TRAITEMENT DE L'ALCOOLISME CHRONIQUE
éprouve des picotements sur la peau, des engourdissements, des crampes dans les membres.
Le côté gauche est plus faible, la main droite arrive à la 34'' division, l'autre main à la 26*=; il saute moins bien sur la jambe gauche. Dans tout le côté gauche, le toucher, le pincement, les piqûres, la température sont moins bien sentis: l'anesthésie est plus accusée au bras qu'à la face et à la jambe. La narine gauche ne sent ni l'eau de fleurs d'oranger, ni le camphre, ni le vinaigre, qui sont parfaitement perçus par la narine droite.
Le côté gauche de la langue ne distingue ni le sucre, ni le sel, ni l'aloès, ni la coloquinte ; ces substances sont reconnues à droite très-rapidement.
La vue est légèrement affaiblie à gauche. L'oreille gauche n'entend pas les battements d'une montre au delà de 20 centimètres, la droite les entend à 60 centimètres.
L'hémiplégie et l'hémianesthésie s'améliorent parallèlement, et, au bout de deux moiS;, on ne remarque nettement qu'une anosmie très-prononcée à gauche, le malade ne sent ni le camphre ni le vinaigre par la narine gauche; la narine droite, au contraire, les distingue très-bien.
ARTICLE VI
TEAITEMENT DE l'aLCOOLISME CHRONIQUE.
Ce que nous avons dit à propos des malades prédisposés, atteints de délire alcoolique à rechutes fréquentes, nous dispensera d'entrer ici dans de grands développements. La séquestration ou bien une surveillance trèsactive, quand les malades améliorés ou en rémission vivent au dehors, nous paraît indispensable. Ces malades, en effet, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire, affaiblis dans leurs facultés intellectuelles, morales et affectives, sont livrés, sans défense, aux caprices de leurs appétits instinctifs. Il faut absolument les empêcher de faire de nouveaux excès ; l'alcool, en effet, exerce sur
ces organismes dégénérés l'action la plus fâcheuse, il suffit de faibles doses de poison pour provoquer chez eux de graves accidents et compromettre l'existence. A l'Asile les soins hygiéniques prendront la plus grande part du traitement ; on procurera à l'alcoolique chronique, qui n'aura pas encore atteint une démence avancée, une occupation facile, exigeant, autant que possible, un peu de mouvement, de déplacement, au grand air. Il faudra néanmoins, si on les occupe à des travaux agricoles, éviter, avec le plus grand soin, de les envoyer dans les champs en été sous les rayons d'un soleil ardent, ou bien en hiver au moment des froids les plus vifs. Une chaleur forte, un froid rigoureux sont également dangereux pour ces malades. Il ne faut pas oublier, en effet, que chez les alcooliques chroniques la circulation cérébrale est notablement gênée, que l'état athéromateux des gros vaisseaux, que la stéatose des capillaires, provoquent fréquemment, et en dehors de toute cause extérieure, des troubles ischémiques ou congestifs dont les étourdissements, les bourdonnements d'oreilles, les éblouissements avec la pesanteur et la lourdeur de tête, sont l'expression phénoménale. Ces mêmes considérations s'appliquent également aux alcooliques chroniques qui marchent vers la paralysie générale ou qui sont déjà devenus paralytiques. La sclérose diffuse, on le sait, est éminemment favorable aux troubles circulatoires.
Cette disposition morbide réclame certaines précautions. Il faudra surveiller le régime, régler l'appétit quelquefois vorace des malades , supprimer les aliments de digestion difficile , éviter surtout, le soir, les repas copieux pour prévenir l'indigestion, la paresse et la plé-
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nitude d'estomac, si favorables aux poussées congestives vers le cerveau.
Guidé par ces mêmes considérations, on aura recours aux révulsifs du côté de la peau et du tube digestif ; soit aux bains de pieds sinapisés, soit aux frictions sur les membres inférieurs avec l'huile de croton tiglium ou la pommade stibiée, que M. Baillager emploie fréquemment pour des indications analogues dans la première période de la paralysie générale. L'aloès sera trèsutile non-seulement en débarrassant l'intestin, mais e-ncore par son action élective sur les organes du petit bassin, et son influence marquée sur le développement des fluxions hémorrhoïdaires. Les lavements salés, les lavements purgatifs, seront les adjuvants de cette médication. On pourra également, selon le besoin, recourir à l'usage de ventouses scarifiées à la nuque, et aussi de ventouses sèches sur la colonne vertébrale et les membres inférieurs.
Les toniques, sous toutes les formes, grand air et hygiène, alimentation, agents thérapeutiques, doivent fournir la base de la médication. Les tisanes amères, ainsi que nous l'avons déjà signalé, entre les repas, ou pendant les repas sont utiles. Le vin de quinquina après le repas, l'extrait mou de quinquina, trouveront ici également leur application favorable. Le mélange de sirop de quinquina, de sirop d'écorces d'orange, de vin de Bagnols ou de vin de Bordeaux, à la dose de SO à 80 grammes après le repas, nous ont paru de quelque utilité. L'iodure de potassium à la dose de 1 à 3 grammes par jour sera utile surtout dans les cas d'alcoolisme chronique avec tendance à la paralysie générale. On sait que
Marcet (1) a préconisé l'emploi de l'oxyde de zinc, mais c'est surtout dans le délire alcoolique simple que ce médicament paraît avoir eu de l'efficacité, c'est-à-dire dans les cas, oii le repos et une bonne hygiène amènent la guérison. Magnus Huss a vu diminuer les douleurs épigastriques et le pyrosis sous l'influence de l'huile empyreumatique, qui donne sa saveur spéciale à l'eau-de-vie de pomme de terre [fermentoleum solani) à la dose de 5 à 10 centigrammes, cinq ou six fois par jour, dans une potion ou en pilules.
Enfin M. Foville (2) rappelant l'action de l'arsenic dans la fièvre intermittente, son action dans le diabète, dans la maladie de Basedow, croit ce médicament utile dans tous les cas où l'on peut rattacher les accidents à un défaut d'action du grand sympathique, et il le conseille dans la forme congestive de la paralysie générale. Nous ignorons si l'action physiologique de l'arsenic est celle que tendrait à lui attribuer M. Foville, mais nous savons que ce médicament, entre les mains de M. Baillarger, a été utile dans quelques cas de paralysie générale à la première période où la liqueur de Pearson était prescrite à la dose de IS à 30 gouttes par jour. Dans l'alcoolisme chronique tendant à la paralysie générale qui n'est pas, sans de nombreuses analogies avec la forme congestive de la paralysie générale, l'arsenic pourrait donc être employé avec avantage.
(1) Marcet, On chronic alcoholic intoxication. London, 1860.
(2) Toville (A.), Étude clinique de la folie avec prédominance du délire des grandeurs. Mém. de l'Acad. deméd. Paris, 1870-1871, p. 448.