‹ De l'alcoolismeChapitre 11 sur 17 · EFFETS LOCAUX DE L*ALCOOL · texte numérisé non relu

EFFETS LOCAUX DE L*ALCOOL

Dans cette partie, qui sera très courte, opérant, en quelque sorte, un démembrement des questions précédentes, nous jetterons un coup d’œil rapide sur les lésions produites par

l’alcoolisme, dans les principaux organes : affections de l’estomac, du foie, des organes respiratoires, des reins, des organes génitaux, du système vasculaire, des organes des sens, etc.

Appareil digestif. — V estomac éprouve une succession de troubles fonctionnels et organiques, dont nous ne pouvons donner que la simple énumération; telles sont : la perte de l'appétit , les vomissements , particulièrement le matin, les sécrétions muqueuses , abondantes et souvent acides [pituite), la gastralgie , la dyspepsie ; et ensuite la dilatation de l’estomac (Morgagni); peut-être les altérations de la gastrite chronique , Yulc'ere simple (Cruveilhier) et le cancer. Relativement à cette dernière lésion, nous avons déjà fait nos réserves, en disant que l’alcool ne devait pas être considéré comme la cause productrice, mais comme l’agent de localisation de la diathèse.

Ici encore, pour éviter toute objection, nous devons dire qu’il y a deux manières de considérer quelques-unes de ces altérations fonctionnelles et organiques. Sont-elles des effets purement topiques ; sont-elles le résultat d’une action enretour de l’alcoolisation de toute l’économie? C’est ce qu’il serait très difficile de décider. Ainsi, la dilatation est très probablement un effet mécanique dépendant de l’ingestion de grande quantité de liquide; mais en est-il de même des sécrétions muqueuses? Nous ne saurions nous prononcer. Quoi qu’il en soit, nous ne devions pas oublier de parler de ces affections stomacales, quel que soit leur mode de production, puisqu’elles viennent toujours, plus ou moins, compliquer l’alcoolisme.

Les mêmes observations s’appliquent, avec de semblables réserves, aux maladies du foie. Quelques-unes peuvent être le résultat d’une simple action locale. Ainsi, selon M. Beau (1), chez les personnes prédisposées, c’est-à-dire ayant un certain degré de congestion habituelle du foie, l’usage du vin, même

(1) Études sur V appareil spléno-hépatique (Arch. gén. de méd. , 4e série, 1851, t. XXV).

étendu d’eau, peut produire de violentes douleurs névralgiques ( hppatalgie ), que l’on peut confondre souvent avec la colique hépatique produite par des calculs biliaires. Ce médecin pense que l’alcool agit alors comme topique irritant, après avoir pénétré dans le foie avec le sang de la veine porte; il n’agirait pas autrement, d’ailleurs, que le vinaigre, les sauces épicées, les condiments âcres, le remède de Durande (lequel augmente souvent les douleurs) et même l’eau de Vichy.

S’il en était réellement ainsi, ne pourrait-on pas croire que la cirrhose est due à ce mode d’action? Nous savons bien que cette affection s’observe souvent en dehors de toute influence alcoolique, et que, par cette raison, on pourrait être admis à nier toute influence des spiritueux dans sa production ; mais il nous semble que, considéré comme simple irritant, il peut être cause de cirrhose concurremment avec d’autres influences. Alors il produirait une congestion sanguine, l’augmentation du volume de l’organe et une inflammation véritable, laissant pour preuve de son existence des épanchements fibro-plastiques et l’augmentation de la trame cellulo- fibreuse. Et alors on verrait se dérouler comme il suit, les altérations de la cirrhose.

Ces épanchements engendrés par l’inflammation deviennent cause à leur tour, et, joints à la congestion préexistante, ils compriment les parties environnantes. Les vaisseaux sanguins s’atrophient, s’oblitèrent. Les acini sont atrophiés ; les parties où la congestion seule existait sans épanchement, laissent quelques granulations hypertrophiées. Il y a cessation plus ou moins complète de la sécrétion biliaire. Au-dessous du foie, le tronc de la veine porte est considérablement dilaté. Cette dilatation est causée par l’atrophie de ses rameaux. Mais la circulation porte tend à se rétablir par les anastomoses existant dans la scissure du foie entre la veine porte et le système veineux général (Sappey, Ch. Robin) (1), et l’on voit, en effet, dans la cirrhose la dilatation variqueuse de ces groupes veineux.

La gêne de la circulation abdominale et la défibrination

(1) Ch. Robin, Rapport à l'Académie de médecine , 3i mai 1856 (Bulletin, t. XXIV, p. 943).

«fi

du sang par suspension des fonctions du foie, causent des hémorrhagies et l’ascite, etc... Mais ces considérations nous entraîneraient trop loin. Qu’il nous suffise de dire que la cirrhose alcoolique ne peut être combattue victorieusement que lorsqu’elle est bornée à la période congestive ; lorsque l’affection est plus avancée, les phénomènes morbides préexistants semblent appeler l’accomplissement du cercle nosologique de la cirrhose, et les accidents marchent en vertu d’une espèce de pouvoir acquis par le premier pas. La thérapeutique, inhabile à les détruire, ne peut plus que retarder leur marche.

Les lésions de la rate, que l’on a souvent constatées dans la cirrhose, doivent-elles quelquefois être considérées comme causées directement par l’alcoolisme, ou doit-on les regarder comme le résultat de la gêne de la circulation porte, par suite de l’oblitération des rameaux de cette veine dans le foie? Il nous serait impossible de trancher la question d’une façon absolue.

Quelle que soit l’opinion que l’on adopte sur l’étiologie et le mécanisme de ces lésions, l’anatomie pathologique a constaté tantôt une atrophie, tantôt une hypertrophie de la rate, jointe à l’existence de plaques laiteuses, fibreuses et cartilagineuses dans l’épaisseur de ce viscère.

Organes respiratoires et circulatoires. — Ils ne présentent que des lésions d’un intérêt secondaire et sur lesquelles nous ne pouvons insister ; telles sont : la laryngite chronique , ou du moins une affection caractérisée par la raucité de la voix et l’ aphonie ; une bronchorrée . Enfin on a signalé (1) des pneunomies aiguës , nées sous l’influence immédiate de l’ivresse, il resterait à discuter la réalité du rapport que l’on a supposé.

On a rapporté aux excès alcooliques quelques lésions de la membrane intérieure du système vasculaire et particulièrement les ossifications des artères et la gangrène des membres par artérite ; mais on trouve peu de renseignements précis à cet égard.

Organes génito-urinaires. — La maladie de Bright peut-

(1) Laborderie-Boulou, De la pneumonie consécutive à l’intoxication alcoolique , thèse. Paris, 1849.

elle avoir pour cause l’abus des boissons alcooliques ? Nous ne pouvons établir ce fait d’étiologie que par des commémoratifs, par la progression du mal sous une influence persistante, par la fréquence de la maladie dans les pays froids et par une analogie peut-être discutable avec l’albuminurie cantharidienne.

Les cantharides causent sur les reins des accidents spéciaux. Les reins servent d’émonctoires à la cantbaridine, et ce principe si actif produit une espèce de vésication intérieure sur les tubuli du rein en amenant la desquamation de leur épithélium ; de là le passage de l’albumine dans l’urine.

La solution de la question aurait le plus haut intérêt si la maladie de Bright pouvait s’expliquer par ce mécanisme ; car la prophylaxie en découlerait.

Nous ne faisons que mentionner V impuissance chez l’homme, et malgré cela quelques tendances aux idées et aux actes obscènes (Marcel) ; et chez la femme on observerait la stérilité (Morel).

Organes des sens. — Nous avons déjà signalé les hallucinations. Quelques médecins attribuent à l’alcoolisme certaines affections de l’appareil de la vision.

Page 1