a que des nerfs, pas d'os, et cela l'afflige. Néanmoins, il se croit très-fort et se montre, en somme, plutôt satisfait de sa situation.

Dans la matinée du 6 janvier, le gardien a aperçu des secousses à la face, dans les bras et dans les jambes, analogues à celles que provoquent les décharges électriques (attaque épileptiforme), et le malade, au moment de la visite, accuse de la céphalalgie, des étourdissements, de la courbature, et une sensation de fatigue. Les jours suivants, le faciès exprime la douleur et le malade est sombre, il se plaint de crampes avec engourdissement dans le bras droit. Ses idées sont confuses ; il a conscience qu'il souffre, sans se rendre compte de ce qu'il éprouve.

Sa marche est titubante, comme celle d'un homme ivre; il a failli tomber plusieurs fois, aussi n'ose-t-il plus marcher dans la crainte de faire une chute. Il se plaint aussi de céphalalgie, d'étourdissements et de sensations douloureuses.

Malgré la persistance de ses idées ambitieuses, il est en ce moment dans une période d'affaissement qui persiste pendant quelques jours et s'améliore un peu dans la suite.

12 mars. Il est tranquille, répond volontiers aux questions qu'on lui adresse, et présente un affaiblissement notable des facultés avec perte de la mém.oire. Il ignore l'année, le mois, ■ le jour. Il ne sait pas depuis quelle époque il est à l'Asile, et se montre apathique et indifférent. Néanmoins, il se trouve heureux et satisfait de sa séquestration. Il raconte qu'il va partir pour Bordeaux, où il sera roi, empereur. Il aura cent mille francs, un million; il emmènera avec lui son médecin, pour le récompenser de ses bons soins, et lorsqu'on lui de-

204 ALCOOLISME CnRONIQUE.

mande ce que font son père et sa naère, il répond qu'ils sont marchands de vin, et qu'il est lui-môme marchand de vin.

Il vante ensuite ses qualités physiques et intellectuelles ; il est fort, vigoureux, et sait jouer de plusieurs instruments, danse très-bien, et, si on l'en prie, il se met aussitôt à sauter. Il se trouve bien vêtu, et se déshabille pour montrer avec une grande satisfaction son caleçon, ses bas, son uniforme de l'Asile, etc.

Sa parole est hésitante, et dès qu'il essaye de parler, les lèvres sont prises de frémissements ; l'orbiculaire est le siège de petites contractions. La langue, tirée au dehors, présente un léger frémissement sur les bords et à la pointe. Les mains étendues sont légèrement tremblantes. Les forces musculaires ne paraissent pas notablement affaiblies; il serre assez fort et également des deux côtés. La marche, qui tout d'abord paraît normale, présente par moments de petites saccades, plus marquées et plus appréciables quand le malade marche lentement que quand il va vite ou qu'il court.

La sensibilité au toucher est presque normale; il sent le souffle projeté sur la main; mais la sensibilité à la douleur est très-affaiblie ; il ne sent pas les piqûres d'épingle même faites profondément. Il mange avec gloutonnerie, il parle avec ^ontentement des bonnes choses que sa femme lui apporte du dehors.

Pendant la fin du mois de mars, à cet état se joint de la sensiblerie : le malade se met à pleurer sans motif, et, si on lui demande la cause de sa tristesse , il répond que c'est l'ennui , qu'il mourra à l'asile , qu'il ne veut plus rester.

L'examen ophthalmoscopique, pratiqué à cette époque, montre dans l'œil gauche une papille pâle, surtout en dedans, avec des vaisseaux très-grêles ; dans le droit, une papille physiologique, légèrement pâle en dedans, mais bien moins que dans l'œil du côté opposé , les vaisseaux sont normaux.

Le 1" avril au matin, le malade est obtus et ne semble pas comprendre les questions. La température rectale est de 38° 2 ; le pouls 66.

Le 2. Agitation toute la nuft ; cris incohérents ; il se lève,

se roidit^ grince des dents. Pouls 72; température 90%2. II présente une grande obtusion de l'intelligence, ne comprend presque rien, articule difficilement. Les pupilles sont dilatées, la droite plus que la gauche.

Le 5. Il a une attaque épileptiforme vers trois heures du matin, avec déviation de la tête à droite, secousses dans le bras et la jambe du côté gauche, et résolution des membres du côté droit.

Le 7. Autre attaque épileptiforme pendant la matinée, avec prédominance des mouvements dans le côté droit. Température à 38% qui descend à 37°,6 le lendemain; le malade n'a pas de nouvelle attaque et présente moins d'obtusion.

Le 15. Affaissement considérable des facultés, nulle conscience de sa situation. Embarras considérable de la parole ; analgésie complète; faiblesse prononcée du côté droit. Le malade se tient moins bien sur la jambe de ce côté, et quant à sa main droite il ne peut s'en servir.

7 mai. Il veut à toute force changer de vêtements, aller à Bordeaux, Toujours hésitation de la parole ; pupille gauche plus large. L'aiguille du dynamomètre est poussée à la 39° division par la main droite, et à la 45^ par la gauche. Le malade présente, en outre, de l'excitation automatique, pousse des cris inarticulés.

Depuis le i'^^ mai, l'iodure de potassium est donné à la dose de 1 gramme par jour.

Pendant le même mois, on note les deux crises suivantes : le 14, à trois heures du matin, survient une attaque épileptiforme. Le malade pousse des cris, perd connaissance, se débat, et, au dire du gardien, reste dans l'hébétude après la crise.

Le lendemain, à la visite, sa parole est embarrassée ; il est confus, se met à sourire, est obtus, et ne peut rien indiquer de ce qu'il a éprouvé. Sa force musculaire parait un peu plus considérable à gauche qu'à droite ; il se tient bien et marche sans chanceler.

Le 20. Il s'est arraché les moustaches, disant : Je ne suis plus empereur, je ne d^ois plus avoir de moustaches. La pupille gauche est un peu plus dilatée.

Juin. Affaiblissement progressif des facultés; embarras de la parole ; il mange gloutonnement, prend les aliments avec ses doigts; est gâteux.

Le 9. Diarrhée avec quelques traces de sang. Amaigrissement.

On cesse l'usage de l'iodure de potassium. La diarrhée continue les jours suivants.

Le 17. Facultés intellectuelles notablement affaiblies. Le malade n'a nulle conscience de sa situation; ne répond pas aux questions; par moments, prononce des mots rappelant le délire ambitieux, tels que : château, empereur, millions. Du reste, incohérence complète; embarras prononcé de la parole ; inégalité pupillaire; il se barbouille avec les matières fécales.

Pendant la fin du mois de juin on n'a rien noté de particulier. Cet état s'est maintenu à peu près au même degré. Lorsqu'on interrogeait le malade ou qu'on cherchait à attirer son attention, il prononçait quelques mots : Oui, oui, c'est cela. Et si on le pressait davantage, on le voyait parfois éprouver une petite crise, pendant laquelle il fermait la bouche, et retenait sa respiration : sa face rougissait, ses yeux s'injectaient et devenaient immobiles et saillants; puis, après quelques secondes seulement, tout cessait comme par une sorte de détente, et il se mettait à pleurer.

Pendant le commencement de juillet, l'état de démence s'est maintenu et a plutôt augmenté.

Le 5. Il siffle, souffle, pousse des cris, chante en bredouillant, tape dans ses mains sans aucun motif, gâte, se barbouille avec les excréments. La pupille droite est toujours plus dilatée.

Le 7. Indifférence complète pour tout et à l'égard de tout le monde. Il ne reconnaît plus sa femme, ni sa sœur, ne leur parle pas quand elles viennent le voir. Il ne répond aux diverses questions qu'on lui fait que par les mots de : Oui; je ne sais pas; c'est ça. En dehors de ces réponses, on ne peut en rien tirer. Quelquefois, il se met en colère sans motif, il grogne, tord les lèvres ou pleure toujours sans raison.

Il ne parle plus de Bordeaux, mot qu'il avait constamment à la bouche, et si on lui en parle, si on lui dit: B..., nous

irons à Bordeaux, il répond toujours : Oui, oui, c'est ça. Il essaie avec les dents de détacher ses vêtements, et Ton parvient avec peine à Tempêcher de se barbouiller.

Quant aux forces physiques, elles sont encore assez bien conservées. Ainsi, pendant la journée, il peut rester levé, descendre de l'infirmerie, se promener même pendant quelque temps, mais toujours sans se rendre compte de ce qu'il fait. On est obligé de l'habiller, sans cela il mettrait un vêtement avant un autre, ou à l'envers, etc. , Les fonctions de la vie végétative sont passables. Le malade mange avec une grande voracité, avale gloutonnement, prend tout avec les doigts. Les morceaux n'étant pas suffisamment divisés par la mastication, ils sont trop gros pour être déglutis, et l manque souvent de s'asphyxier; il les rend alors dans le plat et les reprend avec les doigts.

Il laisse aller ses matières d'une façon habituelle, quoiqu'elles soient suffisamment résistantes, s'en barbouille, etc.; il pisse au lit et jamais dans le vase, quoiqu'on ait la précaution de l'asseoir assez souvent sur la chaise pour éviter ces inconvénients ; quand il est levé il fait dans son pantalon.

Pendant la nuit, il dort généralement peu, crie, tire ses couvertures. Le jour, il reste souvent assis, et s'endort ordinairement après les repas. Il est fort difficile d'explorer la sensibilité sensoriale du malade, ses réponses aux différentes questions étant toujours : oui, oui, c'est ça. Mais la sensibilité au toucher et à la douleur semble considérablement amoindrie, comme on peut en juger par l'absence de mouvements réflexes.

Depuis ce moment jusqu'au 20 juillet, cet état est resté stationnaire. A cette dernière époque, l'intelligence est trèsaffaiblie. Le malade est dans une indifférence complète pour tout ce qui l'entoure. Il est assis sur un fauteuil, la tête baissée, à moitié assoupi, ne répondant à aucune question, ne manifestant aucun désir, ni aucun sentiment.

La sensibilité au toucher et à la douleur n'existe presque plus, si ce n'est aux membres inférieurs, que le malade retire quand on les pique. A la face et à la nuque, on peut traverser avec une épingle un pli de la peau de part en part, sans que B... paraisse s'en douter.

L'état des différents sens ne peut guère être apprécié, en raison du degré avancé de démence. Quant au goût et à l'odorat, ils semblent considérablement affaiblis, et l'on est obligé d'employer des substances, d'une odeur pénétrante et d'une saveur piquante pour obtenir quelque résultat. Ainsi, l'essence de moutarde, présentée aux deux narines successivement, a produit à peine un léger mouvement de réaction, et peut-être ce résultat était-il dû à la sensation déterminée en même temps sur les conjonctives, les yeux s'étant remplis de larmes. En appliquant du piment sur la langue pendant quelques secondes, le malade ne répond à la fin que par un léger grognement.

Les urines examinées par la cbaleur, l'acide nitrique, et la liqueur de Bareswil, n'ont donné qu'un résultat négatif, au point de vue de l'albumine et du sucre.

Août et septembre. La démence continue à progresser, le malade s'excite, par moments crie, jette les bras de tout côté ; il paraît avoir à plusieurs reprises des hallucinations pénibles et il prononce au milieu de la nuit et quelquefois le jour les mots de brigand, cochon, assassin ; d'autres fois, ce sont des mots rappelant son délire ambitieux : million, empereur, château. La parole est embarrassée. On ne peut obtenir aucune réponse sensée ; il paraît étranger à tout ce qui se passe autour de lui ; les instincts et les appétits sont nuls, il ne demande ni à boire ni à manger, et avale indistinctement ce qui se trouve sur l'assiette ; il gâte, se barbouille avec les excréments. A la fin d'août, à la suite d'une attaque épileptiforme, le côté droit reste plus faible pendant quatre jours. A la fin de décembre, la digestion se trouble, et il survient de la diarrhée; des eschares se produisent au siège. Du 25 septembre au 4 octobre le pouls devient fréquent et petit, la T.R. s'élève progressivement à 39°, 40° et jusqu'à 40°,8 en présentant de légères exacerbations le soir. Dès le 26 septembre le côté droit de la poitrine donne de la matité dans sa moitié inférieure, du souffle et du râle sous-crépitant fin. Les forces s'affaissent, la respiration s'embarrasse et la mort survient le 4 octobre.

Dans le courant de 1873, la température rectale a été prise, soir et matin, réguhèrement pendant plusieurs mois, et elle a présenté, à diverses [reprises, une élévation passagère qui

s'est produite chaque fois, soit à la suite d'étourdissements avec pâleur de la face et attaque apoplectiforme légère, soit à la suite de faibles attaques épileptiformes ; du reste au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, on retrouvait la température habituelle de 37 1/5 à 3/a de degré.

Nous avons chez B..., plusieurs fois, avec un résultat identique, pris le pouls au sphygmographe, aussi reproduisonsnous le tracé de la thèse de M. Gambus, qui donne une idée exacte de l'état de la circulation du malade.

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