THÉRAPEUTIQUE DE L’ALCOOLISME
Nous n’avons pas à nous occuper, dans une question aussi générale, des divers modes de traitement qui conviennent aux manifestations morbides que nous avons décrites, et qui varient par l’intensité, la durée et le siège.
Les moyens les plus divers ont été mis en usage, et nous ferions un étalage inutile de thérapeutique, si nous rappelions les émissions sanguines, l’opium, les excitants, les toniques, les vomitifs, les purgatifs, les affusions d’eau froide, le traitement moral, etc.
Disons seulement que tout récemment M. Marcet a préconisé l’emploi de l’oxyde de zinc contre l’alcoolisme chronique. Selon cet auteur, l’oxyde de zinc, dans les cas simples, diminuerait d’abord l’insomnie et les hallucinations de l’ouïe et de la vue; les attaques de tremblement diminueraient d’intensité et disparaîtraient peu à peu ; l’appétit reviendrait, et dès lors on pourrait regarder le malade comme entrant en convalescence. Nous ignorons si ce genre de traitement a été soumis par d’autres médecins à une expérimentation sévère.
Une question plus importante sans doute se présente ici :
I celle de la désaccoutumance des alcooliques.
« La thérapeutique de Magnus Huss, dit M. Lasègue (1), repose sur les indications les plus simples, et se compose de médicaments peu variés. Éloigner les causes qui entretiennent la maladie est évidemment la première indication à remplir ; on s’efforce ensuite, à l’aide d’un bon régime, de quelques toniques, de purgatifs chauds, de réparer les troubles de la igestiou ; enfin les divers agents conseillés dans le cours des maladies nerveuses, antispasmodiques, comme l’asa fœtida; stimulants spéciaux, comme la noix vomique, sont employés suivant les cas. Un seul remède mérite d’être signalé : c’est
(1) Loc. cit.
l’huile empyreumatique, qui donne sa saveur spéciale à l’eaude-vie de pomme de terre ( fermentoleum solani ), à la dose de 5 à 10 centigrammes, cinq ou six fois par jour, dans une potion ou en pilules. Ce produit paraît agir surtout en diminuant les douleurs épigastriques et le pyrosis, et semble devoir être rangé parmi ceux dont l’expérience a le mieux prouvé l’efficacité. Je regretterais de passer outre au traitement de l’alcoolisme, sans parler de cette étrange médication dont la singularité même a doublé la célébrité, et à laquelle de récentes expériences du docteur Nasse donnent un nouvel intérêt. On sait que le moyen proposé et hardiment usité par un compatriote du docteur Huss consiste à guérir la dipsomanie alcoolique par l’abus même de l’alcool, porté à ses dernières limites; on sait aussi que les succès et les insuccès ont été volontiers exagérés par les partisans ou les adversaires de cette méthode. Nasse a repris les expériences, et les résultats de ses observations ont été, en somme, assez favorables. L’addition de l’alcool à toutes les boissons, à tous les aliments des dipsomanes, a eu pour effet d’inspirer à ces malades le plus profond dégoût pour la liqueur dont ils abusaient, et dont ils finirent par ne plus même supporter l’odeur. La cure n’a pas cependant été toujours durable, et au bout d’un certain temps, on a pu constater des récidives. La médication d’ailleurs, employée avec la persistance sans laquelle elle est et doit être insignifiante, n’est pas dépourvue de dangers, et Nasse a vu la mort déterminée par cette intoxication artificielle.